‹ Explorations du Zambèse et de ses affluents et découverte des lacs Chiroua et NyassaChapitre 15 sur 59 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Sékélétou et nos présents. — Premiers cas de fièvre chez les Makololos. — iDlelligence des Makololos. — Hommes d'autrefob et jeunesse actuelle. — Femmes Makololos. — Polygamie. — Passe-temps des femmes. — Matokouané. — Le chanvre et ses effets. — Nouvel usage de la cuiller. — Beurre cru. — Revenus du chef, — Justice. — Droit au travail. — InstrucUoD religieuse. — Idées sur le mariage. — Le dbefet ses vassaux. — Peine capitale, — Un vieux guerrier. —Ancien costume des Makololos. — Maisons bâties par les femmes. — Jeux des enfants. — Confiance des Makololos dans la médecine. — Visite à Linyanti. — Proclamation indigène. — Lieu de sépulture de M. Helmore et de ses compagnons. — Fidélité des Makololos. — - La santé de Sékélétou s'améliore. — Son désir de voir un établissement anglais se former sur le plateau des Datokas. — Enlèvement des bestiaux non considéré comme un crime. — Service divin à Séshéké. — Doutes des indigènes relativement à la résurrection.

Les divers objets que nous avons apportés à Sékélétou lui ont fait grand plaisir. Il a voulu savoir si un vaisseau ne pourrait pas lui amener le moulin à sucre et les diilérentes marchandises que nous avons laissés à Tété. Stir la réponse que nous lui avons faite, qu'il serait possible à un grand vapeur de remonter jnsqu'au village de Sinamané, mais qu'il ne passerait jamais au-dessus des chut^Sj il a demandé avec une simplicité charmante, si un canon ne ferait pas sauter le mur de la cascade, de manière à permettre au navire de gagner Sésbéké.

Il n'y a qu'un moyen de sauver la tribu, qui s'épuise par la perte continuelle des vrais Makololos; c'est de la transporter inmiédiatement prés du Kafoué, dans les montagnes des Batokas. Sékélétou ne l'ignore pas, et nous disait qu'à l'exception de deux individus, tous les gens de sa race étaient persuadés que s'ils .demeuraient dans les basses terres quelques années encore, il ne resterait plus aucun des leurs. ' Originaires du sud, les Makololos viennent des environs .du confluent de la Likoua et du Namagari, où la fièvre est pour

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ainsi dire inconnue; et les ravages qu'elle a fails parmi eux sont aussi effrayants que ceux qu'elle exerce sur la côte, parmi les Européens. La sœur de Sébitouané se rappelle toujours la première visite du fléau ; c'était peu de temps après que son frèrç se fût établi dans la vallée Barotsé. ■ Beaucoup de gens se mirent  trembler, nous disait-elle, comme s'il avait fait un froid excessif. Jamais personne n'avait vu pareille chose. On fit de grands, feus; on posa devant la flamme les malheureux qui tremblaient; mais on eut beau y jeter des branches, on ne put jamais avoir assez de chaleur pour faire sortir le froid de leur corps; et ils tremblèrent jusqu'au moment où ils moururent. »

Hais bien qu'ils préfèrent tous les highlands, les Makololos ne veulent pas s'y établir, dans la crainte que les Matébélés ne viennent leur enlever leur bétail. Sébitouané, avec ses vétérans, n'a pas pu triompher de cet ennemi ; comment lui résisteraient-ils maintenant que ces braves guerriers sont morts? Les jeunes bandes se disperseraient et prendraient la fuite dès qu'elles verraient les Mat^élés ; car elles en ont autant d'efTroi que les tribus conquises ont peur des Uakololos. ■ Ma's si le docteur et sa femme y venaient avec nous, disent le chef et ses conseillers, nous irions là-bas tout de suite ; car Mosilikatsi n'attaquerait pas l'endroit où serait la fille du bon MoBat. ■

De toutes les tribus que nous avons rencontrées, celle des Makololos est de beaucoup la plus brave et la pli^s intelligente. Il n'était resté près de Sébitouané que des hommes d'un courage et d'une audace à toute épreuve. Sa discipline sévère avait fait disparaître de l'armée toute couardise. D'une vitesse prodigieuse à la course, voyait-il un homme prendre la fuite dans le combat, il le rejoignait aussitôt et le frappait de mort ; ou bien il attendait qu'il fût de retour à la ville. Faisant alors venir le fuyard, il lui disait : « Tu n'as pas voulu être tué sur le champ de bataille; c'est chez toi que tu veux mourir, n'est-ce pas? tu vas être satisfait. ■ Et l'exécution du lâche avait lîeu à l'instant même.

La génération actuelle ne vaut pas la précédente. Autrefois les Makololos avaient de nobles vertus ; ils étaient pleins de franchise et de loyauté, et ne volaient jamais, si ce n'était du bétail dont l'enlèvement à main armée, fait au grand jour, dans un combat honnête, leur paraissait légitime. On ne peut guère

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en dire autantde leurs fïls; élevés au milieu des tribus sujettes, ils ont pris certains défauts de la race servîle. Quelques anciens nous ont donné le conseil de ne rien laisser traîner, car, suivant eux, les noirs sont de grands voleurs. Nos gens à leur tour nous ont recommandé d'être sur nos gardes, attendu que les Makololos pourraient bien nous voler. Un jeune homme des leurs nous a efTectivement pris diverses bagatelles ; et sur l'observation qui lui en a été faite, il s'est eicusé par un ingénieux mensonge.

Les pères étaient de rudes ouvriers, qui s'honoraient du travail. Les tils ne font jamais rien, et regardent tout labeur comme te lot des Hakalakas et des Mashonas qui les servent. Quand Sébitouané vit l'avantage que la navigation donnait aux tril)us rivales, il fit apprendre à ses guerriers le maniement de la pagaie, et son propre fils ramait à bord de sa pirogue. Aujourd'hui tout est l'ouvrage des serfs. Les paniers, les outils, les plats, les canots sont fabriqués par les tribus noires des Manyétis et des Hatlotloras; et ce sont les femmes et les servantes qui bâtissent les maisons.

