De la chorée rhythmique hystérique
(Leçon faite à la Salpétrière en 1877. — Progrès médical, n» 6 et n° 1, 1878.)
Il s'agit, dans le cas qui fait le sujet principal de cette leçon, d'un bel exemple de chorée rhythmique malléatoire hémi-latérale, survenue chez une jeune fille atteinte depuis plusieurs années de crises d'hystero-épilepsie et d'hémianesthésie permanente avec ovarie du côté droit. Les mouvements rhythmés occupaient la face , le tronc et les membres, exclusivement du côté droit.
Ils persistaient invariablement toute la journée, cessaient pendant
le sommeil , et reparaissaient le matin au réveil. La compression méthodique de la région ovarienne droite amenait chez cette malade la suspension des mouvements rhythmés , mais l'arrêt n'était que temporaire, et les mouvements reparaissaient aussitôt que la compression avait cessé. Les gesticulations choréiformes disparurent complètement sous l'influence d'inhalations de nitrite d'amyle répétées une ou deux fois chaque jour, pendant trois ou quatre jours.
148. La paraplégie spasmodique en général et en particulier chez les hystériques.
{Progrès médical, 1879, p. 98.)
Sous ce nom de paraplégie spasmodique, M. Charcot entend désigner, non pas une espèce morbide distincte, autonome, mais bien un ensemble symptomatique, un syndrome qui se montre commun à plusieurs maladies dans lesquelles certaines parties de la moelle épinière sont intéressées : myélite transverse ou diffuse, compression lente , tumeurs centrales de la moelle épinière , scléroses descendantes , d'origine cérébrale ou spinale , tabès dorsal spasmodique , telles sont, avec la sclérose en plaques, les circonstances dans lesquelles la paraplégie spasmodique se rencontre pour ainsi dire régulièrement. La plupart des paraplégies, avec ou sans contracture des membres qui se montrent chez les hystériques, appartiennent également, d'après M. Charcot, au genre spasmodique,
M. Charcot a, depuis longtemps, fait remarquer que le phénomène de la trépidation provoquée (clonus du pied) se produit dans les membres atteints de contracture hystérique tout aussi bien que dans les cas où la contracture permanente des membres relève d'une lésion spinale organique : « La trépidation en question n'est pas l'a- » panage d'une maladie en particulier; elle se lie h des maladies or- » ganiques d'origines très diverses, mais auxquelles la sclérose laté- » raie est un trait commun. Toutefois, sa présence dans les cas de » contracture hystérique , terminée brusquement par la guérison , » montre qu'elle ne saurait être rattachée toujours à l'existence d'une
* lésion matérielle appréciable des faisceaux latéraux. > (Leçons sur les maladies du sijstème nerveux, t. I, 3^ édition, p. 349.) — De nouvelles études ont conduit M . Charcot à reconnaître que cette même trépidation et avec elle, l'exagération du réflexe rotulien {clonus rotulien), appartiennent également aux parésies ou paralysies, souvent accompagnées d'une flaccidité très prononcée des membres qui précèdent de quelques jours, voire même de plusieurs semaines ou de plusieurs mois, le développement de la contracture hystérique, dont elles représentent en quelque sorte le prodrome. — L'application d'un aimant , d'un solénoïde , d'un courant galvanique faible , sur un membre atteint de parésie ou de paralysie hystérique, suffit souvent pour y déterminer , après un laps de temps qui varie de quelques minutes à une demi-heure environ, le développement de la contracture.
On ne peut donc méconnaître les analogies frappantes qui rapprochent, au moins symptomatologiquement, la paraplégie spasmodique d'origine hystérique de celle qui se lie à une lésion organique spinale.
En règle générale, il y a lieu de reconnaître dans les deux cas l'existence de deux périodes ou phases qui se succèdent habituellement dans un ordre assez régulier. Dans la première, les membres sont flasques ou sans rigidité marquée ; l'exagération du réflexe tendineux rotulien et la trépidation provoquée peuvent y être mises en relief. Dans la seconde, ces derniers symptômes persistent et s'accentuent même plus fortement, mais la flaccidité des membres a fait place à la contracture. Dans l'un des cas, sous l'influence de circonstances qui n'ont pas été analysées, la période de contracture se développe, en quelque sorte, pour ainsi dire indéfiniment.
