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HANIPULÂTION ET MONTAGE DES BATTERIES DE BUNSEN

La charge des piles Bunsen est longue, ennuyeuse, et donne toujours lieu à des émanations nitreuses qni sont malsaines : leur manipulation facile et prompte est donc un des problèmes les plus importants à rés''udre. Depuis longtemps, cette question a préoccupé les physiciens, et elle n'est pas encore résalue d'une manière bien satisfaisante ; nous allons néanmoins indiquer les différents systèmes qui ont été proposes.

On a cherché à résoudre le problème de deux manières : soit par un procédé mécanique k l'aide duquel on pût charger ou décharger en peu d'instants de leurs acides les divers éléments de la pile (tout prêts montés) ; soit par un procédé au moyen duquel la pile pût être maintenue toujours en état de fonctionner instantanément au gré de l'expérimentateur, sans qu'il y eut pour cela altérf^tion des éléments producteurs de l'électricité quand la pile est inactive.

Le premier de ces systèmes, imaginé par M. Archereau, convient à de fortes batteries ; le second, imaginé par moi, ne peut guère s'approprier qu'à des batteries de huit ou dix éléments au plus.

Système d'Aroherean. — Le système d' Archereau consiste à employer deux pompes qui injectent, dans les compartiments des piles où ils doivent être versés, les liquides excitateurs, et cela au moyen de tubes verticauxplongeant jusqu'au fond des vases. Ces tubes en gutta-percha, au nombre de deux pour chaque élément de pile, sont soudés à deux conduits horizontaux qui se trouvent reliés aux pompes et qui sont d'un diamètre assez grand pour que les liquides injectés puissent être distribués à la fois dans tous les tubes verticaux. Les pompes employées par M. Archereau sont construites de manière à ce que le tube aspirateur devient, au gré de l'expérimentateur, tube injecteur et vice versa* Il en résulte que, sans déranger les conduits, on chasse le liquide d'un réservoir dans la pile, ou on le fait revenir de la pile dans le réservoir.

La pompe a pour effet, il est vrai, de lancer une quantité de liquide moindre dans les vases les plus éloignés que dans les vasQs les plus rapprochés ; mais comme les systèmes de tubes verticaux et horizontaux se trouvent remplis d'un seul coup par les pompes, il s'établit^

par Vaction syphoidique de tout le système de conduits^ un^niveau par* faitement égal dans tous les yases de la pile^ pendant les injections intermittentes de la pompe, on plutôt pendant que la pompe agit pour aspirer le liquide du réservoir. On peut vider la pile par le seul effet des conduits formant le siphon composé. Le liquide revient au réservoir de luimême, si Ton ne ferme pas le tube principal. Le système syphoidique étant une fois amorcé, il y aurait à craindre qu'il ne s'établit par les liquides une communication électrique qui empêcherait le fonctionnement de la pile ; mais il est facile de prévenir cet inconvénient en vidant les tuyaux, ce que Ton peut faire en soulevant simplement hors des liquides un des tubes plongeurs.

Une pile de 100 éléments, dit M. Àrchereau, peut, avec ce système, être chargée en cinq minutes. Il suffit d'un coup ou de deux coups de pompe pour réamorcer le système syphoidique, et tout se vide ensuite sans aucune manipulation.

Dans le cas où Ton ne voudrait pas employer de pompes, M. Archereau a proposé un autre système, par lequel les liquides se déversent d'eux-mêmes dans les différents vases où ils doivent être distribués.

Voici en quoi il consiste :

La batterie toute montée, comme dans le système précédent, est placée dans une grande caisse recouverte d'un enduit imperméable et inattaquable à Teau acidulée. Cette caisse est placée au-dessous des deux réservoirs dans lesquels se trouvent en provision les liquides excitateurs, et peut, d'autre part, communiquer avec un troisième réservoir.

