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CENTRES RPLIQIEUX. 311
npffi d^ TimJxHiktoq eM connu. Cette troisième antprit^ est celle des
D'fiprès soa art)re généalogique , celte famille descendrait de 'Oqb»-ebB-Nàfti'-el-F«^hn , le conquérant de l'Afrique oçcidentfde^ ce général arabe qui n'arrêta ses conquêtes que dans les flols de i'Océan Atl,apM<ïue.
'Oqba, dao9 sa première incursion, s'était avancé jusqu'à Djaojuàja, au centre du pays des Teboû ; dans la seconde, jusgu'ajj grand désert habité par les l^eoitoûna , entre le Maroc et le Niger. Par la renommée que se$ succès Jih avaienjL acquise dans des contrée^ ii?abiordé(5s jusque-là , il avait préparé à ses laitiers le cbemia de l'Afrique ;Ge«Ftra]e.
L'ftrriyée des Bakkày à Timbouktou date de^cette époque de prosélytï8#ae religieuse qui anaena les Almoravides jusiqu'au centre çle la Nigritie, apostolat glorieux, qui fit ,de 'l'imbouktou un foy^r -de lumières et de lettres, dont les ouvrages bistoriques du Cheikh- Ahmed-Bàba, le ïimbouktien, analysés par M. le docteur Barl^ pt M. le professeur Cherbonneau , nous ont dernièreïaeïnt révélé Texislence.
Ues jBakkAy ont perpétué ce mouvement à tr^ivers les générations depuis te ?cn^ siècle jusqu'à nos jours, bravant toutes les révolutions qui (mi altePïttttivement mis le pouvoir aux mains des Berbère^., des Arabes ou des Nègres.
A«ÎQurd'ihui encore la zàouiya des Bakkây à ïimjbouktou feçoit de nombreux «disciples , telâmid, qui, du Maroc, du Touât, du Sénégjil et des divers États nègres, vieoinent y puiser tous Jes gei^re? d'instruction de la civilisation musulmane : l'étude de l'arabe ancieo et tnaderne, la grammaire, la rhétorique, la versification, l'histoire, la jurisprudence et surtout la théologie.
Souverains religieux , indépendants de l'empire des Fellâta et des autres États nègres qui les ^nveloippeat, les Bakkây représentent encore aujourd'hiû la plus grande .puissance morale de tout le continent africain.
Alliés des souverains du Maroc, dont ils reconnaissent la suprématie religieuse et pour lesquels ils font la prière officielle; amis des rofc de Sokkoto et do Bornou , ils n'ont d'autres adversaires que le chef de Hamd-Allâhi, capitale du nouvel Empire des Fellâta.
Mais, sans armée, sans autre appui que l'autorité qu'ils exercent
comme marabouts sur les tribus arabes de TAzaouad , sur les TràrzaS les Brâkna et autres Maures du Sénégal , ainsi que sur les Touareg Aouélimmiden, sur les Ahaggâr, sur les Azdjer et le Touât, ils tiennent tête aux Fellâta et les empêchent de soumettre toute l'Afrique centrale à leurs lois.
Les revenus de ces marabouts sont considérables : d'abord, ils possèdent de grands troupeaux de chameaux, de zébus, de moutons et des chevaux que gardent de nombreux esclaves et leurs serviteurs, les Machrhoûfa, Tune des tribus arabes de l'Azaouad; ensuite, toutes les caravanes et toutes les populations de leur dépendance religieuse leur paient volontairement tribut.
Les Bakkây ont aussi des zàouiya importantes et de grandes propriétés au Touât*; ce qui fait qu'ils sont autant Touâtiens que Timbouktiens. Cette circonstance nous explique pourquoi ils tiennent à l'indépendance politique de éette confédération.
Les représentants de cette grande famille sont au nombre de huit.
Sîdi-Ahmed est leur chef.
Sîdi-Mohammed, son fils et successeur; Sîdi-Mohammed, son neveu, celui que j'ai rencontré dans mon voyage» et Sîdi-Alaouété, sont, après le cheikh souverain , les personnages les plus influents.
Jusqu'à ce jour, ces marabouts ne nous sont connus que par leur tolérance envers les chrétiens.
Ils avaient bien accueilli le major Laing et ils n'ont pas encore voulu accorder le pardon aux Berâbtch qui l'ont assassiné.
