Exposé des travaux scientifiques
Nous avons commencé nos études médicales en 1890. Le docteur Charles Périer, chirurgien de l’hôpital Lariboisière, médecin en chef de la Compagnie du Chemin de Fer du Nord, fut notre premier maître dans les hôpitaux.
Un an plus tard, le professeur Tillaux nous admettait comme stagiaire dans son service de l'Hôtel-Dieu. Reçu externe des hôpitaux en 1892, le professeur Budin nous accueillit dans son service de l’hôpital de la Charité, où nous sommes resté plus de quatre années consécutives comme externe d’abord, puis comme moniteur.
Après six mois d’études obstétricales dans le service d’accouchement de la Charité, le professeur Budin nous nommait moniteur. 11 nous confiait, avec le docteur Chavane, comme collaborateur, la direction de la « consultation spéciale de nourrissons » qu'il venait d’organiser. C’est en qualité de « moniteur » que nous sommes resté attaché, pendant plus de quatre ans, au service du professeur Budin, à la Charité d’abord, plus tard à la Clinique Tarnier, quand notre maître fut nommé professeur de clinique obstétricale.
Pendant ce long stage, nous nous sommes perfectionné dans l’art obstétrical; bien plus, nous avons pu suivre la genèse d’abord, puis le rapide développement d’une science encore nouvelle : « la puériculture ». Les premiers apôtres de l’art de soigner les nourrissons, de les allaiter, de suivre jour par jour leur croissance, de les protéger contre les infections microbiennes, ont été Tarnier, Budin, Pinard et Variot. Au cours de ces vingt-cinq dernières années, l’enseignement de ces maîtres a largement contribué au développement et au perfectionnement de
cette branche de la pathologie infantile, trop longtemps demeurée entre les mains des matrones et des sages-femmes.
Passionnément épris de cette nouvelle science, conseillé et encouragé par notre regretté maître, le professeur Budin, nous avons entrepris, dès 1893, et pendant les vingt années qui ont suivi, une série d’études sur le lait et l’alimentation rationnelle du nourrisson.
On trouvera plus loin (1) l’analyse des nombreux travaux que nous avons consacrés à ces questions. Nos recherches ont abouti à la création à Paris : 1“ de laiteries modèles, destinées à fournir du lait de bonne qualité aux nourrissons soumis à l’allaitement artificiel; 2° de l’Œuvre philanthropique du Lait, qui, depuis vingt-cinq ans, procure aux nourrissons pauvres (gratuitement ou demi-gratuitement) le lait dont ils ont besoin.
Nos travaux sur le lait, commencés à Paris en 1895 à l’Hôpital de la Charité, se sont poursuivis à la Polyclinique de la rue de Picpus et à l’Hôpital Henri de Rothschild, 199, rue Marcadet. Ils ont été interrompus de 1914 à 1919, pour être repris en 1920 dans la laiterie modèle et dans le laboratoire agricole de notre domaine des Vaulx-de-Cernay (Seine-et-Oise). C’est là que nous avons étudié et mis au point la traite mécanique du lait et organisé le contrôle laitier permanent. (Voir La Revue de Zootechnie, 1924 et 1925.)
Si, pendant quatre années, nous avons travaillé comme moniteur dans le service du professeur Budin, nous avons cependant, pendant huit années, rempli nos fonctions d’externe des hôpitaux dans différents services de médecine et de chirurgie. Nous avons été pendant quatre années consécutives l’externe du professeur Georges
Dieulafoy, d'abord à l’hôpital Necker, puis à l’Hôtel-Dieu, quand notre regretté maître fut nommé professeur de clinique médicale. L’enseignement magistral de ce grand clinicien, ses leçons .pratiques au lit des malades, les examens qu’il nous faisait faire devant un auditoire de stagiaires, d’élèves étrangers et de médecins, ont eu sur notre carrière médicale la plus utile et la plus profonde influence.
Dans le service du professeur G. Dieulafoy, nous nous sommes lié d’amitié avec le docteur Léon Zadoc-Kahn, aujourd’hui médecin en chef de l’hôpital Rothschild de la rue de Santerre. Léon Zadoc-Kahn fut successivement externe, interne, chef de, clinique et assistant du professeur Dieulafoy. Devenu notre ami le plus dévoué et le plus attaché, il n’a cessé, depuis trente ans, de nous conseiller et de nous aider dans les nombreuses entreprises scientifiques et charitables que nous avons organisées. Tout récemment, il est entré avec nous dans le Conseil d'administration de la Fondation P. Curie.