Les vases extérieurs des piles en grès bien vernissé sont tous percés, à leur partie inférieure, d'un petit trou à travers lequel passe un bouchon de caoutchouc. Ces bouchons, suffisamment retenus à l'extérieur des vases, sont fortement attachés à des ficelles, et ces ficelles sont toutes fixées à des traverses de bois appuyées sur les bords de la caisse. Avec cette disposition, l'eau acidulée qui remplira la caisse ne pourra pénétrer dans les vaMS qu'autant que les bouchons de caoutchouc auront été soulevés par un moyen quelconque ; il ne s'établira donc à l'état normal aucune communication liquide entre les différents éléments de la batte* rie. Pour soulever les bouchons, il suffit simplement de tirer les traverses de bas en haut, car le caoutchouc, en s'allongeant, s^amincit et laisse par cela même un fàcfle accès au liquide.

Tous les vases extérieurs se trouvent donc remplis de cette numide

presque instantanément. Pour Tacide azotique, Topération est plus délicate, en ce qu'elle exige une combinaison de siphons sans cesse amorcés et susceptibles d'offrir à un moment donné un isolement complet des liquides contenus dans chacun des vases poreux de la pile. Pour obtenir cet amorcement permanent, M. Ârchereau vernit la partie inférieure des vases poreux, de manière à ce qu'il reste toujours au fond de ces vases une assez grande quantité d'acide azotique pour que Tair n'entre pas dans les siphons. Ceux-ci, qui communiquent d'un vase poreux à l'autre^ peuvent être en verre ou mieux en gutta-percha, rendue inatta* quable à l'action de l'acide azotique. Ces siphons présentent en leur point de courbure un petit robinet en matière non conductrice de l'électricité qui peut, étant fermé, intercepter la communication des liquides dans les deux branches des siphons. Le jeu de l'appareil est alors facile à concevoir. Au moment où l'on veut charger la pile^ on ouvre le robinet du réservoir d'acide azotique, et ce liquide, par l'intermédiaire d'un conduit, s'écoule dans le premier vase poreux ; mais, comme le siphon qui réunit ce vase au suivant est amorcé, le liquide s'écoule dans ce dernier, puis de la même manière dans le troisième, le quatrième, etc., jusqu'au dernier. Il faut, par exemple, comme on le comprend aisément, que la grosseur des tuyaux soit calculée de manière à ce que le niveau du liquide dans les différents vases s'établisse le plus régulièrement possible.

Quand les différents vases poreux se trouvent remplis, on ferme les robinets pour empêcher la communication des liquides, et la pile est en état de fonctionner.

Pour la décharger, il suffit d'un siphon que l'on tient toujours amorcé, et par l'intermédiaire duquel on réunit le dernier vase poreux de la batterie au réservoir de décharge. On ouvre les robinets des siphons, et les vases se vident absolument de la même manière qu^ils s'étaient rem* plis.

Pour les vases extérieurs où se trouve déversée l'eau acidulée, ils se vident, comme on l'a déjà deviné, en faisant écouler Teau acidulée de la caisse et en tirant de nouveau les tringles de bois, afin d^ ouvrir les orifices de communication.

M. Jaxton, dans un brevet qu'il a pris pour un régulateur de lumière électrique, décrit un système de pile à peu près de ce genre ; néanmoins, le système que nous venons d'étudier nous parait préfél*able^ et, dans

cette conviction, nous nous bornons simplement à mentionner celui du physicien américain.

Système de M. Th. Du Moneel. — Étudions maintenant le second mode de montage des piles par lequel celles-ci sont toujours maintenues chargées, sans qu'il y ait pour cela altération des éléments producteurs de rélectricité quand la pile ne fonctionne pas. On comprendra facilement Timportance de cette question, pour peu que Ton réfléchisse que quelquefois les expériences de physique bien faites durent plusieurs semaine», que souvent elles n'exigent de la pile qu'une activité très-passagère et de peu de durée, et que Tennui de monter et de démonter une pile a été, pour les expérimentateurs, une cause qui les a souvent empêchés de faire des recherches qui auraient pu les conduire à un résultait important. Voici comment j'ai résolu le problème pour une petite pile de huit éléments, destinée à faire marcher (pour la curiosité des visiteurs) les différentes machines électro-magnétiques placées dans mon cabinet de physique.

