PLANCHE XXXV
LAPINS ADULTEÔ Schéma . Les chiffres et la durée relative desphases correspondent aune série d'animaux réellement observés. Poids 3k. 'xi. Durée de
LAPINS EN VOIE DE CROISSANCE Schéma . les chiffres et la durée relative des phases correspondent à ceux observés pourdes lapins delEOÛgr soumis pendant 21 jours à / 'ingestion élgrS de glucose par Kg etparjour
KPhase.
imase
-Ingestion de sucre-
coutumance ; l’organisme est surpris par l’introduction du sucre ; puis il s’adapte et, dans une deuxième phase, non seulement il y a tolérance, mais sans doute utilisation du sucre, manifestée par un accroissement rapide qui amène l’animal en expérience à atteindre le poids du témoin et le plus souvent à le dépasser. Pendant ces deux périodes, la quantité de sucre rejetée est assez faible. Dans une troisième phase le poids fléchit, l’intolérance de l’organisme se manifeste ; à ce moment, on constate des signes de dénutrition, l’augmentation de la glycosurie, l’ammoniurie ; dans une période ultime où la diminution du poids s’accentue davantage, se manifestent des phénomènes toxiques et mortels dus à l’acidose.
Nos expériences ont porté sur des lapins en voie d’accroissement, différemment âgés et sur des lapins adultes, en faisant varier la quantité de sucre ingérée et la fréquence des ingestions. La durée de chaque phase n est pas rigoureusement constante, mais nous avons toujours trouvé les trois phases décrites.
Quand il s’agit d’animaux adultes, l’ingestion de sucre étant suspendue pendant l’une des deux phases, la courbe de poids devient presque immédiatement parallèle à celle du témoin, puis s’en rapproche peu à peu ; mais la suppression de l’intoxication sucrée au cours de la troisième phase n’est pas suivie d’un retour immédiat des échanges à la normale, car l’écart de poids persiste pendant plusieurs semaines, voire pendant plusieurs mois, fait en relation avec les lésions profondes de divers organes, du foie, des reins, etc.
Chez les jeunes animaux, la première phase peut n’étre caractérisée que par le ralentissement ou un arrêt de la
croissance ; à la troisième phase, il y a toujours régression du poids. Si on interrompt l’expérience vers la fin de la première phase, l’animal qui a reçu du sucre conserve longtemps un poids inférieur au témoin ; ce fait semble établir que l’utilisation dn sucre a une part active dans l’accroissement rapide de la deuxième phase. Au cours de cette deuxième phase, la cessation du sucre ne paraît pas avoir grande influence; au bout de quelques jours, en effet, les deux animaux sont sensiblement du même poids. L’interruption, au cours de la troisième phase, si elle est faite assez tôt, provoque un relèvement de la courbe, mais l’animal qui a ingéré du sucre garde indéfiniment l’infériorité acquise. Les animaux jeunes présentent en effet une sensibilité particulière à l’hyperglycémie expérimentale qui se manifeste fréquemment par la précocité du fléchissement de poids de la troisième phase brusquement interrompue par les accidents terminaux. Cette résistance moindre des organismes en voie de croissance, déjà signalée par M. J. Parisot, est à rapprocher de l’observation clinique journalière qui montre la gravité du diabète chez les enfants et son influence prolongée sur leur accroissement et leur développement ultérieur.
En résumé : 1" l’étude de la courbe des poids chez les • lapins soumis à l’ingestion répétée du sucre manifeste l’existence de trois phases successives :
a) Diminution du poids ou ralentissement de l’accroissement ;
b) Reprise ou augmentation ;
c) Diminution ;
L’ensemble correspondant à trois modes de léaction de l’organisme, accoutumance, tolérance (et probablement utilisation), intolérance ;
2“ Les troubles de nutrition causés par les premières ingestions de sucre (première phase) sont assez rapidement réparables ; ceux amenés par des quantités considérables de sucre (troisième phase) sont plus durables ; ils correspondent à des lésions profondes qui ne se réparent que fort lentement ;
3° Ces animaux se ressentent indéfiniment de l’obstacle apporté à leur développement par l’hyperglycémie prolongée quelque temps pendant leur période de croissance.
Modification de la diurèse [3]
L’étude que nous avons faite des variations de la quantité des urines rejetées par les lapins soumis à l’hyperglycémie expérimentale alimentaire nous a permis d’établir les faits suivants :
1“ Tandis que l’injection intraveineuse de sucre détermine de la polyurie, l’ingestion, de glucose ou de saccharose provoque au contraire une diminution de la diurèse. On constate que :
a) L’ingestion d’une quantité de sucre suffisante pour réaliser une hyperglycémie certaine (15 à 20 grammes de glucose par kilo p. e.) est toujours suivie d’une diminution de la quantité des urines, dont la densité augmente, et, le plus souvent, d’une anurie passagère dont la durée varie de quelques heures à un jour et plus.
b) A ce ralentissement de la diurèse fait suite une légère polyurie avec abaissement de la densité, mais au
total, la quantité d’urine rejetée par les animaux en expérience est inférieure (parfois de près de moitié) à celle rejetée par les témoins.
