‹ Expose des titres scientifiques du docteur J. -M. CharcotChapitre 5 sur 59 · Altérations des cartilages dans la goutte · texte numérisé non relu

Altérations des cartilages dans la goutte

(Comptes rendus des séances de la Société de Biologie, t. V, 2« série, année 1858. Paris, 1859.)

Ayant eu l'occasion d'examiner des fragments de cartilages provenant de la surface tibiale du genou d'un goutteux, l'auteur a constaté qu'ils étaient infiltrés d'une matière d'un blanc mat, d'un aspect crayeux, disséminée sous forme d'îlots d'une grandeur inégale. L'urate de soude se présentait sous deux aspects principaux. Les grandes

agglomérations étaient constituées par une masse amorphe, grenue, tout à fait opaque. Les petites, au contraire, dont quelques-unes n'étaient pas visibles à l'œil nu, résultaient de la réunion de longues et fines aiguilles cristallines qui s'agrégeaient, en forme d'aigrette, autour d'un centre commun. On trouvait enfin, çà et là, des cristaux aciculaires isolés.

Ces résultats sont conformes à ceux qui avaient été signalés, dans des circonstances analogues, parGarrod, Bramson, Budd, à l'étranger, et en France, par MM. Broca et Dufour.

7. — Sur les concrétions tophacées de V oreille externe chez les

goutteux.

(Comptes rendus des séances de la Société de Biologie^t. II, 3^ série, 1860,

Paris, 1861.)

L'auteur, après M. Garrod, a fait ressortir l'importance clinique des concrétions tophacées de l'oreille externe chez les goutteux, et en a donné une description fondée, en grande partie, sur des observations personnelles ,

8. — L'intoxication saturnine exerce-t-elle une influence sur le

développement de la goutte ?

(Article publié dans la Gazette hebdomadaire, t. X, 1864, p. 433.)

Ce travail contient l'observation d'un individu atteint de goutte chronique avec concrétions tophacées, et chez qui le genre dévie, pas plus que l'hérédité, ne pouvait être invoqué : seule, l'intoxication saturnine, caractérisée par plusieurs accès de colique de plomb, se dessinait nettement chez lui dans l'histoire des antécédents pathologiques.

Toutefois, il résulte de l'enquête faite dans ce travail, qu'à Paris, où les maladies de plomb sont nombreuses, la goutte est très rare

cependant dans les hôpitaux, même parmi les individus qui sont sous le coup de ce genre d'empoisonnement. Il semble donc que, s'il est permis de dire, avec Garrod, que l'imprégnation de l'économie par le plomb peut, avec le concours d'autres causes prédisposantes, contribuer puissamment à développer la goutte, rien ne démontre cependant que la goutte puisse se produire de toutes pièces, sous l'influence exclusive de l'intoxication saturnine.

Depuis la publication de cette note, plusieurs exemples de goutte saturnine ont été observés dans les hôpitaux de Paris, en particulier par MM. Bucquoy, Potain et Lancereaux.

9. — Contributions à V étude des altérations anatomiques de la goutte et spécialement du rein et des articulations chez les goutteux.

En commun avec M. Cornil.

(Mémoire lu à la Société de Biologie en 1863; extrait des Comptes rendus et mémoires de ladite Société, année 1863; avec une planche lithographiée. — Voyez aussi les notes annexées à la traduction de M. Garrod,

L Sect. II, n» 9.)

A. Les altérations du rein qu'on observe dans la goutte peuvent être rapportées à deux espèces distinctes.

I. En premier lieu, on trouve l'affection décrite par M. Rayer sous le nom de néphrite goutteuse ; c'est à proprement parler la gravelle du rein. Les lésions anatomiques sont les suivantes: 1° A la surface de la substance corticale, et quelquefois dans son épaisseur, on remarque des petits grains de sable qui , vus au microscope ou traités par les réactifs , sont facilement reconnaissables pour être de l'acide urique. — 2," En outre des grains d'acide urique dans la substance corticale, on en voit quelquefois un plus grand nombre dans l'intérieur des mamelons ou des calices. — 3° Enfin, on trouve quelquefois dans les calices ou dans le bassinet, non seulement des grains de gravelle, mais encore de véritables calculs d'acide urique ou des calculs dont le noyau est formé de cet acide. — Encore peu étudiées, les altérations concomitantes du tissu rénal paraissent devoir être