Dans mon système, rien n'est changé à la disposition de rélément Bunsen. C'est toujours la disposition Archereau avec le zinc au dehors, seulement trois combinaisons mécaniques doivent y être adaptées : l"" une combinaison pour le transport simultané de tous les vases poreux avec leur charbon ; 2® une combinaison de récipients ou de réservoirs d'acide nitrique dans lesquels doivent plonger tous les vases poreux après qu'ils ont été enlevés ; 3^ une combinaison pour le transport des zincs.

V* Combinaison. — La première combinaison consiste dans une simple planche de bois résineux, percée de larges trous dans lesquels s'cmboitent exactement les vases poreux par leur partie supérieure. Ces trous sont faits , bien entendu, de manière à correspondre aux vases poreux suivant la position qu'ils occupent dans la pile. De plus, la planche est entièrement recouverte, ainsi que les rebords des trous^ d'une couche épaisse de cire à bouteille ou de gutta-percha. Cette dernière substance doit être choisie de préférence pour être interposée dans les trous entre les vases poreux et le bois, car les émanations et les infiltrations de l'acide nitrique détruisent le bois avec la plus grande facilité. Les charbons restent dauâ leurs vases poreux respectifs et sont maintenus dans une position fixe par de petites cales de bois sur lesquelles on coule de la cire à bouteille. Il en résulte que les émanations si désagréables de l'acide nitreux se trouvent confinées à l'intérieur du vase et ne viennent

pas empoisonner les expérimentateurs, pas plus pendant le travail de la pile que pendant son repos. Les appendices mét-alliques servant de pôles positifs sont fixés sur la planche par des vis, et communiquent aux charbons parle système de bouchons métalliques trempant dans le mercure que j'ai décrit précédemment.

Par cette disposition, tous les vases poreux de la batterie, ainsi que leurs charbons, peuvent être enlevés simultanément et transportés en dehors de la batterie ; mais pour opérer ce transport sans démonter la pile, une condition indispensable restait à remplir ; c'était de rendre les attaches des pôles positifs aux pôles négatifs susceptibles de se prêter à ce transport. C'est ce à quoi je suis parvenu en unissant les appendices métalliques servant de pôles aux divers éléments, par un, deux ou trois fils recouverts de gutta-percha, d'une longueur suffisante pour que le transport des vases puisse s'effectuer. Ainsi, avec cette combinaison, un seul mouvement accompli de la pile aux récipients permet de mettre la pile en état de fonctionner ou de ne pas fonctionner.

2"^ Combinaison. — Si je m'étais cod fente de transporter seulement les vases poreux avec leur acide et leur charbon en dehors de la pile, l'acide azotique en filtrant à travers les pores du vase poreux se serait bien vite perdu et évaporé. Il était donc nécessaire qu'au sortir de la pile les vases poreux plongeassent dans des récipients remplis euxmêmes d'acide nitrique. De cette maniëie, l'acide nitrique des vases poreux, au lieu de s'affaiblir par son contact avec l'eau acidulée, comme cela aurait lieu si on les laissait dans les vases extérieurs, ne fait que réparer ses pertes par son endosmose avec l'acide plus concentré des récipients. Un petit trou pratiqué dans le vase poreux, un peu au-dessous de la planche-support, permet d'ailleurs qu'un niveau constant s'établisse toujours dans les vases poreux après qu'ils ont été plongés dans leurs récipients respectifs.

Ces récipients consistent dans de petits bocaux de verre, un peu plus grands que les vases poreux eux-mêmes, et sont maintenus dans une position fixe pour être toujours à portée de ces derniers.

