DISTINCTIONS HONORIFIQUES DIVERSES
Les recherches que j’ai poursuivies portent sur des sujets qui présentent entre eux des différences comme aussi des analogies. Toute division est donc, pour ces raisons, forcément entachée d’imperfection; il est certain, en particulier, que les recherches, les faits classés dans l’Infection, appartiennent à la pathologie expérimentale ou, dans certains cas, à la pathologie comparée, pathologie expérimentale, pathologie comparée qui cependant, pour les besoins de l’ordre, de la clarté, forment des chapitres séparés.
Néanmoins, il est préférable de répartir mes travaux en un certain nombre de chapitres, suivant que ces travaux ont trait plus spécialement à la microbiologie, à la cellule bactérienne étudiée dans sa forme, ses fonctions, sa nutrition, ses sécrétions, ses variations, etc., — à l’étiologie, au mécanisme des causes — aux symptômes — aux lésions, aux altérations humorales, aux modifications chimiques, à la physiologie pathologique des infections — à l’immunité — aux procédés de guérison — à la pathologie interne basée sur l’expérimentation — à la médecine expérimentale — à la pathologie comparée — à la pathologie générale — à la tératologie — à la thérapeutique expérimentale — à la physiologie normale ou pathologique — à la chimie physiologique, pathologique — aux auto-intoxications, aux sécrétions internes — aux intoxications — à l’hygiène — aux études critiques.
Ces divers Titres ou Chapitres comprennent, en quelque-sorte, deux parties principales. — La première, qui embrasse les six Chapitres du début, se compose, à peu près exclusivement, comme je le dis ailleurs, de travaux réalisés à l’aide des virus ; s’adressant aux techniques de l’expérimentation, elle considère la maladie dans ses agents, dans ses causes secondes, dans ses phénomènes fonctionnels ou anatomiques, dans ses conséquences, dans les moyens propres à la prévenir, à la combattre, etc. ; les virus, bactéries, pim
encore toxines, sont utilises dans le but de réaliser les principaux symptômes, les principales lésions, les modifications les plus importantes, dans le but de reproduire expérimentalement, afin de les étudier plus aisément, les accidents morbides, la fièvre, les hémorragies, les accélérations cardiaques, respiratoires, les convulsions, l’albuminurie, l’entérite, les myocardites, les néphrites, les paralysies-, les troubles dé sécrétion du côté de la bile, des diverses glandes, etc. — Ces travaux comportent assurément quelques études spéciales visant tel ou tel microbe; toutefois, avant tout, ils s'efforcent de mettre la bactériologie au service de la médecine, de résoudre, à l’aide de celte science, envisagée pour ainsi dire à titre de méthode, les problèmes de la pathologie expérimentale. — La deuxième de ces parties renferme une série de recherches concernant la Clinique, la Pathologie interne, surtout la Pathologie comparée ou expérimentale, la Tératologie, la Physiologie, la Chimie, normales ou pathologiques, les Auto-intoxications, les Sécrétions internes, les Intoxications, l’Hygiène, les Études critiques, etc. — Dans cette deuxième partie, les sujets ne s’enchaînent plus, ne se suivent plus, aussi bien que dans la première; toutefois, dans l’une comme dans l’autre, on retrouve, à chaque instant, l’idée de mettre en évidence le mécanisme des phénomènes observés, la préoccupation de la Pathogénie. — Je tiens cette idée, cette préoccupation, ce souci de la Pathogénie, des doctrines, de l'enseignement de mon Maître, le professeur Bouchard : je me suis efforcé de les appliquer dans les leçons faites à l’Hôtel-Dieu, pendant que je faisais la suppléance de la chaire de Clinique médicale. .
La première partie tend à mettre en lumière le rôle des Bactéries, leur importance ; mais elle tend, en même temps, à placer en relief la part de l'organisme, la nécessité de ses réactions dans la défense, dam la lutte contre les germes, dans la genèse de l’immunité; elle tend également à dégager l’intervention des causes secondes, des agents physiques, du froid, du surmenage, des intoxications, des associations microbiennes, de ces associations devenues aujourd hui une des questions les plus considérables de la bactériologie èt dont j’ai donné une des premières études d’ensemble dès 1890, époque rapprochée en réalité, mais singulièrement éloignée, si l’on tient compte de la rapidité des progrès accomplis. — A ce point de vue, je me permettrai plus dune fois dinsister sur la date d’un travail; car, pour apprécier toute sa
valeur, il convient fréquemment de se reporter aux notions admises, à l'état de la science, à l’heure de sa publication. — Aujourd’hui, par exemple, il est banal de faire naître un symptôme, une lésion, en injectant des toxines; pourtant, en 1887, 1888, 1889, etc., lorsque j’ai commencé à déterminer des paralysies, de la lièvre, des hémorragies, des entérites, des albuminuries, puis des myocardites, tout un ensemble, un tableau morbide, etc., on n’avait pas encore obtenu de pareils résultats, du moins en se servant des produits solubles des bactéries; on ne connaissait guère que l’expérience de Pasteur amenant la somnolence de la poule, en employant des cultures du choléra des poules débarrassées de tout élément figuré, expérience qui, en raison de la facilité avec laquelle on provoque cette somnolence en introduisant même des extraits de bouillon normal, en raison aussi de l’isolement de ce phénomène, n’a peut-être pas une valeur décisive; Pasteur lui-même remarque que cet accident n’est pas identique à ce que fait le germe. — Aujourd’hui encore, il est de notion vulgaire qu'on crée l'immunité en faisant pénétrer, suivant une technique déterminée, des toxines-, c’est là, si on ajoute à cette donnée celle des propriétés morbifiques de ces mêmes toxines, propriétés dont nous venons de parler, c’est là la base de la bactériologie; c’est le-premier temps de la sérothérapie, puisqu’il faut commencer par vacciner. Or, en 1887, toutes les tentatives opérées pour établir ce fait capital avaient échoué, avaient été critiquées; c’est à ce moment que j’ai fourni une démonstration bientôt confirmée de toutes parts. — Je pourrais en dire autant des modifications du sérum chez les êtres rendus réfractaires; en 1889, 1890, avec M. Roger, j’ai soutenu, j’ai placé en évidence ces modifications alors si discutées, actuellement si incontestées.
