De la diathèse urique (Thèse d’agrégation, Paris
J’ai défini la diathèse urique un état morbide de l’organisme,
caractérisé par la présence d’une quantité anormale d’acide urique dans le sang (uricémie), La dyscrasie urique se présente à l’observation, tantôt comme un accident passager dans certaines maladies aiguës, tantôt comme un phénomène plus ou moins persistant; c’est dans ce dernier cas qu’elle mérite vraiment le nom de diathèse urique.
Toutes les causes capables de produire la diathèse urique agissent, soit en exagérant la production de l’acide urique dans l’économie, soit en empêchant l’excrétion de ce produit. Ainsi s’explique l’influence d’une alimentation azotée excessive, de l’usage des boissons fermentées, d’un exercice insuffisant, de la dyspepsie, des troubles des fonctions respiratoires et cutanées, etc., et en second lieu l’influence d’un état particulier des reins, admis par Garrod dans la goutte, en vertu duquel il se produirait un arrêt dans l’élimination de l’acide urique par ces organes.
Trois ordres d’effets sont imputables à la diathèse urique : 1“ dépôts de l’acide urique ou des urates dans les voies d’excréiion de ces produits; 2® dépôts de l’acide urique ou des urates dans les tissus; 3° effets produits par l’excès d’acide urique dans le sang ou les humeurs sans formation de dépôts. L’étude critique de ces effets divers et des accidents qui ont été imputés à la diathèse urique m’a conduit à conclure que certains accidents sont étroitement subordonnés à cette dyscrasie : telles sont les concrétions uratiques qui se forment dans les reins ou dans les voies urinaires (gravelle urique), tels sont encore les dépôts uratiques qui se font dans les tissus (goutte articulaire, tophus dans différents organes), mais que d’autres maladies, qu’on voit coïncider ou alterner avec les précédentes, telles que certaines dyspepsies, l’asthme, certaines éruptions cutanées, etc., tout en présentant peut-être avec l’uricémie des connexions plus ou moins étroites, ne sauraient jusqu’à plus ample information être subordonnées d’une façon certaine à cette dyscrasie. J’ai été amené ainsi à dire que la goutte ne saurait encore être identifiée avec la diathèse urique. La diathèse urique n’est jusqu’ici qu’un mode dans la goutte, le plus important à la vérité, et celui qui tient sous sa dépendance les accidents les plus caractéristiques
de cette maladie; mais jusqu’à nouvel ordre il n’est pas possible de lui rattacher toutes les manifestations de la diathèse goutteuse.