‹ Exposé des travaux scientifiques [electronic resource]Chapitre 7 sur 48 · VERTIGE VOLTAÏQUE. LÉSIONS LABYRINTHIQUES EXPÉRIMENTALES · texte numérisé non relu

VERTIGE VOLTAÏQUE. LÉSIONS LABYRINTHIQUES EXPÉRIMENTALES

En montrant que les lésions auriculaires provoquent des perturbations diverses du vertige voltaïque (voir p. 167) j'ai contribué à prouver que le labyrinthe participe à ce phénomène qui peut, il est vrai, se produire encore quand les deux labyrinthes sont déti'uits (Lev\^andowsky) .

2" Des expériences sur le pigeon m'ont permis de discerner l'action de chacun des deux pôles. Je mets à nu chez un pigeon, à droite ou à gauche, les canaux semi-cii'culaires et le vestibule, puis j'applique les électrodes d'une pile, l'une immédiatement sur un point de l'appareil labyrinthique dénudé, l'autre à un demi-centimètre environ en dehors de cet appareil. En disposant l'expérience de cette manière, on soustrait l'autre oreille à l'action du courant, ce qui est indispensable pour atteindre le but visé. On constate alors de la manière la plus nette que l'excitation d'une même partie du labyrinthe, à la fermeture du courant, donne lieu tour à tour à deux mouvements en sens inverse suivant que l'électrode en contact avec cette partie est positive ou négative ; dans le premier cas, la tête s'incline du côté du labyrinthe excité, et du côté opposé dans le second cas ; c'est comme si la tête était attirée par le pôle positif et repoussée par le pôle négatif. Il est à noter que le mouvement produit par le pôle négatif est plus grand et plus brusque. Ces recherches confirment celles qui ont été faites par Hitzig.

3" Pendant le sommeil chloroformique, le vertige voltaïque est aboli ; sa réapparition est une des manifestations du réveil.

Je dois ajouter que cette expérience a été pratiquée seulement sur le pigeon, le lapin et le cobaye.

4° J'ai montré que, chez l'homme, le courant électrique, outre l inclination connue depuis longtemps, provoque souvent une rotation de la tête et parfois aussi du tronc.

Pour obtenir ce mouvement, voici les points où il convient de placer les tampons. On les applique, l'un, celui qui est relié au pôle négatif, derrière le maxillaire, l'autre, du côté opposé, au-dessus du

tragus. La tête exécute du côté du pôle positif une rotation qui commence au moment de la fermeture du courant et continue ensuite à s'effectuer avec lenteur. Ce mouvement est un phénomène physiologique, mais non constant ; il et plus ou moins prononcé suivant les sujets ; il est tantôt pur, tantôt associé à l'inclination.

5" J'ai établi que chez l'homme, à l'état normal, une irrigation de l'oreille avec de l'eau à la température de i5 à 20" pratiquée suivant la méthode de Barany, en même temps qu'elle provoque du nystagmus, trouble le vertige voltaïque comme le font parfois les affections auriculaires, mais seulement d'une manière transitoire. L'inclination ne peut être obtenue que du côté irrigué, ou bien elle est plus prononcée de ce côté que de l'autre.

6" J'ai constaté, avec Vincent et Barré, qu'après la destruction d'un labyrinthe chez le cobaye, en faisant passer un courant galvanique de courte durée, la « rotation A^oltaïque conjuguée de la tête et des yeux» fait pour ainsi dire défaut quand le pôle positif se trouve du côté lésé; que, le courant étant inversé, on obtient une rotation conjuguée du côté sain, égale ou supérieure à la noi-male ; la rotation voltaïque conjuguée de la tête et des yeux devient unilatérale.

Nous avons vu que les résultats obtenus diffèrent des précédents lorsqu'on fait passer le courant pendant un certain temps (de quelques secondes à une minute) : la rotation voltaïque conjuguée, au lieu d'être unilatérale ou à peu près, devient seulement prédominante du côté sain ; le mouvement de rotation du côté lésé peut même être très marqué, mais il s'effectue d'habitude lentement et progressivement, ajirès un temps perdu notable ; à l'ouverture, le mouvement de retour est faible et fait parfois défaut, contrairement à ce qu'on observe quand le pôle positif est placé du côté sain.

