‹ Exposé des applications de l'électricité (volume 2)Chapitre 60 sur 90 · I. — PILES A SYSTÈMES AMPLIFICATEURS · texte numérisé non relu

I. — PILES A SYSTÈMES AMPLIFICATEURS

Batteples de polarisation. — Nous avons vu au sujet des phénomènes de la polarisation électrique, page 191, qu'en multipliant le nombre des électrolyses où se produisent des effets de polarisation , od pouvait arriver à créer une batterie susceptible de produire des courants secondaires assez énergiques, Ritterestle premier qui se soit occupé de ce genre de batteries, mais M. Jacobia cherché le premier à en tirer parti pour la télégraphie, ainsi que nous le verrons plus tard. Dans ce but, il fit établir une batterie composée d'une série de lames de platine plongées deux par deux, dans les différents compartiments d'une cabsc de gutta-percha, divisée par des cloisons, et, en réunissant les unes aux autres ces différentes lames à la manière ordinaire, il obtenait par Tiotermédiaire d'un liquide acidulé, remplissant la caisse, et sous l'influence d'un courant électrique, un courant de polarisation dont l'énergie était en rapport avec le nombre et la grandeur des lames. Ce système de batteries a été successivement perfectionné par MM. Thomsen (1) et Hjorth, et une batterie combinée par ce dernier savant figurait même à l'Exposition de 1867 ; mais quoiqu'assez énergiques, relativement, ces batteries se sont trouvées considérablement distancées, quant aux effets produits, par celle de M. Planté qui, en réagissant comme un puissant condensateur voltaïque, a pu produire des effets réellement extraordinaires. L'étude spéciale que M. Planté, l'ingénieux inventeur des anodes de

(1) La balterie de Thomsen se composait de lames de platine platiné, et un dispositif particulier permettait de produire une succession de courants secondaires assez rapprocliés, pour fournir uu courant continu d'une tension supérieure à celle du courant de la pile excitatrice.

plomb en galvanoplastie^ avait faite des courants secondaires lui ayant fait reconnaître que la force électro-motrice inverse fournie par des électrodes de plomb est environ deux fois et demi plus grande que celle qui est produite par des électrodes de platine platiné, et six fois et demi supérieure a celle qui est donnée par des électrodes de platine ordinaire, il pensa que la substitution du plomb au platine dans les batteries de polarisation serait très-avantageuse, et il chercha à combiner une batterie fondée sur ce principe.

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Le premier système qu'il imagina et dont les effets étonnèrent déjà beaucoup les savants quand il fut présenté à l'Académie des sciences, date de Tannée 1S60. Mais depuis cette époque, M. Planté Ta considérablement perfectionné au point de vue pratique et après avoir donné aux éléments qui le composent bien des formes différentes, il s'en eièi tenu à la disposi-

tien que nous représentons fig. 69. Dans ses conditions les plus simples chaque élément de cette batterie est formé de deux longues et laides lames de plomb roulées ensemble en hélice, séparées Tune de Tautre par deux ou trois paires de bandes étroites de caoutchouc C,C,C, C\C',C', et plongées dans des récipients en vene remplis d'eau acidulée au dixième par de Tacide sulfurique. Comme dans ce système d'électrolyse il ne se dégage pas de gaz, Thydrogëne étant absorbé par le peroxyde de plomb qui s'est formé à Télectrode positive, ces éléments peuvent être hermétiquement clos par un couvercle, et rester toujours chargés sans qu^on ait à renouveler souvent les liquides.