Grâce à eux, M. le docteur Barth a pu rester sept mois à Timbouktou, malgré l'opposition des chefs politiques du pays.
Sîdi-Mohammed, le neveu, a été pour moi plus qu'un protecteur, un véritable ami. Mon cheval étant mort, il m'a imposé, avec une extrême délicatesse, l'obligation d'accepter la jument qu'il montait; service énorme, car, dans tout le pays d' Azdjer où je me trouvais, il était impossible de me procurer un nouveau cheval.
i. Les Trtrza, diaprés Stdi-Mohammed-el-Bakkày, enverraient annueUement à la zftouiya de sa famiUe, à Timboaktoa, à titre dMmpôt religieux, cent pièces d*iDdlenne et neuf fusils.
Le roi Mohammed-el-HabIb et autres chefs des Trârza seraient des tdàmid des Bakkày.
2. Les Bakkày prétendent être propriétaires d*Âqabli , de Zàouiyet-Kounta et de Djedld, dans le Tidikelt.
Les Bakkày seraient entrés plus tôt en relations avec nous, s'ils ne s'étaient crus engagés par l'alliance que M. le docteur Barth a négociée avec eux au nom de l'Angleterre, et s'ils n'avaient supposé, à tort, la France, sinon en hostilité, du moins en continuelle rivalité avec le gouvernement de la Grande-Bretagne : mais la lettre de pressante recommandation que M. le docteur Barth m'avait donnée pour le Cheikh-Ahmed, et que je lui ai transmise par son neveu, a dû faire disparaître l'erreur, accréditée d'ailleurs dans tout le Sahara et dans toute l'Afrique centrale, que, pour conserver de bonnes relations avec les Anglais, il faut refuser tous rapports avec les Français.
La seule pierre d'achoppement entre les Bakkây et le gouvernement de l'Algérie est le Touât. Les fanatiques dé cet archipel d'oasis nous représentent comme convoitant l'occupation de ce point, bien que notre conduite témoigne que nous ne voulons pas avancer notre ligne d'occupation au delà de Laghouât et de Géryville. Mais Timbouktou est loin de nous et la vérité y arrive difficilement, surtout par la bouche des indigènes. Pour mettre fin à l'incertitude, donnons aux Bakkây toute sécurité de ce côté, et immédiatement les résistances tomberont entre l'Algérie et Timbouktou, et Timbouktou et le Sénégal.
Sîdi-Mohammed m'avait offert de me conduire près de son oncle, en me faisant traverser le Touât; je n'ai pu accepter cette proposition parce qu'après un voyage de deux ans j'étais démuni de tout ce qu'il faut à un explorateur pour entreprendre utilement une semblable course, et parce que le marabout, retenu par des affaires de famille, n'était pas libre de reprendre tout de suite le chemin de son pays : mais, si le gouvernement daigne agréer la continuation de mes services, j'espère pouvoir mettre à profit les bonnes dispositions de Sîdi- Mohammed pour moi.
S IV. — ZÂOIIITA DBS OuLÂD-SlDI-CHBiKH.
S'il faut en croire la tradition , la partie de l'Algérie sise sur la frontière du Maroc, et connue aujourd'hui sous le nom de Sahara des Oulâd-Sîdi-Cheikh , était, il y a environ 500 ans, un véritable désert, théâtre des incursions des nomades du voisinage.
Un marabout, de la descendance du Prophète par les femmes, homme sage, instruit, tolérant, chassé de Tunis par des discordes de
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• famille, choisit cette solitude pour y vivre en paix. Sa réputation de
sainteté commença par attirer quelques ser^tem» à la sàouiyii qu*i\ avait fondée è El-Àbiodh.
Ses enfants, héritiers de ses vertus, avaifint déjà conquis une grande influenoe, lorsque la prise de possession d*Gmn par les Fisptgnols , la destruction du pouvoir des Benî-Ziàn de TieHiS6n î»r tes Turcs, rétabiissemeat à main armée d'une 4omination nouvelle, vinrent jeter la plus grande perturbation au milieu des tribus de la province de i*Ouest.
Alors la famille des marabouts d'£l-Abiodh avait pour chef Thomnie dont la réputation, surpassant celle de ses aooêtres, donne encore aujourd'hui du prestige à ses descendants. La commune renommée hii avait décerné le titre de Sîdi-<]heikh , Monseigneur ie vénértxtfie.