2“ L’alimentation n’est pas en cause dans ce phénomène, car :
a) D’une part, la quantité de nourriture, et, par suite, la quantité d’eau effectivement ingérée est la même poulies animaux en expérience et pour les témoins, fait remarquable déjà signalé par nous. Les animaux qui reçoivent du sucre absorbent même en plus la quantité d’eau nécessaire pour dissoudre le sucre (15 à 30 cent, par kil.).
b) Le phénomène reste le même quand on soumet les lapins à un jeûne plus ou moins prolongé et qu’on administre le sucre soit au début, soit au cours, soit à la fin du jeûne.
c) Si 1 on met de 1 eau à la disposition des animaux, les témoins n’y touchent pas ; ceux qui ont ingéré du sucre en absorbent des quantités considérables sans qu’il en résulte une augmentation notable de la diurèse.
Nous avons observé, entre autres, un lapin de 2 kil. 1/2 qui reçut à dix heures du matin 40 grammes de glucose, absorba vers onze heures 150 centimètres cubes d’eau et ne présenta pas moins de l’anurie pendant plus de vingt heures.
3° Il n’y a pas élimination compensatrice d’eau par les fèces, en effet :
a) En raison de la concentration de la solution sucrée [50 °/o] (concentration nécessaire pour réaliser l’ingestion
PLANCHE XXXVl
l^parKjitparfim
de quantités de sucre suffisantes pour faire apparaître l’hyperglycémie chez les herbivores) on conçoit qu’il puisse se produire un appel d’eau vers l’intestin en même temps qu’une partie du sucre est résorbée. L’autopsie d’animaux sacrifiés moins d’une heure après l’ingestion, et n’ayant pas absorbé d’eau, nous a montré qu’il en était bien ainsi ; l’intestin renfermait une solution sucrée présentant non seulement une teneur en sucre moindre, mais aussi un volume plus considérable que la solution ingérée.
b) Mais, contrairement à ce qui se passe pour certaines solutions salines (sulfates), la réabsorption se fait très rapidement; comme l’ont montré quelques autopsies et aussi l’absence de diarrhée consécutive.
ç) La comparaison des courbes montre une relation directe entre les variations de la diurèse et les oscillations secondaires de la courbe de poids, la diminution de la diurèse correspondant à une véritable rétention d’eau.
Cette diminution de la diurèse va en s’atténuant ; très marquée au cours de la première phase où elle atteint jusqu’à 40 7o et même jusqu’à 50 “/o. elle n’est plus, au cours de la deuxième phase, que d’un tiers. Vers la fin de la troisième phase, l’ingestion de sucre est suivie d’une polyurie d’emblée, au même titre que l’injection intraveineuse.
Nous citerons, à titre d’exemple, un animal de 2 kil. 1/2, observé trois semaines, qui rejeta, au cours de la première période, 456 centimètres cubes d’urine ; au cours de la deuxième, 1.021 centimètres ; au cours dè la troisième, 750 centimètres cubes, contre 709, 1.384 et 650 centimètres cubes pour le témoin.
En résumé. — Alors que rinjection intraveineuse de sucre détermine la polyurie, l’ingestion d’une quantité de
glucose ou de saccharose suffisante pour réaliser une hyperglycémie certaine pi'ovoque toujours, chez le lapin, une diminution de la diurèse, où l’alimentation est hors de cause et sans qu’il y ait élimination compensatrice d’eau par les fèces. Ce phénomènê s’atténue à mesure que l’on prolonge l’expérience jusqu’au moment où l’ingestion de sucre provoque, comme l’injection intraveineuse, de la polyurie d’emblée.
Absorption et élimination du sucre au cours de l’hyperglycémie expérimentale [4]
Chez le lapin, l’hyperglycémie évidente d’après le dosage du sucre dans le sang, avec ses conséquences ci-dessus décrites, implique l’ingestion par ces animaux de quantités de sucre extrêmement considérables : 15 grammes de glucose par kilogramme tous les deux jours.
Soumis à un tel régime, des animaux de 1.200 grammes n’entrent dans la phase d’intolérance qu’au bout de plusieurs semaines, api’ès avoir ingéré près du 1/5 de leur poids de sucre.