Quand la batterie ne se compose que d'un seul élément, auquel on pent du reste donner une grande surface, le couvercle dont nous venons de parler, qui est en caoutchouc durci, porte les pièces métalliques destinées à fermer le circuit secondaire. Le couple étant chargé, comme on le voit fig. 69, les extrémités des deux lames de plomb communiquent à Taide des pinces 6, H, à la fois aVec la pile primaire formée de deux éléments de Bunsen de petite dimension, et avec les lames de cuivre M, If. La lame M est disposée au-dessous d'une autre lamelle de laiton R, dont rexlrémité prolongée formant ressort peut être abaissée k Taide du bouton B, et comme cette lame R communique avec la pince A, la lame de plomb correspondant à M peut à volonté être mise en rapport métallique avec la pince Â. La lame M' est d'*autre part en communication constante avec la pince A', et c'est entre les branches de ces deux pinces que sont placés les fils métalliques destinés à être portés à l'incandescence ou jusqu'à la fusion par le passage du courant secondaire.

Les lames de plomb de l'appareil représenté fig. 69, ont à peu près 0°*,50 de longueur sur 0*^,20 de largeur, et leur surface totale est égale à 0'",40 décimètres carrés environ. On peut avec ce couple secondaire bien chargé, rougir pendant une minute un fil de platine de un millimètre de diamètre, et fondre des fils d'acier de même diamètre.

Quand la batterie se compose de plusieurs éléments et qu^on désire les associer en tension comme dans la fig. 70, les lames des couples secondaires ont 0^,12 de largeur sur 0'»,i8 de longueur, et leur surface utfle est d'environ 0<",8 décimètres carrés ; elles sont d'ailleurs écartées l'une de l'autre de 0",003. La résistance de chacun de ces couples est équivalente à 8",77 d'un fil de cuivre de 1 millimètre de diamètre, soit environ 23">,39 de fil télégraphique. Ces couples sont disposés sur deux rangs au

nombre de yingt et commviniquent avec les ressorts d'un commutateur destiné à les associer successivement en surface ou quantité pendant la charge*, et en tension^ pour recueillir la décharge (1). Ce commutateur se compose de deux cylindres CC, C'C (fig. 70)^ dont Tun est destiné à relier tous les pôles des couples secondaires de rang pair, l'autre tous les pôles de même couples de rang impair par l'intermédiaire de ressorts r^r^r. Ces deux cylindres sont reliés à une règle plate arrondie

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de matière isolante placée entre eux deux et portant des lamelles de -currre distribuées obliquement k sa surface. Ces lamelles sont destinées à frotter, à un moment donné, contre les ressorts r^r^r. Le système peut faire un quart de révolution autour de Taxe de la règle, qui pivote sur deux tourillons, suivant qu'il s'agit d'associer les couples secondaires en quantité ou en tension.

(i) Cette dispoiition a été prise en vue de faire produire aux couplet lecondaires otiméi en ttntiùn^ toute l'action électrkiue qu'ils sont susceptiblea de fournir indÎTiduellemeat. Une dîspMÎiion permanente en tension de ces différents couples, ne poumit éviûemment pas résoudre ce problème, car la force électro-motrice des différents éléments

Pour charger la batterie, on fait aboutir les rhéophores ou fils de la pile excitatrice, qui se compose alors de deux ou trois éléments de Bunsen (deux éléments peuvent saffire), aux boutons d'attache 1,1' en relation par des ressorts arec les extrémités des cylindres CC, C'C, et le courant se divise ainsi entre les vingt couples qui forment la batterie, en développant dans chacun d'eux une force électro-motrice inverse, égale à une fois et demi environ celle d'un couple de Grove ou de Bunsen. C'est grâce à cetie association en surface de tous les couples secondaires au moment de Faction de la pile excitatrice que la batterie peut se charger ; car s'ils étaient disposés à la suite les uns des autres, en tension, la force électro-motrice des éléments Bunsen destinée àla charge, et supposée égale à 3 ou 3 unités, ne pourrait développer la tension de 30 unités que Ton peut obtenir dans les vingt couples secondaires.

