CHAPITRE XXV
Baie ds Kota-Kota. — Araties construisant une daou. — Réunion d^digènes sur tons les pomta où ils croient être à l'abri de la gruerre. — he mabomëtisme fàit-il des progrès en Afrique ? — Moralité des Africuu plus grande que celle des sectateurs de Mahomet. — Départ pour l'ouest. — Ascension du plateau. — Initiation. — IVftUl? de la traite. — Effets de la raréfaction de l'air, — Religion primitive des Africains. — Bites cruels limités à la province de Dahomey. — Influence de certaines plantes. — Absence d'idoles. — Climat humide. — Loangoua du tàe, et Loangoua des Maravis. — Matoumboka. — Dents limées et tatouage. — Puissance du marchand d'esclaves tirée de la poudre. — Cbuse k l'esclave, mode d'attaque. — Mouazî dans le Kasoungou. — Causes des inondations. — Pluies. — Influence des vents sur le climat. — Partage des eaux. — Renseignements géographiques. — Comparuson entra l'Inde et cette partie de l'Aâique. — Fossiles. — L'Age de fer. — Topographie. — Langage des indigènes.
Arrivés te 10 septembre, dans l'après-midi, à la baie de Kota- Kota, nous nous sommes assis à l'ombre d'un superbe ^uier sauvage, dont les feuilles ont dix pouces de long sur cinq de lai^e, et qui est à peu près à un tpiart de mille des établissements d'ïalcobe-ben-Arame, et de Juma-ben-Saldi. On se rappeUe que nous avons rencontré ces Arabes sur le bord du Kaombé, à l'époque de notre première exploration du lac.
Il y avait ptu de temps que nous étions assis lorsque Juma, qui est évidemment le chef du comptoir, apparut suivi d'une cinquantaine de personnes, et, après nous avoir salués, nous invita à prendre nos quartiers dans son village. Mais la case qui nous fut proposée était si petite et si malpropre, que nous avons mieux aimé coucher à la belle étoile que de dormir dans ce taudis. C'était une méprise ; Juma s'en est excusé ce matin ,
Nous lui avons rendu sa visite, et l'avons trouvé fort occupé de la construction d'une daou ' . Celle qu'il avait, ayant fait nau-
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frage, il lai en fallait une autre. La nouvelle a cinquante pieds de long, SUT douze de large, et cinq de profondeur. Le bordage est fait avec un bois qui ressemble au tek, et s'appelle ici tirrd»ai; la membrure est en msoro, dont le graîu est plus serré.
Si tout d'abord nous avions vu cette daou, nous n'aurions pas essayé de transporter un vapeur en fer de l'autre cAté des cataractes. Les arbres qui entourent le village de Katosa sont précisément des timbatis; ils nous auraient fourni des planches de cinquante pieds de long sur deux pieds et demi de large ; et, avec l'assistance des charpentiers indigènes, nous aurions eu un bon navire, dont la construction n'aorait pas demandé plusde temps que le portage du lady Nyassa, et aurait coûté infiniment moins cher.
Juma ne consentirait à aucun prix à nous vendre sa daou. Il fait dans ce moment-ci un commerce très actif. Deux bateaux, contiDuellement en voyage, transportent ses esclaves de l'autre cAté du lac; ils viennent de revenir, et l'on se dispose à les recharger.
.Nous sommes tombésaumilieude trois bandes de jeunes noirs vigoureux, chacun fixé par le cou k la chaîne conmiune ; plusieurs avec la fourche qui les tient à la gorge, et attendant qu'on les exporte. Sachant combien cette vue nous est pénible, Juma les a poliment fait emmener dès le commencement de la visite.
Il y a deux ans, quand nous les avons rencontrés, ces Arabes n'avaient qu'une suite peu nombreuse. Aujourd'hui, d'après ce qu'ils nous ont dit eux-mêmes, ils possèdent quinze cents âmes, tant dans leur village que dans les environs. En outre, c'est par dizaine de mille que l'on se réfugie auprès d'eux. Ds ont des fusils; tel est le secret de leur pouvoir : on compte sur leur protection.
Cette afiluence de fugitifs sur tous les points oti il y a apparence de sécurité, est fort commune dans ce pays-ci, et nous fait penser qu'une mission établie au bord du lac ne pourrait manquer de réussir. Toutefois, la disette et le commerce de Juma aurontbientôt dépeuplé ces lieux. Avantqu'ilsoitlongtemps, laiaim poussera les réfugiés à se vendre les uns les autres. Un homme intelligent nous disait hier qu'il arrivait souvent aux Arabes de s'emparer des individus qui leur plaisent, et de négliger d'en faire l'acquisition. Hais le prix est tellement faible : de deux à
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quatre yards dé calicot par tête, que l'escroquerie n'eu vaut pas la peine.
Les bateaux sont constamment employés. Chose assez curieuse, Ben-Habib, que nous avons rencontré à Linyanti en 1855, a traversé le lac précisément la veille du jour où nous sommes arrivés à la baie. Il venait de Seshéké et se rendait à Quiloa.
Parmi les serviteurs de nos Arabes se trouve un nommé Selélé-Saïdallah, qui B passé quelques mois dans la vallée fiarotâé, et parle assez couramment la langue des Hakololos.
Depuis notre enlance, nous lisons dans les livres de voyages que le mahométisme fait chaque année de grands progrès en Afrique; que sa marche, du nord au sud, est tellement rapide, qu'avant peu tout le continent sera soumis à la loi du faux prophète. Nous avons constamment cherché, dans nos pérégrinations, dont le cercle ne manque pas d'étendue, à savoir où en était ce fiol envahisseur. Tout ce que nous avons pu découvrira ce sujet, c'est que, dans le nord^ouest de l'Afrique, les Foulaha et les Mandingues, ainsi que plusieurs tribus du nord, ont agrandi leurs territoires, comme nous l'apprend le docteur Barth. Hais il leur importe si peu d'étendre leur religion, qa'aprës la conquête, ils n'ont rien fait pour communiquer leur doctrine aux vaincus. Ceci est parfaitement d'accord avec l'impression que nous ont laissée tous les mahométans que nous avons rencontrés. Il n'y a que les disciples du Christ qui aient un vif désir de propager leur foi.
' Bien que Sélélé et ses compagnons soient attachés à leurs maîtres par des liens domestiques, la seule idée nouvelle que le mahométisme leur ait inculquée, c'est qu'il est ma) de manger d'une bëte qui n'a pas été tuée par des musulmans. Si vous leur demandez pourquoi, ils vous répondent que cela porte malheur. Absolument comme les habitants de Kolobeng, qui n'auraient pas voulu piocher la terre le dimanche, de peur de récolter de mauvais grain.
Autant qu'il est permis d'en juger, aucun effort n'a été fait ici pour convertir les indigènes, bien que ces deux Arabes, et une demi'douzaine de métis musulmans, habitent le pays depuis de longues années. Enfin, d'après l'expérience que nous avons faite des douze mahométans qui sont restés avec nous pendant seize mois, et dont les gages étaient fort élevés, les
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ET SES AFPLDENTS. 477
Africains vaudraient d'autant mieux qu'ils sont moins convertis. Gela peut paraître un jugement téméraire, inspiré par la prévention religieuse; mais, sans être impartial jusqu'à ne pas laisser voir de quel cdté penchent ses affections, tout individu sincère qui verra les Africains et les mahométans, sans parti pris, pourra constater le fait.
Ue toute la bande, nos Anjouhannais élaient les moins sensibles aux bons procédés; et il y avait une grande différence entre leur conduite et celle des Africains. Jamais les indigènes, Hakololos et antres, n'ont fait cuire la moindre chose sans en donner à leurs camarades. Nos mahométans, au contraire, s'éloignaient d'eux pour manger.
