Hérédité
Après avoir mis en relief Yhérêdité de terrain, la plus habituelle, et montré que, dans la majorité des cas, la tuberculose des enfants était le fait d’une contagion par les voies respiratoires plutôt que par les voies digestives, j’ai étudié l’hérédité directe, l’hérédo-contagion* Y hérédité de graine. Elle est rare, exceptionnelle; elle est
J’ai pu la démontrer dans un cas.
Le voici:
Le 49 mai 4890, je faisais l’autopsie d’une malade qui avait succombé à une tuberculose généralisée. Cette femme était enceinte de sept mois environ. Nous avons trouvé une tuberculose de tous les organes (poumons, méninges, foie, rate). Les reins étaient particulièrement pris. Ils ,étaient tous les deux parsemés de granulations tuberculeuses récentes et en nombre considérable. L’utérus présentait en différents points de ses parois quelques masses jaunâtres qui ressemblaient à des tubercules caséifiés, sans qu’il fût possible de l’affirmer d’une façon certaine. Le placenta était le siège de quelques points
de la poche fluctuante ne ramène qu’une très faible quantité d’un liquide blanc, laiteux, mais par l’incision on fait sortir une grande quantité d’une matière crémeuse et épaisse rappelant exactement le contenu d ? un ganglion caséeux. Le cobaye résiste pourtant tout le mois de juillet et ne succombe que dans les premiers jours d’août. On constate à l’autopsie une tuberculose généralisée (péritoine, foie,
2° Avec le fœtus. — Le 19 mai, nous introduisons dans le péritoine
a. Une partie d’un des poumons ;
b. Une parcelle de la veine ombilicale au point où celle-ci aborde le foie et un peu de la substance hépatique attenant à la veine. (Les mêmes précautions antiseptiques ont été prises que pour l’expérience précédente.)
constate une magnifique tuberculose généralisée^ Le foie et les poumons sont-absolument criblés de tubercules. La rate est énorme ; le grand épiploon, est tuberculisé ; il y a d’énormes ganglions bronchiques.
Avec la pulpe de.foié,:'nôùs' ensemençons trois tubes:— qui sont restés stériles— et. avec la pulpe de foie et de poumons; additionnée d’un peu d’eau salée, nous inoculons deux cobayes (une seringue dans le péritoine de chaque animal) ;; ces deux animaux sont morts tuberculeux.
2° Le deuxième cobaye (B) meurt le 29 octobre. A l’autopsié on ( trouve une magnifique tuberculose généralisée, le foie est semé de' fines granulations,la rate est grosse et les poumons sont tuberculisés ; les ganglions lombaires et trachéo-bronchiques sont caséo-lardacés.
Plusieurs fragments des poumons et du foie écrasés dans de' l’eau
ser tout particulièrement dans un organe (méninges, péritoine, etc.).
5" La tuberculose enfin, ayant envahi primitivement un organe (poumon, intestin), s’y développe en y restant localisée longtemps.' Ce n’est que tardivement que se fait l’infection générale. On peut à l’aide de ces données établir le tableau des formes anatomiques et cliniques de la tuberculose chez les enfants.
Formes anatomiques. — 1" A l’autopsie aucune lésion : l'inoculation des ganglions bronchiques permet d’y reconnaître la présence de bacilles (Bacillose latente). 2“ A l’autopsie d’un enfant morUccidéntellement ou d’une maladie infectieuse quelconque, on trouve, Une tuberculose localisée aux ganglions bronchiques avec-ou sans granulation tuberculeuse des poumons. Celte tuberculose n’avait pas été soupçonnée pendant la vie : tuberculose ganglionnaire latente. 3* A l’autopsie d’un bébé mort de tuberculose chronique cachectisante on trouve : — a) Une tuberculose généralisée à tout le système lym-, phatique viscéral et périphérique. (Lesage.) — b) Une tuberculose généralisée à tout le système ganglionnaire et aux différents viscères (poumon, foie, rate). (Tub. généralisée chronique.) — c) Les mêmes lésions, mais plus jeunes. (Tub. généralisée aiguë. ) 4* Tuberculoses localisées: poumons, plèvre, foie, péritoine, tube digestif, méninges.
Formes cliniques. — La tuberculose, après avoir pénétré l’orga-
moins rapide en frappant tel organe de préférence à tel autre. Il y a une diversité très grande dans l'évolution de la tuberculose ; nom-
berculose. Celle variété tient non seulement à la virulence plus ou moins grande du bacille suivant les cas, mais aussi au degré de
grandit, les aspects cliniques de la tuberculose rappellent de plus en plus ceux de l’adulte. Les bébés ne se tuberculisent pas comme les enfants de huit, dix, quinze ans. Il est difficile d’assigner un terme
cularités qui paraissent appartenir à la première enfance (générali¬
sation rapide de la tuberculose, altération des ganglions lymphatiques, prédominance des phénomènes généraux sur les symptômes
Mire), tube digestif, foie, péritoine, méninges, cerveau, etc.
Il est exceptionnel de rencontrer une tuberculose absolument' localisée chez l’enfant ; il est dé règle, en effet, de trouver des lésions tuberculeuses dans, plusieurs, organes ; mais, s’il y a prédominance
Tuberculose
A. — Tuberculose chronique des bébés (zéro à deux ans).
Nous avons étudié tout.particulièrement la tuberculose chronique 1 des bébés au-dessous de deux ans. Cette tuberculose.est généralisée à tous les organes ; aussi avons-nous proposé de la décrire sous le nom de tuberculose diffuse.