Au cours de nos études médicales, nous avons passé, comme externe, une année dans les services des professeurs Déjerine, P. Poirier et Alfred Fournier. Chez ces maîtres, qu’une mort prématurée a enlevés à notre amitié, nous nous sommes perfectionné dans la technique de la chirurgie, dans le diagnostic et le traitement des maladies nerveuses et des affections vénériennes.
En 1898, nous avons été reçu docteur en médecine. Nous avons étudié dans notre thèse inaugurale le Traitement des gastroentérites che{ les nourrissons. Ce sujet nous avait été proposé par le professeur Budin, dans le service duquel nous avons pu recueillir de nombreuses et intéressantes observations d’intoxications gastro-intestinales chez les enfants âgés de moins d’un an.
A partir de 1898, avec plusieurs de nos camarades, nous avons suivi de façon régulière les leçons cliniques des professeurs Budin et Dieulafoy. En même temps, nous dirigions l’établissement médico-chirurgical que nous avions fondé rue de Picpus. C'est là que nous avons poursuivi nos recherches sur l’allaitemènt mixte, l’allaitement artificiel et la stérilisation du lait. Nos recherches
ont abouti à la mise au point de différentes techniques, aujourd’hui classiques, et qui servent de base à la puériculture : la stérilisation familiale, la stérilisation industrielle du lait, etc., etc.
Comme nous nous trouvions trop à l’étroit dans les locaux mis à notre disposition par l'hôpital de la rue de Picpus, nous avons créé, en 1902, l’Hôpital Henri de Rothschild, 199, rue Mar-
A cette époque, la population de Montmartre manquait d'hôpitaux. Bretonneau était spécialement destiné au traitement des enfants ; Bichat, à proximité des fortifications, était le centre médicochirurgical le plus proche où les adultes pouvaient s’adresser. Un simple dispensaire ne répondait plus à nos besoins. Aussi avonsnous fait édifier et aménager un véritable hôpital qui, dès son inauguration, put disposer d’une trentaine de lits, destinés en partie aux enfants (to), en partie aux adultes (20).
Pour assurer le bon fonctionnement de notre nouvelle œuvre, nous nous sommes entouré de collaborateurs dévoués et expérimentés : médecins, chirurgiens et spécialistes divers. Nous comptions cependant nous occuper plus particulièrement du traitement des maladies infantiles. (Consultations, distributions de médicaments et de lait stérilisé aux enfants transportables, hospitalisation des sujets plus gravement atteints.)
Au cours de ces vingt-cinq dernières années, les observations cliniques que nous avons pu recueillir nous ont permis de publier : i° Un Traité d’Hygiène et de Pathologie des Nourrissons, en collaboration avec les chefs de service de l’hôpital; 2° Une Revue de Pédiatrie et de Pathologie infantile.
Pendant près de vingt ans, nous nous sommes spécialisé dans la pathologie infantile; cependant nous avons été amené à faire de nombreuses recherches dans le domaine de la pathologie générale. Nous avons étudié l’insuffisance thyroïdienne, en collaboration avec le docteur Léopold Lévi; les affections vénériennes, en
collaboration avec le docteur Émery, médecin chef de service de l’infirmerie spéciale de Saint-Lazare.
Avec le docteur Emery, nous avons, pour la première fois à Paris, appliqué la méthode d’Erlich au traitement de la syphilis. Afin de pouvoir expérimenter Cette thérapeutique, nous avons organisé dans notre hôpital une consultation spéciale pour les affections vénériennes. Suspendue pendant la guerre, cette consultation a été reprise à la fin des hostilités.
En 1908, sur les conseils du regretté professeur A. Fournier, nous avons orienté nos recherches vers la guérison du cancer par la radiumthérapie. Nous ayons créé, 29, rue Pergolèse (villa Dupont), Un laboratoire de recherches et une consultation gratuite pour les indigents. La direction de ces deux services fut confiée au docteur Dominici, et rapidement, nous avons pu mettre à la disposition de ce savant d’importantès quantités de bromure de radium. En même temps, nous avons fourni au docteur Dominici des subsides, qui lui ont permis de publier ses importants travaux sur le radium et la radiumthérapie. Une mort prématurée a malheureusement interrompu cette existence pleine d’espoir et de promesses.
