‹ Exposé des titres et travaux scientifiquesChapitre 3 sur 29 · A. — MALADIES PALUSTRES · texte numérisé non relu

A. — MALADIES PALUSTRES

A. - HÉMATOLOGIE PALUSTRE

I. — CONTRIBUTION A L’ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES MALADIES PALUSTRES ENDÉMIQUES

(ANÉMIE, MÉLANÉMIE ET MÉLANOSE PALUSTRES)

Arch. de physiol. norm. et path. Brown-Séqoard, Charcot, Vulpian, 1875, 2 e sérié, p. 690-734.

Nous avons étudié dans ce travail les caractères de l’anémie palustre. Ils consistent

I. Dans une diminution numérique des globules rouges. Elle a été mesurée chez près de soixante-dix malades avec, le numérateur de Malassez. Chez un grand nombre, nous avons suivi jour par jour, depuis la première atteinte de fièvre jusqu’à l’anémie consommée, la diminution numérique des hématies. Nous avons ainsi déterminé, avec une rigoureuse précision, la rapidité et la profondeur de l’oligocythémie paludéenne et l’action immédiate de l’accès simple et pernicieux sur la composition globulaire du sang. Nous avons reconnu : a.) Que cette anémie survenait d’une manière très rapide, qu’en moins de un mois les globules pouvaient tomber de 5 millions par millimètre cube à 1 million et demi et au-dessous ; b.) Que cette rapide anémiation

présentait trois périodes correspondant aux transformations cliniques de la

1° Pendant l’effervescence fébrile continue ou subcontinue des périodes initiales de l’intoxication, la dépréciation globulaire est excessivement rapide et se solde par plusieurs centaines de mille par jour ;

2° Quand les types intermittents ont succédé aux continu et rémittent, le déficit par accès est beaucoup plus faible ;

3° Enfin dans la cachexie consommée, le sang subit encore des pertes à peine appréciables.

En somme, le déficit absolu diminue pour chaque accès au fur et à mesure des progrès de l’anémie, mais il ne varie guère relativement, par rapport aux chiffres des globules qui restent. Par exemple, l’homme cachectique qui, n’ayant que 2 millions de globules, en perd 500.000 dans un accès, subit une dépréciation relative aussi sensible que celui qui, dans un premier accès, perd un million sur quatre. La perte absolue diminue progressivement, mais la perte relative par rapport au chiffre actuel ne varie guère.

Nous avons vu dans ces recherches le nombre des globules descendre à des chiffres incroyables : 800.000 ; 700.000 ; 600.000 et, une fois, jusqu’à 500.000 par millimètre cube. Dans aucune anémie, si ce n’est peut-être l’anémie pernicieuse progressive, on ne constate un tel degré d’aglobulie.

II. Dans une augmentation du diamètre des globules rouges (macrocythémie).

III. Dam l’apparition dans le sang, pendant la vie, d’un pigment noir, libre ou incorporé à des éléments cellulaires, dans la mélanémie. — Nous avons établi que la mélanémie s’observait pendant la vie, dans toutes les fièvres graves, que sa constatation devenait dès lors une ressource précieuse dans le diagnostic différentiel entre les accès pernicieux et d’autres affections dont ceux-ci prennent le masque (choléra, apoplexie de chaleur, méningite, éclampsie, etc., etc.).

Poursuivant nos recherches sur le pigment mélanique, nous avons étudié la forme sous laquelle on le trouve dans le sang, son mode de répartition dans la grande et la petite circulation, dans la circulation périphérique et profonde, ses rapports avec les principaux organes : le poumon, le cerveau,

le rein, le cœur, les muscles, les muqueuses et, notamment, les organes hématopoïétiques, la rate, le foie, la moelle osseuse et les ganglions lymphatiques.

Nous terminons ce travail de recherches cliniques et anatomo-pathologiques par quelques considérations physiologiques sur l’origine et le mode de formation du pigment. Celles-ci nous amènent à conclure que le pigment provient incontestablement des globules rouges détruits en si grande abondance pendant les accès, et que sa formation s’accomplit partout, sur tous les territoires organiques, et non pas seulement dans la rate, comme le professaient Virchow et Frerichs.