Les femmes des Hakololos sont infiniment supérieures à toutes celles que nousavons vues en Afrique. Leurteint est d'un brun clair, d*un ton riche ; leur physionomie agréable, leur intelligence très-vive. Elles s'habillent avec soin, d'une petite jupe et d'un manteau, et sont couvertes d'ornements. La sœur de Sébitouané, la plus grande dame de Séshéké, porte à chaque jambe dix-huit anneaux d'airain massifs de la grosseur du doigt; trois anneaux de cuivre au-dessous du genou ; dix-neuf bracelets d'airain au bras gauche, huit d'airain et de cuivre à l'autre bras; un large anneau d'ivoire au-dessus des deux coudes; un beau collier de perles, et une ceinture pareille. Le poids de ces anneaux brillants lagëne pour marcher, et lui fait mal aux chevilles , mais c'est la mode , et l'inconvénient disparalt. Quant à la souffrance, elle est diminuée par un petit chiffop qui entoure les anneaux inférieurs.

Bien que la polygamie ait pour but d'accroftre la population, elle tend au contraire à la diminuer. Les vieillards opulents, dont le bétail est nombreux, épousent toutes les belles filles. Un bonhomme hideux, mais très-riche, tellement aveugle qu'on est obligé de le conduire, a les deux plus jolies femmes de la

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ville. L'une de ces belles personnes est la fille du gouverneur. Nous lui avons demandé si elle aimait cet affreux mari, qui a au moins cinquante ans de plus qu'elle. • Oh I non, a-t^elle répondu ; je le déteste ; il est si désagréable. •

Les jeunes gens dépourvus de bétail, c'est-à-dire sans fortune, sont obligés de se passer d'épouse, ou de se contenter de laidrons qui ne trouveraient pas d'homme riche. Cet état de choses est probablement la source d'une grande immoralité; et les enfants sont en petit nombre. En s'adonnant à ce genre d'étude et en posant des questions précises, on arriverait sans doute à pouvoir en dire davantage ; mais quand on a ici la même réserve que chez les peuples civilisés, et qu'on s'abstient de toute question indiscrète , on n'entend pas, même dans la bouche des femmes, d'allusion inconvenante aux mœurs des voisines.

La polygamie, signe d'un ordre social inférieur, et source de tant de maux, est ici fort commune ; et chose étrange, elle est approuvée par les femmes. Quand on leur dit qu'en Angleterre on ne peut avoir qu'une seule épouse, elles s'écrient qu'elles ne voudraient pas habiter ce pays-là. Elles ne peuvent pas comprendre que les Européennes s'arrangent d'un pareil usage. Suivant elles un homme bien posé doit avoir plusieurs femmes comme preuve de sa fortune. De semblables idées prévalent dans toute la région du Zambèse, et jusqu'au bord de la mer. Pas d'estime des voisins pour celui qui n'a qu'une

Cest probablement parce qu'ayant le produit du jardin que cultive l'épouse, le mari est d'autant plus riche que ses femmes sont plus nombreuses.

Bien que chez les Makololos, le manage ait l'air d'une vente, la femme n'est ni vendue, ni achetée. Le beau-përe reçoit, il est vrai, un certain nombre de vaches, proportionné à la fortune du mari; mais ce n'est pas le pris de la jeune fille; c'est le rachat du droit que les parents de la femme ont sur ses enfants. Sans cela tous ceux qu'elle pourrait avoir, appartiendraient à la famille de son père. Le mari a sur sa femme une autorité complète, alors môme qu'il n'a rien payé en se mariant ; mais en pareil cas les enfants lui échappent. Gomme en donnant sa fille le père sacri&e une portion du cercle familial, le mari doit

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& son tour sacritîer une partie de sa fortune pour-réparer cette brèche'. La séparation entre l'épouse et les siens n'est pas complète, car si elle vient à mourir, le mari donne encore un bœuf pour obtenir de la famille qu'elle renonce entièrement à la défunte.

Les dames makololos ont de petits pieds, de petites mains délicates et douces, le front bien fait et de bonne dimension ; le nez pas désagréable, bien que les narines soient fortes ; la bouche, le menton, les dents, les yeux, la taille, d'une beauté réelle; bref de véritables ladies, comparées aux négresses de la côte occidentale. Ayant des femmes qui les servent et qui prennent soin du ménage, ces dames ont de grands loisirs, dont elles sont parfois embarrassées. Elles n'ont pas, comme leurs sœurs d'Europe, la ressource de l'aiguille, du crochet ou du piano pour occuper leurs doigts ; pas de livre pour se distraire, ou pour s'instruire, pas d'enfants h soigner; et la journée leurparait lourde. Les hommes prétendent que pour tuer le temps, elles boivent de la bière et fument du matokouané, c'est-à-dire du chanvre. Bien que ces messieurs, fassent grand usage de celui-ci, ils n'aiment pas que leurs femmes suivent leur exemple, et beaucoup de maris le défendent. Néanmoins quelques-unes se le permettant ; elles fument en secret i'herbe prohibée, et se font venir ainsi de petits boutons sur la peau ; ma^ ladie qui ne peut guérir que par l'abandon de la pratique qui l'occasionne. Le chef lui-même est esclave de cette habitude malsaine, et il a été difficile d'obtenir qu'il y renonçât pendant la durée du traitement.

Nous avons souvent observé les effets du chanvre sur les fumeurs de notre escorte ; il augmente la force physique et affai-

1. Il j a U> une subtilité que dous avons de la peine à comprendre; noua ne TOjons pas la difTArence qu'il peut y avoir eotre adieter un objet, et donner une somme en échange de cet objet livré. Pour nous une vente est précisément le tacrifîce d'une cboae que l'on possède, à quelqu'un qui vous sacrifie uue partie de sa fortune, et à qui on oe U donnerait pas sans cela. Le retour des enbnts à la bmllle, quand te mari a eu l'épouse gratis, prouve seulement que la mère n'étant pas vendue, ses descendants appartiennent i ceux qui l'avaient prêtée et non cédée. ■ C'est virtuellement une vente, disait le docteur livingstone <Hissionary trareb, p. 613) ; mais les acteunne l'envisagent pas ainsi.» Preuve de l'aptitude des Hakololos i la civilisation; en France non plue, quand une jeune âJle prend un mari qu'elle n'aurait pas épousé sans U Tortune que ui assure le contrat, «la n'eat pas regardé comme une vente. {Hôte du Waduettur.)