Quand la batterie est chargée, on tourne à Taide du bouton B, le commutateur, de manière à ce que les extrémités des lamelles obliques viennent frotter contre les ressorts r^r^r^ comme le montre la figure 70. Les couples secondaires se trouvent alors associés en tension, et en réunissant deux batteries, c'est-à-dire 40 couples, on obtient, pendant la décharge, une force électro-motrice égale à celle de 60 éléments Bunsen, par suite, tous les effets que peut produire une pile de cette énergie, la lumière électrique, l'incandescence d'un fil de platine de deux mètres de longueur et de 1/3 millimètre de diamètre, etc. Une seule batterie donnant une décharge équivalente au courant de 30 grands éléments de Bunsen suffit pour produire l'arc voltaïque.

Le même appareil, bien que destiné plus particulièrement à laprodac-

do la batterie étant supérieure à celle des éléments de la pile destinée à les polariser, ïk devenait impossible de charger complètement une batterie de ce genre disposée en tension avec un petit nombre d'éléments de pile, ou du moins on ne pouvait la charger qu*i une tension égale à ceUe de la pile. Dés lors, on ne gagnait rien à la transformation. Kais M. Planté ayant réfléchi que Tefiet de tension qu'il cherchait à obtenir, ne devait se produire qu'après la charge de la batterie de polarisation, il pensa qu'il pourrait charger cette batterie comme un simple élément, en la disposant en quantité, et qu'étanl une fois chargée, il suffirait de disposer en tension les divers éléments qui la composaient pour obtenir les effets de tension désirés. En un mot, il chercha à combiner son appareil de manière i ce que tous les éléments fussent chargés simultanément en qvaniiié et être déchargés ensuite en tension ; et c'est ce à quoi il est parvenu au moyen du commutateur dont il s'agit. Nous devons dire toutefois qu'une disposition de ce genre avait d^à été employée par M. Poggendorff pour obtenir à l'aide d'électrodes en pUtîne, une force électro-motrice supérieure à celle du courant primitif.

tîon d* effets de tension, peut servir également à la manifestation de puissants effets de quantité, à l'aide de pinces spécialeis qu'on adapte aux cylindres métalliques qui répartissent le courant excitateur dans tous les couples secondaires. Lorsque la batterie est chargée, on tourne le commutateur de manière à isoler les cylindres des ressorts qui les font communiquer avec les couples secondaires. Si on dispose alors entre ces pinces un gros fil de platine de ^ millimètres de diamètre, et qu'après avoir enlevé toute communication avec la pile, on ferme à l'aide du commutMcur le circuit secondaire, le fil est porté à Tincandescence et même jusqu'^à la fusion, par suite de la grande quantité d'électricité fournie en quelques instants par l'ensemble des couples secondaires associés ainsi en surface. Une seule batterie de 20 couples suffit pour réaliser cette expérience.

Nous avons déjà parlé, page 197, des effets de polarisation produits par l'électroljsation des lames de plomb, et nous avons vu précédemment que la force électro -motrice du courant secondaire qui en résultait était supérieure à celle de la pile de Bunsen^ dans le rapport de 1 , 5 à 1 : c'est ce qui fait que pour charger une batterie de plomb, il faut au moins deux éléments Bunsen. Mais, un phénomène assez curieux que présentent ces sortes de batterie, c'est la faculté qu'elles ont de produire, comme la bouteille de Leyde, plusieurs décharges résiduelles qui ont une certaine énergie et qui s'effectuent toujours dans le même sens.

On sait que les courants de polarisation, abandonnés à eux-mêmes ne sont pas durables et qu'ils diminuent successivement d'intensité, jusqu'à ce qu'ils deviennent à peu près nuls, et le temps que cette décharge met à s'effectuer d'une manière complète est d'environ 10 ou 15 mimutes avec la batterie de M. Planté. Or, si après avoir ainsi déchargé une batterie de ce genre, on interrompt le circuit et on laisse reposer la batterie un quart d'heure environ, on pourra produire une nouvelle action enfermant de nouveau le circuit. Cette action sera, il est vrai, un peu moins vive que la première et durera moins longtemps, mais elle sera encore très-énergique. En procédant de la même manière à différents intervalles de temps, on pourra obtenir jusqu'à cinq ou six décharges successives. Ces décharges résiduelles viennent de ce que la couche de peroxyde de plomb, en se combinant à l'hydrogène, ne se trouve pas usée immédiat tement dans toute son épaisseur. Dans les premiers moments de l'action du circuit secondaire, la partie superficielle de cette couche perd l'excès

