XII. — CONTRIBUTION A L’HISTOIRE DU CHARBON CHEZ L’HOMME
C’est une des rares observations de charbon intestinal publiées. Symptômes. ~ Début brusque par lassitude et malaise général;; au bout de vingt-quatre heures, troubles digestifs, gastro-entéralgies, vomituritions
sanguinolentes. Le 3 e jour, agitation, délire, somnolence, rêvasseries, prostration considérable des forces. Les vomissements continuent et amènent des liquides glaireux, mélangés abondamment de sang altéré. Pas de selles. Très légère élévation de température. Le 4 e jour, ballonnement et sensibilité vive du ventre, faciès effilé, pouls filiforme, respiration accélérée, cyanose. Somnolence, mêlée d’agitation et de délire. Le 6 e jour, la connaissance est abolie, mais l’agitation persiste; cyanose, extrémités froides, peau visqueuse. Vomissements continuels de sang demi-digéré ; état choléroïde. Ballonnement énorme du ventre.
Mort dans cet état le 7 e jour.
Autopsie. — Dilatation énorme d’une partie de l'intestin grêle. Anses intestinales dépolies, injectées, rouge, sombre, parsemées de nombreuses macules hémorrhagiques, et agglutinées entre elles par un exsudât plastique formé de sang presque pur. Cet exsudât remplit la fosse iliaque droite, diffuse dans le tissu cellulaire rétropéritonéal de la région, et infiltre même au loin celui qui occupé l’espace recto-vésical. Le mésentère, le mésocôlon et le mésorectum sont également épaissis, noirs, infiltrés de sang et d’exsudats plastiques. Les ganglions mésentériques et rétropéritonéaux sont hypertrophiés, mous, pulpeux, infiltrés de sang, d’une teinte rouge- brunâtre, tant à la surface que sur la coupe.
L’intestin grêle présente des lésions caractéristiques. Du pylore à environ Ô m ,50 en deçà du cæcum, il contient du sang liquide, rouge brun ou noirâtre. La muqueuse et la sous-muqueuse épaissies, sont infiltrées d’un exsudât rouge hémorrhagique. La lésion significative consiste dans une trentaine de petites tumeurs ulcérées, échelonnées sur une hauteur de 3 mètres à partir du pylore : ce sont des sortes de furoncles, légèrement saillants, de l’étendue d’une.lentille à celle d’une pièce de 50 centimes, avec des ulcères plats ou cratériformes généralement couverts de détritus noirâtres. Ces lésions atteignent leur plus haute expression dans les 50 derniers centimètres de cette portion de l’intestin. Ici la muqueuse et la sous-muqueuse, d’une teinte rouge noirâtre très foncée, sont le siège d’une infiltration hémorrhagique colossale ; elle s’étend sur toute la hauteur de cette portion (0“,50) et embrasse les deux tiers de sa circonférence ; de calibre intestinal en est réduit âu moins de moitié. Sur le point culminant de ce vaste infarctus, existe
un ulcère de la largeur d’une pièce de i franc dont la profondeur mesure toute l’épaisseur de la muqueuse et de la sous-muqueuse infiltrées, c’est-àdire plus de 3 centimètres, et dont les bords et le fond sont imprégnés de sang noir et corrompu.
Enfin, tout à fait à la partie inférieure de notre région, on rencontre un dernier infarctus hémorrhagique, du volume d’un marron, couronné à son point culminant d’une escarre noire, de l’étendue d’une pièce de 20 centimes.
Rien dans le gros intestin.
Foie 2160 grammes. Rien de particulier à mentionner.
Rate 250 grammes. Capsule lisse, parenchyme ferme, couleur chair.
Pas de mélanose, aucune trace d’impaludisme ancien ou récent.
Reins 230. Rien à mentionner.
Cerveau , thorax, cœur. Rien à mentionner.
L’analyse du sang n’a pas été faite, parce que l’étrangeté des symptômes et des lésions a tenu en échec le diagnostic qui n’a pu être posé qu’après que nous eûmes pris connaissance des observations de charbon intestinal éparses dans la littérature médicale. Ces observations sont sommairement analysées dans notre travail. Par son histoire clinique et ses désordres anatomiques, le nôtre s’accorde entièrement avec elles : il ne saurait y avoir de doute sur la signification que nous lui avons attribuée.
xm. - CONTRIBUTION A L’HISTOIRE, DES LOCALISATIONS GÉNÉRALES (En collaboration avec le professeur Wanbsbboooq, de Lille.)
Deux observations :
Observation I™. — Un homme est renversé violemment sur le sol par un cheval lancé à fond de train. Perte de connaissance pendant plusieurs heures. Pas dé trace de paralysie après le retour à la connaissance, signes d’encéphalite. Mort brusque.
A l’autopsie, fracture de la base du crâne, destruction à peu près complète , surtout dans leur partie antérieure, des circonvolutions frontales inférieures [circonvolutions olfactive, deuxième et troisième frontales inférieures), et des
deux tiers antérieurs des deux circonvolutions temporales moyenne et inférieure. A gauche, la lésion contourne Y extrémité antérieure du lobe frontal et entame légèrement la partie antérieure des deux premières circonvolutions fron-
Observation II. — Monoplégie brachiale et paralysie faciale gauches. Rotation de la tête et déviation conjuguée des yeux à droite. Mort dans le
A l’autopsie, destruction, à droite, de l’ extrémité postérieure des deux dernières circonvolutions frontales externes, du tiers inférieur des deux circonvolutions frontale et pariétale ascendantes , de tout le lobule du pli courbe et du tiers antérieur du pli courbe lui-même.
L’intérêt de ces deux observations réside en ce qu’elles témoignent, la première indirectement, la seconde directement, des fonctions psycho-motrices des circonvolutions frontales et pariétales ascendantes.