Elle se caractérise, au point de vue anatomique, par la généralisation des lésions à la plupart des organes, mais dans chaque organe les lésions sont généralement peu destructives. Ce fait explique la rareté des cavernes pulmonaires chez les hébês.
Au point de vue clinique l’enfant atteint de tuberculose diffuse se présente à nous avec l’aspect suivant : il est pâle et amaigri ; la peau devenue trop grande, tant l’émaciation est accentuée, est sèche, écailleuse et terreuse ; le système pileux est développé d’une façon
traire, très brillants, quand il n’existe pas de troubles digestifs, les cils particulièrement longs, tel est le tuberculeux. De plus on trouve toujours de l’adénopathie périphérique généralisée. Elle est typique ici et se présente avec les caractères que lui a assignés Legroux. Les ganglions sont petits, durs, indolores, roulant sous le doigt, nullement adhérents âla peau ni aux parties sous-jacentes. On les trouve au niveau des carrefours lymphatiques, aux aines, aux aisselles, dans la région cervicale. Parfois, quand l’amaigrissement est extrême, ils se dessinent sous la peau en petits chapelets et l’on peut les voir à distance.
gnaler. Du côté des poumons — l’attention est attirée de ce côté, chez certains enfants, par une toux quinteuse, coqueluchoïde — on
trouve quelques râles de bronchite sans grands caractères ou bien un souffle léger avec quelques crépitations en un point qui révèle un léger degré de submatité à la percussion. Chez d’autres enfants existent les signes physiques d’une adénopathie bronchique. Enfin, d’une façon tout à fait exceptionnelle, ; on peut parfois trouver les signes d’une induration pulmonaire très accentuée, voire même ceux d’une caverne, mais c’est là une très rare exception. Les cavernes pulmonaires ne se rencontrent que chez les enfants d’un certain âge; chez les bébés elles sont tout à fait rares.
Du côté du tube digestif, les phénomènes observés sont des plus variables. L’appétit est généralement conservé chez les bébés tuberculisés : quelques-uns, atteints de gastro-entérite chronique, vo-
bien leur nourriture. 11 nous a semblé que les auteurs classiques avaient exagéré la fréquence des troubles gastro-intestinaux et surtout des lésions tuberculeuses de l’intestin. Les autopsies de bébés que nous avons faites nous ont permis d’affirmer que l’entérite tuberculeuse était rare chez les bébés. Les diarrhées que présentent les tuberculeux très jeunes ne relèvent pas d’une localisation tuberculeuse dans l’intestin, mais probablement d’infections secondaires, facilitées par la déchéance de ces petits malades. Par contre, les ulcérations intestinales se rencontrent assez fréquemment chez les enfants plus âgés.
- Le foieest généralement augmenté de volume. La rate est également hypertrophiée ; ou peut s’en rendre compte soit par la percussion, soit surtout par la palpation. Quand l’hypertrophie de la rate est accentuée, on arrive à sentir l’organe en introduisant la main sous les fausses cètes. L’hypertrophie de la rate ne serait pas suffisante à elle seule pour affirmer la tuberculose, car elle pourrait relever aussi bien d’autres infections; de la syphilis et de l’impaludisme, par exemple, mais elle est un excellent symptème quand elle vient s’ajouter aux autres.
Chez l’enfant atteint de tuberculose diffuse, la maladie ne reste pas stationnaire ; elle évolue assez vile. L’amaigrissement fait de rapides progrès ; l’enfant devient un véritable squelette et l’on se demande comment la vie existe encore chez un petit être aussi profondément atteint. Quelques-uns de ces tuberculeux meurent sans douleurs,
Nos recherches nous ont conduit à penser que cette broncho-pneumonie caséeuse devait être considérée comme une infection mixte. Il nous a semblé que l’hépalisation devait être mise plus particulièrement sur le compte des streptocoques, pneumocoques, etc., et que c’était sur le poumon préalablement hépatisé que se développaient secondairement les lésions caséeuses relevant de l’action du bacille de Koch.
Ce que nous avons observé dans la rougeole semble confirmer cette opinion. (Voir notre thèse pour les détails.)
On sait combien est fréquente la broncho-pneumonie au cours de la rougeole. Elle est le résultat, soit d’une contagion, soit d’une
naire, viennent de la bouche et de l’arrière-gorge. Mais il est un fait qu’il ne faut pas perdre de vue ; c’est que le catarrhe laryngobronchique, constant dans la rougeole, qui est le fait du virus morbilleux, prédispose aux infections secondaires. C’est ce qui explique l’extrême fréquence des laryngites, bronchites et broncho-pneu-
Les broncho-pneumonies observées dans la rougeole se présentent dans les conditions suivantes à l'autopsie :
Ou bien on les rencontre chez des enfants non tuberculeux ;
Ou bien chez des enfants porteurs de lésions tuberculeuses de leurs ganglions bronchiques et de leurs poumons.
Dans les deux cas, il s’agit de broncho-pneumonies non tuberculeuses, streptococciques ou pneumococciques.
bacille. Il pense que le bacille de Koch est capable, à lui tout seul, de produire l’hépatisation caséeuse.
C’est là un point qui reste encore un peu obscur ; des recherches ultérieures l’élucideront.
Tels sont les différents points que nous avons étudiés dans la tuberculose chez les enfants.
Cette étude commencée dans le service du professeur Landouzy, à l’hôpital Tenon, a été continué à l’hôpital des Enfants-Malades dans