de son oxygénation pour passer à Tétai de protoxyde de plomb, et comme la lame non oxydée par le courant primitif, se recouvre alors ellenaième

d'une légère couche de peroxyde de plomb sous l'influence du courant secondaire, il se détermine une force électro-motrice inverse de celle du courant secondaire lui-même, qui annule bientôt celui-ci avant que la couche du peroxyde de plomb de la première lame soit complètement désoxydée. Si on maintient le circuit ouvert pendant quelques instants, la légère couche de peroxyde de la 2* lame se trouve à son tour désoxydée successivement par le liquide, et cette lame revient à Tét^t neutre par rapport à la première, dont la couche de peroxyde conserve encore une certaine action, et il se détermine un nouveau courant secondaire au moment où on ferme de nouveau le circuit.

n n*est pas d'ailleurs besoin d'une forte batterie pour produire avec ce système des effets très- énergiques. Ainsî,^ deux petits fils de plomb polarisés pendant quelques secondes peuvent fournir un courant secondaire assez fort pour démagnétiser un électro-aimant portant 200 grammes.

Nous représeatons, fig. T\, 1% 73, la disposition des batteries de M. Planté avec des lames de plomb droites disposées, dans les récipients, comme les lames de platine des autres batteries de polarisation. Ces lames, au nombre de 6, sont rangées parallMement les unes a côté des autres et communiquent alternativement de Tune à l'autre, de telle manière, que les lames paires et les lames impaires constituent deux groupes séparés, a6c, a'b'c'^ fig. 73, représentant eux-mêmes les deux électrodes de la pile.

La fig. 72 représente un seul élément à grande surface avec son excitateur et la fig. 71 une batterie de 30 éléments avec son commutateur.

Pour charger au maximum uo couple secondaire de 0°*,40 décimètres carrés de surface, il faut environ 8 ou 10 minutes avec deux couples de Bunsen, mais à condition qu'il soit bien formé, c'est-à-dire que ce couple ait longtemps servi, qu'il ait été fréquenmient traversé par le courant excitateur, tantôt dans un sens, tantôt en sens contraire, et en dernier lieu dans un sens déterminé qu'on adopte définitivement, de manière à ce qu'il y ait à la surface des électrodes une couche de peroxyde de plomb d'une certaine épaisseur d'une part, et d'autre part une couche de plomb divisé, réduit, provenant d'une peroxydation antérieure. Quand le couple est resté quelque temps sansjservir, il faut, avant de pouvoir obtenir le maximum 4'effet, faire passer le courant excitateur pendant 20 ou 35 minutes pour le mettre bien en fonction, ensuite toutes les ou 8 minutes, ou toutes les 8 ou 10 minutes, suivant l'état de la pile de Bunsen. On reconnaît que la pile secondaire est chargée au maximum ,

à rappariiion des balles de gax provenant de la décomposition ae Tean, qui, n'étant plus absorbées par Toxydation et la rédaction, sont oblige de se dégager ; mais, ce dégagement ne peut fournir cette indication que quand la pile est dans Tétat décrit plus haut, car, avec un appareil neuf, soumis pour la, première fois à Taction du courant excitateur, on voit presque toujours des bulles de gaz se dégager dès les premiers moments de son action et sans que la charge ait atteint son maximum.

