DÉCOUVERTES DES DANOIS
passant par le Groënland. En effet, apres les travaux du professeur Rafn à Copenhague, il n'est plus possible de douter que les Danois, depuis 994 jusqu’à 1004, n’aient découvert l'Amérique. Partis du Danemark et de la Norwége, ils reconnurent d’abord l'Islande, qui fut occupée en 874. Un siècle plus tard, le prince Éric le Rouge, exilé dans ce pays, dirigea plusieurs expéditions vers la côte orientale, que les anciennes sagas irlandaises et les relations latines des évêques du Groenland désignent sous le nom de Markland et Vinland. Cette circonstance est parfaitement établie par les monuments scandinaves trouvés dans l’État de Rhode-Ilsland et dans celui de Massachussets près de Boston; on ne saurait d’ailleurs déterminer d’une manière certaine à quelle époque du treizième ou du quatorzième siècle, advint le grand cataclysme qui entoura, en quelque sorte, le Groenland (la terre verte) d'une ceinture de glace, changea sa climature, ses productions, et interrompit, selon toute vraisemblance, ses relations avec la côte orientale de l'Amérique. à
Ces questions si importantes pour l’histoire des nations modernes, ne sauraient plus toutefois rester longtemps sans solution, grâce aux savantes investigations des académiciens de Copenha-
DÉTROIT DE BEHRING. 329 gue, secondées par la protection éclairée et persévérante du gouvernement danois'. Déjà aux seizième, dix-septième et dix-huitième siècles,
Grotius et des écrivains espagnols, tels que Acosta
dans son histoire des Indes, avaient émis une opinion semblable ?. -
Un simple coup d'œil sur une carte suffit pour démontrer qu'il a encore été plus facile aux populations asiatiques d'atteindre et de venir peupler la côte Nord-Ouest. En effet, la proximité des îles Kouriles et des Aléoutiennes, le peu de largeur du détroit de Behring, et la direction presque constante des vents de l’est à l’ouest, permettent de se rendre en peu de temps, même avec de frêles embarcations, des côtes de l'Asie à celles de l’Amérique. Tout récemment encore, le 1* janvier 1833, une jonque de Jédo, ayant des Japonais à bord, est venue s’échouer
* Voir : Antiquitates americanæ, sive scriptores septentrionales rerum antecolumbianarum in Americä. Edidit Societas regia Antiquariorum septentrionalium. 1 vol. in-4°, Hafniæ, 1837.
Mémoires de la Société royale des Antiquaires du Nord, à Copenhague, vol. I, 1836-39, pag. 27, Mémoire de M. le Professeur Rafn, traduit par le savant M. X. Marmier.
2 LeP. Acosta : Historia natural é moral de las Indias, lib. 1, cap. 20. Le P. Feïjo6 : Teatro critico universal, tom. V, disc. 14.
Grotius : de Origine gentium americanarum. Amstelod. 1 vol. in-4°, 1642.
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près d'Honoloulou, dans les îles Sandwich; l'année suivante, une autre jonque, jetée par un coup de vent sur la côte d'Amérique, a naufragé à l'entrée du détroit de Juan de Fuca, près de la pointe Martinez. D'abord faits prisonniers par les Indiens, les Japonais furent recueillis par les agents de la Compagnie d'Hudson, puis envoyés à Londres, et de là dans l'Inde.
Ces faits prouvent qu’il n’est nullement invraisemblable qu’à une époque reculée des Asiatiques aient émigré sur le continent de l'Amérique; cette opinion a, du reste, été partagée par des hommes qui font autorité dans la science, tels que Buffon, Siguenza et Boturini.
Les Esquimaux d'Amérique et les Tehoutchis de l'extrémité nord de l'Asie orientale présentent entre eux des points si marqués de ressemblance dans leurs langues, leursusages, la constructionde leurs cabanes et la forme de leurs instruments, qu'il est aisé de reconnaître qu’ils appartiennent à une mème famille. Ces derniers traversent souvent le détroit de Behring, et vont en Amérique chercher des fourrures qu’ils reviennent vendre aux Russes à la foire de Ostrovnoyë'. M. Kla-
* Voyage autour du monde par l’Amiral Lutké, vol. II, pag. 260. Le Nord de la Sibérie, par lAmiral russe baron de Wrangel, traduit par le Prince Galitzin. 1843. Vol. I, pag. VIIT.
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