D. - FIEVRE TYPHOÏDE
I — Recherches expérimentales sur les troubles cardiaques au cours de la fièvre typhoïde.
X e Congrès Français de Médecine interne, Genève, septembre 1908.
II. — Recherches histologiques expérimentales sur la myocardite typhique (en collaboration avec MM. Rieux et de Lagoanère).
Société de Biologie , 17 décembre 1908.
III. — Troubles cardiaques produits par la toxine typhique pure ou combinée à d’autres toxines microbiennes (en collaboration avec M. die Lagoanère):
Société de Biologie, 9 janvier 1909.
Les manifestations cardiaques au couns de la dottaenentérie, bien étudiées au point de vue clinique, sont encore discutées quant à leur mécanisme pathogénique.
Parmi les hypothèses émises pour expliquer la fréquence insolite des troubles du cœur au cours die certaines épidémies typhiques, on s’est demandé si des infections associées au typhus (staphylococcie, streptocaocie', etc.) ne pourraient pas aider à la réalisation de cette forme cardiaque de l'infection, étoerthienne.
C’est pourquoi nous avons étudié plus particulièrement, au moyen de la méthode graphique, les conséquences, d’une infection mixte typho-s taphylococçique. Les intoxications expérimentales ont été pratiquées chez le chien par injections intraveineuses. La toxine typhique a produit des accidents marqués du côté du cœur, pouvant aller jusqu’à son arrêt en diastole, ainsi que M. le Professeur Ghantemesse l’avait vu en 1900 avec Lamy, sur le coeur isolé de la grenouille, à tel point qu’on peut la dire douée d’une ‘action plus cardiaque que vasculaire. Par contre, la
toxine staphylococcique agit, plus sur les vaisseaux, dont elle amène la vasord-ilatation avec un profond abaissement. de la tension, que sur le coeur. ; elle semble donc douée d’un pouvoir plus vasculaire que..cardiaque. Lorsque chez le même animal, on pratique des in\eclions alternatives des deux toxines, chacune d’elles garde d'abord ses effets propres, puis l'empoisonnement. prend une allure mixte participant dies actions des dieux poisons. Enfin, l’intoxication réalisée avec un mélange préalable in vitro des toxines, comporte des manifestations plus vasculaires que cardiaques : la staphylotoxine semble prédominer sur la typhotoxine. Dans ces expériences, l’infection associée typbo-staphylococcique n’a pas aggravé les troubles cardiaques normalliement produits par l’action des produits- .soûiufeles du bacille typhique. .
Ces faits peuvent sembler paradoxaux en apparence. Toutefois, il faut rappeler que le Professeur Potuin considérait l’infection associée typho-grippale comme ne comportant pais une aggravation ,de pronostic ni une évolution plus lente de la maladie.
M. Siredey a publié des observations opposées.
Les présentes recherches ne permettent pas d'e -trancher le différent en faveur de l’une ou de l’autre opinion, la grippe et la staphylococcie étant des infections différentes par leurs agents. De plus,l’intoxication aiguë simultanée typho-staphylococcique réalisée expérimentaiement ne saurait être étroitement comparée à l’inlecion typhique naturelle évoluant par la suite sur un terrain antérieurement imprégné par les toxines diu virus- grippal.
. Nous ne npus sommes pas bornés à ces recherches. Nous avons envisagé, avec M. de Lagoanère, l’association de la toxine streptococcique, aux deux poisons, étudiés jusqu’ici. Si chez le chien, les toxines d’iEberth provoquent surtout dies trouble© diu rythme cardiaque (action cardiaque), celles du staphylocoque ont plutôt une action hypotensive (action vaso-motrice), et celles du streptocoque des effets respiratoires et tardivement cardio-frénateurs avec, hypotension assez accusée.
L’association--de ces .‘divers poisons détermine plus sûrement des troubles 'Cardiaques et leur imprime -une plus grande intensité.