rapportées tantôt à la néphrite interstitielle, tantôt à la néphrite suppurative. — Pendant la vie , les lésions qui viennent d'être décrites peuvent rester latentes. Dans les cas où des graviers plus ou moins volumineux se sont engagés dans les uretères, ces lésions se traduisent par les symptômes ordinaires de la colique néphrétique ; d'autres fois, les malades éprouvent, soit d'une manière pour ainsi dire habituelle , soit sous forme d'accès , des douleurs rénales plus ou moins accusées ; ils rendent de temps à autre , en urinant , du sable d'acide urique cristallisé ; en même temps, les urines renferment une proportion variable d'albumine et le plus souvent, en outre, des globules rouges du sang.

II. En second lieu, on rencontre les lésions rénales de la maladie de Bright , tantôt sous la forme de la néphrite parenchymateuse , tantôt sous celle de la néphrite interstitielle. Ce dernier cas est, incontestablement, de tous, le plus fréquent, et c'est à la néphrite interstitielle qu'il faut rapporter les descriptions qui ont été données du rein goutteux (gouty kidneij) par le docteur Todd et quelques > autres médecins anglais. La coexistence d'infarctus d'urate de soude cristallisé, qui siègent exclusivement dans la substance tubuleuse est, en somme, le seul caractère qui distingue anatomiquement les lésions du parenchyme rénal dont il s'agit, de celles qu'on rencontre dans la maladie de Bright ordinaire et indépendante de la goutte.

Au point de vue symptomatologique, la néphrite albumineuse liée à la goutte se distingue peut-être entre toutes par sa bénignité apparente et par une évolution plus lente. Souvent l'anasarque et l'œdème font défaut; ils sont rarement très accusés. La proportion d'albumine que renferment les urines est fréquemment peu considérable.

Néanmoins, il est certain que la néphrite albumineuse des goutteux peut, comme les autres formes de la maladie, s'accompagner des redoutables symptômes de l'urémie convulsive ou comateuse; et il est au moins très vraisemblable que bon nombre d'accidents cérébraux, qu'on rapporte à la goutte remontée ou mal placée , ne sont autre chose que des accidents urémiques subordonnés à l'affection rénale qui se développe si fréquemment sous l'influence de la goutte. La

dyspepsie et la diarrhée urémiques, l'iiémorrhagie intra-encéphalique , l'hypertrophie du cœur, sont aussi parfois des conséquences de la néphrite albumineuse chez les goutteux.

B. En outre des études sur le rein goutteux, le travail de MM. Charcot et Cornil renferme l'exposé de nouvelles recherches sur les altérations, des articulations dans la goutte.

10 . — La goutte, sa nature, son traitement, et le rhumatisme goutteux, par A. B. Garrod. (Ouvrag-e traduit de l'anoflais sur la deuxième édition, par le docteur OUivier et annoté par le docteur J.-M. Charcot. 1 vol. in-8 avec planches. Paris, 1867.)

Les annotations et des planches annexées à cette traduction par M. Charcot ont été utilisées par M. Garrod, dans la troisième édition anglaise de son livre publiée à Londres en 1876 (1).

§ s. — Tuberculisation. — Cancer.

11. — Sur le purpura hxmorrhagica] qui survient dans certains cas de tuberculisation générale aiguë.

(Comptes rendus des séances de la Société de Biologie, t. IV. 2« série, année 1857. Paris, 1858.)