Nous l'avons d'abord attribué à leurs principes religieux; mais, quand ils voyaient la cuisine des autres à peu près terminée, ils savaient fort bien aller s'asseoir à cdté des païens, et accepter la portion qui leur était offerte, sans jamais songer à rendre cette politesse. LesMakololos et les autres se plaignaient de leur avarice, mais n'en suivaient pas moins la coutume africaine, qui consiste à partager ses aliments avec tous ceux qui vous entourent.
Ce qui, surtout, nous blessait chez ces hommes de Johanna, c'était leur Indifférence à l'égard les uns des autres. Un jour qu'ils revenaient au navire, après avoir couché sur la rive, l'un d'eux entra dans la rivière avec l'intention de rejoindre le bateau à la nage ; il avait à peine de l'eau jusqu'au genou, quand il fut saisi par un crocodile qui le fit tomber et l'entratna. Le pauvre garçon jeta un cri déchirant ; il tendit la main pour appeler du secours; mais pas un de ses compatriotes ne lui vint en aide, et jamais on ne l'a revu. Son beau-frère, auquel on demandait pourquoi il n'avait pas cherché k le sauver, Gt cette réponse : ■ Personne ne lui avait dit de se mettre dans la rivière; c'est de sa faute s'il a été tué. > Par contre, les Makololos, entendant le cri d'une femme, qu'ils ne connaissaient pas, se jetèrent dans le Zambèse sans hésiter, et arrachèrent la malheureuse de la gueule du crocodile.
Nous n'entendons pas rejeter sur le mahométisme la conduite de nos Anjouhannais ; beaucoup de musulmans pourraient être opposés avec avantage à une foule de chrétiens; mais, d'après ce que nous avons vu dans cette région, la moralité des secta-
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tenrs de Uahomet est bien inférieure à celle des iodigènes. Le zèle qui les poussait autrefois à répandre la doctrine du Coran s'est évanoui, et a fait place h l'égoïsme le pins profond, à la sensualité la plus grossière. Les seuls efforts que les mabométans aient faits de nos jours, ceux qui, par exemple, ont eu lien dans le nord et le nord-ouest de l'Afrique, se rattachent d'une manière tellement directe aux profits de la conquête : domination et pillage, qu'ils ne méritent pas le nom de propagande religieuse.
La religion du Christ est la seule qui fasse maintenant des prosélytes. Rien à cet égard de plus significatif que ce fait bien avéré : tandis que les Foulahs et autres mahométans, convertissent quelques individus par un procédé qui satisfait leurs passions cupides, trois petits groupes de nouveaux chrétiens, placés aux Antilles, dans l'ouest et dans le midi de l'Afrique, donnent volontairement, pour le soutien et la propagation de leur foi, la somme déplus de quinze mille livres (375 000 francs)'. Une religion qui dompte ainsi l'égoisme, et le détruit au cœur de l'bomme, doit être d'essence divine.
£n quittant la baie de Kota-Rota, ayant pris à l'est, nous nous sommes trouvés sur la route que suivent les marchands d'esclaves pour aller au pays de Cazembé, et à celui de Katanga dans la province du Londa. Jnma nous a fait conduire par Sélélé, son domestique, jusqu'à la première étape. D'après ce qu'il nous a dit, les traitants de Quiloa et d'Jboé, qui traversent le Nyassa, débarquent soit à la baie de Kota-Kota, soit à Tsenga; ou bien encore k l'extrémité sud du lac; mais quelle que soit la plage où ils atterrissent, c'est toujours par le sentier que nous suivons qu'ils se rendent dans l'intérieur.
Us sont accompagnés d'esclaves qui portent leurs marchandises. Quand ils se trouvent dans un endroit oà il leur est facile d'en acheter d'autres, ils s'arrêtent, font du commerce, et tout d'abord sèment du grain. La terre inculte est si vaste, que chacun peut en prendre autant qu'il en désire ; personne ne s'y oppose. En attendant la moisson, ces Arabes se procurent an
1. Ed 18B4, relise iudigèDa de Sierra-Leone entreprit de iuliTeDir aux tnit de
ses écoles primaires, ce qui coosiitua pour la SocièU des Hissions une écODomie annuelle de huit cents livres. Eu 1861, les souscriptions de celte église africaitw se sont Uetéei k plus de dix mille livres (350 000 francs.) { JTanual of Ch«r«h miuitmory Society'i Âfriean Mitriont.)
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champ de manioc, qu'ils ont pour une bagatelle ; ils s'installent, et font du commerce dans le pays pendant deux on trois ans, mettant leurs mousquets au service du chef qui se montre le plus généreux.
Partis de La baie, nous faisons la première étape sur une plaine fertile et bien cultivée. A cette plaine succèdent de hautes terres acddentées et pierreuses, couvertes d'arbres chétifs.
Des bancs de galets apparaissent fréquemment. Les éclats de roche, tels qu'ils se produisent de dos jours, sous t'influence de la chaleur et du froid, ainsi que nous l'avons expliqué, n'ont pas cette forme arrondie. Nous traversons le Kaombé, qui coule sur ces dunes, et nous retrouvons la végétation des hauteurs : ' rhododendrons, protéacées, masoukos et molompis.
Au pied du mont Kasouko-Souko passe la Boua, se dirigeant au non! pour se jeter dans le Kaombé. Cette rivière est assez profonde en certains endroits pour contenir des hippopotames; il nous a fallu faire plus d'un mille avant d*y trouver un gué.
Les diflërents cours d'eau que nous avons franchis, depuis que nous marchons parallèlement au lac, nous ont conârmé le témoignage des indigènes, à savoir que le Nyassa ne reçoit pas de rivière importante dans sa partie supérieure. Du reste, il n'est pas besoin d'un affluent considérable pour expliquer le cours permanent du Chirë.
Nous croyions avoir devant nous le versant d'une chaîne de montagnes ; mais celte longue pente, qui nous paraissait continue, est formée d'une série de belles collines, aux sommets arrondis, et couverte de bois. D'étroits sentiers nous font à chaque instant gravir et descendre des cdtes rapides, ayant entre elles des ruisseaux d'eau vive, bordés de grands arbres verts. Les arbres à feuilles caduques ont les branches nues, et jouissent du repos hivernal, bien qu'ils ne soient qu'à douze degrés de l'équateur.
Nous trouvons les habitants occupés & faire de belles nasses, et d'autres paniers avec du baolbou fendu, ou bien à battre l'écorce dont ils fabriquent des vêtements. Au nord de ce district, l'écorce employée & cet usage est celle d'un figuier.
Le manioc est le principal objet de la culture de ces hautes terres. On y fait venir également beaucoup de ricin, dont l'huile
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sert & graisser le corps des villageois; et surtout leur chevelure, qu'ils porteDtdans toute sa longueur.
L'habitude qu'ils ont, pour la plupart, d'étirer soigneusement leurs cheveux, disposés par masses de formes diverses, fait que leur toison est peu frisée, moins que celle des moutons à grande laine. Selon toute apparence, l'huile contribue à ce résultat, en leur maintenant les cheveux droits.
Nous avons vu les femmes d'un villi^e célébrer, par des danses et des chants, une cérémonie qui concernait deux jeunes filles de douze à quatorze ans, et qui est analogue à la boyalé des Béchuanas ; on l'appelle ici moari; ces dâux noms sont évidemment de la même famille *.