Pendant la guerre, comme médecin aide-major de i re . classe, nous nous sommes occupé surtout du traitement des brûlés et des vésiqués par la méthode cirique (ambrine). Nous avons commencé par organiser la section photographique du Service de Santé au Val-de-Grâce en 1915. Puis, nous fûmes chargé d’une première mission à Salonique, par le Ministère des Affaires Étrangères; d’une seconde sur le front italien, par le Service de Santé; d’une troisième aux Armées, pour enseigner la méthode cirique et la faire appliquer dans les formations de l’avant (Traitement des brûlés et des vésiqués).
Nos recherches sur la méthode cirique nous ont permis de publier :
i° Une série de conférences que nous avons faites dans les ambulances du front;
2“ Un Traité des Brûlures, qui a paru en librairie quelques mois avant la fin des hostilités.
En 1917, entre deux missions, nous avons été affecté par le G. Q. G. à la direction du service médical des populations civiles des régions libérées de la Somme, de l’Aisne et de l’Oise. Pendant huit mois consécutifs, nous avons organisé des consultations pour les adultes et pour les enfants dans les principaux centres de ces trois départements libérés en mars 1917, puis repris par l’ennemi en avril 1918. ■
Toujours préoccupé du traitement du cancer par la radiumthérapie, nous avons mis à la disposition de M m0 Curie (Institut dü Radium), d’importantes quantités de radium et de mésothorium. En 1920, après avoir liquidé l’Œuvre philanthropique du Vin, nous avons pu aider l’Université de Paris à créer la Fondation P. Curie pour l’étude et le traitement des affections cancéreuses par les rayons X et la radiumthérapie.
Nos travaux scientifiques ne se sont pas limités à l’étude de la pathologie humaine. En 1920, à la demande du Ministère de l’Agriculture, nous avons cherché à organiser, dans notre domaine des Vaulx-de-Cernay, une exploitation agricole modèle et un « centre de zootechnie » pour l’étude de la sélection et de la reproduction des races ovine, bovine et porcine, et l’examen des questions concernant l’alimentation et le développement des animaux reproducteurs et des bêtes de boucherie.
Pour faire connaître le résultat des recherches qui ont été entreprises, nous avons fait paraître un périodique spécial : la Revue de Zootechnie , qui apporte chaque mois aux éleveurs français et étrangers, ainsi qu’aux savants de tous les pays, les résultats obtenus dans les fermes et les élevages modèles des Vaulx-de-Cernay.
Nous avons complété cet organisme d’un genre nouveau, en fondant l’Office français d’élevage, destiné à coordonner les efforts des agriculteurs français et à faire connaître, à l’étranger, les principales races de notre pays.
Les travaux scientifiques dont nous allons donner une rapide analyse peuvent se diviser en six parties :
i° Recherches sur le lait et l'alimentation des enfants du premier âge (puériculture, pédiatrie);
2° Recherches sur l’insuffisance thyroïdienne (publiées en collaboration avec le docteur Léopold Lévi) ;
3 ° Traitement de la syphilis par la méthode d’Erlich (en Collaboration avec le docteur Émery) ;
4° Traitement des brûlures par la méthode cirique (ambrine) ;
5 ° Traitement du cancer par la radiumthérapie (en collaboration avec les docteurs Dominici et Regaud) ;
6 ° Recherches zootechniques et agricoles (en collaboration avec les techniciens du Domaine des Vaulx-de-Cernay et du Ministère de l’Agriculture).
Nous avons groupé nos travaux, non par ordre chronologique, mais par matière. Nous faisons suivre l’analyse de nos publications d’une bibliographie générale, classée par ordre chronologique.
La plupart de nos ouvrages ont été édités par MM. Doin et C ie . Collaborateurs dévoués et éclairés, les chefs de cette grande librairie scientifique nous ont guidé pendant de longues années ; ils nous ont permis de présenter dans les meilleures conditions des ouvrages destinés aux étudiants et aux savants. Nous regrettons que la plupart de nos publications se trouvent aujourd’hui épuisées. Nous souhaitons pouvoir réimprimer prochainement une partie de ces documents, qui peuvent encore être consultés avec quelque profit.
D' H. de R.
Juillet igeS.