Or, ainsi que nous l’avons fait remarquer, les animaux jeunes sont, relativement aux adultes, particulièrement sensibles à l’ingestion des hydrates de carbone ; pour un adulte de 3 kilogrammes, nous arrivons en quelques semaines à 500 grammes de glucose avant que surviennent des manifestations toxiques.
A la suite de pareilles ingestions de sucre, on s’attendrait à observer nne élimination abondante de cette substance soit par les urines, soit par les fèces ; or, il n’en est rien.
a) Voie iiriimire. - Pendant les premières phases, la quantité totale de sucre rejetée par les urines à la suite de chacpie ingestion est de l’ordre du décigramme ; elle peut tomber à quelques centigrammes et même moins, et nôtre plus décelable qu’au hitropropiol, mais pratiquement indosable. Plus tard, une glycosurie de plus en plus marquée se manifeste à mesure qu’apparaissent les phénomènes d’intolérance et d’intoxication. Elle est capable d’atteindre alors, comme nous l’avons vu dans certains cas, jusqu’à 10 grammes pour l’émission totale après chaque ingestion.
Le montant de l’élimination varie suivant l’état de la diurèse ; au début, elle se manifeste dès la première émission qui suit l’anurie consécutive à l’ingestion et dure quelques heures seulement ; à mesure que s atténuent ces phénomènes d’anurie, 1 apparition du sucre se fait plus précoce et surtout plus prolongée ; elle peut alors durei: plusieurs jours.
b) Voie intestinale. — Pendant la période de tolérance, 011 retrouve également du sucre dans les fèces. 11 ne s agit pas là, comme nous l’avions tout d abord pensé, d un barrage analogue à celui qu’oppose à 1 arsenic 1 intestin du chien accoutumé à ce poison. La coloration de la solution sucrée par le carmin insoluble nous a montré qu’il ne s’agit pas de sucre non absorbé, mais de sucre rejeté.
Ce phénomène est analogue à la « glycosentérie » observée par Rénon, A. Grigault et Charles Richet fils, a la suite d’injection intraveineuse de glucose.
Mais ici, la quantité de sucre ainsi éliminée par les fèces est extrêmement faible ; dans nos expériences, elle n a
jamais dépassé quelques centigrammes. Au contraire, à la phase d’intolérance, contemporairement à la glycosurie, on observe une diarrhée sucrée abondante ; cette diarrhée est comme la glycosurie de plus en plus précoce, et il arrive un moment où il n’est pas possible de dire qu’il s agit de sucre non absorbé ou de sucre éliminé.
hn résumé. — 1" Au cours de l’hyperglycémie expérimentale chez le lapin, il existe une disproportion énorme entre les quantités de sucre ingérées (très considérables) et les quantités de sucre rejetées (très minimes) tant par les urines que par les fèces pendant la phase de tolérance. L élimination du sucre par ces voies n’apparaît pas à cette période comme le moyen de défense le plus efficace ; mais elle devient plus importante dans la seconde période (intolérance, intoxication), alors que l’organisme lutte avec une difficulté croissante j)our se débarrasser du sucre en excès.
2® Le lapin présente une tolérance remarquable pour le sucre ingéré ; la perméabilité de la muqueuse intestinale pour cette substance ne paraît pas modifiée chez le lapin accoutumé, au moins pendant la jibasc de tolérance.
Il est intéressant d’opposer à ces résultats ceux que l’on obtient par Vinjection de ces solutions sucrées aux mêmes animaux adultes. L’injection intraveineuse de 10 grammes de glucose, en plus de la polyurie rapide, entraîne une élimination de sucre qui atteint en général de 1 gr. 50 à 3 grammes pour l’émission totale. Par voie sous-cutanée,’ elle produit une glycosurie moins élevée, ne dépassant guère 2 grammes. Or, ces quantités injectées constituent le tiers environ de la dose donnée en ingestion, et ainsi est mise en évidence plus nettement encore l’influence, sur la
OOOgr.(sacriftépar erreur pouruoe autre expérience)
glycosurie produite, de la voie d’introduction du sucre dans l’organisme. Cette influence se manifeste aussi sur la glycosentéi'ie, ainsi que le montre la comparaison de nos résultats avec ceux obtenus par les auteurs précités à la suite d’injection intraveineuse de sucre.
Quelques réactions de l’organisme au cours de l’hyperglycémie expérimentale [51.
Sous ce titre, nous avons signalé deux catégories de faits qui nous ont paru présenter un certain intérêt.
Fait. — C’est l’apparition d’épanchements liquides dans les séreuses, plèvre et péritoine, chez certains animaux. Ce fait peut se trouver en rapport avec la rétention acpieuse remarquahle que nous avons signalée, rétention mise en évidence par l’anurie ou l’oligurie et l’augmentation de poids de l’animal.
t" Lapin jeune de 1.500 grammes ayant reçju 250 grammes de glucose en vingt-sept jours, sacrifié par erreur deux jours après la dernière ingestion, en pleine phase de tolérance.