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blit le moral. Deux des plus beaux jeunes gens que nous ayons avec nous, en sont devenus presque idiots.

Un groupe de ces fumeurs de chanvre forme un tableau assez grotesque. Ils sont pourvus d'une calebasse remplie d'eau pure, d'un éclat de bambou de cinq pieds de long, et d'un narghilé muni d'une calebasse, ou d'une corne de coudou, renfermant l'eau que traverse la fumée avant d'arriver à la bou- ' che. Chaque fumeur, à tour de rôle, aspire quelques bouffées, dont la dernière est extra-longue, et passe la pipe à son voisin. Il avale probablement 'cette fumée, car s'efTorçaot de lutter contre les mouvements convulsifs de la poitrine et de l'estomac, il boit une gorgée d'eau, puisée dans la calebasse, la retient pendant quelques secondes, et la rejette dans la rigole de bambou, ainsi que la fumée qu'il a prise d'abord- Le résultat de cette opération est un accès de toux violente; et, pour quelques-uns, une espèce de délire qui se traduit par un Ilot rapide de mots n'ayant aucun sens, ou par de courtes phrases telles que celles-ci : • L'herbe pousse. Le bétail gras prospère. Le poisson nage. » Pas un des fumeurs n'accorde la moindre attention à l'éloquence ou à la stupidité de l'oracle, qui s'arrête brusquement, et a l'air un peu sot dès qu'il recouvre la raison. — —\

Notre arrivée a fait diversion à la monotonie de Séshéké;etîl ' nous vientune foule de visites, principalement à l'heure des repas, où l'on a le double plaisir de voir manger les blancs, et de goûter à ce qu'ils mangent. Les hommes font de la cuiller que nous leur donnons un singulier emploi : ils en usent pour verser le potage ou la viande dans le creux de leur main gauche, qui porte ensuite à la bouche ce qu'elle vient de recevoir. Nous blessons la délicatesse de ces dames en mettant du beurre sur notre pain. ■ Regardez-les, regardez-les !. s'écrient-elles i les voilà qui mangent du beurre eru ! fî ! que c'est sale ! > Ou bien, une excellente femme, à qui nous faisons pitié, nous dira : ■ I^ssez-le-moi ; je vais vous le fondre; vous pourrez alors y tremper votre pain d'une manière décente. > filles ne sont pas moins dégoûtées que nous le serions nous-mêmes en voyant des li!squimaux dévorer crue de la graisse de phoque ou de baleine. Dans leur opinion, le beurre n'est mangeable que dans les mets qu'il assaisonne, ou quand il est fondu. Mais c'est surtout en guise de pommade qu'elles l'emploient; elles s'en frottent

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le corps, et trouvent avec raJson qu'il leur assouplit la peau et la rend unie et brillante.

Hommes et femmes demandent sans scrupule tout ce qui leur fait envie, et ne se fâchent pas quand on le leur refuse. Ils pensent sans doute qu'il n'y a pas de mal à demander ; cela ne coûte pas d'effort à leur langue bien attachée, et ne nous blesse aucu- . nement. Mamiré ambitionnait un paletot-sac dont la couleur l'avait séduit; nous lui avons répondu qu'il l'aurait en échange de son beau manteau neuf en peau de jeune léché. 11 s'est mis à sourire, et a parlé d'autre chose. Une plaisanterie arrête presque toujours leur mendicité. — ■

Le chef a droit aux cAtes et à la bosse de tous les bœufs qui sont tués par les Makololos ; il reçoit en outre des Barotsés, des Uanyétis, des Batlotloras et des autres peuplades qui lui sont soumises, un tribut composé de grain, de bière, de miel, de fruits sauvages , de houes , de pagaies et de pirogues. Néanmoins, c'est l'ivoire qui forme son principal revenu. En droit, tout celui de la contrée lui appartient; et chaque fois qu'on tue un éléphant, on en met les dents à sa disposition. A première vue, cette loi parait plus dure que celle des Portugais, et de leurs voisins, chez qui le gouvernement ne prend qu'une défense et abandonne l'autre au chasseur. Mais ici on compte sur la générosité du chef, qui ordinairement partage avec ses sujets le produit de la vente de l'ivoire. Les enfants, disent les Makololos, ont besoin d'être guidés par leurs pères; car les marchands pourraient les attraper; et ce motif leur fait accepter la loi.

Toutefois ce partage n'a lieu qu'avec les gens des classes supérieures ; les notables reçoivent ainsi la part du lion dans les profits de la chasse, dont ils n'ont pas eu les fatigues, ni couru les dangers. La chair de l'animal est donnée aux tribus soumises qui n'ont jamais eu autre chose ; et personne ne paraît désirer qu'on modifie la coutume. Néanmoins, il est souvent arrivé à nos hommes, ainsi qu'on l'a vu plus haut, de discuter le soir les droits des travailleurs. Toujours payés de ce que nous leur avons fait faire, ils ont acquis certaines idées nouvelles qui se heurtent contre cette loi du pays. Us ne trouvent pas juste d'abandonner au chef tout l'ivoire, lui qui n'a pas tué la béte. • Si méchants, dJsent-ils, que soient les Portu-

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gais, ils laissent au moins une défense au chasseur. La loi de Sékélétou est mauvaise; elle abesoin d'être changée. * Cet usage, bien qu'il n'ait pas été institué pour cela, conserve les éléphants. Pitsané en tua quelques-uns en revenant du Londa; et renonça bientôt à celte chasse qui ne lui rapportait rien.

Mosilikatsi réclame également tout l'ivoire des animaux qu'on tue dans ses États ; et ne permet à aucun étranger d'y chasser l'éléphant. Un Anglais, qui n'en savait rien, était venu du Natal pour se livrer à cette chasse ; il fut bientôt pris et amené devant le chef. Mosîlikatsi lui permit de tuer autant de buffles, de girafes , de rhinocéros et d'antilopes qu'il lui plairait; mais, dès qu'il voulait suivre la piste d'un éléphant, ceux qui avaient mission de le garder, prenaient son cheval par la bride et le tournaient dans l'autre sens.