Afin d'éviter une évaporation trop grande de l'acide de ces récipients, chacun des vases poreux se trouve encadré au-dessous de la planche-support par une rondelle de caoutchouc qui assure une fermeture plus exacte entre les bords supérieurs des .récipients et la planche-support elle-même.

3^ Combinaison. --^ Pour faire sortir les zincs des vases à Teau acidulée, la disposition que nous avons indiquée pour les vases poreux peut être employée ; seulement elle est dans ce cas beaucoup plus simple, puisqu'il suffit d*un cadre en bois qui circonscrive extérieurement ces zincs. Ceux-ci s'y trouvent fixés par leur appendice polaire à Taide d'ime vis, afin qu*on puisse aisément les remplacer quand ils sont usés ; de plus, ils ont leur amalgame entretenu par du nitrate de bioxydo de mercure.

En résumé, on voit que deux mouvements suffisent pour faire marcher ou arrêter la pile, et, au besoin, ces mouvements pourraient être combinés mécaniquement pour obtenir ce résultat d'un appartement à un autre oà serait la pile.

Pour plus de sûreté et de commodité, la pile et les récipients doivent être placés dans une même caisse à bords très-bas.

Système de M. Da^fuln. — M. Daguin a appliqué d'une manière ingénieuse la disposition mécanique adoptée dans Torigine aux grandes piles de WoUaston au chargement et au déchargement des piles de Bimsen. Dans ce système, les éléments de pile sont disposés sur une seule rangée à la partie inférieure d'un bâti en bois qui porte au-dessus un mécanisme à engrenages ayant pour effet de lever ou d'abaisser un châssis, occupant toute la longueur du bâti. Ce mécanisme peut d'aillears se déplacer latéralement à Taide d'un petit chemin de fer et peut, par conséquent, non-seulement élever ou abaisser le châssis mobile, mais encore le déplacer de cêté parallèlement à lui-même. Tous les zincs de la pile, ainsi que les vases poreux munis de leurs charbons, sont fixés sur le châssis mobile et peuvent par conséquent être immergés simultanément dans les v^ses à eau acidulée qui se trouvent au-dessous ; ils peuvent en être retirés de même, et si à côté de ces vases, est disposée une grande auge dans laquelle seront placés de distance en distance (précisément en face des vases à eau acidulée), des récipients remplis diacide nitrique, on pourra, en déplaçant latéralement le châssis mobile et en l'abaissant, faire immerger les vases poreux dans les récipients d'acide nitrique et les remplir instantanément de ce liquide. En relevant le châssis et en l'abaissant de nouveau, après l'avoir replacé^ au-dessus des vases à eau acidulée, on pourra donc charger la pile en peu d'instants.

M. Daguin emploie d'ailleurs, pour Tapplication du châssis sur les vases extérieurs de la pile et le bouchage des vases poreux, les moyens

que j'avais déjà employés, et comme la liaison des lincs aux charbons est effcctaée d'une manière constante par des communications métalliques établies sur le chftssis, on n*a pas à s'en préoccuper.

On comprend aisément que si une seule rangée d'éléments n'était pas suffisante, on pourrait adapter deux ou trois rangées parallèles; seulement il faudrait autant d'auges à récipients qu'il y a de rangées, et par conséquent, le bâti de l'appareil devrait avoir une largeur calculée en conséquence.

