LETTRE DE SIR RICHARD DANS L’ ‘*ECONOMIST
Il n’est pas mal-à-propos de remarquer, ici, ce que je considère, je suis heureux de le dire, comme exceptionnel et sans précédent, la position que nous occupons dans la mère patrie.
Les honorables membres de la droite savent que, durant les trois où quatre dernières années, nous nous sommes heurtés contre une influence hostile
créée par certaines personnes du Canada, qui indiquaient à ceux qui ne nous sont pas très sympathiques, de l’autre côté de la frontière, la manière dont le Canada pouvait être’le plus directement atteint, ou ceux de nos intérêts qui pourraient être les plus lésés par eux. Ces conseils donnés tantôt directement, tantôt par l'entremise d'agents influents, et aussi souvent par l'envoi de discours que prononcaient certains honorables membres de la gauche, ont produit leur effet, et il est arrivé que, dans la législation qui est survenue, le Canada à été frappé justement aux endroits que je viens üe mentionner. Mais, M. l'Orateur, on ne savait pas auparavant que ce travail hostile devait être également fait dans la mère patrie où il est de la plus haute importance de conserver le crédit et la réputation du Canada, qui contribuent si grandement à son prestige et sa prospérité, Oui, ce travail a été entrepris et le premier coupa été frappé. Le moment de l'attaque était singulièrement opportun pour permettre à un ennemi de diriger ses traits sur le point vital du Canada, c'est-à-dire, sur sa réputation et son crédit. Le marché monétaire de la Grande-Bretagne se trouvait particulièrement nerveux. Depuis deux ans, il avait senti les effets des pertes et liquida- | tions tant de l'Amérique du Sud que locales, et il se trouvait agité par la perspective de troubles financiers à l’intérieur, comme aussi dans les autres parties de l’Europe.
De plus, la critique faite sur la condition financière des colonies était alors très à la mode en Angleterre, et pas très favorable, vu les récents essais, non toujours couronnés de succès, qui avaient été faits par les colonies de l'Australie, de négocier des emprunts sur le marché monétaire, et dans lesquels ces colonies avaient échoué le plus.
Le Canada, comme je l'ai dit, déjà, avait aussi, alors, à faire face à des emprunts temporaires se montant à $10,000,000, emprunts qui devaient être continnés ou renouvelés sous une forme ou sous une autre. Nous avions aussi, dans le temps, sur le marché de Londres, des entreprises importantes dont la réalisation devait favoriser le développement des ressources du Canada d’une manière sensible, Puis, vu l’abondante récolte de l’année dernière, les émigrants des divers centres de l’Angleterre tournaient les yeux vers le Canada et particulièrement vers le Nord-Ouest pour s’en faire une future patrie. Un ami du Canada, n'ayant rien de bon à dire, aurait dû alors rester muet ; où, s’il n'avait eu qu’une seule vérité en faveur de son pays, son devoir eût été de la dire. C'était donc justement le temps qu’un ennemi du Canada devait
choisir pour tremper ses traits dans le poison et les diriger aussi directement que possible sur la partie vitale qui constitue, dans la mère patrie, le crédit et la réputation de notre pays. Ils’est aussi montré judicieusement méchant dans le choix de l’instrument dont il s’est servi pour faire son attaque. Il a choisi un organe financiet, l’une des premières publications de ce genre qui circulent en Angleterre et dans le monde de la finance, publication dont les écrits ont une grande influence sur les capitalistes et peuvent contribuer beaucoup à former favorablement l'opinion de ceux-ci à l'égard des différents pays, ou des diverses entreprises, et qui sont également lus par ceux qui dirigent le courant de l’émigration de l'Angleterre au Canada.
J'ai, M. l’Orateur, entre les mains l'écrit qui a été alors publié non seulement dans l'Æronomist, mais qui à été imprimé par l’auteur lui-même, où par un autre qui n'était pas mieux disposé que lui envers le Canada, comme un document électoral et répandu d’un bout à l’autre de la (Grande-Bretagne.