Nous avons eu la visite de Séroké, celui qui est revenu dernièrement de Benguéla, où il était allé acheter les chevaux dont il n'a rapporté que les queues. Ses compagnons étaient de l'entrevue ; et chacun de nous dire combien il avait été heureux de trouver les pays qui sont au bord de l'Océan, tels que nous les avions dépeints. * Ilsont vu la mer, les vaisseaux, les merveilles du rivage ; tout cela comme il est écrit. 11 n'y a que les voyageurs pour tout savoir ; les autres, qui ne connaissent pas les livres, et qui restent dans leur pays ne sont que des enfants pour la science. >

Les marchands de Benguéla ont eu pour eux mille bontés, et leur ont donné k chacun un habillement complet dans l'espoir de nouer des relations avec les Makololos. Nos visiteurs avaient leurs habits neufs; et assurément ils étaient mieux vêtus que pas un de nous : chemises bien lavées, bien empesées ; habit et pantalon, chaussettes blanches, bottines en cuir breveté, capuchon rouge sur la tète, surmonté d'un feutre mou à large bord. Ils ont causé longtemps avec nos honmies des merveilles qu'ils ont vues de part et d'autre; et, tous sont d'accord sur ce point : ■ que les gens qui restent dans leurs cases ne sont vraiment que du gibier, > c'est-à-dire des animaux sauvages. Mais le gibier en question, composé des plus riches de la tribu, n'est pas disposé & reconnaître la supériorité des voyageurs. • Ils ont vu la mer : qu'est-ce que c'estî rien que de l'eau. II n'en manque pas au pays; on en a plus qu'on en veut pen-

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dant l'inondation; et, puisque les blancs viennent visiter nos villes, à quoi bon se déranger pour en voir? >

La justice paraît en somme assez bien rendue chez les Makololos. Un chef de village avait pris une couverture et quelques grains de verre à l'un de ses sujets , qui a fait partie de notre escorte. L'afTaire a été portée devant Sékélétou, qui a ordonné de restituer immédiatement les objets saisis, et a déclaré, en outi-e, qu'il n'est permis à aucun chef de mettre la main sur la propriété des gens qui reviennent dans leur village.

En droit, tous les objets rapportés au pays appartiennent au suzerain. Les hommesque dous avons ramenés ont conséquemment déposé tout leur avoir- aux pieds de Sékélétou, et lui en ont fait hommage. 11 a examiné les objets qui lui étaient offerts, puis a dit à nos hommes de les reprendre, ce qui arrive presque toujours. Cependant Touba Mokoro , ayant peur que le chef n'eût envie de ses richesses, n'a pas montré ce qu'il avait de plus précieux. Masakasa avait peu de chose à offrir; il a commis quelque infraction à la loi dans l'un des villages que nous avons traversés , et il a mieux aimé payer une grosse amende que de laisser venir le fait à nos oreilles.

Chacun des porteurs a droit à une partie des marchandises qu'il a dans son ballot, bien qu'elles aient été payées avec l'ivoire de Sékélétou. Pas un d'eux n'a hésité à faire valoir ses droits ; mais aucun salaire n'aurait pu être exigé si la première requête fût restée sans réponse.

Nos gens, accoutumés à notre façon d'agir, pensent que le système anglais, qui consiste à payer à chacun la besogne qu'on lui a fait faire, est le seul qui soit équitable. Quelques-uns même disent qu'il vaudrait mieux vivre dans un pays où la vie est plus en sûreté, et où le travail a plus de valeur que dans celui-ci.

Depuis qu'ils sont avec nous, ils se sont toujours bien comportés pendant le service divin; non-seulement ils s'y tiennent d'une manière décente; mais ils veulent que les autres fassent de même. Moshobotouané, le vieux chef batoka, et plusieurs de ses hommes, étant venus assister à l'ofiice, écoutèrent en silence un chapitre de la Bible, dont nous faisions la lecture dans la langue du pays. Quand ils nous virent mettre à genoux, ils frappèrent vigoureusement dans leurs mains, ce qui est leur

façon d'implorer une faveur. Mais nos Makololos eurent bientôt fait d'arrêter ce tapage, et regardèrent avec mépris ceux qui donnaient une pareille marque d'ignorance. Presque tous nos compagnons savent par cœur, et dans leur propre langue, le Symbole des apdires et l'Oraison dominicale. Ils en sont fiers, et c'est pour eux un plaisir que de les réciter au milieu d'un auditoire frappé d'admiration.

Leurs idées, à l'égard du bien et du mal, ne diffôrent pas des nôtres, si ce n'est relativement h la polygamie. Impossible de leur faire comprendre combien ilest indécent d'avoir plusieurs épouses.

Il y a un an ou deux, quelques-unes des femmes dont les maris étaient avec nous, sollicitèrent du chef la permission de se remarier. Elles pensaient que leurs maris étaient morts, et qu'il n'y avait plus besoin d'attendre. Sékélétou refusa l'autorisation; il avait parié un certain nombre de bœufe que nous reviendrions avec nos hommes, et il avait promis aux absents de leur conserver leurs femmes. Les épouses impatientes furent obligées de se soumettre. Hais plusieurs s'en allèrent avec ceux qu'elles aimaient ; la femme lîe Mantlanyané, par exemple, prit la fuite, laissant son petit garçon à des étrangers. A cet nouvelle, Mantfanyané est entré dans une vive colère; non pas qu'il tînt beaucoup à sa femme ; il avait lui-même deux épouses & Tété ; mais il était indigné de l'abandon de son enfant.

Un crocodile a tué l'autre jour un bœuf; un homme a trouvé celui-ci flottant dans la rivière, et se l'est approprié. Le maître a sommé l'autre de se présenter devant le chef pour entendre la plainte qui serait portée contre lui; mais le délinquant a mieux aimé arranger l'affaire, et a donné un de ses bœufs à la place de celui qu'on réclamait .