Quant à la durée de la décharge, elle varie suivant la résistance qa^on lui oppose : plus cette résistance est grande, plus la décharge met de temps à disparaître. Un fil de platine de 1 millimètre de diamètre et de 7 à 8 centimètres de longueur, peut, avec un couple secondaire dans de bonnes conditions et chargé au maximum, rester rouge pendant une minute. Un petit fil de 1/10 de millimètre de diamètre et de 3 à 4 centimètres de longueur, aura son incandescence prolongée pendant 8 ou 10 minutes ; enfin^ avec une très-grande résistance de circuit, le courant secondaire peut mettre plusieurs heures avant de disparaître complètement ; mais en revanche, il s'anéantit rapidement en quelques minutes, avec une résistance très-faible. Quand le circuit .reste ouvert, la charge peat se conserver assez bien pendant plus de 48 heures, et fournir au bout de ce temps l'incandescence d'un fil de platine de un demi-millimètre de diamètre pendant une minute.

Pour les batteries destinées aux effets de tension, la surface des 40 couples réunis étant plus grande que celle de la pile dont nous venons de parler, il faut de 15 à 20 minutes pour les charger au maximum avec 3 couples de Bunsen (quand ils sont bien formés). Pour une batterie de 20 couples, il faut à peu près moitié moins de temps. La durée des effets produits varie, comme nous l'avons dit précédemment, avec la résistance du circuit interpolaire ; la lumière électrique, par exemple, peut se maintenir très-belle (avec 40 couples) pendant près d'une demi-minute ; Tîncandescence d'un fil de platine de deux mètres de longueur et de 1/2 mil. dure environ 45 secondes. (Voir les Mondes^ tome 27, page 469.)

Piles À condensateups voltaVques. — Nous venons de voir que le courant d'une pile en passant à travers une batterie de polarisation, peut multiplier sa puissance dans une proportion considérable, en créant un courant de polarisation qui se comporte comme si la batterie avait emmagasiné, en quelque sorte, l'électricité développée par la pile pendant un certain laps de temps. Quand on ne demande a la pile

qu^une actioD énergique passagère, ce système a donc des avantages trës-marqués, mais qatflxà il s'agit d'effets continus et de longue durée, il ne peut être employé, car, en définitive, il joue, par rapport à la pile, le même rôle que la bouteille de Leyde par rapport à rélectricité statique. Plusieurs physiciens, et en particulier M. Guillemin, ont recherché, si en appliquant à la pile des condensateurs à grande surface, on ne pourrait pas obtenir des effets du même genre, mais cette fois continus et susceptibles d'être utilisés dans les applications électriques. Pour arriver à ce résultat, M. Guillemin fait partir des deux pôles de la pile qui doit agir sur le circuit, deux dérivations qui vont aboutir aux deux armures d'un condensateur de grande surface ou d'une pile de condensateurs. Avec cette disposition, on conçoit que quand le circuit métallique sur lequel doit réagir la pile est interrompu, rélectricité développée par cette pile charge le condensateur, et que quand, au contraire^ ce circuit se trouve fermé, la charge du condensateur se joint à celle de la pile pour renforcer le courant transmis. Le condensateur dans ces conditions joue donc le rôle d'une espèce d'cmmagasineur d'électricité, qui utilise au profit de l'intensité du courant transmis les temps d'interruption du circuit qui le conduit. Mais comme la charge du condensateur, dans ces conditions, exige de la part de la source électrique une forte résistance afin que la décharge ne s'effectue pas en même temps que la charge, ce système ne peut fournir d'avantages réels qu'autant que la pile est composée d'un très-grand nombre d'éléments de très-petite surface. Si on dispose convenablement entre eux les différents éléments de ce système, on peut arriver à renforcer l'action du courant presque proportionnellement à la surface du condensateur. On pourra en juger par les expériences suivantes que M. Guillemin a pubUées dans le Journal des Télégraphes (année 1869).

