‹ Exploration du territoire de l'Orégon, des Californies et de la mer Vermeille, exécutée pendant les années 1840, 1841 et 1842 Vol.2Chapitre 19 sur 383 · ACCUEIL HOSPITALIER · texte numérisé non relu

ACCUEIL HOSPITALIER

dans le pays, on rencontre sur les routes des convois de charrettes traînées par des bœufs et remplies de femmes, de vieillards et d'enfants. Ces charrettes, d’une construction fort simple, sont intérieurement garnies de cuirs de bœuf, avec des roues très-basses et formées d’une seule pièce de bois; d’autres fois, on trouve des caravanes entières de trente et quarante personnes de tout sexe et de tout âge, courant au galop, munies de violons, de guitares et autres instruments.

Le premier soin des Californiens, en vous abordant, est de vous tendre la main, de vous offrir de l’eau-de-vie, et de vous demander votre nom, votre profession et le but de votre voyage. Quant à eux, répondant d'avance à toutes les questions qu'on pourrait leur faire à ce sujet, ils vous engagent à les accompagner soit al rodeo de mu señor to (au ferrage des bestiaux de monsieur mon oncle), soit à la boda de mi prima (à la noce de ma cousine). Si l’on accepte, on est sûr d’être parfaitement reçu; mais souvent ces estimables parents demeurent à cent ou à cent cinquante lieues de l'endroit où la proposition vous est faite. Presque tous les colons de race espagnole étant unis par des liens de parenté, ces excursions se renouvellent fréquemment ; les habitants semblent regarder comme la chose

FÊTES ET JEUX. 27 du monde la plus simple de faire deux ou trois cents lieues pour danser quelques jours.

Au mois d'août 1841,une caravane de ce genre, composée d’une trentaine de personnes, hommes et femmes, se rendit de la Mission de San Francisco Solano aux établissements russes, pour célébrer la fête de madame Hélène de Rotscheff, femme du gouverneur. Partis le matin, ils arrivèrent le soir à la ferme de Klebnikoff, dansèrent toute la nuit, la journée du lendemain et toute la nuit suivante : puis le troisième jour à cinq heures ‘du matin, après avoir été sous les fenêtres de madame de Rotscheff qui s’était retirée de bonne heure, la saluer d’un vivat général, la troupe retourna chez elle au galop, sans avoir pris un seul instant de repos. |

Je visitais alors pour la seconde fois les établissements russes. En traversant, parune nuit obscure, un bois de pins rempli d'ours, le cheval de mon guide s'étant effrayé, l’emporta. Je me trouvai seul pendant plusieurs heures, tirant au hasard des coups de carabine pour éloigner les bêtes fauves, et dans l'espoir d'attirer quelqu'un près | de moi, ou qu’on répondrait à mes signaux. Vers onze heures du soir, ayant débouché dans la plaine, j’aperçus à une distance assez considérable un grand feu, au-dessus duquel se mouvaient deux

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