Les postulantes étaient vêtues d'une profusion de perles, et avaient la tête et la figure barliouillées de terre de pipe, ce qui leur donnait l'air d'avoir un ancien heaume attaché sous le menton. Les femmes dansaient avec tant d'ardeur, et mettaient tant de zèle à diriger les mouvements des novices, qu'elles n'écoutèrent pas les instances des hommes qui les suppliaient d'aller broyer du grain, et de se vêtir des étoffes que nous avions apportées.
D'où viennent ces us^s que l'on retrouve, ainsi que nombre de lois, chez des tribus disséminées sur des millier? de milles? Personne ne pourrait le dire. Ils semblent avoir laissé dans l'esprit de ces peuplades une impression ineffaçable, qui leur a fait traverser les siècles sans altération aucune.
La boguéra des Béchuanas et des Hakololos tient un peu de l'initiation des Juifs; mais c'est une institution politique, et non religieuse. On peut encore moins lui attribuer une origine arabe. Quoi qu'il en soit, les initiés n'en parlent qu'à voix basse, et avec des détours qui prouvent, qu'à leurs yeux, la chose est très-sérieuse.
15 septembre. — Arrivés au tenne de l'ascension, dont les montées et les descentes perpétuelles nous ont tant essoufflés, nous avons eu à traverser des eaux vives non moins fratcbes que délicieuses.
Au sommet du Ndonda, où nous sommes aujourd'hui, et où
1. Voir Esphraliont dan» l'Afrique australe, page 166. (Hacbctle, Paris, 1859.
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J'ébuUition de l'eau indique use altitude de 3440 pieds au-dessus de rOcéao, l'air est parfait.
De cette hauteur, la vue du lac est magnifique; toutefois, le - poudroiement de l'atmosphère empêche nos regards de franchir ' la nappe d'eau.
La scène est admirable ; mais impossible d'en séparer les vallées et les collines de la douloureuse idée de la traite. C'est la route que prennent maintenant les chasseurs d'esclaves. En la suivant, des milliers de captifs arrivent à la câte, et voient la mer avec désespoir; car tous sont persuadés qu'ils partent pour être mis à l'engrais, et mangés par les blancs.
Ils ne souffi^nt pas, dit-on, comme nous le ferions à leur place; ■ leur sensibilité est loin d'être exquise, leurs sentiments sont plus obtus que les nôtres : > bref, les anguilles sont habituées à être dépouillées toutes vives; peut-être même cela leur fait- il plaisir. Quant à nous, qutne donnons pas dans cette haute philosophie, nous bénissons la Providence d'avoir repoussé, aux Thermopyles, le (lux de la conquête orientale; d'avoir guidé les événements de telle sorte que la liberté et la lumière êvangélique pussent gagner notre lie lointaine, émanciper notre race, et nous délivrer de la crainte d'être forcés de gravir et de descendre des montagnes, les fers au cou et aux mains, ainsi que le firent jadis les Bretons mis en vente sur le marché de l'ancienne Rome.
Ce qui d'en bas nous paraissait être une chaîne de montagnes, situées au couchant, est la lisière d'un plateau, qui d'abord onduleux, offre bientôt une surface plane, et s'incline vers la grande auge centrale. Au sud, est une montagne dominante, appelée Chipata; au sud<ouest, se trouve le Ngalla, où la Boua prend, dit-on, sa source; ces deux monts donnent du caractère au paysage. Au nord, des massifs de collines nous empêchent de voir à plus de huit ou dix milles.
L'air des hauteurs, si vivifiant pour nous et qui nous met en joie, a produit l'eflet opposé sur cinq de nos hommes, tous les cinq natifs du delta du Zambëse, et habitués à la malaria. A peine eurent-ils gagné le plateau, qu'ils tombèrent dans un état de prostration complète, et se couchèrent en se plaignant de douleurs générales. La température moyenne était cependant de 84' 6/9 : 27' 7/9 la plus grande chaleur du jour, 1 1" 1/9 le
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point le plus bas où descendit le thermomètre. Peu de différence avec la chaleur des bords du lac, où bous n'avons pas eu plus de 36 degrés.
Impossible de leur faire un traitement rationnel ; le mal n'offrait pour tout sympUme que la douleur qu'ils accusaient; et il était évident qu'ils avaient raison de se plaindre. Ils se scarifièrent toutes les parties du corps, sans en éprouver de soulagement. Nous pensâmes qu'ilyavaiteu refroidissement subit; mais tous tes médicaments administrés d'après cette supposition ne produisirent aucun effet; et l'un de ces malheureux mourut le second jour, tué, autant que nous pouvons le croire, par le passage d'un air insalubre à un air plus raréfié et plus pur.
Gomme il arrive toujours, sur la route de la traite, les gens que nous rencontrons sont peu serviables, et moins polis qu'ailleurs. Aux remontrances que nous leur adressons à cet égard, ils nous répondent : ■ Ceux qui achètent des esclaves nous ont rendus défiants. >
La mort qui a frappé l'un des nétres avait cependant paru les toucher. Ils nous ont conduits A leurs cimetières, nous ont prêté des houes, et même nous ont aidé à creuser la fosse. Maisajant offert de les payer, nous avons vu que ces bons offices étaient loin d'être gratuits. Le loyer de la case où avait été le malade, . le prêt delà natte où on l'avait couché, celui des houea, le travail des fossoyeurs, tout cela nous fut compté ; jusqu'à la médecine qui avait été répandue sur la tombe pour le repos du défunt. La puissance attribuée à certaines drogues, faites avec des plantes connues des initiés, est le trait le plus saillant de la religion des Africains. Suivant eux, il n'existe pas seulement nu spécifique pour tous les maux du corps ; il y en a aussi pour toutes les blessures morales. Avec des médicaments on peut se rendre propices lesAzimos ou Bazimos, qui sont les bons esprits des trépassés; enfin on les honore en leur offrant de la bière, de la viande ou toute autre chose qu'ils ont aimée ici-bas '. Les mêmes procédés empêchent les mrhisis, ou mauvais esprits, de faire des dégâts dans les jardins. Toutefois, nous n'avons en-
1. Donner des aliments, ou taire briller un cierge, oITraiide de cire ou de ntid, nous j voyans peu de dilfcreace , d'autint que le but est le même : bonçrer Tasprii d'un trépassé, aâu de se le rendre faïorahie. [.Vow du tradueleur.)
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tendu parler de ces esprits malfaisants qu'à Tâtë, et nous ne sommes pas sûrs qu'ils soient d'origine africaine.
Un homme avait mal à la tête : • Défunt mon père me gronde, nous dit-il ; je sens sa colère dans mon front. > Il s'éloigna des autres, mît un peu de viande sur une feuille; et implora l'esprit paternel, en levant les yeux vers le point où il le supposait.
Les noirs ne se gloriGent pas de leurs prières comme les mahométans. C'est d'une façon respectueuse qu'ils parlent de l'Esprit de l'univers ; et ils recherchent l'ombre et le silence pour lui rendre leur culte. Le musulman, persuadé de sa supériorité sur le reste des hommes, et qui, pour obéir à sa religion, doit foire parade de ses sentimenls pieui, s'agenouille devant tout le monde, à la manière du pharisien. Le nègre se retire pour prier, de même que le disciple du Christ ferme sa porte avant d'invoquer le Përe qui lit au fond des cœurs.
La foi primitive des Africains parait être celle-ci :
n y a'un Créateur tout-puissant du ciel et de la terre.
Toutes les plantes ont été données h l'homme pour lui servir de médiatrices auprès de l'Esprit du monde.
Tous les morts vont rejoindre le grand Être, et continuent h vivre.
Le péché consiste h olTenser les autres, et à nuire à ses semblables, non-seulement ici-bas, mais outre-tombe.