La coïncidence du purpura hœmorrhagica et de la tuberculisation générale aiguë a été signalée, pour la première fois, par Rokitansky

(1) Of the French and German translations of the work, the author has found the former particulary valuable, and feels it incumbent on him to acknowledge his obligations to the numerous original notes appended by D' Charcot, of Paris, whose investigations on the subject are of European celebrity. The author has not hesitated in the présent édition to raake use of thèse notes, and he has also introduced some of the graphie drawings from the supplemental plates in the French work... (Préface de la troisième édition anglaise).

et Waller ; M. Charcot, en étudiant les rapports qui peuvent exister entre ces deux affections, a cherché à établir qu'il ne s'agit pas là d'une coïncidence fortuite ; le purpura dépend alors d'une altération profonde du sang, qui est elle-même un effet delatuberculisation. — Dans un mémoire publié dans la Gazette médicale de Paris (1859, n*" 52 et 53), M. le professeur Leudet, de Rouen, a rapporté un certain nombre de faits qui viennent à l'appui de cette manière de voir.

\ 2. — Sur la structure et le mode de développement des cellules géantes dans le tubercule

Soc. de biologie, 10 aoiit 1878. — Progrés médical, 4878, n» 34, en collaboration avec M . le D"^ Gombault.

La cellule géante, bien qu'elle ne soit pas spéciale au tubercule, n'en est pas moins un des éléments les plus caractéristiques de ce néoplasme. Mais son mode de formation est encore mal connu et les différents auteurs qui l'ont étudié sont loin d'être d'accord à ce sujet. Les uns le considèrent comme un élément cellulaire ayant pris des proportions considérables,et poussant dans toutes les directions des prolongements de protoplasma destinés à donner naissance à d'autres éléments cellulaires plus petits. Les autres ne voient dans la cellule géante qu'un caillot intravasculaire que l'endolhélium en voie de prolifération entoure d'une zone de noyaux.

Dans cette note, on s'efforce de démontrer : 1° que la cellule géante est constituée dans le principe par un amas d'éléments cellulaires tassés les uns contre les autres et forme ainsi une petite masse endothéliale ;

2° Que les éléments constituant cette petite masse subissent une modification particulière, qu'on peut appeler transformation vitreuse, ayant pour effet d'amener l'accolement, puis la fusion des différentes cellules qui en sont atteintes, pendant que les noyaux de ces cellules entrent en prolifération active,

3° Que cette transformation vitreuse qui a pour aboutissant la

caséification procède ici comme dans la granulation tuberculeuse du centre vers la périphérie de l'amas cellulaire, ce qui explique les différents aspects que présente la cellule géante sur les coupes.

13. — Sur la paraplégie douloureuse qui survient dans certains

cas de cancer,

(Communication faite à la Société raécicale des hôpitaux dans la séance du 22 mars 1865. — Union médicale, 1865.)

M. Cazalis avait montré déjà que les dépôts cancéreux secondaires se développent fréquemment dans l'épaisseur du corps des vertèbres, surtout à la région lombaire. M, Charcot a insisté sur ce fait et a reconnu qu'il n'est pas rare d'observer, chez les femmes atteintes de cancer du sein, un ensemble de symptômes qui présente une physionomie particulière, et qu'il a proposé de désigner sous le nom de paraplégie douloureuse des cancéreux. Ces accidents sont dus à la compression et à l'irritation que subissent les racines des nerfs lombaires, dans leur passage au travers des trous de conjugaison. Les vertèbres envahies par les dépôts cancéreux sont, en pareil cas, ramollies, aplaties verticalement, et comme écrasées.

Dans d'autres cas, plus rares que les précédents, où les masses cancéreuses vertébrales font issue dans la cavité rachidienne, on peut observer les symptômes ordinaires de la paraplégie par compression de la moelle.

Un fait indiqué sous le numéro 54 (§ 8) est un exemple de dégénération cancéreuse secondaire des vertèbres du cou, ayant déterminé l'inflammation des rameaux d'origine du plexus cervical, et consécutivement une éruption de zona.

Plusieurs faits relatifs au cancer vertébral ont été communiqués par M. Charcot à M. Tripier (de Lyon), qui les a mis à profit dans sa dissertation inaugurale (Sect. IV, u" 36).

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