149. — La douleur iliaque dite ovarienne des hystériques a réelle-
ment son siège dans V ovaire .
Observations de M. Charcot, développées dans une note communiquée à la Société de Biologie {décembre 1 881 ), par M. Féré. (Voir section V, n" 101).
Chez deux femmes iiystéro-épileptiques devenues grosses, la douleur iliaque s'était déplacée et occupait la place oii se trouve ordinairement l'ovaire entraîné en haut par le développement de l'utérus. Pendant le travail au moment où l'utérus contracté formait un plan résistant, on a pu constater au niveau du point douloureux l'existence d'une petite tumeur, ayant le volume, la forme et la consistance de l'ovaire. Après l'accouchement, le point douloureux est redescendu progressivement et proportionnellement à l'involution utérine, jusqu'à reprendre la position qu'il occupait avant le commencement de la grossesse. (Observation analogue, leçons inédites, 1883).
150. — Du phénomène des oscillations consécutives au transfert.
(Progrès médical, n" 46, 1879.)
Lorsque, à la suite de l'application d'un agent eesthésiogène, chez une malade hystérique hémianesthésique, le transfert a été obtenu, l'observation n'est point terminée. Si l'on continue à examiner attentivement la malade on constate que la sensibilité déplacée ne tarde pas à reparaître sur le côté qu'elle occupait primitivement pour se déplacer de nouveau et ainsi de suite un certain nombre de fois. Ce phénomène peut se prolonger durant plusieurs heures, à la suite d'une seule application de quelques minutes, il a été décrit pour la première fois par M. Charcot, qui a proposé de le désigner sous le nom d'oscillations consécutives.
Le D' Paul Richer a fait de l'étude de ce phénomène l'objet d'un
mémoire, publié dans le Progrès médical (n"' 46 et 47, 1879;, et dont voici les conclusions :
I. — Dans les expériences dites métalloscopiques, le phénomène du transfert est souvent suivi, sinon toujours, d'unesérie d'oscillations de la sensibilité.
II. — Ces oscillations ne sont, à proprement parler, que la répétition du phénomène du transfert.
III. — Les oscillations se produisent de la même façon, que l'action de l'agent sesthésiogène soit supprimée ou maintenue.
IV. — Les oscillations existent aussi bien pour la sensibilité spéciale que pour la sensibilité générale.
V. — La rapidité, la durée, le nombre des oscillations varient d'une malade à l'autre. Ces circonstances varient même chez une même malade, sous certaines influences, dont la mieux connue est l'imminence des attaques.
VI. — La durée des oscillations est fort variable. Nous avons observé des oscillations de quelques secondes, et d'autres de vingt minutes. Mais il peut en exister d'une durée plus longue. On peut dire, d'une manière générale, que les oscillations sont d'autant plus courtes et plus répétées qu'elles se produisent plus rapidement.
VII. — Lorsque les oscillations sont terminées, la malade demeure, au point de vue de la sensibihté, dans un état de stabilité relative qui peut durer plusieurs heures, mais qui varie.
A cet égard, trois variétés peuvent se présenter : 1° La malade recouvre pour quelque temps la sensibilité totale ; 2" la malade demeure en état de transfert, c'est-à-dire que si elle était hémianesthésique gauche, avant l'expérience, elle devient pour quelque temps hémianesthésique droite ; peut-être ne doit-on voir dans cet état qu'une oscillation qui se prolonge et dont la fin n'a pas été observée 3° enfin, la malade se retrouve dans le même état qu'avant l'expérience.
VIII. — Le transfert et les oscillations consécutives, qui paraissent être la règle pour les hémianesthésies hystériques, ne sont que l'exception pour les hémianesthésies organiques et toxiques.