< Une pile de 80 éléments Daniell ayant été chargée avec très-peu de liquide, on a ajouté à sa résistance propre, une résistance factice de 4000 kilomètres, ce qui faisait par conséquent 60 kilomètres de résistance par élément. Le circuit auquel cette pile correspondait, représentait une résistance isolée de 600 kilomètres, laquelle, en y ajoutant la résistance de Tappareil destiné à constater les effets produits par le courant, constituait une résistance totale de 800 kilomètres. Dans ces conditions, c'est-à-dire avec le courant seul de la pile, l'appareil révélateur en question fonctionnait très-difficilement. Mais aussitôt que cette pile s'est trouvée

mise en rapport avec on condensatear de 18 mètres carrés de surface, rappareil a pu fonctionner parfaitement et a montré que la force produite par le courant était notablement augmentée. Cette augmentation était un peu plus grwnde^ quand au lieu d'un condensateur on en interposait plusieurs ; toutefois, ces effets d'accroissements de puissance exigeaient 1/4 de seconde avant de se produire, et ils s'expliquent facilement, si Fon considère que Tinduction se produisant dans les premiers moments de la charge d'un circuit, ainsi qu*on la vu page 93, la charge du condensateur absorbe à son profit dans les premiers moments de la propagation électrique, une partie de celle du circuit lui-même. Ihi reste, ce retard ne peut se produire qu'une fois, au commencement de l'expérience, car les armures du condensateur étant toujoujrs en communication avec les pôles de la pile, ne se chargent qu'au moment où le circuit se trouve interrompu.

< Dans une autre sérié d'expériences, on s'est servi d'une ligne télégraphique de 550 kilomètres et d'une pile de Daniell de 128 éléments d'one résistance de 3 kilomètres par élément ; l'appareil dont nous avons parié précédemment, était disposé de manière à ne plus fonctionner du tout sur ce circuit^ avec le courant simple de la pile. On a interposé successivement un, deux, trois, quatre condensateurs, et on a reconnu que l'appareil, non-seulement fonctionnait alors dans d'excellentes conditions, mais accusait encore un CLCcroissement successif dans la force produite par le courant et presque proportionnel au nombre des condensateurs^ ce qui n'avait pas eu lieu dans la première expérience. >

Suivant M. Guillemin, cette proportionnalité entre la surface condensante et l'accroissement de la force produite par le courant dans le cas des circuits télégraphiques, tient au coefficient de charge du drcuit, qui est beaucoup plus considérable sur une ligne télégraphique que sur les fils des bobines de résistance, et aussi aux dérivations delà ligne qui entraînent une charge plus grande des condensateurs. L'expérience a en effet démontré que la charge des 4 condensateurs employés dans cette dernière expérience était égale à 3 fois environ celle de la ligne de 550 kilomètres.

Les phénomènes dont il vient d'être questioD, sont très-peu appréciables avec les piles dont on se sert en général dans les applications âectriques, parce que leur résistance est trop faible, mais ils pourraient être très-marqués avec des condensateurs d'une surface snffisaomient grande.

L'adoption de ce système de généraienr électrique est donc subordonnée aux prix de ces espèces de réservoirs d'électricité, à leur degré dUsolement et à leur pouvoir condensant. Au prix où sent maintenant ces condensateurs, il semble plus économique et plus simple, si Ton veut augmenter la puissance des pQes, de diminuer leur résistance en augmentant la dimension des éléments ; mais si Ton trouvait mojen de perfectionner les condensateurs, d'augmenter leur force condensante sans détmire leur isolement et d'en diminuer le prix, ils pourraient être appliqués avec avantage, car ils ont l'avantage de réduire considérablement rétincelle de Textra-courant qui produit des effets si nuisibles au moment des interruptions du courant, et ces avantages seraient d'autant plus manifestes que la tension de la pile serait plus grande.