A l’autopsie, on trouve 50 centimètres cubes d’une sérosité limpide épanchée dans les plèvres à droite et à gauche, dette sérosité réduit énergiquement la liqueur cupro-potassique ;
2" Lapine adulte de 2.000 grammes ayant ingéré 1 kilogramme de glucose en deux mois.
Ingestion suspendue avant la phase d’intolérance ; deux semaines plus tard, laparotomie aseptique dans un autre but expérimental.
On constate la présence dans la cavité péritonéale d’un liquide d’ascite, sans aucune trace d’inflammation de la séreuse ; 5 centimètres cubes représentant environ le 1/10 de l’épanchement sont prélevés ; ce liquide réduit très énergiquement la liqueur de Bareswill et la liqueur de Beuediedt. Il n’est pas fait de dosage.
Le reste de l’épanchement‘est laissé dans le ventre, et les parois soigneusement suturées.
Le lendemain, les urines qui, depuis longtemps, ne renfermaient plus de sucre, en contiennent.
L’animal est sacrifié ùn mois plus tard ; l’ascite est résorbée ; la petite quantité de sérosité péritonéale recueillie pe renferme pas de
A noter que, pas plus au cours de la laparotomie que de l’autopsie, on n'a observé d’atl'ectiou parasitaire ou autre justifiant un épauche-
Ces faits, observés par hasard, eussent été peut-être plus fréquents si nous avions systéinatiqueinent recherché la jjréserice possible de tels épanchements chez tous nos animaux. Quoi qu’il en soit, ils ont leur importance puisque est mis ainsi en évidence un procédé de fixation du sucre en excès dans l’organisme. Il y a lieu, nous semble-t-il, de rapprocher ces épanchements pleuraux et ascitiques survenus chez l’animal sous l’influence de l’hyperglycémie expérimentale des pleurésies et ascites sucrées constatées quelquefois chez l’homme au cours du diabète, et peut-être ces données pourraient-elles engager à orienter dans une direction particulière la pathogénie de certains épanchements survenant chez les diabétiques.
Fait. — En plus de cette fixation possible du sucre en telle ou telle portion de l’organisme, on doit tenir compte du rôle joué par certaines glandes régulatrices de la glycémie, telle que le foie et le pancréas.
Il est remarquable de constater, en effet, qu’à cette période même où la glycosurie augmente, où l’intolérance, l’intoxication se manifestent chez l’animal, on observe des lésions profondes d’organes importants, en particulier du pancréas, du foie. .1. Parisot et Lucien ont spécialement insisté sur les altérations hépatiques qui sont caractérisées essentiellement par l’augmentation de volume des éléments et par la cytolyse protoplasmique. La désintégration cellulaire semble proportionnelle à la quantité de
sucre ingérée. Ces lésions ne présentent pas en ellesmêmes un caractère de spécificité. Ce sont celles, en effet, que l’on rencontre au cours d’intoxications diverses. Mais, par leur intensité, elles déterminent une insuffisance de l’organe, rendant compte de la diminution de tolérance pour les hydrates de carbone.
Ce ralentissement des échanges, l’insulEsance acquise des appareils régulateurs de la glycémie peuvent rendre compte de l’élimination plus considérable par les urines et les fèces après un certain temps d’expérience. ,
Conclusions. — En résumé,. parmi les réactions de l’organisme au cours de 1 hyperglycémie expérimentale prolongée, il y a lieu de signaler :
1" L’hyper fonctionnement des appareils régulateurs jusqu’au moment où, morphologiquement lésés et fonctionnellement diminués, ils sont insuffisants ; à ce moment, le sucre est éliminé en abondance, non seulement par les urines, mais aussi par les fèces.
2° La localisation du sucre en certains points de l’organisme (épanchements ascitiques et pleuraux).
Teneur en sucre et pouvoir glycolytique du sang et des tissus [5j.
En présence de la tolérance remarquable du lapin pour le sucre ingéré et des quantités de cette substance nécessaires pour provoquer, par cette méthode, une glycosurie abondante, il nous a paru utile de préciser les autres mécanismes de défense et d’utilisation mis en jeu par l’organisme aux diverses phases de l’hyperglycémie expérimentale.
Dans ce but, nous avons entrepris, dès 1913, une série de recherches encore inachevées touchant la teneur en sucre et le pouvoir glycolyticpie des tissus, des organes, du sang à divers niveaux.
Nous avons indiqué que, d’après les dosages déjà effectués, il y avait diminution du pouvoir glycolytiqiie du sang à la suite d’une hyperglycémie expérimentale prolongée.