Systèae de M. Fabre de fjagppan^e* — M. Fabre de Lagrange, par une disposition mécanique particulière, acherché à rendre constante l'action des piles de Bunsen aussi bien que celle des couples de Volta.

c Cette continuitéd*action,ditM. Fabre deLagrange, s'obtient comme on obtient la continuité de l'action calorifique d'un fourneau garni en bas d'une grille pour laisser tomber les cendres, et qu'on alimente continuellement de combustible par le haut. Ce moyen est simple, et loin d'augmenter la dépense, il la diminue. On va en juger.

c Envisageons 'd'abord la disposition d'un couple à un seul liquide. Soit un vase percé d'un trou au milieu du fond, comme un pot à fleurs ; dans ce vase, un diaphragme cylindrique en toile à voiles un peu moins élevé, ayant le même axe et fixé, par la partie inférieure, au moyen d'un mastic. Supposons, dans le diaphragme, un crayon de charbon de cornue très-dense, entouré de petits grains de ce même charbon, et, autour du diaphragme, un cylindre de zinc amalgamé et de Veau acidulée qui a été fournie goutte à goutte par un réservoir supérieur. Joignons maintenant les deux pôles par un fil conducteur et voyons ce qui se passe dans l'intérieur de l'appareil. L'eau acidulée, qui continue d'arriver goutte à goutte, se déversera, d'une part, par dessus le bord du diaphragme de toile sur les charbons qui seront ainsi continuellement lavés par le mouvement du liquide, sans être inondés, en sorte que la polarisation sera suspendue et que les bulles d'hydrogène se dégageront librement par les interstices des grains ; d'autre part, les couches inférieures d'eau acidulée, par l'effet de la pression qu'elles supportent, filtreront lentement a travers la toile, ce que ne feront pas notablement les couches supérieures et moyennes. Or, ces couches inférieures sont précisément celles qui contiennent le sulfate de zinc qu'il s'agit d'éliminer. Le résultat est un courant électrique tout à fait constant jusqu'à l'entière dispar tion du zinc, obtenu sans autre soin que celui d'alimenter le réservoir.

€ Voici maintenant comment on réanit un grand nombre de couples. Les vases de grès qui les contiennent, et qui peuvent être plus ou moins grands, sont réunis et cimentés en faisceau, en bloc facilement transport table ; la surface supérieure de ce bloc est horizontale et de petites rigoles amènent l'eau acidulée à chaque couple. Avec cette disposition, en plaçant au-dessus de la pile un second réservoir et en changeant la nature et rélévation des diaphragmes, il est facile d'employer un second liquide que Ton fera tomber directement et goutte à goutte sur les charbons, soit, par exemple, de Tacide azotique, et Ton obtiendra ainsi une pile de Bunsen dont la charge sera sans cesse renouvelée et qui sera de la plus grande constance. On pourra même employer de l'acide ttfaibli et lorsqu'il ne peut plus servir pour les piles Bunsen ordinaires, car la dépolarisation peut se faire alors comme dans une pile de Smée. Les liquides, à leur sortie des éléments, sont recueillis et peuvent reservir jusqu'à saturation. >

Système de MM. tf edliok et Csapo. — Ce système, qui a figuré à l'exposition de 1855, et qui avait été expérimenté alors devant la commission avec un succès assez grand pour lui valoir une récompense, a promis plus qu'il n'a tenu quand on en est arrivé à l'application pratique. Néanmoins, en raison de la réputation que cette pile a eue, nous allons en faire une description rapide.

L'élément Bunsen, dans ce système, rappelle par sa disposition celui de WoUaston. Le charbon qm est préparé à peu près comme celui des piles de Bunsen primitives, est taiUé en planche mince et carrée et se trouve introduit, sur les deux côtés d'un cadre isolant et inattaquable aux acides. Pour éviter les effets de l'oxydation de la lame polaire positive qui s'y trouve adaptée, la partie supérieure de ce charbon a été trempée préalablement dans un bain de stéarine. De cette manière, les pores du charbon se trouvent bouchés, et l'endosmose de Facide est arrêtée. La partie supérieure de cette portion du charbon ainsi enduite est ensuite poncée et plongée dans un bain de sulfate de cuivre, afin qu'elle puisse se recouvrir par la galvanisation d'un dépôt métallique. C'est sur ce dépôt qu'est soudée à l'étain la lame polaire.

