‹ Expose des titres scientifiques du docteur J. -M. CharcotChapitre 22 sur 59 · Atrophie musculaire des hémiplégiques · texte numérisé non relu

Atrophie musculaire des hémiplégiques

{Leçons sur les localisations dans les maladies du cerveau et de la moelle,

Les muscles paralysés et contracturés, chez les hémiplégiques atteints de dégénération descendante, sont quelquefois frappés d'atrophie, et cette complication est même plus commune qu'on ne le croit ordinairement.

L'atrophie musculaire, dans les cas de ce genre, est assez uniformément répandue sur tout le côté paralysé, et elle s'accompagne d'une diminution notable de la contractilité électrique. Les autopsies démontrent que la corne antérieure du même côté est le siège d'une altération dont le point le plus saillant est la transformation granuleuse et même la disparition complète d'un certain nombre de cellules motrices. — Dans beaucoup de cas, sans doute, lorsqu'il existe une dégénération secondaire du cordon latéral, les cellules motrices peuvent résister, en raison de leur autonomie, à l'envahissement du processus dégénératif. Mais, sous l'influence de conditions encore

indéterminées, ces cellules sont atteintes à leur tour, et, consécutivement les racines correspondantes subissent la désintégration descendante.

Or, la propagation du processus régressif se fait non par l'intermédiaire du tissu conjonclif, mais bien suivant le trajet et par la voie des fibres nerveuses qui, partant du faisceau pyramidal, gagnent les cornes antérieures de substance grise.

98. — Sur les localisations clans les maladies de la moelle épinière.

(Leçons faites à la Faculté de médecine de Paris. — Cours d'anatomie pathologique. — Paris, 1880.)

Ce volume, publié en 1880, fait naturellement suite à. celui que M. Charcot avait consacré, quatre ans auparavant, à l'étude des localisations dans les maladies du cerveau.

Parmi les localisations spinales dont la pathologie seule a fourni les caractères symptomatiques et les attributions pliysiologiques, il en est une surtout qui trouve immédiatement sa place après celle des régions motrices de l'encéphale, car elle n'est en quelque sorte qu'une émanation de ces dernières ; cette localisation est celle du faisceau pyramidal, c'est-à-dire d'une longue commissure réunissant les parties du cerveau affectées aux déterminations motrices volontaires avec les parties de la moelle destinées aux réactions automatiques.

Le faisceau pyramidal, ainsi désigné parce qu'il occupe, sur une portion de son trajet, la totalité des pyramides bulbaires, a son origine dans la zone des cellules gigantesques de l'écorce du cerveau; il ne provient donc que de la région motrice, ou en termes plus précis des circonvolutions rolandiques et paracentrales. Il traverse de haut en bas le centre ovale, la capsule interne, le pédoncule cérébral, la protubérance, les pyramides du bulbe et descend ensuite, dans le cordon latéral, jusqu'à la partie la plus inférieure de la moelle épinière, au voisinage de la substance grise de la corne

postérieure, à laquelle il abandonne un chemin faisant la plupart ou la totalité de ses fibres constituantes.

L'autonomie du faisceau pyramidal s'affirme non seulement par l'anatomie pathologique, mais encore par l'anatomie de développement et par l'expérimentation.

Dans une série de travaux publiés déjà depuis une quinzaine d'années, MM, Charcot, Vulpian, Bouchard avaient, après L. Tûrck, fait ressortir l'importance de la dégénération du cordon latéral à la suite des lésions encéphaliques intéressant la capsule interne. Il résulte des recherches poursuivies depuis lors par M. Charcot et ses élèves, que celte dégénération peut s'effectuer lorsque le foyer cérébral occupe le centre ovale, l'écorce du cerveau, le pédoncule, etc., mais toujours à condition que ces différentes parties soient atteintes dans les points où elles sont traversées par le faisceau pyramidal.

Quel que soit le siège encéphalique de la lésion initiale, la lésion secondaire spinale se présente toujours sous la même forme ; et le processus par lequel elle se traduit est invariablement une dégénération analogue à la dégénération wallérienne, aboutissant à une transformation fibreuse ou cicatricielle du faisceau qui réunit les centres moteurs corticaux aux différents étages delà substance grise de la moelle épinicre.