Enfin la mort est souvent la puniton d'un crime, tel que la sorcellerie.
Leur idée du bien et du mal ne diflère pas de la nfitre. Toutefois ils ne se croient responsables de leurs actes qu'envers les Esprits inférieurs, et ne croient pas avoir de rapports avec l'Être suprême.
« Nous n'avons pas attendu la parole des blancs, nous disent les plus intelligents d'entre eux, pour savoir que la médisance, la haine, le mensonge, la désobéissuice aux ordres paternels sont de grandi'S fautes. ■
En fait de morale la seule chose que nous leur ayons apprise c'est qu'on ne doit pas avoir plusieurs femmes. Jamais ilne leur serait venu à l'idée que c'était répréhensible.
Tout ce qui ne peut pas s'expliquer par les causes ordinaires, soit en bien, soit en mal, est attribué par eux à la divinité. Us croient & un lien indestructible entre les vivants et les morts ;
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quand un des leurs expire, il va, disent-ils, rfjjoindre ses ancêtres.
Tous les Africains que nous avons vus n'étaient pas moins persuadés de leur vie future que de leur existence présente ; et nous n'en avons pas rencontré chez qui la croyance en un Être suprême n'eût des racines profondes. Ils en parlent invariablement comme de l'Auteur de toute chose, dans l'ordre surnaturel. A moins de ne pas connaître leur langue, il est impossible de ne pas remarquer ce Irait caraclérislique de leur foi.
Quand ils passent de ce monde dans l'autre ils ne semblent redouter aucun chdUment.
Les ustensiles, déposés sur les tombes, sont tous brisés, ainsi que nous l'avons dit, comme pour annoncer que le défunt ne doit plus s'en servir. Le corps est enterré assis, les mains jointes sur le front.
On pourrait voir dans quelques légendes, trouvées en certains endroits, comme une vague idéede résurrection; mais ces fables, transmises d'âge en âge, ont-elles pour les indigènes le même sens que pour nous ? la chose est douteuse. Néanmoins on pré' tend que la vraie tradition est celle-ci : ■ Bien que l'homme meure il revivra. > Et que l'assertion contraire. < Quand on est mort c'est pour toujours. > est regardée comme une erreur.
Bien qu'assez triste aux yeux d'un chrétien , la religion africaine est naturellement douce. Si elle a dégénéré en superstition atroce; si, au Dahomey, le sang humain a pris la place des plantes propitiatoires, ce n'est que sur un point du continent; et le mépris insensé de la vie humaine cité par Speke est tout à fait exceptionnel. Nous-mëme avons entendu parler, en 1853, d'un possesseur du tief de Matiamvo qui avait de ces accès sanguinaires; mais il était fou, la chose est notoire, et le respect des Africains pour l'autorité royale le préservait seul de la décapitation. C'est probablement la même cause qui protège le Mtésa de Speke.
Diverses parties du corps humain sont également offertes à l'Esprit du monde en deux ou trois endroits; mais taier de cruauté la religion africaine, en raison de ces abus, ne serait pas plus Juste que d'accuser tous les nègres d'anthropophagie parce qu'on mange de l'homme sur un ou deux points de l'Afrique.
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La foi aux sortilèges découle nécessairement de leurs croyances. Dès que les végétaux ont des vertus surnaturelles, l'bomme qui en veut aux autres peut leur infliger tous les maux avec une écorce ou une racine. Par le même motif on peut combattre cette influence au moyen d'autres simples; et une corne, ou t«ut autre objet, renfermant la drogue préservatrice, est portée comme amulette. Ouelquefois c'est une image grossière. Néanmoins ces divers articles, sachets, cornes, ou images, f^^rù ou jeujeus, comme on les nomme, perdent leur caractère sacré dès qu'ils ne sont plus efBcaces ; et le culte des idoles, qu'ils paraissent impliquer, n'existe pas plus chez les Africains que chez les civilisés porteurs de médailles, ou de scapulaires, et dont les églises sont remplies d'images saintes. Sitôt que le fétiche ne produit pas l'effet demandé, on le jette comme inutile, et sans le moindre scrupule. M. Wilson, dont noua avons déjà cité les écrits, donne, à cet égard, des détails que nous ont confirmés nos observations personnelles.
Prenant à l'ouest, nous traversons d'abord un territoire légèrement ondulé, au sol argileux et rougeâtre, qui, d'après la richesse de ses produits, paraît être excessivement fertile.
Franchi de nombreux cours d'eau ; les uns vont au sud pour rejoindre la Boua; les autres prennent au nord, et se jettent dans la Loangoua, que nous avons vue déboucher dans le lac.
C'est ensuite dans des puits et dans des mares que l'eau se rencontre principalement. Un peu plus loin, marchant toujours vers l'ouest, nous retrouvons de petites rivières, qui, d'après ce qui nous est dit, prennent deux directions différentes : les unes se rendent à la Loangoua du Nyassa; les autres & la Loangoua du Zambèse, qiVi se dirigeant au sud-ouest, va rejoindre ce fleuve à Zumbo; elle s'appelle ici la Loangoua des Maravis.
En général les arbres sont chétifs, et couverts d'un lichen, ressemblant à de l'orseille, absolument comme s'ils étaient soumis au climat de la cAte. Le maïs, qui pourtant se plaît dans un sol humide, a été semé à la crête de sillons, faits pour drainer la terre. Tout révèle l'humidité du pays; la saison pluvieuse approche; et les habitants nous annoncent que l'inondation ne nous permettra probablement pas de traverser la contrée.
Les villages, défendus, suivant la coutume, par de grandes haies d'euphorbe, sont nombreux, et entourés de vastes cul-
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tures. Le grain et les volailles abondent. Nous voyons des colombiers pareils à ceux d'Egypte.
Les habitants se désignent eux-mêmes sous le nom de Uatoumbokas; mais la seule différence qu'il y ait entre eux et le reste des Itlanganjas consiste dans la manière dont leur figure est tatouée. Leur marque distinctive est composée de quatre lignes, s'épanouissant en éventail, et dont la base est entre les sourcils. Comme tous les Manganjas ils ont la poitrine, le dos, les bras et les cuisses ornés de coutures saillantes qui s'enlre-croisent sous différents a'ngles, et forment sur c«3 parties de nombreux dessins triangulaires. I>our obtenir ce résultat, on fend l'épiderme avec un couteau ; et l'on écarte les bords de l'incision de manière à faire apparaître le derme.
Le procédé se renouvelle, la cicatrice se fait en relief, et donne ces bourrelets qui passent pour des embellissements. Peu iroporle la douleur, quand c'tst la mode qui l'impose.
Ici les dents sont limées en pointe, comme chez les Babisas. Les autres Manganjas s'entaillent les incisives de la mâchoire supérieure avec de petites pierres de quartz; chez les uns la coupe est en biseau ; chez les autres elle est ronde, de sorte qne les dents sont en demi-lune. Ailleurs on n'enlève qu'une portion des deux incisives médianes, ce qui produit une brèche triangulaire au milieu du râtelier. Il est étonnant que ce limage et ce taillage ne déterminent pas de névralgies dentaires, comme il arrive chez nous lorsqu'une dent vient à se briser. Mais ici les dents sont plus solides ; elles s'usent fréquemment avant de se gâter, ainsi qu'on le remarque aux momies d'Egypte. « Ses dents sont usées jusqu'aux gencives. ■ est une phrase souvent employée pour désigner l'âge avancé d'une personne. Toutefois bien que les maux de dents soient moins nombreux ici qu'en Angleterre, ils n'y sont pas très-rares.
