VENTE DÉPLORABLE
Depuis longtemps la communication des deux rivages de l'Amérique avait occupé nos gouverneurs de la Nouvelle France et du Mississipi. En 1674, le comte de Frontenac, pensant que le Mississipi se déchargeait dans le golfe de Californie, avait donné ordre à Joliet de l’explorer. Ge fut la réalisation de cette même idée qui dicta les voyages du Père Hennepin et de Lassalle. Dans un de ses voyages à la baie d'Hudson , vers 1699, . d’'Iberville se trouvant au fort Bourbon, pensait qu’en se dirigeant à l'occident on pourrait gagner la Mer de l'Ouest, envoya à cet effet un de ses officiers nommé Renaudon; mais il fut arrêté par les glaces et revint au fort Bourbon.
Même avant les négociations entamées avec la France pour la vente de la Louisiane, le président Jefferson songea à faire examiner les hautes | eaux du Missouri , afin de s'assurer s’il était possible d'arriver à la Mer Pacifique, soit par le Rio Colombia, soit par le Rio Colorado, et d'établir | une communication directe et praticable dans un : but commercial à travers le continent de l’Amérique. Dans son message du 18 janvier 1803, le Président désignait au choix du Congrès les capi- ! taines Lewis et Clarke, comme les plus aptes à
? Archives de la Marine. — Documents de la Nouvelle France.
DE LA LOUISIANE. 223 remplir cette mission, et 1l n’est pas inutile de remarquer que le traité d'achat de la Louisiane ne fut signé que le 30 avril de la même année.
Cette vente, à jamais déplorable, eut lieu en vertu d'un décret du Premier Consul, du 3 avril, moyennant la somme de soixante-quinze millions de francs, payables par les États-Unis. Sur cet argent , près de trente millions furent employés à indemniser des citoyens de l’Union qui avaient contre nous des réclamations à exercer pour la prise de plusieurs navires neutres dans les guerres précédentes. Le reste fut versé en espèces entre les mains des commissaires français, et le 23 décembre 1803, le préfet de la Nouvelle Orléans, M. de Laussat, fit cession officielle de la Louisiane entière au gouverneur américain, M. Claiborne.Si le cabinet français commit une faute irréparable, celui de Washington fit preuve de la plus sage prévoyance; il s’empressa de terminer une affaire aussi avantageuse, et contracta sans délai un emprunt à six pour cent pour s'acquitter envers nous. Ainsi, pour une misérable somme de neuf millions de piastres, la France perdit sa dernière possession sur le Nouveau Continent, cette pro-
vince qui la faisait commander, au sud et à l’ouest,
® Voir Greenhow, Mem. hist. and polit., op. cit., p. 152.
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