Quelles sont les assertions contenues dans ce document ? Elles ne sont pas nouvelles pour nous ; elles ont été répétées sur toutes les plate-formes du pays et dans cette chambre, depuis des années, et aussi souvent qu'elles ont été réfutées. Mais ces assertions, devant un public britannique, avaient ‘une portée toute différente, vu le nom et la position de l'écrivain, et vu que les faits qui se rapportent à la politique de parti du Canada ne sont pas étudiés et ne sont pas bien compris en Angleterre, comme, du reste, ils pourraient difficilement l'être.
On connaît, je suppose, celui auquel je veux faire allusion. Il siège vis-à-vis de moi, aujourd’hui ; il fut ministre des finances sous le régime libéral ; il est aujourd’hui le chef de son parti pour ce qui regarde les questions financières, s'il n’est pas le chef tout-puissant de son parti; c'est le député d'Oxford-sud (sir Richard Cartwright). Nes déclarations que tout honorable député peut lire s’il le veut sont bien connues ; mais j'en ai recueilli à peu près une demi-douzaine formant une espèce de crescendo, toutes plus mauvaises les unes que les autres jusqu’à la dernière.
Ilest dit dans ce document que, durant treize années, le Canada a triplé sa taxation. Or, cela n'est pas vrai. Ilest dit, de plus, qu’il se fait un exode énorme et que la valeur de nos terres diminue considérablement. Cela est une exagération, et ce qu’il y a de vrai est d'autant plus trompeur qu'aucun fait n’est cité à l'appui des affirmations.
L'auteur du document déclare que la dette publique s’est immensément accrue ; or, l'immense augmentation—parce qu’il parle, sans doute, des affaires fédérales, ou de la dette fédérale—se réduit à ceci: en 1878, la dette publique, répartie sur
toute la population, s'élevait à $1.58 par tête, tandis qu’en 1891, elle était de $1.76, soit une immense augmentation de 18 centins par tête durant une période s'étendant de 1878 à 1891.
Ce document ajoute que la grande masse du peuple, notamment des cultivateurs canadiens, est maintenant plus pauvre qu’il y a douze ans.
Sir RICHARD CART WRIGHT : Ecoutez, écou-
tez.
M. FOSTER : De la part de l’honorable député, ‘est une belle déclaration à faire, et elle se trouve répandue dans toute la Grande-Bretagne d'où nous vient la plus grande et la meilleure partie de l’immigration qui se fixe en Canada. L'auteur du document dit, de plus, que, d’après le dernier recensement, le Canada a perdu, durant les dix dernières années, 1,500,000 âmes. Or, le recensement n’établit pas ce fait ; mais une si faible erreur que celle-là n’a aucunement soulevé les scrupules de l'honorable député, et il a cru pouvoir l’affirmer tout de même. Le document en question dit encore que les agriculteurs canadiens sont simplement saignés à blanc, et que la taxation fédérale soutire annuellement $60,000,000 de la poche des contribuables.
Sir RICHARD CARTWRIGHT : Et même plus.
M. FOSTER : Cette exagération et celle qui dit que, dans treize années le Canada a triplé sa taxation, sont probablement les plus grandes qui soient sorties de la bouche de l'honorable député, depuis cinq ans.
En 1878, la taxation du pays pour les fins du revenu était de $17,841,938, ou $4.37 par tête. En 1891, elle était de $30,214,150, ou $6 par tête.
L'augmentation de la taxation totale n’a donc été que de 70 pour cent, et l'augmentation de la taxation par tête de 37 pour cent au lieu de 200 pour cent. Iln'y a aucun pays dans le monde où les cultivateurs soient moins taxés qu’en Canada.
L’honorable député déclare aussi que la corrup- | tion est devenue une simple affaire de routine en | Canada. L'’honorable député peut trouver dans ses propres actes ou dans ceux de son parti quelque chose qui justifie cette assertion, et je ne serais pas prêt à le contredire sur ce point; mais s’il veut attribuer ce fait au gouvernement canadien tel qu'il est actuellement constitué, ou tel qu’il l’a été depuis 1878, je lui oppose ma plus formelle dénégation.
L'honorable député, M. l’Orateur, prétend que lu vie publique en Canada est viciée par une corruption systématique, intolérable, et poussée à un degré inconnu en Angleterre depuis les jours de Walpole, ou de Charles II, et il termine en déclarant qu'il est impossible au Canada de prospérer dans les présentes conditions ; que, s’il n’y a pas de change-