‹ Exploration du territoire de l'Orégon, des Californies et de la mer vermeille [microforme]Chapitre 246 sur 313 · NAPOLÉON CHEZ LES TÊTES PLATES · texte numérisé non relu

NAPOLÉON CHEZ LES TÊTES PLATES

nos privations et l'horrible misère à laquelle nous étions réduit. Rien ne saurait peindre la joie de ces Indiens lorsqu'ils nous virent nous mêler à leurs chants. Pour nous prouver que leur science ne se bornait pas à la connaissance de ce cantique, ils nous en récitèrent plusieurs autres, ainsi que des prières que la Robe noire (M. l'abbé Blanchet) leur avait enseignées ; puis, nous regardant avec une certaine fierté, ils ajoutaient que les king Georges et les Boston (les Anglais et les Américains) ne savaient pas cela.

Notre étonnement augmenta en apprenant que ces Indiens ont quelques notions de l’existence de Napoléon, qu’ils doivent sans doute aux Français Canadiens. En échange d’une chemise, j’obtins d’un Multonoma une corne d'élan servant de mesure à poudre, et surmontée de la figure de l'Empereur, grossièrement sculptée avec un couteau. Un autre Indien, au cou duquel était suspendue une pièce de monnaie à l'effigie de Napoléon, nous disait, dans son naïf enthousiasme, que sil était possible de se rendre à pied auprès du grand chef des Français , il se mettrait en route à l'instant même".

Les Tchinouks aiment passionnément les jeux

* Voir dans-ce volume la vignette n° 8.

364 IDÉES RELIGIEUSES, MÉDECINE de hasard et s'y livrent avec fureur. Ils ne sont pas moins superstitieux que les Pieds Noirs. S'ils tombent malades , ils font venir le devin ou sorcier, afin qu'il pratique sur eux l’Ætamanoua ou médecine , cérémonie bizarre qui a lieu au bruit assourdissant du tambour, et consiste en chants, danses, cris et évocations. Les malades inspirent une telle crainte à ceux qui les soignent, à cause de la faculté qu'on leur suppose de pouvoir jeter des sorts, qu'on ne se refuse à satisfaire aucun de leurs désirs, même les plus extravagants, et que souvent, au milieu d’une fièvre brûlante, on les plonge dans les eaux glacées du fleuve.

__… Ces Indiens n’ont qu'une idée confuse de Dieu; leurs prières s'adressent à des figures d'hommes ou d'animaux grossièrement représentées sur des morceaux de bois, et auxquelles ils attribuent une puissance surnaturelle. Ils professent pour le loup des prairies un culte particulier ; cet animal se trouve sculpté à la tête de presque tous les canots tchinouks du Rio Colombia. Les Tchi-

nouks ne brülent point leurs morts, mais ils leur.

donnent uné sépulture digne d’un peuple qui passe sur l’eau la plus grande partie de sa vie. Dès qu’un d’entre eux a expiré, on remplit ses narines d’une espèce de coquillage nommé aïqua, et l’on attache sur ses paupières des bandelettes de grains

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ET FUNÉRAILLES DES INDIENS. 365 de verre ou d'étoffe, Le cadavre, revêtu de ses plus beaux vêtements, est ensuite enveloppé dans des peaux d'animaux ou des couvertures de laine, et placé la face tournée vers la terre et la tête suivant le cours de la rivière, dans un canot recouvert d'écorces, élevé sur quatre pieux et soutenu par des barres transversalcs. Des branches d'arbres, plantées autour de ce sépulcre aérien, supportent tous les objets dont le mort a fait usage pendant sa vie : son arc, ses flèches , son fusil, sa hache, sa chaudière. Pendant plusieurs semaines les parents, les femmes, les enfants du défunt viennent auprès du cercueil pleurer et pousser des gémissements dont rien ne saurait rendre l'effet lugubre lorsqu'on les entend la nuit le long des rivières ou du fond d’une forêt. Sur la rive droite de la Colombie, et à quelques lieues de son embouchure, on aperçoit un énorme rocher couvert de canots indiens servant de sépulture et appelé le Mont des Cercueils!. | Les Tchinouks, ainsi que tous les Indiens pécheurs, mènent une vie paisible; ils n’ont rien du caractère aventureux des tribus établies au pied des Montagnes Rocheuses. Parmi ces dernières, un chef se vante sans cesse des guerriers qu’il a

! Voir dans l'Atlas la carte n° 18.

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