Tous les malheureuic, victiufMS ^ies diseonies politiques qui agitaient alors le pays, vinrent chercher un refuge près de Jui, et iJ fut charitable , consolateur pour tous. Sa zâoiuya devint i'asile de la proscription,
La dientèJe formée par Témigration s'acorot encore de oeffle des gens généreux dont Vdtxàe est toujoirrs à la disposition des makis appelées à centraliser Tassistance dans les malheurs publics.
Les aumônes, d*abord temporaires, que des cireonstances exceptkmneîles rendaient nécessaires, devinrent, en se reiouvelant, définitives , et aujourd'hui elles sont transformées en redevances rdifieuses, volontairement acquittéesientre les mains des successeurs du marabout par les filsdfôconrtemporwnside Nîdi-€beifch.
M. le colonel 'de Colonnb, ancien conowandant supérieur <tu cercle de Géry ville, n*estime pas à moins de :80,(H)0 fj^ttcs fimpèt annuel versé par les clients de Sidi'^^heikli au m<K|adâem de sa z&eiiiya.
Quand un établissement religieux dispose, pendant écs isàèdes, d*un pareil revenu ; quand, d'ailleurs, la famille qui dirige cet établissement possède de grandes rioUes^E^ pefsoniïdles, ils peuvent produire beaucoup de bien; malheureusement, les Oulâd-Sîdi-Cheikh sont devenus depuis longtemps des a^bnifiistnateurs temporeis, laissant à leurs esclaves aiTranchis les devoirs «le la zàatûya, et l'ifistituliton religieuse est un peu en décadoace.
Cependant Sidi-Mamsa, chef de cette 'fanHile, tétevé, sous notre gouvernement, à la dignité de khafifa du Sud de la province d'Oran, a contribué puissamment à la soumission des tribus de sa dépan-
dance religieuse, embrassant tout le pays compris entre la frontière du Maroc à l'Ouest, Ouarglâ et El-Golêa* au Sud-Est. Son fils, Sîdi- Boû-Beker, nous a rendu un plus grand service encore en capturant le perturbateur Mohammed-ben-Abd-Allah, qui agita si profondément le Sahara, au nom de la confrérie des Senoûsi.
Quand, en 1859, au début de mon exploration, je partis pour El- Golêa' (la Tâorert des Berbères), le khalîfa Sîdi-Hamza m'avait envoyé une lettre de recommandation pour la djema'a ou assemblée des notables de cette ville. El-Golêa*, quoique appartenant aux Cha'anba, administrés de Sîdi-Hamza, élevait la prétention de ne pas dépendre de l'Algérie et de ne relever que de sa municipalité; Thospitalité m'y fut refusée, avec accompagnement de beaucoup de menaces, qui auraient été suivies d'exécution, si je n'avais pris le parti prudent de la retraite. El - Golêa' a payé sa conduite de son indépendance , car Sîdi-Hamza a reçu l'ordre, en 1861, de prendre possession de cette ville au nom de la France, et aujourd'hui le gouverneur général de l'Algérie nomme directement les chefs de cette petite cité.
Parmi les clients des Oulàd-Sîdi-Cheikh, on compte, indépendamment de la plupart des tribus du cercle de Géry ville et. des Cha'anba d'Ouarglà, de Methlîly et d'El-Golôa', les Oulàd-el-Mokhtâr, d'origine arabe, qui constituent la population active d'In-Sâlah. Quelques autres groupes arabes du Touât relèvent aussi de l'autorité religieuse de la zàouiya d'El-Abiodh.
Ainsi, aux services que la famille de Sîdi-Hamza nous a déjà rendus elle peut encore joindre celui d'établir de bons rapports entre nous et le Touât. Cette tâche lui est facile, car les Oulâd-Sîdi-Cheikh commandent toutes les routes par lesquelles le Touât tire ses approvisionnements de l'Algérie.
En terminant ce paragraphe sur les centres religieux sahariens, je ne puis m'empêcher de constater que quatre marabouts m'ont prêté le plus grand appui dans mon voyage: Sîdi-Hamza, Sîdi Mohammedel-'Aïd, le Cheikh-'Othmân et Sîdi-Mohammed-el-Bakkây. Il est vrai que ces marabouts sont des hommes éclairés, et non des ignorants obligés d'abriter la pauvreté de leur esprit et de leur cœur sous le manteau si facile à porter du fanatisme.