RÉSUMÉ
En résumé, et pour dégager de l’ensemble des travaux exposés ci-dessus quelques-uns de ceux qui paraissent les plus propres à fixer l’attention de l’Académie, on rappellera :
1° La Découverte d’une période prodromique du choléra. Fait fondamental, reconnaissable à des caractères certains, et qui a mis entre les mains de la médecine et de l’administration le moyen de combattre efficacement cette terrible maladie, de prévenir son développement épidémique et de rassurer les populations.
2° La découverte d’une articulation nouvelle et spéciale entre les onzième et douzième vertebres dorsales. articulation présidant aux mouvements de flexion latérale de la colonne, et répétant chez l’homme les conditions que présentent d’une manière générale toutes les vertèbres chez les ophidiens. A la faveur de cette découverte et d’une conception nouvelle du système musculaire de l’épine, divisé en système ascendant et système descendant, l’auteur a pu déterminer les mouvements spéciaux ou de localité et les mouvements généraux ou de totalité de la colonne, et tirer de cette nouvelle détermination physiologique des mouvements du rachis la formule des caractères de ses déviations.
5° L’Anatomie et la physiologie comparées des difformités. Étude entièrement neuve et originale, dit le rapport de l’Académie, dans laquelle l’homme lui-même, placé dans les conditions si diverses et si complexes des grandes difformités du squelette, est pris pour terme de comparaison avec l’homme normal, au point de vue des changements de situation, de forme, de direction, de texture et de rapports de tous les organes, et au point de vue des modifications de l’acte fonctionnel qui résultent de ces changements; étude suivie de la détermination des lois en vertu desquelles ces transformations organiques et fonctionnelles s’effectuent, ainsi que les produits physiologiques auxquels elles donnent naissance.
4" L’Histoire anatomique du rachitisme et la reproduction expérimentale du rachitisme chez les animaux. Détermination nouvelle et définitive d’une maladie confondue jusqu’alors avec un grand nombre d’autres affections; étude approfondie de son siège immédiat, de ses caractères anatomiques, de ses lois d’évolution, et finalement, démonstration expérimentale de sa cause. I alimentation prématurée, par la reproduction de la maladie chez les animaux. Corné-
guences pratiques : révolution complète dans la prophylaxie et la thérapeutique du rachitisme.
5° La Théorie générale des difformités par rétraction musculaire. Théorie qui, en ramenant à un seul fait expérimental la rétraction musculaire, la plupart des difformités articulaires Observées chez les monstres, le fœtus et l’enfant, a dévoilé tout à la fois la cause efficiente de la difformité et de la monstruosité, pour ne faire de ces deux états qu’un seul et même fait; théorie enfin qui a servi de base à la méthode générale des sections sous-cutanées.
6" La Ténotomie et la myotomie généralisées. Méthode aujourd'hui répandue dans les deux mondes, que l’auteur a prise à la section empirique d’un tendon, et qu’il a élevée à l’état de méthode rationnelle et générale pour la section de tous les tendons et muscles du corps humain. L’Académie a décerné un de ses grands prix Montyon à celte généralisation.
T La Méthode sous-cutanée ; établie par des expériences rigoureuses, reposant sur la découverte d’un fait physiologique nouveau : l’ organisation immédiate des tissus divisés sous la peau , et caractérisée par la suppression de la période d’inflammation suppurative. Cette méthode, dont on a fait des applications aussi importantes que variées, a doté la chirurgie d’un moyen de substituer, dans un très-grand nombre de cas, à des opérations douloureuses et susceptibles des plus graves complications, un mode opératoire simple et exempt de tout danger.