Les renseignements fournis par l'anatomie de développement sont en harmonie parfaite avec ceux de l'anatomie pathologique. Les travaux de MM. Parrot, Pierret, Flechsig, Schlossberger, montrent l'indépendance fonctionnelle de cette grande commissure cérébro-spinale qu'on a dénommée faisceau pyramidal; à l'époque de la naissance la jonction ne s'est point encore opérée, chez l'homme du moins, entre la substance grise spinale et la substance grise corticale du cerveau. Les actes volontaires sont encore impossibles, et toutes les fonctions de la vie de relation s'exécutent par voie de mouvements réflexes.

Quant à l'expérimentation, elle a prouvé, entre les mains de MM. Franck et Pitres, en France, et de M. Schiefferdecker, en Ailemagne, que le faisceau pyramidal jouit de propriétés nettement ar-

rêtées dans toute l'étendue de pon parcours; qu'une altération destructive d'une portion quelconque de ce faisceau entraîne chez les animaux la dégénération de tout le segment sous-jacent; de telle façon que le faisceau pyramidal n'est autre chose qu'une sorte de projection intra-spinale de la zone corticale dite motrice ou psychomotrice.

Toutes ces recherches répondent au desideratum formulé, il y a quatre ans, par M. Charcot, dans les termes suivants : « Il semble résulter de ce qui précède qu'entre les parties de l'écorce cérébrale désignées ici sous le nom de zone motrice et les faisceaux latéraux de la moelle épinière, il existe, à l'état normal, des connexions anatomifjues et physiologiques, qui, par contre, n'existent pas entre ces mêmes faisceaux et les régions de l'écorce situées en dehors de la zone motrice. » (Voyez section IV, n° 87).

De l'étude des lésions secondaires spinales chez les hémiplégiques, M. Charcot lire les raisons pathogéniquesdu symptôme fondamental, la contracture des hémiplégiques; mais cette contracture en général ne survient pas d'emblée, elle est précédée de quelques signes avantcoureurs.

Parmi ces symptômes précurseurs, M. Charcot signale l'exagération des réflexes tendineux comme étant de ceux qui éclairent le mieux le mécanisme de la contracture : les réflexes musculaires ou tendineux, absolument indépendants des réflexes cutanés, s'exagèrent dans les cas de dégénération latérale descendante, de la même façon qu'ils s'exagèrent dans l'empoisonnement par la strychnine, dans certaines manifestations hystériques, dans toutes les conditions enfin, physiologiques ou pathologiques, qui activent l'excitabilité de la substance grise de la moelle épinière, et en particulier des cellules motrices des cornes antérieures. Or, les cellules des cornes antérieures reçoivent la majeure partie, sinon la totalité, des fibres du faisceau pyramidal ; on conçoit que, dans le cas de dégénération secondaire, la lésion du faisceau pyramidal dégénéré ou en voie de dégénération puisse déterminer sur toute la hauteur de la moelle une irritation de ces cellules équivalant à un véritable strychnisme.

Bien avant que la dégénération se soit définitivement installée dans

le cordon latéral, à titre de lésion cicatricielle, le processus morbide auquel cette dégénération succédera paraît exercer sur la substance grise des cornes antérieures une influence irritante de laquelle résulte V hyper excitabilité réflexe. Et si la contracture se manifeste habituellement, seulement trois senaaines ou un mois environ après l'ictus apoplectique, on peut cependant constater, dès le douzième ou le quinzième jour, quelquefois plus tôt, une exagération sensible des rétlexes tendineux et en particulier du réflexe rotulien.

Après le faisceau pyramidal, M. Charcot étudie les faisceaux spinaux postérieurs et montre que les mômes procédés d'analyse par l'embryogénie, l'anatomie pathologique et l'expérimentation, conduisent à la détermination des principales fonctions de ces faisceaux, et du même coup à l'interprétation des phénomènes pathologiques qui deviennent en conséquence des altérations dont ils peuvent être le siège.

Les Leçons sur les localisations dans les maladies de la moelle épinière ont été traduites :

En allemand par M. le Berthold Fetzer, Stuttgart, 1 881 .

En anglais {Sydenham Society), par le D' Hadden, Londres, 188^.

Encore en anglais [édition américaine), par le professeur CorneUus Gomegys, Cincinnati, 1881 .

E. — Sclérose (induration grise) des centres nerveux.

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