Le cadie isolant, sur lequel est fixée la lame de charbon, est confectionné avec un mélange fondu de peroxyde de Ver, de soufre et d'amiante. Cette composition, qui peut se mouler très-facilement, devient après le refroidissement d'une extrême dureté et ne peut être attaquée par aucun acide.

En haut et en bas de ce cadre se trouvent adaptés deux petits tuyaux a et b; Tun (a) est en verre et est destiné à donner issue aux vapeurs nitreuses qui se dégagent, l'autre b est terminé par une petite boule, et donne issue à Facide nitrique quand l'élément est monté. Ce dernier tuyau est composé avec les mêmes matières que le cadre.

Le vase poreux est constitué par du papier trempé dans de Tacide nitrique concentré que Ton colle, au collodion^ sur les deux faces du cadre. Grâce à sa préparation, qui lui a donné les propriétés du coton-poudre, ce papier peut résister aux acides, et comme il ne présente pas d'épaissuur, il n'oppose presque pas de résistance à la transmission du courant électrique.

C'est dans cette petite caisse de papier ainsi disposée, qu'est contenu l'acide nitrique, et, pour achever le couple, il ne s'agit plus que de la placer dans une auge remplie d'eau acidulée, entre deux plaques de zinc de même grandeur qu'elle.

La disposition de ce couple permet de rapprocher très-près l'un de l'autre les éléments polaires, et par conséquent d'augmenter considérablement l'intensité du courant. Aussi un couple de cette nature équivaui-il, eu quantité, (surface pour surface) à plus de deux éléments de Bunsen ; de plus, en raison de leur peu d'épaisseur, ces couples peuvent être réunis en grand nombre sur un petit espace, et, au moyen d'un système assez simple, ils peuvent être chargés et déchargés instantanément.

Dans la disposition adoptée par MM. Jedlick et Csapo, les couples sont placés dans une même caisse et séparés les uns des autres par des cloisons en ardoise. La caisse elle-même a ses côtés intérieurs revêtus d'une enveloppe de caoutchouc, mais son fond est constitué par un plancher do mastic composé de la même matière que les éléments. Ce plancher de mastic est moulé de manière à présenter au milieu de chaque compartiment une concavité en forme de tasse, dans laquelle s'emboîte exactement le bouchon semi-sphérique de l'élément négatif. Ces concavités donnent ouverture à un petit trou qui correspond précisément à celui du bouchon, mais qui aboutit intérieurement à un tuyau ménagé dans l'épaisseur du plancher de mastic (1). Ces concavités se trouvent toutes placées du même

(1) Go mode de Uaisoa des éléments négalifs avec le tuyau de distribution du liquide acide est motivé par la nécessité dans laquelle on est de rendre l'élément négatif mobile, et de l'assujettir, en le plaçant, à certains mouvements qui pourraient briser tout autre mode de communication.

côté, mais du côté opposé existent d'autres petits orifices disposés de la même manière, qui communiquent à un second tuyau ménagé également dans le plancher de mastic. Ces deux tuyaux correspondent, d'un côté de la pile, à un tuyau vertical dans lequel on verse les liquides excitateurs au moyen d'un entonnoir, et de l'autre côté à un robinet par lequel ces liquides peuvent être écoulés. Inutile de dire que ce robinet et les tuyaux sont composés avec le même mastic que le plancher. Enfin, les éléments commimiquent supérieurement, au moyen des petits tubes, à un conduit qui rejette au dehors les émanations nitreuses de la pile.

Les liaisons métalliques des éléments entre eux se font par des lames attachées aux éléments polaires, et qui plongent dans deux rainures pratiquées sur le couvercle de la pile. Ces rainures divisées en autant de compartiments qu'il y a d'éléments, sont remplies d'un amalgame de zinc, de sorte qu'à l'aide de lames métalliques recourbées on peut, avec la plus grande facilité, disposer la pile soit en tension, soit en quantité.