Pile & eondensatevr Toltaïque de M. De la Rlire. — Si Von considère que le courant d'une pile peut en réagissant sur un apparreil d'induction développer des courants induits plus ou moins forts, et que ces courants induits peuvent être ajoutés à celui de la pile de la même manière qu'on réunît deux éléments voltaîques distincts, on comprend aisément qu'il devient possible, par ce moyen, d'amplifier la force d'une pile sans en augmenter la dépense. Tel est le principe de l'appareil de M. De la Rive, connu sous le nom de condensateur vollaique. La disposition de cet appareil ne présente du reste rien de compliqué, c'est un électro-aimant droit, muni d'un interrupteur automatique auquel on a donné depuis le nom de trembteur^ et dont les extrémités de l'hélice sont interposées dans le circuit de la pile, de manière à fournir des courants marchant dans le même sens. Nous aurons plus tard occasion de parler de cet interrupteur découvert par Neef, qui joue un grand rôle dans les applications électriques, mais nous dirons seulement, en ce moment, que c'est à la suite de son application au condensateur de M. de la Rive qu'il s'est trouvé connu, et c'est pour cette raison qu'on lui a souvent donné le nom <rinterrupleur de De la Rive.

Au moyen de cet apparefl, un couple de Grove qui ne décompose l'eau que très-légèrement, un couple de Daniell qui ne la décompose pas sensiblement, deviennent capable de la décomposer avec une grande énergie. On peut obtenir jusqu'à 10 ou 15 centimètres cubes de gaz par minute. Pour que l'appareil condensateur marche bien, il faut que le fil de l'électro-aimant soit d'un fort diamètre et d'une médiocre longueur, si l'on veut obtenir de la quantité. Celui qui donne les meilleurs résultats pour les actions chimiques, est constitné par la réimion de S fils de i mit-

limètre chacun, faisant .100 tours autour du fer. Nous parlerons longuement de ces conditions d*enroulement et de diamètre au chapitre des appareils d'induction.

Piles À appendices polaires très-développées. — M. Gillard, fabricant de produits chimiques, ayant besoin d'emmagasiaer une grande charge électrique, afin de pouvoir la distribuer d'une manière continue entre un grand nombre de circuits, s'est imaginé de constituer chacun des appendices polaires de la pile par une très-grande longueur de fil enroulée sur un tambour en bois, et constituant une énorme surface de charge. Ces tambours, car y il en a deux, Tun répondant au pôle positif de la pile, l'autre au pôle négatif, sont peu élevés, mais ils sont d'un très-grand diamètre (3 mètres) et sont placés Ton au-dessus de l'autre, sépsCrés par un intervalle vide ou viennent converger les communications électriques, destinées à la distribution du courant; ils sont de plus enveloppés, chacun, par une chemise cylindrique de cuivre mise en relation avec le fil enroulé et par suite avec les pôles de la pile, et c'est cette enveloppe qui constitue, par le fait , les lames polaires de 1& pile. En conséquence, elle porte les vis d'attache des rhéophores qui, dans l'appareil établi à Choisy-le-Roi, sont au nombre de 3500 pour chaque pôle. Le fil enroulé sur chacun de ces tambours est lui-même composé d'un faisceau de fils de cuivre enveloppé d'une gaine isolaate en papier, lesquels fils constituent ensemble un diamètre total de trois centimètres.

L'appareil ainsi établi est disposé au centre d'une chambre, et, aatoor de lui sont disposés circulairement, sur 9 étages, les 2500 cases où aboatissent deux à deux les rhéophores du circuit et où se produisent les décompositions chimiques qui constituent les produits exploités par M. Gillard, au nombre desquels figure l'aluminium.

La pile employée par M. Gillai-d a été variée ; il s'est servi avec avantage de la pile Duchemin au perchlorure de fer, cette matière étant fabriquée par lui dans des conditions très-économiques ; mais il croit obtenir de meilleurs effets de la pile Delaurier. Quoiqu'il en soit, les éléments de cette pile, qui sont au nombre de 50, ont des dimensions considérables; les vases poreux ont 1 mètre de hauteur sur 70 centimètres de diamètre, et on peut juger par là de la surface de zinc immergée.

Suivant M. Gillard, la quantité d'électricité produite par cette pile agissant directement sur les cases à décomposition, serait beaucoup moins grande qu'avec l'intermédiaire de l'appareil qu^ nous venons de décrire et auquel il donne le nom d'électropolyphore.

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