Cette manie de se ravager la denture, qu'ils auraient très-belle sans cela, est commune aux deux sexes. Ils se donnent également beaucoup de mal pour que leurtète paraisse se projeter à la fois en haut et en arrière ; et ils atteignent ce but par la façon dont ils se coiffent. La grande élégance, chez les Babisas, est d'avoir les cheveux disposés de telle sorte qu'ils figurent un casque de dragon.
Nous neparlerions pas desmenuesdifGcuItésde la route, dif-
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licultés qui assiègent tous les explorateurs de pays neufs, si les . embarras que nous rencontrons ne se rattachaient pas au commerce d'esclaves, et ne témoignaient de l'influence qu'il donne à ceux qui le pratiquent. Nos hommes étant malades, bien qu'ils puissent encore marcher, il nous faut des porteurs. Les conditions faites, on nous dît souvent à l'heure du départ que plusieurs des gens que nous avions loués ont été pris par les traitants; quelquefois même ceux-ci les enlèvent tous.
Ces marchanda d'esclaves ont la baute-main dans toutes les affaires, et l'on ne doit pas s'en étonner : la poudre leur donne la toute- puissance. Les tribus armées d'arcs et de flèches ne connaissent que l'embuscade. C'est dans tes bois, ou dans tes hautes herbes, que leurs guerriers attendent l'ennemi; jamais en rase campagne. 11 en résulte que si on les attaque avec des armes h feu, h l'époque où l'herbe a été brûlée, ce qui arrive toujours, ils ne peuvent plus se défendre ; leur position est celle d'un navire de commerce en face d'un vaisseau cuirassé.
La chasse à l'homme se fait donc au moment où l'incendie vient de finir, ou quand l'herbe est assez mûre pour s'embraser promptement. Cette herbe sèche est pareille à nos blés au moment où on les rentre. Qu'on se figure un de nos villages entouré de ces chaumes arrivant à la crête des toits, et n'ayant de limite que l'horizon ; le feu mis tout k coup k cette paille, sur une largeur d'un ou deux milles, par le simple contact des brandons que l'ennemi promène; le vent poussant la Oamme vers le village condamné; celui-ci n'ayant qu'un ou deux mousquets, et, dix fois pour une, manquant de poudre; les flammes bondissant à trente pieds de hauteur, au milieu d'un nuage compacte defnmée noire, et 'les éclats du chaume retombant en averse charbonneuse. Quel est le paysan d'Angleterre, qui, n'ayant que des flèches à opposer aux balles de l'ennemi, ne reculerait pas devant cette muraille ardente 1
Lorsque de loin nous avons vu pareille scène, et que malgré la distance, nous nous sommes trouvés littéralement inondés de ces charbons, non moins pressés que les flocons d'une neige épaisse, nous avons compris sans peine le pouvoir du chasseur d'esclaves, et le secret de sa puissance.
Arrivés chez Mouassi, ou Mouazî, le SI septembre. Le village est défendu par une estacade, et entouré d'euphorbes, dont les
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468 LE ZàMBÈSS
trente ou quarante pieds de hauteur prouvent qu'il y a an moins une génération que l'endroit est habité. Quand ta maladie les a frappés, ou qu'ils ont à déplorer la mort d'un être qu'ils aimaient, les chefs abandonnent leurs houi^ades, vont les reconstruire ailleurs, et plantent de nouvelles haies. Hais bien qu'il ait eu à souffrir des attaques des Hazitous, Houazi est resté Gdële au lieu de sa naissance.
Son village est situé à peu près k deux milles au sud-ouest du Kasoungou, montagne qui donne son nom à une province dont le territoire s'étend jusqu'à la Louangoua des Maravis. Plusieurs monts de granit surgissent çà et là dans li plaine, et servent de siège à de nombreux villages entourés d'estacades; tous ces villages reconnaissent la suzeraineté de Mouazi.
A notre arrivée, le chef était assis au milieu de la place ombreuse, nommée boalo, où sont traitées toutes les affaires publiques. Environ deux cents individus, hommes et enfants l'entouraient.
Nous payâmes nos guides avec ostentation. Masiko, le plus grand de la bande, mesura l'étoffe ; il donna à la brasse toute la longueur qu'il put y mettre ; et, se tournant de tous les cAtés pour être vu de la foule, il déchira le morceau un peu plus loin qu'il D'avait pu atteindre, afin de montrer que les conditions étaient pleinement remplies. Tout cela dans le but de nous faire connaître. Les gens sont enchantés de ce que leur étoffe est mesurée par un homme de grande taille. Ils aiment beaucoup mieux cela que de nous voir recourir à notre ligne de deux yards; bien qu'il y ait peu d'hommes de six pieds qui mesurent leur propre hauteur en étendant les bras. Ici, où les Arabes ont passé, la coudée, qui s'appelle mokono^ commence à remplacer la brasse, dont on fait usage plus au sud. Elle se mesure de la pointe du coude, le bras étant plié, jusqu'au bout du doigt médian.
Mouazi, auquel nous avons fait notre visite ce matin, s'est montré plein de droiture. Il ne voulait pas que nous allassions au N. N. 0., parce qu'il fait de ce c6té-là un trafic considérable, et nous l'a dit avec franchise. Il craignait, de nous ouvrir ce pays bien arrosé, où les éléphants abondent, de peur que nous ne prissions l'ivoire qu'il achète maintenant à bas prix, et qu'il revend aux marchands d'esclaves, quand ceux-ci passent à l'est
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de son village. Hais nous tenons à quitter ta route des boitants, et à nous rendre chez un peuple où ils n'aient pas pénétré. Nous sommes donc parvenus à rassurer Mouazi, qui a fini par consentira notre demande. Seulement il nous a prévenus de la difficulté que nous aurons à nous procurer des vivres. > Les chasseurs d'esclaves, dit-il, ont dépeuplé tout un district, où l'on passe une ou deux nuits. Toutefois il nous donnera de bons guides, qui resteront avec nous pendant trois jours ; et si nous voulons aller plus loin, ce sera notre propre affaire. »
Nos hommes du delta continuent de souffrir ; et nous passons quarante-huit heures au village de Mouazi.
De très-beau bétail nous montre que la tsétsé n'existe pas dans la province. Vaches et bœufs sont très-gras, d'une extrême familiarité, et portent la bosse de la race hindoue. Les petits garçons montent sur les taureaux sans la moindre crainte; ces derniers ont tant d'embonpoint, et sont d'une nature si douce, que les vieux seuls tentent faiblement de repousserdu pied leurs jeunes tourmenteurs.
Mouazi ne fait pas traire ses vaches. Sans les Mazitous, qui jadis lui en ont pris une certaine quantité, il aurait maintenant, nous dit-il, un troupeau bien nombreux. Toutes ces bétes sont errantes; et ce régime leur profite.
Les cotonniers sont rares sur cetl« ligne. Ce n'est la faute ni du sol, ni du climat, car le peu que nous voyons pousse & merveille, et produit une soie d'une qualité supérieure. Mais les habitants, qui peuvent échanger leurs grains au: marchands qui passent, ont de la cotonnade autant qu'ils veulent, et ne trouvent pas nécessaire de cultiver le coton.
Beaucoup de ces Highlandais sont vêtus de peau de chèvre. Bien qu'ils aient des provisions abondantes, ils ne s'empressent pas de nous en offrir. Habitués à des acheteurs ardents, qui leur donnent un prix élevé. de leurs marchandises, ils ne tiennent pas k nous les vendre.