Pour charger la pile, il suffît de verser par les tuyaux verticaux de la caisse les acides, jusqu'à ce que le niveau des liquides soit arrivé à une hauteur donnée. On est sur alors que les liquides sont arrivés à pareille hauteur dans tous les éléments, car ils forment avec ces tuyaux des vases communiquants.

On a objecté que la communication des éléments entre eux par les liquides excitateurs devait affaiblir beaucoup la tension des piles ainsi disposées, mais il n'en est pas ainsi, à cause de la facile pénétration des diaphragmes par les courants et de la petitesse des orifices de communication. Du reste, l'expérience a démontré qne cet inconvénient n'existait pas.

Ml^t. Jedlick et Csapo ont essayé avec succès de substituer dans leur pile l'azotate de soude à l'acide nitrique. Ils ont constaté, à la vérité, un affaiblissement dans l'intensité du courant résultant, mais cet inconvénient était largement compensé par la constance plus grande du dégagement électrique.

Il paraîtrait, d'après les renseignements qui m^ont été transmis^ que la pile de MM. Jedlick et Csapo avait été imaginée dès l'année 18i5, et que, pendant plus de dix ans, ces inventeurs se sont efforcés de la perfectionner, n serait peut-être important que ces messieurs s^expliquassent sur les dates de ces différents perfectionnements, car on trouve au bureau des brevets d'invention un brevet par lequel M. Frascara, professeur de

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physique en Piémont, réclame la propriété des diaphragmes en papier préparé à l'acide nitrique, et qu'il appelle papier xiloi'dé. Ce brevet date du mois de décembre 1854. Il est vrai que la disposition de ses éléments est différente, car il emploie pour liquides excitateurs un acide et une base (l'acide suJnriqne ou nitrique et l'ammoniaque), et le charbon est ploDgé dans l'alcali, tandis que l'acide est contenu dans un vase en fonte de fer qui devient pôle négatif.

D'un autre côté, il existe un brevet pris par MM. Guillon et D'Artois, dans lequel le chargement et le déchargement des piles Bunsen ordinaires s'opère par on moyen à peu près semblable à celui de MM. Jedlick et Csapo. Ce brevet a été pris en 1853. A qni revient la priorité de ces deux perfectionnements ? C'est une question difficile à éclaircir, car il arrive bien souvent que la date des brevets n'indique pas celle des inventions.

Du reste, depuis l'année 1855 jusqu'à l'année 1859, ce système de pile a subi de nombreuses modifications. Déjàj à la fin de l'année 1855, MM. Jedlick et Csapo avaient substitué l'eau salée à l'eau acidulée, pour éviter réchauffement énorme qui résnltut du passage du courant an sein de la pile. Le dégagement électrique avait été, il est vrai, un peu amoindri par cette substitution, mais ou y gagnait une plus grande régularité d'action.

En 1859, M. Hu-çbîs, associé de MM. JedlicX et Csapo, dans le but de rendre ce système de pile plus simple et plus solide, s'est imaginé de couler en un een) bloc de mati^ isolante, l'auge entière contenant les différents éléments de la pile, ainsi que les cloisons de séparation de ces éléments eux-mêmes et les tubes et entonnoirs communiquant aux tuyaux de charge. Cette matière isolante était toujours composée de soufre, d'oxyde do fer et d'amiante. Le tont était moulé de manière que les parties semblaient évidées on sein de la masse cUe-méme, comme on le voit fig. 54.

Les orifices de communication entre le tuyau de l'acide nitrique et

les différents éléments ont été en même temps modifiés, de manière à avoir une fermeture plus hermétique.

