‹ Exploration du Sahara: Les Touâreg du nord;Chapitre 10 sur 139 · XX RAPPORT DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE · texte numérisé non relu

XX RAPPORT DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE

observations répétées , dans une géographie qui , comme œlle-ci , est encore en voie de formation , sont toujours extrêmement utiles, ne serait-ce qu'à titre de contrôle et de vérification. En résumé, les tracés de routes de M. Duveyrier constituent une véritable triangulation qui couvre de ses lignes croisées toute la partie orientale du Sahara algérien, triangulation dont la base, dans le sens des parallèles, s'étend de Ghardâya à Ghadâmès, et qui se prolonge au Sud jusqu'aux oasis d'El-Golêa' et d'Ouarglà, en se rattachant, vers l'Est, aux positions déjà fixées de Ghadâmès, de Mourzouk et de Tripoli.

Les détails topographiques de cette vaste reconnaissance, je veux dire les itinéraires du voyageur, relevés à la boussole et au chronomètre, et rectifiés fréquemment par des observations astronomiques dont les éléments et le calcul ont été soigneusement vérifiés, ces détails, dis-je, sont contenus dans une longue suite de feuilles tracées jour par jour sur le terrain, dont elles expriment tous les accidents. Le nombre de ces feuilles, y compris les études par renseignements qui s'y rattachent, ne s'élève pas à moins de 7/4. Ce sont ces minutes, ces feuilles de détail, remises à Paris entre les ihains d'un habile dessinateur, qui ont servi à la construction de la Carte définitive où vient se résumer la partie la plus importante des travaux de M. Henri Duveyrier,

Le temps n'a pas permis encore d'achever la gravure de cette grande et belle Carte; mais le dessin terminé a été communiqué à votre commission, qui a pu en apprécier la construction selon la nature des matériaux sur lesquels elle repose dans ses diverses parties.

M. Duveyrier, se prêtant au désir que nous lui avons exprimé, a mis aujourd'hui ce beau dessin à notre disposition, pour le placer ici même sous les yeux de l'assemblée.

Il faut y distinguer deux ordres de matériaux différents : ceux qui proviennent des reconnaissances directes et personnelles du voyageur, et ceux qui proviennent , soit de reconnaissances européennes antérieures, soit de renseignements reçus des indigènes.

Ces différentes sources de documents n'ont pas, on le conçoit, une valeur égale au point de vue de l'exactitude absolue. L'immense Ouâdi qui s'étend de Tougourt à Rhât sur une longueur de près de trois c nts lieues, et que les Touareg désignent sous le nom d'igharghar (ou Igharghâren à la forme plurielle, et qui signifie les Rivières), cet Ouâdi qui, à certains moments, offre dans quelques parties l'as-

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pect d'un grand fleuve , avec ses débordements , a été tracé , partie d'après Jes relevés de M. Boû-Derba en 1858, document précieux, bien qu'il n'ait pas la précision rigoureuse des levés de M. Duveyrier, partie d'après une reconnaissance personnelle de ce dernier voyageur, dans une exploration spéciale de la vallée basse, entre El-Ouâd et Ouarglâ. A l'Ouest et au Sud de Tlgharghar, à l'exception des lignes parcourues par M. Boû-Derba , M. Colonieu ^ et M. Henri Duveyrier, tout repose sur les informations indigènes. Je n'ai pas besoin d'insister sur l'importance de cette distinction.

Cette réserve faite, embrassons d'un coup d^œil l'ensemble de la Carte de M. Henri Duveyrier.

Ce qui nous frappe tout d'abord, c'est l'aspect du pays.

Voici une vaste région, une région presque égale en étendue à la France ou à l'Espagne, et qui était, il y a cinq ans à peine, absolument en blanc sur nos cartes; aujourd'hui, non-seulement elle nous apparaît couverte d'une multitude de noms et de détails, mais ces détails renversent toutes les idées que l'on se formait naguère de ce qu'on nomme, d'un terme générique, le Sahara. Il n'y a pas longtemps, nous étions encore, sur l'intérieur du Nord de l'Afrique, à la notion des anciens poétiquement exprimée par . un de leurs géographes : une plaine toujours unie, partout sablonneuse, a dont les vents du Midi fouillent et tourmentent les flots arides pareils aux vagues de la mer *. » Nos idées se sont déjà bien modifiées. Le Sahara est toujours un immense désert, sans doute, et il reste comme le type et le point de départ, à la fois , de la longue zone de pays incultes qui court à travers l'ancien continent, depuis l'Atlantique jusqu'au fond de la Tartarie ; mais ce n'est plus le désert monotone et nu que notre imagination se représentait avec terreur. Déjà, l'expédition anglo-allemande de 1849, par la découverte de la vaste oasis d'Aïr que le docteur Barth décrit comme une véritable Suisse, entre le Fezzân et la Nigritie, aussi bien que les explorations de plusieurs de

1. M. ]e commandant Colonieu a bien voulu communiquer à M. Duveyrier la carte itinéraire inédite de son voyage de Géryville aux oasis septentrionales du Touàt ; les renseignements fournis par les indigènes sur les contrées à TOuest de llgharghar, s'appuyent donc sur trois reconnaissances levées avec soin : par M. Boû- Derba , entre Ouarglâ et El-Beyyodh ; par M. Colonieu , entre Géryville et le Bâten du Tâdem&yt; par. M. Duveyrier, entre Methlîli et El-Golôa'.

2. Auster immodicus exsurgit , àrenasque quasi maria agens , siccis ssvit fluct!l)ii6.» (tf«Ia, I, 8).

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