II. — NOUVELLE CONTRIBUTION A L’ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES MALADIES PALUSTRES ENDÉMIQUES

OBSERVATIONS SUR LES VARIATIONS NUMÉRIQUES DES GLOBULES BLANCS DU SANG DANS LES DIVERSES FORMES DE L'INTOXICATION PALUDÉENNE

Arch. physiol. nom. ef path. Brown-Séqüard, Charcot et Volpian, 1816, p. 490-880.

Ce travail a pour objet de compléter le précédent, en ce qui concerne les globules blancs du sang. Nous y étudions, dans trois chapitres'différents, les variations des leucocytes sanguins : 1“ Dans les fièvres intermittentes simples ; 2“ dans les intoxications chroniques, cachexies paludéennes avec hypertrophie plus ou moins avancée et persistante de la rate ; 3 e dans les fièvres pernicieuses.

1° Dans les fièvres intermittentes simples, a.J Pendant l’accès, les globules blancs diminuent dans une proportion beaucoup plus forte que les rouges, ils deviennent, par rapport à ceux-ci, comme ^ ^ 2 -i- Q . Le rapport mi¬

nimum correspond d’ordinaire au maximum de distension de la rate.

}.) L’accès une fois terminé, leur chiffre se relève, d’ordinaire lentement; il faut quinze à vingt-quatre heures pour que le rapport physiologique soit rétabli.

2° Impaludisme ou cachexie chroniques, avec hypertrophie persistante de la rate. La diminution absolue et relative des leucocytes sanguins qui apparaît d’une façon transitoire pendant la turgescence aiguë, momentanée de

la rate lors de l’accès, tend à devenir permanente ou au moins à dominer chez les sujets atteints d’intoxication chronique et porteurs de rate plus ou moins hypertrophiée. Le rapport habituel des globules blancs aux rouges est de^à^- Le courant induit, appliqué pendant dix minutes à travers la paroi abdominale sur la portion de rate qui déborde le rebord costal, détermine toujours à la limite inférieure de la matité splénique une diminution immédiate et momentanée de un à trois travers de doigts, et corrélativement, du côté du sang, le plus souvent une augmentation des leucocytes qui récupèrent momentanément leur proportion normale par rapport aux rouges. Mais cette augmentation des globules blancs, ainsi que la réduction de la rate ne sont que temporaires : une heure après la séance d’électrisation, les premiers sont retombés à leur chiffre habituel, et la seconde a repris à peu près ses dimensions ordinaires. Toutefois, à la longue, la rate subit, sous l’influence d’une électrisation méthodiquement continuée, une réduction progressive, lente, presque insensible d’un jour à l’autre, mais se traduisant, au bout de trois semaines à un mois, par une diminution permanente de deux à trois travers de doigt ; en même temps la moyenne des leucocytes tend à s’élever peu à peu et à former avec les globules rouges un rapport se rapprochant lentement de la norme. Dans les premiers temps de l’application de l’électricité aux rates hypertrophiées, les résultats obtenus sont bien plus rapides et plus manifestes qu’à la pérjode plus avancée du traitement. Cela tient à ce que l’hypertrophie de cet organe est produit par deux modifications anatomiques distinctes : le relâchement atonique des voies sanguines et l’hyperplasie du tissu conjonctif : la première cède naturellement plus vite à la stimulation électrique que la seconde.

Dans un chapitre spécial, nous montrons que ces observations fournies par la clinique cadrent avec les données de la pathologie expérimentale sur lès . rapports des globules blancs avec la tuméfaction congestive de la rate.