Quittant le village de Mouazi, nous traversons un pays plat, parsemé d'arbres chétifs; mais où brillent des quantités de belles Ûeurs. Bien que les lichens, d'espèces nombreuses, dont les arbres sont drapés, annoncent l'humidité du climat, l'herbe est courte (elle ne dépasse pas le genou), et croît par touffes, ayant entre elles des espaces de terre nue. Un vent très-piquant
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soufïle avec violenca sur ce plateau ; ce D'est pas le froid qui le rend si pénétrant, car le thermomètre se tient à près de S7 degrés.
Maintenant, chose curieuse, dès que nous apercevons un village manganja, nous pouvons être sûrs de trouvera peu de distance une bourgade babisa. Les Manganjas sont les propriétaires du sol ; mais les autres ne paraissent pas être regardés comme intrus. A vrai dire, la terre vierge est si vaste, qu'il ne vient pas à l'esprit d'un peuple dépourvu de bétail, ou n'ayant que des chèvres, de défendre un terrain dont il ne fait point usage.
A certaines époques de l'année, ces vallées peu profondes, dont les coteaux sont parsemés de boui^ades, renferment des cours d'eau vive qui, aujourd'hui, ne forment que des chapelets de mares, ayant entre elles des espaces fangeux couverts de grandes herbes de marais. Quand le soleil, dans sa course vers le sud, frappe verticalement un point de la zone torride, les premières pluies y commencent. Bien qu'elles soient abondantes, ces ondées ne font ordinairement qu'emplir les mares et les fondrières. Lorsque, remontant vers le nord, le soleil revient au même endroit, il y détermine les grandes pluies de l'année. Les étangs et les ruisseaux, déjà remplis, débordent et amènent les grandes crues qui caractérisent le Zambëse. Celles du Nil ont probablement la même cause.
La végétation luxuriante qui se développe tous îes ans dans le lit de ces rivières, parfaitement desséchées, en protège le fond et les beiges; d'où la pureté comparative de leurs eaux pendant l'inondation.
Nous voilà aux sources de la Loangoua des Maravis; nous sommes frappés de la ressemblance de ces cours d'eau herbus et marécageux avec les sources de la Liba, autre affluent du Zambèse, que nous avons vu dans le Londa, et avec celles du KasEu,que certaines personnes croient être la principale branche du Congo.
Les premières pluies, dans cette région, commencent donc au . mois de novembre, époque où le soleil, allant au sud, y est vertical. Les grandes pluies arrivent en janvier, février et mars, quand il retourne à l'équateur. Supposons que les remarques que nous avons faites dans cette partie de l'Afrique soient appli-
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i»ble8 à l'hémisphère nord, les étangset les rivières y grandiront quand le soleil passera pour se rendre au sud, et déborderont quand il sera de retour*. Mais la question ne peut se trancher que sur le terrain. Les observations faites à Loanda par sir Edmnnd Gabriel, pendant un certain nombre d'années, coïncident avec les nôtres et prouvent que la pluie, sous le huitième degré de latitude, suit la même règle que celle que nous lui avons reconnue entre le douzième et le vingtième parallèle.
Le grand réservoir où s'alimentent les nuages qui arrosent l'Afrique australe est, sans aucun doute, l'océan Indien. Les vents qui prédominent viennent de l'est ou du sud-est. Chargé des vapeurs dont il est imprégné dans sa course, l'air gravit les rampes qui longent la cAte; et, se reft'oidissant à mesure qu'il s'élève, dépose sur les hauteurs la plus grande portion de l'eati qu'ilentratne. Dépouillé de son humidité, le vent d'est, ou celui d'est-sud-est, qui a passé les montagnes n'est plus qu'un air sec, flottant sur le Kalahari ou sur d'autres plaines arides. Ce qui confirme cette opinion, c'est que dans les endroits où la chatne côtière se brise, ou s'affaisse, la région centrale n'est pas privéç d'eau , comme elle l'est au couchant des Drakensberg par exemple, où le vent d'est ne peut arriver qu'après une escalade perpendiculaire de plus d'un mille. Enfin chaque fois que, dans l'intérieur, il se trouve des monts plus élevés que ceux de la côte, leurs sommets sont couverts d'une végétation diSërente de celle qu'on voit à leur base, végétation qui exige un climat plus humide. C'est ainsi que mainte espèce de fougères, et quelques pipéracées, que l'on ne rencontre jamais dans cette région & une moindre altitude, prospèrent à la cime de diverses montagnes, même de celles qui avoisineot le Kalahari.
Plus près de l'équateur, le vent du sud-ouest, venu de l'Atlantique, règne à une certaine distance de la cAte, après s'être également dépouillé de son humidité sur la rampe occidentale, et
] . Tbe pools, bogs and rivera Ibere might be eipected to Qll when the sun il vertical, on his way iouth, and overdow on bis relum.
11 y a probabiement là une fauie d'impression. Pour que le phénomène soit le même cbns i'aulrs bèmisphère, il tïïal que les étangs et les rivières s'emplissent quand le soleil passe au nord, et que l'iDondabon lit lieu quand il retourne ati nid, puisque les grandes pluies colncidenl avec son rapprochement de l'équateur. Voir ExploTotioiu dan* VAfi-ùpte aiuirale, page 5Ï3.
{Sote du traducteur.)
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498 LE ZAMBËSE
sans doute rejoint la brise du sud-est accourue de la mer des Indes. Cette rencontre fait-elle tomt>er sous la ligne une plus grande quantité d'eau pluviale que dans les autres lieux î On l'a dît; mais le fait a besoin d'être conSrmè.
Théoriquement, la Jonction des vents secs, sous l'équateur, serait suivie d'un mouvement ascensionnel des courants, qui, planant au-dessus des autres, se dirigeraient vers le nord ou le sud. Mais, dans le Kalahari, un vent sec et cbaud, soufllant du nord, est une exception rare; et, en général, n'y dure pas plus de trois jours de suite.
La pluie, dans l'Afrique australe, vient donc principalement de l'océan Indien, d'où l'amène le vent du sud-est, comme, k une autre époque de l'année, la mousson du sud-ouest porte xlans l'Inde les pluies bienfaisantes qu'elle a puisées au même réservoir *.
Nous avons cherché autant que possible à nous renseigner auprès des Babisas et des Arabes sur le pays qui se déploie devant nous , et que le peu de temps dont nous pouvons disposer ne nous permettra pas d'atteindre. Ces voyageurs nous ont donné beaucoup de détails sur un petit tac appelé Bemba. Non-seulement, dans celte course vers l'ouest nous franchissons les ruisseaux qui forment la Loangoua, mais ceux qui donnent naissance à la Moïlavoua, ou Hoïtala, qu'on nous représente comme le principal affluent du lac Bemba. Le fait serait peu important par lui-môme ai on n'ajoutait pas qu'une rivière considérable, nommée Louapoula ou Loapoula, débouche de la rive occidentale du Bemba, va traverser un autre lac beaucoup plus grand, qu'on appelle Moéro ou Moélo, d'où elle s'échappe, coulant toiyours dans la même direction, forme le lac Mofoué ou Mofou, passe près de la ville de Cazembé, se dirige au nord, et unit par entrer dans le Tanganyika. Où va-t-elle ensuite? Personne n'a pu nous le dire. Mais le cours de cette rivière, tel qu'U nous est décrit (et les témoignages sont unanimes sur ce
1. Nous ne conleslou ]>as les observations du docteur; mais nous ferons remarquer que du moU de septembre au mois de mars, à partir de Porl-Ëlisabeth jusqu'à U baie Delagoa, le Tent du sud-est, qui & traversé l'océan Indien, est accompagné de beau temps j et qu'à la mfime époque U piuie, dans cette rËgion, arrive toujours par le vent du sud-ouest, qui soutlle de terre et qui s rencontré du montagnes. {Note du tTodueiear.)