L'n clief des environs de Linyanli est venu se plaindre de ce que ses sujets, étant affamés, avaient pris la fuite. Sékélétou lui a répondu : « On ne doit pas vous laisser maigrir tout seul ; quelques-uns d'entre eux doivent retourner près de vous. » Et il a autorisé le chef à rappeler ses gens, et à les faire revenir s'il en avait le moyen. Des familles entières quittent souvent leur bourgade pour aller dans une autre. Quelquefois même tout un village décampe pendant la nuit, et abandonne son chef qui se trouve seul au réveil. Comme c'est toujours la faute de

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celui-ci, quand ces sujets désertent, Sékélétou laisse aux villageois la liberté d'aller où bon leur semble, et ne se mâle pas de la querelle, trouvant que les uns sont dans leur droit, et que l'autre est assez puni par la solitude qu'il s'est faite.

La désobéissance flagrante aux volontés du chef entraîne la peine capitale. Moshiouba avait reçu l'ordre d'aller couper des roseaux pour Sékélétou. N'en voulant rien faire, il partit et resta caché pendant deux jours. Pour cela il fut condamné à mort, placé dans une pirogue, conduit au milieu du fleuve, et livré au courant, après avoir été étranglé. Les spectateurs accablèrent d'injures les bourreaux du malheureux^ leur criant qu'à leur tour on les étranglerait bientôt. Il arrive quelquefois que l'individu qui est chargé d'aller battre un coupable, en avertit celui-ci, et revient dire au chef qu'il a presque tué son homme. Le condamné disparaît pendant quelque temps, et l'affaire est oubliée.

* Des crocodiles monstrueux abondent ici dans le Zambèse; il n'est pas rare que des femmesqui vont puiser de l'eau soient emportées par ces monstres.

Nous venons de rencontrer un vieux guerrier, sans doute l'unique survivant de l'armée des Mantatis qui, en 1824, menaça d'envahir la colonie du Cap. Il a gardé un vif souvËnir de leur rencontre avec les Griquas, et nous en a parlé ainsi :

■ Tandis que nous examinions les hommes et les chevaux, il s'éleva de petits nuages de fumée, et plusieurs d'entre nous tombèrent; on les regarda; ils étaient morts. Jamais on n'avait rien vu de pareil : la cervelle à un endroit, le corps dans un autre. Qu'est-ce qui les avait tuésî on n'y comprenait rien. Une balle frappa un bouclier, y laissa une brûlure, disloqua le bras de celui qui portait ce bouclier, et tua un homme qui se trouvait & côté. ■

Sébitouané assistait au combat; et depuis cette époque il eut une haute idée de la puissance des blancs.

Le costume des Makololos se composait anciennement d'une peau d'agneau, de chevreau, d'ocelot, de chacal ou d'autre petit quadrupède, dépouille qui s'attachait à la taille et pendait sur les reins. Quand il faisait froid un kaross, ou manteau de fourrure, se jetait sur les épaules. Le kaross est maintenant mis de côté; les jeunes gens à la mode ont une veste en peau de singe.

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et une espèce de jupe, c'est-à-dire une peau drapée autour des hanches; mais pas de pantalon, et ni chemise, ni gilet.

Presque toutes les tribus qui habitent le bord des lacs ou des rivières se baignent plusieurs fois par jour, et dès lors sont très-propres. Toutefois les daines niakololos font peu usage des bains ; au lieu de se laver elles se frottent le corps avec du beurre fondu. Ce procédé éloigne les parasites, mais communique à leurs habits une odeur rance. Chaque degré de la civilisation conduit nécessairement à un aulre ; le vêtement réclame le ^von ; donnez une aiguille à un homme, il reviendra pour avoir du fil.

-La maladie de Sékélétou a mis toute la ville en deuil; les hommes ne font plus de toilette; ilssen^lîgent, laissent croître leurs cheveux, sortent sans armes, sans bouclier, et ne se livrent plus à la danse. — i

La femme de Pitsané est en train de se bâtir une grande ' hutte, et y déploie beaucoup d'ardeur. Elle nous dit que ces messieurs ont complètement abandonné la construction des cases à leurs fenimes et à leurs servantes. Ces cases se font ainsi : des pieux sont plantés en cercle, on y enlace des roseaux que l'on crépit d'une couche épaisse de terre, et l'on a une tour de neuf à dix pieds de hauteur. Un mortier formé de tuf, ou des débris d'une fourmilière, gâchés avec de la bouse de vache, est soigneusement étendu sur le sol, et ne permet pas aux tampans de se loger dans les crevasses qu'il aurait présentées sans cela. On sait que les tampans sont des insectes venimeux dont la morsure donne la fièvre à certaines personnes, et produit chez tout le monde des plaies très-douleureuses.

La case une fois parquetée, on s'occupe de la toiture, dont le diamètre est beaucoup plus grand que celui du corps de logis. C'est en bas que se fait la charpente ; on la met à sa place avec l'assistance des voisines, puis on la couvre en chaume. Une palissade de roseaux, également crépie, va rejoindre la toiture qui la dépasse encore, et se place à trois pieds de la muraille; on a ainsi une galerie couverte qui embrasse tout le bâtiment. C'est dans cette galerie que nous couchons et non pas dans la tour. La porte de cette dernière a des dimensions peu commodes: dixneuf pouces de haut, vingt-deux à la base, dix- sept au milieu, et douze au sommet. II est difQcile d'y passer; et la chambre.

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n'ayant pas d'autre ouverture, est à la fois sans jour et sans air. Nous avons demandé k ces dames pourquoi elles font leurs portes si petites; l'une d'elles a répondu que c'est pour se préserver des souris.

Les enfants s'amusent entre eux,surtout le soir à la fratcheur. Une petite fille, par exemple, se fait porter par deux autres; elle est assise sur leurs épaules et a les bras tendus. Pendant qu'on la promène, les petites compagnes qui lui font cortège, iVappent dans leurs mains, s'arrêtent vis-à-vis des huttes, devant lesquelles elles passent, et chantent de jolis airs. Quelquesunes battent la mesure sur leur petite jupe de peau de vache; tandis que les autres produisent un bourdonnement curieux, qui sert de ritournelle aux chansons.