3° Dans les fièvres pernicieuses. Par une contradiction inexplicable par la physiologie pathologique, tandis que dans les accès simples, les globules blancs diminuent d’une manière absolue et relative, ils augmentent démesurément dans certains accès pernicieux caractérisés, marqués par une mélanémie intense et un état hémaphéique profond. Ce fait a été vérifié un grand nombre de fois par nous; nous avons compté jusqu’à 10.000 ; 20.000;

30.000: 60.000, etc., éléments par millimètre cubes (la norme étant de 8.000), et obtenu ainsi des proportions véritablement leucémiques Aç> 15Ô’ Ï3Ô’ ÎÎ8’ 19i’ 8? 55’ 77’ W «)'

Le mystère de la contradiction entre ces derniers faits et les premiers , tient sans doute à l’imperfection de nos connaissances sur le mode d’origine des globules blancs, sur l’action que la rate exerce sur eux, sur les altérations anatomiques variables que les organes hématopoïétiques subissent au cours de l’intoxication paludéenne.

ni. - DES VARIATIONS DE L’HÉMOGLOBINE DANS L’ANÉMIE PALUDÉENNE

Après avoir déterminé, par la numération, les différentes phases de la déglobulisation dans l’anémie palustre, nous avons dosé l’hémoglobine de ces globules numériquement diminués, au moyen de l’appareil de M. Malassez.

D’un grand nombre (l’analyses il résulte :

Que la quantité moyenne d’hémoglobine par globule se trouve réduite aux cinq sixièmes ou à la moitié seulement de la norme ; dans l’anémie paludéenne l’hémoglobine correspondant à un chiffre donné dé globules est donc toujours quantitativement inférieure à ce qu’elle serait dans un même nombre de globules à l’état normal. Ceux-ci sont à la fois dépréciés dans leur nombre et dans leur valeur physiologique, ils sont insuffisants comme quantité et comme qualité.

La dépréciation la plus forte trouvée au cours de l’anémie chronique, se place au moment des accès de fièvre, surtout de fièvre pernicieuse.

Elle n’est pas rigoureusement proportionnelle à l’oligocythémie. Dans quelques cas où celle-ci était extrême, nous avons trouvé relativement plus d’hémoglobine que dans les oligocythémies ordinaires, comme si dans les anémies extrêmes, il y avait compensation de l’une de ces quantités par l’autre, du nombre par la qualité.

Pendant la période de réparation, il y a des écarts croissants dans le chiffre des globules et celui de leur hémoglobine. Celui-ci ne se règle nullement sur

celui-là. Pendant que le premier se rapproche plus ou moins lentement de la norme, le second ne varie guère; le plus souvent il diminue même au fur et à mesure de cet accroissement du nombre, de telle sorte qu’à un moment donné le maximum numérique des globules coïncide avec leur quantité minima d’hémoglobine ; ce qui revient à dire que leur quantité se répare plus rapidement que leur qualité, on serait tenté de dire au préjudice de leur qualité. Telle est l’explication de ce fait en apparence paradoxal et que nous avons rencontré bien des fois dans nos recherches d’un nombre presque normal de globules rouges chez un individu qui porte extérieurement tous les signes de l’anémie.

En ce qui concerne les altérations des globules rouges, l’anémie paludéenne est donc caractérisée :

1° Parleur diminution numérique, Voligocytkémie;

2° Par leur augmentation de volume, en général proportionnel à la dépréciation numérique, la macrocythémie;

3° Par leur appauvrissement en hémoglobine, T oligochromémie.

Etudiant ensuite la genèse de cette anémie, nous avons été amené à lui reconnaître une pathogénie complexe : c’est une anémie de consommation exagérée des globules pendant la période pyrétique (période congestive) de l’impaludisme ; elle est au oontràire bée à l’insuffisance de la formation de ces éléments dans la période cachectique (période de sclérose spléno-hépatique).

La valeur pathogénique différente de ces deux causes explique la différence des caractères cliniques de l’anémie paludéenne, suivant la période de l’impaludisme ; elle cède avec la fièvre pendant la période purement congestive ; elle est plus ou moins rebelle ou incurable plus tard, quand des désordres nutritifs persistants se sont produits dans les viscères de l’abdomen.

Page 1