Dans les expériences ci-dessus, les pattes du cobaye sont fortement fixées sur la table d'opération. Si l'on débarrasse l'animal de ses entraves, on observe quelques autres phénomènes. Lorsque le pôle positif est appliqué du côté opéré, le j^assage d'un courant prolongé

augmente les troubles provoqués par la destruction du labyrinthe (incurvation du tronc, instabilité, mouvements de manège) ; l'animal s'enroule davantage et la tête se porte vers le flanc du côté de la lésion en même temps qu'elle tourne vers le même côté autour de son axe occipito-nasal. Lorsque le pôle positif est du côté sain, à mesure qu'on augmente le nombre des milliampères, l'attitude anormale du cobaye s'atténue ; il reprend la rectitude et, à condition de ne pas exagérer l'intensité du courant, on peut le voir se mettre à courir droit devant lui, comme le ferait un cobaye dont les labyrinthes sont sains. Ces données expliquent peut-être les résultats en apparence contradictoires, tantôt utiles tantôt nuisibles, que I on obtient en électrisant avec des courants voltaïques les malades atteints de vertige auriculaire ; elles méritent en tout cas d'être prises en considération au point de vue thérapeutique.

Notons encore qu'à la sviite d'une destruction labyrinthique, le cobaye, placé sur le côté ou sur le dos, peut rester quelque temps immobilisé dans une attitude cataleptoïde.

L'exactitude des faits que j'ai rapportés et la légitimité des conclusions que j'en ai déduites ont été en partie confirmées (voir p. 175).

Mes études sur les réflexes tendineux et les réflexes cutanés m'ont conduit à établir quelques notions nouvelles en ce qui concerne leur état normal, mais comme ces données, d'une importance secondaire au point de vue de la physiologie pure, sont surtout intéressantes dans leurs applications à la pathologie, j'en ferai l'exposé au chapitre consacré à la description des troubles de la réflectivité (voir pp. 27 et 37).

RÉFLEXES PUPILLAIRES

De l'influence de l'obscuration sur le réflexe à la lumière ; étude comparative du réflexe à la lumière chez les oiseaux de Jour et les oiseaux de nuit.

Des expériences suggérées par des observations cliniques dont il sera question plus loin (p. 6i) m'ont permis d'observer quelques faits nouveaux appartenant à la physiologie normale.

J'ai montré que l'obscuration renforce le réflexe à la lumière et permet de créer artificiellement, chez l'homme normal, une inégalité pupillaire transitoire. Voici les conditions dans lesquelles il faut se placer pour mettre ce fait en évidence.

(( Le sujet en observation, après qu'on lui a clos un œil hermétiquement, doit séjourner pendant une demi-heure environ dans un endroit bien éclairé à la lumière du jour ; puis on le fait passer dans une pièce obscure et, en éclairant latéralement avec une bougie l'œil qui est resté ouvert, on détermine d'abord le degré de dilatation de sa pupille ainsi que 1 intensité de son réflexe à la lumière ; cela fait, on ferme cet œil, on enlève le bandeau qui recouvi^e l'autre œil et on examine immédiatement la pupille de ce côté, en employant la même technique que précédemment. Ce rapprochement permet de conclure que, abstraction faite de la dilatation développée par l'obscurité et perçue un instant seulement au moment même oii on découvre l'œil, la pupille de l'œil qui était resté bandé est plus petite que l'autre, ce qui tient évidemment à ce que la lumière impressionne d'une manière plus active le centre du réflexe; de plus, les mouvements pupillaires réflexes obtenus à l'aide du procédé usuel sont ordinairement plus vifs de ce côté ; on crée ainsi artificiellement une inégalité pupillaire plus ou moins prononcée, suivant les sujets, suivant le degré de

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clarté du jour où l'expérience est faite, et qui subsiste plus ou moins longtemps. Généralement, quand on' ouvre les deux yeux, l'équilibre tend à se rétablir rapidement.

(( Il y a lieu de rappeler que l'obscuration, qui renforce le réflexe à la lumière, amène aussi la régénération du pourpre visuel (voir à ce sujet l'ouvrage de Parinaud, La Vision, Octave Doin, 1898, pp. [18 et suiv.), et dès lors on peut se demander s'il n'y a pas entre ces deux phénomènes une relation de cause à effet; c'est, peut-être, parce que la rétine soumise à l'obscuration a acquis des propriétés fluorescentes que le réflexe à la lumière devient plus énergique. S'il en était ainsi, il faudrait admettre que l'érythropsine joue dans la production de ce réflexe un rôle important » (122).

A l'appui de cette idée on peut invoquer l'état des pupilles dans l'héméralopie, affection produite par une altération du pourpi-e (Parinaud) et dans laquelle le réflexe à la lumière est faible ou même aboli.

J'ai encore cbercbé à vérifier cette hypothèse en faisant appel à l'anatomie et à la physiologie comparées. Les résultats de ces investigations, outre qu'ils m'ont fourni un argument en faveur de cette conception, m'ont amené à constater ■ — ■ ce qui, à ma connaissance, n'avait jamais été signalé — que, chez les oiseaux, le réflexe à la lumière diffère notablement suivant l'espèce, qu'il est très intense et vif chez la chouette dont la rétine contient beaucoup de pourpre, très faible au contraire chez la poule dont la rétine est dépourvue d'éry thropsine.

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