Quelquefois elles sautent à la corde ; mats en dehors de cet exercice, et du jeu précédent, les petites filles n'ont pas de plus grand plaisir que d'imiter les travaux de leurs mères. Elles construisent de petites cases, pétrissent de petits pots, font la dînette, broient du grain dans de petits mortiers, ou cultivent des jardins minuscules. Leurs &*ëres ont pour joujoux des lances de roseaux à lame de bois, de petits boucliers, de petits arcs et de petites flèches. Ils s'amusent à faire de petits parcs h bétail, à modeler des vaches et des bœufs avec de l'ai^ile, et reproduisent très-habilement les ditTérentes variétés de cornes. Quelques-uns ont, dit-on, des frondes ; mais dès qu'ils peuvent surveiller les chèvres, on les leur fait garder. Nous en voyons souvent monter les veaux qui leur sont confiés; cela n'arrive que depuis l'époque où nous avons introduit le cheval dans le pays.

L'une de ces dames, nous voyant faire des observations avec difi'érents thermomètres, supposa que c'était pour nous amuser. Il était difficile de lui répondre, dans une langue qui n'a aucun terme scientifique j et ne recevant pas d'explication, elle s'éloigna en disant, avec un rire malicieux : t Le pauvre homme 1 il joue comme un petit enfant I ■ - — I

Ainsi que tous les Africains, les Makololos ont une foi pleine et entière dans la médecine. Ils croient fermement qu'il enste un remède pour tous les maux, un talisman pour tous les vœux : charme et spécifique, pour eux sont synonymes. Mamiré voudrait avoir une nombreuse famille; il a six femmes, n'aqu'unpe-

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ET SES AFFL0EHT3. Î73

tit garçon, et demaDde avec instance de la drogue k enfants. La mère de Sëkélétou est venue faire une visite à son lils. Elle croit avoir maigri dans ces dernières années, et veut de la médecine qui l'engraisse. Un léger embonpoint, aux yeux des Makololos, est nécessaire à la beauté féminine ; mais l'obésité escessive dont on est charmé sur les bords du lac Victoria serait trouvée hideuse dans ce pays-ci. Nous avons entendu dire à nos hommes, en parlant d'une femme simplement grasse, qu'elle en était laide.

Deux ballots k notre adresse, partis de Kuruman, et contenant des journaux et des lettres, ont été déposés à Linyanti, quelques jours avant notre arrivée. Sékélétou, nesachantpas quand nous viendrions, les y a laissés ; mais dès qu'il nous a vus, il les a envoyé chercher. Le messager est revenu le septième jour, ayant fait deux cent quarante milles géographiques. Il ne rapportait que l'un des paquets, le second étant trop pesant pour qu'il pût s'en charger.

Comme nous avions besoin de différentes choses qui se trouvaient dans le wagon que nous y avons conduit en 1853, nous sommes partis pour Linyanti. Sékélétou nous a prêté son cheval, qui a maintenant une douzaine d'années, et nous a donné quelques hommes pour nous servir d'escorte. Nous avons retrouvé notre wagon à la place où nous l'avions laissé. Les chefs de de Linyanti, Mosalé et Pèkonyané, nous ont fait bon accueil, et nous ont exprimé leurs regrets d'avoir si peu à nous offrir. ■ Si vous étiez seulement venus l'année dernière, où le grain, la bière et le lait étaient en abondancel. > nous disaient-ils.

Le lendemain matin, avant le Jour, Ma-Poulényané, le crieur public, a fait de lui-même une proclamation qui, dans le silence de la nuit, a été d'un effet saississant : ■ J'ai rêvé l j'ai rêvé ! j'ai rêvé 1 Toi Mosalé, et toi Pèkonyané, ne soyez plus abattus, n'ayez plus le cœur malade. Nous revoyons Monaré; croyez toutes ses paroles; car son cœur est blanc comme le lait pour les Makololos. J'ai rêvé qu'il arrivait; et que la tribu sera sauvée si vous priez le seigneur, et si vous écoutez les paroles de Monaré. «

Ma-Poulényané nous a conduits à l'endroit où reposent M. Helmore, et sept autres personnes de la mission, nous désignant les individus qu'il a enterrés lui-m^me, et ceux auxquels Mafalé a rendu les derniers devoirs. Rien, toutefois, n'indique les tom-

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bes ; et les indigènes, avec leur idée de cacher les trépassés, nous disent en nous montrant ce cimetière ; « ce sera bientôt couvert de broussailles, car personne ne le cultivera. • Ma-Poulényané est le seul qui en approche ; les autres s'en éloignent. Ici on évite invariablement tout ce qui rappelle la mort ; et la coutume de prendre telle ou telle partie du corps humain pour en faire des charmes, coutume en usage plus près de l'équatêur, n'a jamais' existé chez les Makololos.

Divers objets, tels que la caisse de médicaments, la lanterne magique, des outils et des livres que nous avions laissés également en 1853, avaient été confiés par Sékélétou à ses propres épouses. Nous avons retrouvé chacun de ces objets en bon état. Le wagon est assez bien conservé pour que nous ayons pu ydoi^ mir; néanmoins la couverture a pourri dans un endroit; et pendant un voyage que Sékélétou a fait chez les Barotsés, les fourmis blanches ont détruit l'une des roues. Mantou et Sélponé, fenunes du chef, nous avaient fait cuire de très-bon bœuf, qu'elles nous ont servi en abondance, et de leur propre mouvement. Elles y ont joint une quantité de petits gdteaux, faits sur le modèle que les gens de notre suite ont rapporté de Loanda. Toutes les deux nous ont reproché avec grâce de ne pas avoir amené Ma-Robert (Mistress Livingstone) ; et nous répétant dans leur langue le babil de nos enfants, elles ont ajouté : « Ne devons-nous jamais les revoir, et ne plus connaître de leurs personnes que leurs noms ? > C'est avec une profonde gratjtude que nous rapportons- ces témoignages d'une bienveillance qui ne s'est jamais démentie, et dont nous avons reçu tant de preuves. Mais il ne faudrait pas se figurer que la confiance d'où provient ce bon , vouloir, puisse être inspirée tout d'abord, et par le premier venu. On ne peut acquérir d'influence sur ces peuplades que lorsqu'elles vous ont vu bien agir, et cela pendant longtemps ; enfin les bonnes manières ne sont pas moins utiles chez ces barbares que chez les civilisés.