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point), nous indique la direction des eaux dans cette partie du continent.
Nous avons la certitude que nos informateurs connaissent le pays dont il est question, car ils nous ont dépeint des chefs que nous avons rencontrés plus tard à trente ou quarante milles de la résidence de Cazembé.
La Loualaba se jette, dit-on, dans la Loapoula; et quand, pour éprouver l'eiactilude de nos voyageurs, nous leur disions que toute» les rivières qui passent aux environs de la ville de Cazembé vont rejoindre le Louambadzi ou Louambézi, c'est-àdire le Zambèse, ils souriaient , et disaient à leurs voisins : i Avez-Tous jamais entendu pareille sottise? ■
Nous sommes forcés de le reconnaître; lorsque, d'après les récits des indigènes, nous avons pensé que le Zambèse recevait les eaux da pays de Cazembé, et de ceux qui l'entourent, nous étions dans l'erreur. L'opinion géographique, que nous donnons maintenant sans commentaires, est fondée sur ce feit, que les Arabes et les Babisas traversent deux fois la Loapoula avant d'arriver chez Cazembé. Nous pouvons ajouter que nous n'avons jamais vu les nègres, ainsi qu'on le prétend, ne pas savoir reconnaître dans quelle direction coule une rivière.
De la lisière du plateau, à l'endroit le plus éloigné que nous ayons atteint du cété de l'ouest, la descente que nous a indiquée l'ébullition de l'eau, est de cent soixante-dix pieds. Mais ce chiflre n'a rien de rigoureux, et ne mériterait pas qu'on s'y arrêtât, si le cours des rivières n'avait confirmé les calcuû obtenus par ce moyen, un peu grossier, de mesurer les altitudes.
La pente, comme il est démontré par la direction des eaux, incline d'une part vers la Loangoua desMaravJs; de l'autre, vers la Moitala, c'est-à-dire au sud-ouest, à l'ouest et au nordouest. Quand on a quitté les affluents du lac Nyassa, on voit les eaux s'écouler vers le centre du continent.
A l'endroit où nous avons rencontré le Kasaï, lors de notre voyage à la cAte occidenlale, cette rivière se dirige à peu près au nord -est, ainsi que ses affluents. Nous n'avons pas pu savoir si les eaux qui prenaient celte direction allaient rejoindre le Zaïre, ou bien se rendaient au Kii.
On a comparé certaines parties de l'Afrique à une assiette
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renversée. L'endroit où nous nous trouvons a plutôt la fonne, si forme il y a, d'un wide awake (chapeau de feutre mou) dont le fond serait un peu déprimé. Le bord, k différentes places, est bossue et présente une altitude considérable. Ailleurs, comme au bas des cataractes de Murchîson, et à Tété, la différence avec le niveau de la mer est si faible que, pour la mesurer, il faut retrancher les variations quotidiennes du baromètre, et opérer à la fois sur la côte, et à deux ou trois cents milles du rivage.
Tant que les rivières africaines ne font que traverser ce que nous appellerons le bord du chapeau, elles ne présentent aucun obstacle à la navigation ; mais dès qu'elles émergent de la partie haute, elles offrent des rapides et des cataractes qui en diminuent l'utilité.
Ainsi que nous venons de le dire, la bande extérieure est fort irrégulière; quelquefois elle s'incline doucement comme le pour^ tour d'une assiette renversée; ailleurs une rampe élevée sui^t près de la plage; et à cette chaîne côtière succède une région basse qui la sépare du plateau central. Il est des endroits où la zone maritime a jusqu'à trois cents milles de large ; dans tous les cas sa largeur détermine l'étendue de la navigation fluviale, à partir de la mer.
Le versant qui, de la vallée du Nyassa, vous mène au pays des Maravis, et se déploie parallèlement à la côte occidentale du lac, sur un espace de trois cents milles, en suivant toujours le même méridien, est simplement ce que dans l'Inde on appelle ghalte, et ressemble à la rampe que l'on trouve en allant de Bombay à Pounah. La ghatte africaine, à partir de la rive do lac, située déjâ^ k treize cents pieds au-dessus de la mer, a la même élévation que l'hindostane, mesurée du niveau de l'Océan. Le plateau africain est ainsi un peu plus élevé que le Deccan ne l'est à. Pounah, et la température y est plus fraîche.
Les hutt«s africaines ressemblent également aux cabanes des environs de Dapour, mais sont beaucoup mieux construites. En fait d'agriculture, les Hindous , qui possèdent la charrue, ont le pas sur les Africains; ces derniers, toutefois, cultivent les mêmes céréales que dans l'Inde.
Si ce n'est le coton que nous voyons ici, coton presque aussi beau que celui d'Egypte, et bien supérieur à l'espèce que l'on
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ET SES AFFLUBNTS. 495
rencooire l&-bas, la similitude est remarquable entre les deux plateaux : rivières, noullatis, végétation, plaines ondulées, qualité du sol, aspect des lieux, tout se ressemble. Et, néanmoins, te contraste est frappant entre les deux pays. A chaque pas, dans llnde, se voient les marques du travail de l'homme ; partout des routes, des ponts, des murailles, des ruines de temples et de palais. Ici, rien de ce qui atteste la puissance humaine; cette région vous apparat! telle qu'elle est sortie des mains du Créateur. Pour seuh s routes, des pistes de quinze à dix-huit pouces de large, serpentant de village à village; des sillons creusés par des pieds nus, ayant horreur de la ligne droite, et ne s'étant jamais pressés. Pas d'autres mines que la cendre des bourgades auxquelles on a mis le feu ; de légères couches d'argile rouge, qui portent l'impression des roseaux qu'elles recouvraient, et indiquent la place, des cases dont elles formaient le crépi. Elles ont la consistance et la couleur de la brique légèrement passée au feu; mais elles ne tardent pas à s'effriter, et le vent en emporte la poussière.
Les seuls monuments que l'on rencontre sont les pierres à broyer le grain, et les cairns qui s'élèvent dans les gorges des montagnes où se déroule le sentier. Nul souvenir ne s'y rat* tache ; seulement, d'après les paroles que leur adressent les indigènes : « Salut, A chefi permets qu'on nous reçoive bien dans le ' pays où nous allons, ■ il est probable que ces cairns sont des tombeaux.
Chose très-curieuse! tandis qu'en mainte partie du globe on retrouve les instruments de pierre, de bronze ou de fer des nations disparues, on n'a découvert en Afrique ni haches de silex, ni lances, ni pointes de flèche, aucun objet de cette nature. En herborisant, à l'embouchure du Zambèse, le docteur Kirk est tombé sur un lit de gravier renfermant des os fossiles de presque tous les animaux actuels de cette région; ces débris d'hippopotames, de buffle , d'antilopes, de chéropotamos , de tortues , de crocodiles etd' hyènes, étaient associés à des fragments de poterie du même genre, et décorée des mêmes dessins que les vases dont nous voyons les indigènes se servir tous les jours.
Nous avons trouvé de pareils débris d'animaux, en 18S6, dans le gravier du Zambèse, et, en 1863, dans le sable des rives du Nyassa. Des tessons de poterie s'y mêlaient également aux.os de
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bufQes et d'autres grands quadrupèdes; mais nulle part nous n'avons 'découvert les armes avec lesquelles furent tués ces animaux.
