‹ Exploration du Sahara: Les Touâreg du nord;Chapitre 13 sur 139 · XXVI RAPPORT DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE · texte numérisé non relu

XXVI RAPPORT DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE

vastes lagunes s*enfonce au-dessous du niveau de la mer. M. Paul Mares a trouvé une altitude de — 1 3 mètres pour le fond du Chott dans sa partie Nord-Ouest. Ces observations seront-elles confirmées par celles de M. Duveyrier *? Si Tlgharghar fut autrefois un véritable fleuve, il n'a donc pu, comme le pense M. Duvoyrier, aller déboucher dans le fond de la petite Syrte par le fleuve Triton , à moins d'un changement complet dans la configuration et le niveau du pays, changement qui , dans tous les cas , serait antérieur aux temps historiques.

Cette condition physique, particultère à la région orientale du Sahara algérien, de deux longues vallées parties des deux points opposés, l'une de l'Ouest, celle du Djedî, Tautre du Sud, celle de righarghar, et venant l'une et l'autre aboutir à la même dépression du sol, le Meliîhîgh, celte particularité physique, dis-je, nous fournit l'explication d'un ancien texte géographique dont la rédaction avait d(\ jusqu*à présent paraître assez bizarre. Je veux parler de la description du cours du Gir dans Ptolémée. Le Gii\ ou, comme le nomment les auteurs latins, le Niger, a été longtemps une pierre d'achoppement pour les criti(iues. Trompés par les énormes aberrations des latitudes du géographe alexandrin, on voulait retrouver très-loin dans le Sud une rivière qui appartient à la région de TAtlas; on allait la chercher jusque dans le Soudan, où les anciens n'ont jamais pénétré. C'est de là qu'est venue l'application que l'on fait encore tous les jours du nom de Xigcr au Dhioliba ou Kouàra, c'est-à-dire au grand fleuve deTimbouktou, application qui se perpétue même après que Terreur est reconnue; car, en géographie, comme en bien d'autres choses, rien n'est plus diflicile à déraciner qu'un abus. Habituellement, il y a dans une rivière doux choses assez distinctes, une source et une embouchure; dans Ptolémée, le G/rn'a pas de débouché, et il a deux sources opposées, deux sources placées aux deux extrémités du fleuve, l'un au Nord-Ouest dans l'Atlas, l'autre au Sud-Est dans une vallée nommée la Gorge garamantique, c'est-à-dire au voisinage du Fezzàn qui est le pays des Garamantes. Rapproché des notions actuelles, des

l. Les observations barométriques publiées par M. Duveyrier pour déterminer les altitudes des points de son exploration du pays des Touareg du Nord, commencent à El-Ouâd. Celles faites dans l'Ouàd-Rlgh , sur les bords du Chott-Melghîgh, et dans le Nefzàoua , c'est-à-dire entre le point où righarghar se perd dans les lagunes et le golfe de Gâbès, seront publiées ultérieurement dès que le voyageur pourra les calculer au moyen des observations correspondantes faites sur le littoral , à Alger, par M. O. Mac-Garthy.

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notions fournies par M. Boù-Derba et complétées par M. Duveyrier, tout cet agencement devient parfaitement clair, et, qui plus est, parfaitement exact; ce qui nous montre une fois de plus qu'en bien des cas le progrès de nos propres découvertes confirme, en les appliquant, celle des anciens. L'identité du Niger avec les deux vallées confluentes du Djedî et de l'Igharghar, identité que votre rapporteur a le premier nettement affirmée, même avant le voyage de M. Duveyrier, est désormais un fait hors de discussion.

Ce n*est pas seulement dans sa Carte que M. Duveyrier a condensé les résultats physiques et mathématiques de ses vingt-neuf mois d'explorations, il les a développés dans un volume d'une étendue considérable auquel s'ajoutera plus tard un complément qui sera consacré à la partie commerciale du voyage. Ce premier volume se compose tout entier de faits et d'observations. L'hydrographie, la géologie, la climatologie, les déterminations astronomiques, Thypsométrie, l'histoire naturelle et l'ethnographie, y sont l'objet d'une suite de chapitres d'un grand intérêt scientifique, sans préjudice de l'archéologie monumentale et épigraphique, sans oublier non plus les informations utiles au commerce. Une notice très-détaillée sur les Touareg ajoute bien des particularités importantes, bien des faits nouveaux, à ceux que d'autres investigateurs, M. Carotte, iM. Daumas, M. Devaux, le docteur Barth, M. Hanoteau, nous avaient déjà donnés sur ce peuple remarquable, qui garde au cœur du. Sahara, où Tinvasion arabe du XI* siècle l'a repoussé, la pureté du sang berbère et l'idiome inaltéré de sa race.

Dans cet aperçu encore bien restreint, malgré son étendue, du caractère de cette exploration et de l'importance extrême de ses résultats, j'ai eu surtout pour objet, messieurs, comme organe de votre commission, d'exposer les raisons qui, d'une voix unanime, nous ont fait décerner à M. Henri Duveyrier la grande médaille d'or que la Société a jusqu'à présent consacrée chaque année à la découverte la plus importante en géographie. Nous n'avons pas oublié non plus, messieurs, que les longues investigations de M. Duve^Tier, en même temps qu'elles ont puissamment servi la science, ont eu aussi des résultats fort importants pour l'extension de nos rapports avec les tribus intérieures. Servir à la fois l'honneur scientifique et les intérêts de son pays est un double titre que réunit M. Duveyrier.

Je n'aurai pas à m'étendre beaucoup, messieurs, sur les voyages

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