8“ L’Histoire generale et particulière des difformités du système osseux (12 volumes in~4" de texte, 400 planches) (1), qui a obtenu le grand prix de 10,000 fr. en 1837, à la suite d’un concours resté ouvert pendant sept années. Dans les conclusions de son rapport sur ce travail, la commission de l’Académie s’est exprimée comme il suit :
« Après tant de recherches faites successivement sur le squelette, sur le cadavre, sur le » vivant; après un si grand nombre d’observations rigoureusement recueillies et sévère- » ment interprétées; après cette foule de faits nouveaux et de vues neuves sur les dilfé- » rentes parties du sujet; finalement, après de si nombreux, de si beaux et de si féconds » résultats introduits dans la science et dans l’art, nul ne s’étonnera, sans doute, que le # prix ait été adjugé à ce remarquable travail.
Ont signé : MM. Double, Dulong, Larrey, Magendie, Roux, Savart, Serres.
Pour clore cet exposé, et conserver aux travaux qu’il rappelle le caractère d’originalité et d’autorité qui leur appartiennent, on croit devoir mentionner ici qu’à la suite des
orages (1) qu’ils ont eu le triste privilège de susciter, une commission, provoquée par l’auteur, et choisie par le Conseil des hôpitaux, parmi les noms les plus honorables de la médecine et de la chirurgie contemporaine, a rendu, après trois années d’un contrôle assidu, le témoignage qui suit :
« f" Les résultats obtenus par M. J. Guérin, sous les yeux de la commission, pendant les » années \ 845,1844 et 1845, dans le traitement du strabisme, du torticolis, des déviations » de l’épine, des luxations congénitales, des déviations des genoux, des pieds-bots, des dif- » tormités arthralgiques, des difformités par rétraction de cicatrices, des difformités rachi- » tiques, des excurvations tuberculeuses et des abcès par congestion, sont de nature à établir » que la pratique 'de M. J. Guérin est tout à la fois remarquable par les considérations » élevées et judicieuses sur lesquelles elle se fonde, et par l’habileté et souvent la hardiesse » heureuse avec laquelle les procédés opératoires sont exécutés.
» 2° Les méthodes, procédés et appareils imaginés par M. J. Guérin pour le traitement » des difformités et accidents qui les compliquent, et les règles qu’il a posées pour leur » application, constituent un ensemble de moyens et de préceptes à l’aide desquels il a » produit des résultats complètement nouveaux; comme l’ensemble de ses recherches et de » ses idées sur cet ordre de faits avaient dès longtemps constitué une branche de la méde- » cine presque entièrement nouvelle.
» 5" En raison des progrès qu’il a imprimés à la science des difformités et à l’art de les » traiter, en raison des sacrifices qu’il a faits, en raison de la persévérance avec laquelle il » a poursuivi de longues et pénibles recherches, la commission est heureuse de le déclarer,
» M. J. Guérin a bien mérité de la science et de l’humanité; elle émet, en conséquence,
» le vœu que le service chirurgical qui lui a été confié par la précédente administration » lui soit conservé tout à la fois comme un établissement utile aux pauvres malades et » comme une juste récompense de ses travaux. »
Ont signé : MM. Blandin, P. Dubois, Jobert, Louis, Rayer, Serres, et Orfila, président.
(1) Quelques-unes des attaques auxquelles on fait allusion ont retenti jusqu’au sein de l’Académie. Voici ce qu’on peut lire à cette occasion dans le Compte rendu, année 1844, p. 819 :
* Je n’ai pas, il est vrai, pour asseoir l’autorité de mes derniers' travaux, la sanction éclatante donnée par l’Académie à . mes premiers. Qu’on attende, cependant. Une commission composée de médecins et de chirurgiens des hôpitaux, choisis » parmi les membres de l’Académie des sciences et de médecine, a été chargée, sur ma demande, d’examiner toutes mes » méthodes, tous mes procédés et‘opérations, y compris la myotomie rachidienne. Le rapport ée cette nouvelle commis- » sion, j’én ai l’espoir, dissipera toutes les incertitudes, et complétera ce qu’avait commencé, en 1837, le rapport de i’Aca- . démie des sciences. ■
L’Académie verra, par les conclusions ci-dessus du rapport de la commission des hôpitaux, si l’auteur a tenu parole.