Dans cette première partie de mes recherches, je montre toute la valeur de l’état du terrain, de l’hérédité; jé prouve que le microbe n’est pas tout, qu’il n’agit qu’en troublant l’anatomie, la physiologie, la chimie de la cellule. — Avec l’étude des auto-rntoxications. avec celle des sécrétions internes, avec celle du corps thyroïde, des capsules surrénales, du foie, de l’intestin, la part de l’organisme se révèle, dans la seconde partie de nos travaux, encore- plus manifeste. — Il devient dès lors évident que le chapitre de la Bactériologie, pour grand qu’il soit, n’est qu'un chapitre du domaine que peut revendiquer la médecine expérimentale.
Et, d'ailleurs, si on a le pouvoir de mettre au service des curiosités de cette médecine expérimentale la microbiologie, il est également possible de faire concourir à ce but, comme je l’ai fait dans la mesure de mes forces, d’autres méthodes, d’autres sciences, par exemple, les processus toxiques, l’étude du fonctionnement des viscères, des glandes, des appareils, des réactions générales ou locales, des sécrétions, l’hygiène, etc. — 11 me semble que j’ai tenté de faire en même temps et de l’hygiène et de la médecine expérimentale, quand, au cours de mes missions, j’ai recherché comment les virus avaient pénétré, quand j’ai examiné le rôle morbifique des gaz délétères, des gaz expirés, quand je me suis occupé parallèlement, soit des questions d’égout, d’encombrement, soit des conditions toxiques expérimentales qui placent l’économie en état de réceptivité.—Il serait aisé de poursuivre ces remarques.
Contrôle des Travaux. — J’ajoute que mes travaux, chaque fois que je l’ai pu, c’est-à-dire à peu près toujours, ont été soumis, le plus souvent avec pièces à l’appui, au contrôle des Sociétés à libre discussion.
Le Laboratoire. — Direction des travaux. — Direction des élèves. — Avant de pénétrer dans l’exposé détaillé de mes publications, je tiens à dire que, si personnellement j’ai exécuté un certain nombre d’expériences, j’ai concouru, pour une part, é favoriser les tentatives de quelques chercheurs. — Cette affirmation ne surprendra pas, si je rappelle que depuis seize années je n’ai pas quitté le laboratoire-, simple élève d’abord, j’ai pu, tout en suivant les échelons de la hiérarchie, être assez heureux pour guider, parfois inspirer différentes publications : je serai amené à parler de plusieurs d’entre elles. — En dehors du laboratoire de pathologie générale, du laboratoire de médecine du Collège de France, de l’Institut Pasteur, laboratoires où j’ai passé de longues heures, en dehors des cours, des leçons, des Conférences que j’ai pu professer, en 1895-1896, j’ai eu à ma disposition le laboratoire de la Clinique médicale de l’Hôtel-Dieu; c’est dans ce laboratoire, comme dans le service, que M. Haîdar a étudié l’influence de la minéralisation de l’économie sur l’évolution des maladies, que M. Delétang s’est occupé des actions trophiques que les séreuses exercent sur les viscères enveloppés, que M. Guillemonat a mesuré les variations du fer dans le foie ou la rate, que M. Meyer a établi un parallèle à la fois physiologique et chimique entre les divers sérums, que M. Bonniot a examiné les
changements provoqués dam la nutrition par les courants de haute fréquence, etc. — MM. Glev, Camus, Lapicque, Auscher, etc., se sont occupés des vasomoteurs lymphatiques, de la rubigine, etc. — Je pourrais ajouter à cette liste une série de recherches, dont plusieurs ont fait l’objet de thèses inaugurales, de mémoires écrits dans le laboratoire de pathologie générale, avec l’autorisation du professeur Bouchard et sous ma direction, par MM. Cassin, de Nittis. Ostrowsltv, Martel, de Przedmewicz, etc., sur les fonctions de protection de la muqueuse intestinale, sur le rôle des réactiom nerveuses dans la défense de l’organisme, sur le mécanisme des oido-mycoses, sur les attributs du thymus, sur les troubles nutritifs héréditaires, sur la symétrie des lésions de l’infection, sur Vaction morbifique des acides, etc., etc.'
Je puis donc revendiquer, dans quelque mesure, une certaine expérience dans la direction des élèves, des chercheurs, qui s’intéressent aux choses du laboratoire.
Je puis peut-être également me permettre de | faire remarquer que j’ai vu se généraliser promptement plusieurs des procédés que j’ai suivis, en particulier l’utilisation des produits solubles, employés comme substances vaccinantes ou morbifiques, etc.