Parmi les objets qui nous appartiennent, et que Sékélétou avait remis & ses femmes pour plus de sécurité, se trouvaient deux volumes de notes manuscrites, qu'au moment de partir pour la côte occidentale nous aurions voulu faire passer en Angleterre, L'un de ces volumes contenait des détails sur la découverte du lac'Ngami, et sur le Kalahari; l'autre des notes sur

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l'histoire naturelle. Une lettre y était jointe, et priait un voyageur quelconque, de faire parvenir ces papiers à H. Moffat. Les Makololos, qui nous rendaient tout le reste, n'avaient plus ces volumes, et déclaraient les avoir remis à un marchand dont ils avaient eu la visite. En apprenant que cet homme niait les avoir reçus, l'une des femmes de Sékélétou s'écria : ■ 11 en a menti, c'est moi-même qui les lui ai donnés. » La conscience se sera réveillée chez le dépositaire ; car nous avons retrouvé l'un de ces volumes dans le sac de dépêches qui nous est venu du sud, et dont la serrure a été enlevée par une main habile.

Après nous être munis d'une portion des médicaments qui se trouvaient à cent pas de l'endroit où les missionnaires ont péri faute de secours, nous sommes repartis pour Séshéké. Le chemin traversant un district infesté par la tsétsé, il nous a fallu voyager de nuit dans cet endroit, aGn de préserver les chevaux de la piqûre de cette mouche. Nous avons mis trois jours pour , aller, et trois jours pour revenir; nous arrêtant le soir dans un poste à bétail.

On nous a dit, k l'un de ces postes, qu'un lion avait été tué par un serpent. Nous avons souvent entendu parler d'animaux tués de la sorte; mais pendant nos vingUdeux années de résidence en Afrique nous n'avons vu qu'un seul cas où cette morsure ait amené la mort chez l'homme. Des frictions faites avec un mélange d'ipécacaanha et d'ammoniaque passent dans l'Inde pour être très-efilicaces. Une clef, dont on applique la partie forée sur la morsure, et qu'on y laisse quelque temps, en extrait le venin. Quand on n'a pas d'ipécacuanha, on le remplace par un peu de poudre que l'on brûle sur la plaie. ' En route nous avons vu dans la plaine, de grands troupeaux de kualatas, et beaucoup de harrisbucks, bien qu'en général ils habitent les montagnes *.

I. Unefemelledflkuoitata (égocero* equitut), Eucedans ces plaines, nous a donné

Pleda. Poucea.

Hauteur, prise au garrol 4 8

Longueur entière « G 3

Longueur dea tornes 2 ï

Demi^sirconférence, prise Ma poitrine 2 8

Ces chiffres peuvent intéresser les personnes qui s'occupent d'acclimaUtion. En Angleterre, les élans sont de petite taille. En Afrique nous en atoDs mesuré un

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La santé de Sékélétou s'est beaucoup améliorée; les tristes pressentiments l'ont quitté, la joie lui est revenue; mais il refuse toujours de sortir de sa retraite, et ne veut se montrer à ses sujets, que quand il aura recouvré ce qu'il nomme ses avantages physiques. En outre il a peur qu'il n'y ait dans la foule quelques-uns de ceux qui l'ont ensorcelé au début; et que l'effet de nos médicaments ne soit neutralisé par eux *.

Comme nous attendions un nouveau steamer qui devait se trouver à la cote au mois de novembre, il nous étoit impossible de rester plus d'un mois à Séshéké. Avant notre départ Sékélétôu,et les hommes les plus importants de la tribu, nous ont exprimé de la manière la plus formelle leur désir de voir des Anglais se fixer dans les montagnes des Batokas. Une fois ils nous ont même proposé de venir avec nous jusqu'à Phori pour y choisir l'endroit on l'on s'établirait. Ne voulant pas bouger avant que sa guérison fût complète, Sékélétou remit ce voyage à plus tard; et donna l'ordre de ne pas nous laisser remonter jusqu'à Séshéké, dans le cas où nous reviendrions. Il suffirait de l'avertir et il nous rejoindrait avec toute sa tribu. Le docteur Kirk étant du même âge que lui, Sékélétou désirait particulièrement le voir s'établir auprès d'eux. Il détacherait, disaitril, une partie de son territoire qu'il abandonnerait aux Anglais. Comme on lui faisait observer que leurs descendants pourraient causer des troubles dans le pays, il répondit que ces troubles ne seraient jamais que des querelles domestiques, n'ayant pas d'importance. Il suffit de voir l'étendue de ces terres incultes pour se convaincre de la fa-

qut avait eEx pieds qualrc pouces au garrol, et qui ne paraissait paa soflir de la moyenoe. La Hacililé avec laquelle cet animal preud la graisse, et la quantité d'eau qu'on lui trouve dans l'eitomac pciulant la plus grande sËclieresse nous ont toujours étonnés. Il se nourrit principale m enl de feuillage.

1. C'est avec chagrin que nous avons appris par M. UufTat que le pauvre Sékélétou est mort eu 1864. Ainsi qu'on le verra plus loin, nous avions emmené quelques-uns de ses hommes pour leur donner des médicaments qui lui étaient nécessaires. Mais au lieu de reporter bien vite à leur cher le paquet que nous leur avions donné, et qui, entre autres cboses, contenait de l'iode, ces hommes s'établirent sur les bords du Chiré. 11 n'y avait parmi cm que deux véritables Makololos qui ne pouvaient pas retourner seuls au pays , ni contraindre leurs serviteurs à quitter un endroit où ils nvaient dans l'aisance, et où ils étaient indépendants. Sékélétou vécut toutefois assez bnglemps pour recevoir les articles d'una valeur de cinquinte livres, que leur porta le tïls de M. MolTat à ta place des objets que nous avions laissés à Tété. Hobert Hoffat est mort également depuis cette époque.

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cilité avec laquelle y vivrait une population bien autrement nombreuse que celle ipii de nos jours pourrait s'y réunir.