Système de M* lîV. Wig^ner. — Ce système, imaginé principalement en vue de la charge des grandes batteries et qui a une certaine analogie avec celui de M. Archereau, est décrit de la manière suivante par son auteur :

c Je mélange les acides dans deux grandes dames-jeannes en terre, munies de bouchons qui ont chacun deux trous. À travers un de ces trous passe un tube de verre qui descend au fond de la dame-jeanne, il est recourbé au dehors sur une longueur de deux ou trois pouces. A ce tube est joint un tube en caoutchouc^ d'environ six pieds de longueur, avec un jet qui n'a pas plus de trois pouces à son extrémité. Ce jet est formé d'un bout de tube en verre, légèrement aplati à la lampe, pour qu'on puisse l'introduire facilement dans les éléments de la pile. Pour régler et arrêter l'écoulement de l'acide, je me sers d'une pince à ressort de Mohr, qui serre le tube en caoutchouc. L'autre trou de chaque bouchon est destiné à recevoir un tube à souffler, entrant à une petite pro« fondeur dans la dame-jeanne^ pour faire jouer les siphons. Ceux-ci étant remplis, il est très-facile de passer le jet d'un couple à l'autre (en arrêtant l'acide avec la pince) sans perdre une seule goutte ; et cela peut se faire si rapidement, que j'ai chargé plusieurs fois une pile de soixante éléments avec les deux acides (sans être aidé de personne) en 20 ou 25 minutes. Les dames-jeannes doivent naturellement être à environ quatre pieds au-dessus du niveau de la pile. Le tube en caoutchouc doit être rincé, immédiatement après qu'on s'en est servi, avec de l'eau contenant un peu d'alcali ; il peut de cette manière durer très-longtemps.»

Système de M. de La Rive. — < La modification que j'ai apportée à la pile de Grove, dit M. de La Rive, a essentiellement pour objet d'en rendre le maniement plus commode et plus prompt. Un flacon en verre, ayant une ouverture de dix centimètres environ, fermée par un bouchon usé à l'émeri, contient un litre à peu près d'acide nitrique. Quand on veut monter le couple, on enlève le bouchon et on le remplace par un tube poreux, d'un diamètre tel, qu'il puisse entrer librement dans le flacon par l'ouverture. Ce tube, assez long pour plonger à peu près jusqu'au fond du flacon, présente dans sa partie supérieure un renflement annulaire, au moyen duquel il repose sur le bord de l'ouverture. Il renferme de l'acide sulfurique étendu d'eau, et la lame polaire électro-posi*

tive qui est immergée dans la solution acidulée. Il est de plus entouré extérieurement d'une lame minée de platine, à laquelle est soudé à For un fil également de platine qui vient aboutir extérieurement, en traversant le renflement annulaire du tube poreux. Le zinc et le fil de platine portent chacun des pinces d'où partent les conducteurs. On peut avoir plusieurs couples semblables, et rien n'est plus facile que de les avoir en séries, de manière à obtenir ainsi une pile plus ou moins puissante. Mais un seul couple est assez fort, s'il est bien monté, pour presque toutes les expériences d'électro-dynamique ; en particulier pour la démonstration des lois d'Ampère, comme pour la production des phénomènes que présente la décharge de l'appareil de Rumhkorff dans les gaz raréfiés. Il n'est pas nécessaire de changer souvent l'acide nitrique, vu que le flacon en renferme une grande quantité. Le même acide peut servir pendant plusieurs jours pour un grand nombre d'expériences. Par contre, il est avantageux de changer fréquemment l'eau acidulée qui remplit le tube poreux, opération très-facile et très-peu dispendieuse. Enfin, une précaution importante à prendre, c'est, quand on cesse de se servir du couple, de sortir le tube poreux du flacon d'acide nitrique, en ayant soin de le remplacer immédiatement par le bouchon usé à l'émeri^ et de le plonger dans un bocal rempli d'eau pure. On évite ainsi les émanations des vapeurs nitreuses et la pénétration de l'acide nitrique à travers le tube poreux, c n faut se garder de plonger les zincs amalgamés dans la même urne où l'on a plongé les tubes poreux, car il suffit de la plus légère trace d'acide dans l'eau pour altérer les zincs. >

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