Chaque fois qu'il nous est arrivé de vouloir déchiffrer le témoignage des roches, soit dans la région du Nyassa, soit dans toute autre du midi de l'Afrique, nous avons été fort surpris de ne rencontrer que bien rarement, et par très-faible échantillon, la série géologique telle qu'elle est décrite dans les livres. L'absence de calcaire marin, et d'indication des alternances déterre et de mer, si communes en d'autres pays, nous déroutaient dans nos recherches, auiquelles rien ne venait en aide. Ni craie, ni silex nulle part. Ce qui nous a offert le plus de rapport avec la strate crétacée, ce sont des bancs immenses de tuf calcaire, à suri'ace plane, déposé par des eaux fluviales plus abondantes autrefois qu'aujourd'hui. Les empreintes de feuilles et de rr>seaux que porient ces couches puissantes, et qui sont du même genre que les feuillages et les herbes aquatiques des environs , ne laissent pas de doute à cet égard. Nous avons observé, dans ces dépAts, des masses ferrugineuses, incrustées de gravier, qui, selon toute apparence, avaient la même origine que le tuf.
La houille, que nous avons découverte dans le grès, n'a été dérangée que par des éruptions locales. II fallut que sir Roderick Murchison, le pénétrant géologue, réuntt au foyer de son intelligence tous les rayons émanés de différentes sources pour que la vérité de nos conjectures nous fût enfin démontrée '.
Ces dépressions et ces soulèvements du fond des mers qui ont remanié si largement l'Europe, l'Asie et l'Amérique pendant les périodes secondaire, tertiaire et quasi-moderne, n'ont pas atteint l'Afrique. Elle est restée de fait la plus ancienne partie du monde: * une région, qui, saus contredit, présente de nos jours le type qu'elle offrait à une époque trës-reculée ; et dont les conditions n'ont subi d'autres changements que ceux qui résultent des influences atmosphériques. ■
Autant qu'il est permis d'en juger, d'après ce que nous savons, l'âge de pierre n'a pas existé chez les Africains. On ne possède, à cet égard, qu'une preuve négative, mais de la même
it dan* VAfriqve autlralt, page 549.
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oatorequecellequi fait dire qu'il n'y a pas eu d'instruments de bronze pendant la période du silex.
Nous ferons toutefois observer que, de nos Jours, l'^e de pierre existe dans certaines contrées, notamment dans la Terre de Feu, où l'a trouvé l'amiral Fitzroy ; tandis qu'ailleurs on est en plein Age de fer.
Ici, tous les trois ou quatre villages, nous voyons un petit édifice d'environ six pieds de hauteur sur deux ou trois de diamètre, et qui ressemble à un four. Construit en ai^le durcie BU feu, cet édifice est un fourneau servant à la fonte du fer. Que le minerai soit du fer magnétique, du fer spéculaire ou de l'hématite jaune, aucun fondant n'est employé; ce qui n'empêche pas les indigènes d'obtenir un métal excellent; au point qu'ils déclarent que le fer anglais est ^loutri, en comparaison du leur; et que des houes afincaines ont été trouvées à Birmingham d'une qualité presque égale h celle du meilleur fer de Suède.
ParfoiSglorsque nous passons,desbommesquittent les champs où ils travaillent, et accourent pour nous offrir des lances, des houes, des haches neuves qu'ils ont fabriquées eux-mêmes. D est certain qu'on est ici dans l'âge de fer. Suivant les indigènes, qui l'extraient de la malachite, le cuivre est beaucoup plus difficile à traiter que le minerai ferrugineux. Jamais, dans ce pays-ci, croyons-nous, l'étain ou le zinc n'a été allié au cuivre; d'où il résulte que si l'Age de bronze doit y venir, il se produira dans l'ordre inverse de ce qui s'est passé ailleurs.
Quant au silex, il est douteux que les Africains y aient jamais eu recours ; attendu qu'à l'exception de petites agates, qui sont assez rares, on n'en trouve pas dans la partie australe du continent, tout au moins dans la région que nous avons parcourue. Ce ne serait pas une raison, i! est vrai, pour que l'âge de pierre n'eût pas existé en Afrique; d'autres roches peuvent avoir-servi au même usage; cependant tes fouilles pourront seules en donner la preuve.
A partir du village de Houazi, trois longues marches nous ont conduits au nord-ouest. L'accueil n'a pas été mauvais ; mais les habitants n'ont rien voulu nous vendre. ■ Vous passez trop vite, ■ nous disaient-ils. £n effet, notre présence les étonne; et avant qu'ils soient revenus de leur surprise nous sommes obligés de partir.
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Il est possible que Houazi ail eoToyé l'ordre de nous reftiser des vivres, aSa de nous empêcher d'atteindre le district dépeuplé ; toutefois, ce n'est là qu'un jugement téméraire, n'ayant d'autre fondement qu'une idée peu charitable.
Nous nous sommes arrêtés un soir h la résidence de Machamboué; le lendemain & celle de Ghimbouzi. La première fois que nous entrons dans un village, il est rare que nous puissions voir le chef. 11 se tient à l'écart en attendant qu'il sache quels sont ces étrangers ; ou bien, il est dans les champs, à visiter ses fermes. Nous l'avons vu souvent revenir de sa tournée agricole; et sa lance, son arc et ses flèches, que nous supposions pris pour la circonstance, nous faisaient croire qu'il était allé prudemment se cacher dans une hutte estra-muros, jusqu'à ce qu'il fù[ rassuré à notre égard; mais les détails qu'il nous donnait sur les récoltes qu'il était allé voir, la précision avec laquelle il nous décrivait les lieux, nous ont montré dans plus d'un cas que nous avions tort, et nous ont fait rougir de nos soupçons.
Pas de tertre, de colline, de montagne, pas de sommet se détachant d'une rampe qui n'ait son nom, ainsi que tous les cours d'eau, les vallées et les plaines. Chaque trait du pays, chaque division du sol est si minutieusement désignée, qu'il faudrait une vie d'homme pour déchiffrer le sens des appellations qui les caractérisent. Ce n'est pas le manque de noms, c'est leur surabondance qui égare le voyageur. Les termes employés pour la désignation des lieux sont tellement multiples, que parfois même celui qui connaît bien la langue peut à peine suivre la conversation, et n'en comprend guère que le sens général.
Cette langue est d'une telle richesse, que nous avons entendu jusqu'à une vingtaine de mots pour indiquer les divers genres de démarche. Se pencher en avant ou en arrière, se balancer de côté,.aller d'un pas allangui ou d'une allure vive, marcher le front haut, d'un air de menace ou de bravade, en agitant les bras ou seulement l'un des deux, en baissant la tète, en l'inclinant, en la tenant droite, chacune de ces nuances est exprimée par un verbe particulier, et nous avons renoncé à compter les mots qui désignent les différentes sortes de folie ou de sottise.
M. MofTat, qui a traduit toute la Bible en sichuana ', et qui
1. Langue des Béchuanas et des Hokololos, quU'ont répandue jusqu'au Zuubèse.
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étudie, cette langue avec soin depuis quarsnte-quatre ans, y fait tous les jours de nouvelles découvertes. Mais, si riche qu'elle soit eu expressions dont nous ne sentouâ pas la nécessité, elle est pauvre en termes abstraits, et n'a que peu de mots pour rendre les opérations mentales.
La marche du troisième jour, à partir de chez Mouazi, se termioa dans l'après-dinée du 37 septembre. Nous venions d'atteindre le village de Chinanga, situé au bord de l'une des branches de la Loangoua.
Une masse granitique de mille pieds de hauteur, d'une forme arrondie, et qu'on appelle Nombé-Roumi, s'élève dans la plaine, à quelques milles du village. Elle est remarquable par le peu de végétation qu'on y aperçoit. Près d'elle sont plusieurs collines de granit, décorées d'arbres, comme la plupart de celles qu'on voit dans ce pays-ci. Des montagnes bleues s'amoncellent au loin et fuient vers le nord.
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