Les tribus agricoles sont plus pacifiques que les tribus pastorales. A la fois pasteurs et agriculteurs, les Makololos ont pour les razzias de bétes bovines une passion qui les entraîne souvent à de grandes distances. Ces maraudes n'ont rien de déshonorant quand elles sont approuvées par le chef. Dites aux maraudeurs qu'ils ont volé du bétail, ils se mettront à rire, et vous répondront qu'ils n'ont fait que l'enlever. Chez les peuplades qui sont près de la cAte, si la traite des esclaves est le grand mal qu'il faut attaquer, ici l'enlèvement du bétail est le tort qu'il faut combattre, et dont on doit signaler les résultats fâcheux.

Ayant trouvé Sébélétou en possession d'un wagon sur lequel était le nom de M. Helmore, nous lui avons exprimé le donte que là personne qui lui en avait fait présent eût le droit de disposer d'une chose qui appartenait à un orphelin; et nous avons ajouté que si M, Moffat, à qui nous en avions écrit, partageait nos doutes à cet égard, le prix du wagon devrait être soldé en ivoire. Sékélétou reconnut que cette décision était juste, et y souscrivit immédiatement. S'il était venu chez les Makololos un homme ayant l'expérience, la sagesse, l'esprit conciliant de M. Moffat, il aurait trouvé en eux des gens tout disposés à la droiture ; et pas du tout les sauvages qu'on nous a dépeints sous leur nom '. 11 y a de bien grandes qualités au milieu de leurs défauts; la chose est incontestable; et nous ne connaissons pas de champ qui puisse offrir plus d'avantages à un missionnaire actif et sensé.

Nous leur avons souvent montré que ces expéditions barbares, telles que les razzias qu'ils ont faites l'an dernier chez les Damaras, produisaient fatalement chez eux tous les maux qu'ils allaient semer ailleurs Cette idée que le mal qu'ils ont fait re> jaillit sur leur tribu leur est déplaisante ; ils n'aiment pas qu'on leur dise ouvertement que ceux qui ont répandu le sang des autres peuples, et qui, rentrés daus leurs villages, tuent leurs

I. AllusioQ au tollé qui s'éleTa en Angleterre contre les Hakolclos après les déssstrea de la mUsion île Sésbéké. Non-seulement od les accusait d'aToir empoisoimé H. Helmore et ses campagnons; mais on attribuait à leur brutalité l'in- SUCCË9 des missiooDBires; et TindigiiatioD était d'autant plus grande qu'on avait tonde plu« d'espoir sur cette enlreprise religieuse. (Sou du tradu«fn<r.)

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compatriotes sous prétexte de magie, sont les seuls qui fassent usage de maléfices ; que d'assassiner les enfants du Père céleste pour s'emparer d'un bétail qui ne vous appartient pas, est se charger d'un crime aux yeux du Seigneur; enfin que ceux qui ne donnent pas la paix aux autres ne peuvent en espérer aucune de la part du Chef Suprême. Tout cela leur paratt juste ; ils ne le contestent pas ; et se bornent à vous répondre que les noirs n'ont pas le cœur pareil à celui des blancs; qu'il y a de vrais sorciers dans leur pays ; que si les choses qu'ils font d'après la coutume sont des crimes, ce n'est pas leur faute; mais celle des blancs qui no leur ont pas donné le Livre; et de Jésus qui les a moins favorisés que nous autres. Pas un n'essaye de justifier le sang versé ; mais quand on parle de l'enlèvement du bétail, it en est qui vous disent:» Pourquoi ces Makalakas (t«rme de mépris qui désigne les tribus noires) ont-ils des bœufs, s'ils ne savent pas les défendre? * La mère de Sèkélétou affirme que c'est Mosilikatsi qui a rendu les Makololos avides, ou, suivant ses propres expressions) qui leur a fait jaunir le cœur. «Il leur a pris leur bétail ; et la faim qu'ils ont eue , dit-elle , leur a fait convoiter celui des autres. ■ D'après ces paroles on peut se figurer le genre d'éducation qu'elle a donné à son fils

Néanmoins ils cherchent parfois à rétablir la paix entre eux. Un jour des hommes se disputaient; ils en étaient venus à se colleter, lorsqu'un Makololo se leva, et pour empêcher un malheur, alla sans bruit enlever les lances du coin où elles étaient; puis revenant à côté de nous : • Il est dans la nature des taureaux, dit-il, de s'entre-déchirer. » Le même instinct est probablement au fond des muscles barbares, sinon des muscles civilisés.

La dernière fois que nous avons officié à Séshéké, nous avons, après le service, invité les hommes à causer des différents points qui ont été l'objet de nos prédications. La mort avait fait tant de vides parmi eux en notre absence, qu'il y avait beaucoup de probabilités pour que nous ne nousrevissionsplus. Cette pensée nous conduisit à parler de la vie future. Ils répondirent qu'ils seraient désolés d'offenser l'orateur, mais qu'ils ne pouvaient pas croire à la résurrection des morts. ■ Ceux qui ont été tués dans le combat et dévorés par les vautours; ceux dont les hyènes et les lions ont fait leur proie, ou qu'on a jetés dans la rivière et qui ont été mangés par plusieurs crocodiles, comment

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pourraient-ils ressusciter? ■ Nous leur avons dit que certains hommes prenaient une balle de fusil, et la changeaient en un sel (acétate de plomb); qu'ils faisaient fondre ce sel dans l'eau, de même que nos corps dans l'estomac des hyènes ou des vautours, et qu'après avoir été complètement fondu, le sel était rechangé en plomb ; ou bien qu'avec cette balle on faisait le rouge et le blanc dont sont peints nos chariots, et que cette peinture redevenait ensuite le plomb dont la balle avait été formée. Que si des hommes, d'une nature exactement pareille à la leur, faisaient de semblables choses, que ne pouvait pas accomplir Celui qui a créé l'œil pour voir, et l'oreille pour entendre. Nous avons cependant ajouté que nous croyons à la résurrection des morts, DOQ pas parce que nous en comprenons la possibilité ; mais parce que le Père céleste nous l'a dit dans son Livre. Citer la Bible el son auteur parait toujours avoir sur eus plus d'influence que les démonstrations tes plus ingénieuses. Ils savent peu de choses; mais en général dans tout ce qui ne sort pas du cercle de leurs connaissances, ils raisonnent avec précision et clarté.

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