L,es toxines ■ du streptocoque' renforcent les effets de- celles, de l’Eberth -et les rendent plus précoces-. Celles du bacille d’Eberth sensibilisent l’organisme vis-à-vis du poison .streptococcique.
-Les produits solubles du staphylocoque sont plus hypotenseurs lorsqu’ils sont donnés à-un sujet ayant déjà reçu les deux autres toxines dont ils • favorisent eux-mêmes l’action.
Bans l’injection d’un mélange des trois toxines considérées, on ne relève pas d’action prédominante de l’une d’entre elles.
L’action dm pneumogastrique- sur le cœur n’est pas sensible, ment modifiée nu cours de ces divers empoisonnements macro-
biens. ’ ’ ’ , ,
Cès faits-expérimentaux prouvent-à l’évidencè que Les troubles cardiaques de la fièvre'typhoïde peuvent, dans certains cas, être fonction de l’action dynamique du poison typhique seul ou associe sur l’ensemble dn système neuro-myocardique, attendu que dans nos expériences, des lésions histologiques n’ont pas eu le temps de se produire. 'Ainsi sont confirmées les recherches de Chantemesse et Widal, de Chantemesse et Lamy, sur les -troubles fonctionnels du cœur dans la dothiénentérie.
Cependant, transportant nos recherches dans le domaine de 1 histologie expérimentale, nous-nous sommes demandé si les associations toxiques en question influenceraient le développement des lésions du myocarde par le poison Eberlhien, mis en evx enc par les intéressants, travaux dë Landouzy et Siredey, de ei
et Barion, etc. ,
Pour cela, nous, avons étudié d’abord les lésions produites sur la fibre myocardique par la toxine du- bacille d -Ebertih sur le myocarde du Lapin, puis, à titre de -comparaison, les lésions pnodmtespar les toxines staphylococcique et streptococoique, et enfin par ces toxines associées. *
• ces' études ont été faites in vivo , c’est-àtoire sur le cœur dun animal'qui avait , reçu des -poisons par la voie sous-cutanée, ,et in vitro c’est-à-dire sur les myocardes immergés dans les toxines pures tectoniques et dans -le sérum d’animaux -empoisonnés par la
toxine' ty-phique! . . , „ L-. - otv
La méthode histologique que nous avons suivie est celle pratique par CaStaigne et Rath-ery, dans leurs travaux sur -e
T ln livo la toxine du bacille d'Ebertli détermine la congestion du myocarde et corrélativement une hyperleucocytose
interstitielle et diffuse. La fibre musculaire est presque -normale ;
on note simplement un état un peu flou de la striation et une légère augmentation de volume du cytoplasme périnucléaire.
Somme toute, lésions de myocardite interstitielle.
La toxine streplococcique exerce une action à peu près identique. Quant à la toxine staphylococcique , elle se montre beaucoup plus offensive : le noyau des fibres musculaires est nettement hypertrophié, la partie contractile et la zone périnueléaire sont atteintes, enfin, on observe de la dissociation segmentaire.
2° In vitro , la toxine d’Eberth altère le protoplasma et y détermine un état vacuolaire vrai. Pas d’aation sur le noyau, ni sur la soudure des segments de Weissmann..
La toxine streptoeoaciqu© a une action analogue. Quant à la toxine staphylococcique, elle agit avec intensité sur le noyau et le protoplasme.
Toutes ces lésions se retrouvent dans le myocarde immergé dans le mélange de ces trois toxines.
3° Le sérum des animaux empoisonnés par la toxine typhique exerce urne action histolytique analogue à l’action décrite ci-dessius 1 , mais portée à un degré plus élevé. On observe une véritable cardiolyse en dehors de toute altération attribuable à l’osmo-nocivité.
Ces faits permettent de supposer dans l’organisme malade l’élaboration secondaire, dans certaines conditions, de poisons cardiolysants qui se déverseraient dans le sérum sanguin. Dans ces cir-' constances, on serait autorisé à qualifier le sérum sanguin de sérum cardiolytique.