ASSISTANCE
La Bibliothèque Henri de Rothschild à Gouvieux (Oise).
Les progrès de la science ont développé de plus en plus le goût de la lecture, en particulier chez les gens de classe modeste, et chez lés habitants des campagnes. Chacun veut être renseigné sur les acquisitions les plus récentes de la science, aussi bien dans le domaine de l’électricité et de la physique, que dans celui de la ■ biologie et de la médecine, etc... Malheureusement les bibliothèques manquent dans les petites villes, surtout dans les campagnes. Ceux qui voudraient occuper utilement leurs loisirs sont obligés, faute de ressources, de se contenter des distractions médiocres qu’offrent le café ou le cabaret. En 1888, sollicité par la municipalité de la petite ville de Gouvieux, près de Chantilly (le grand centre d’entraînement pour les chevaux de course) où notre mère possédait sa résidence d’été, nous avons fondé une bibliothèque populaire qui, dès qu’elle fut ouverte au public, put mettre à la disposition des lecteurs une centaine de volumes, choisis parmi les meilleurs ouvrages de vulgarisation scientifique.
En 1888, notre bibliothèque populaire était installée dans un petit local provisoire, qui devait suffire' aux premiers lecteurs. Cependant le goût, que les habitants de Gouvieux ne tardèrent pas à témoigner pour la lecture, nous obligea à songer sans tarder à des agrandissements. Les trois' modestes pièces, où les livres avaient été installés au début, furent abandonnées, et la Bibliothèque, qui s’était rapidement enrichie, fut transportée, en mars 1892, dans un plus vaste bâtiment, que nous avons fait construire dans la partie centrale de la commune. Le nouvel édifice, d’aspect pittoresque et confortable, avec sa construction en briques et
étage, et des combles très développés, où l’on pouvait re< et classer plusieurs milliers de volumes.
Le « fonds » de la bibliothèque se composait au déb 137 volumes, qui appartenaient à la célèbre collection dite : B thèque des Merveilles. Ils durent, pendant près de six contenter les premiers habitués de la fondation. Au bout temps, le registre d’inscription accusa cependant plus de i.5oo Encouragé par ce premier résultat, nous doublâmes le nomb volumes. A partir de ce moment, les rayons du deuxième ét remplirent petit à petit, grâce à des achats réguliers' et à de: généreux.
A la fin de 1892, la Bibliothèque comptait 3.095 ouvrag 1910 le catalogue imprimé, mis à la disposition des lecteurs, gistrait 6.246 volumes qui se décomposaient comme suit :
Romans
Histoire, géographie, voyages Sciences et manuels pratiques
Médecine.
Ouvrages pour la jeunesse. .
Revues et journaux illustrés.
Ouvrages étrangers.
Ouvrages de droit. .
Nous devons ajouter que la Bibliothèque était abonnée à journaux quotidiens, à six journaux illustrés hebdornada trois périodiques spéciaux et à quatre revues : la Revue de la Revue (ancienne Revue des Revues), la Revue Philanthr
Citons, parmi les collections illustrées, que Ton pouvait consulter sur place ou à domicile, la superbe série du Tour du Monde, le Magasin pittoresque, le Monde Illustré, le Journal de la Jeunesse, etc. Parmi les romans on pouvait choisir parmi les meilleurs auteurs : Georges Sand, Émile Souvestre, Walter Scott, Henri Murger. La bibliothèque possédait également les œuvres complètes de Victor Hugo, d’Henri Gréville, d’Alexandre Dumas, etc... Parmi les ouvrages d’histoire, les œuvres de Michelet, d’Henri Martin, de Thiers, de Vaulabelle, de Duruy, etc... Enfin, le lecteur avait à sa disposition une série de monographies, de mémoires, et des ouvrages édités avec le plus grand luxe, que l’on trouve rarement dans les bibliothèques populaires.
De t888 à 1908, le nombre des prêts s’est élevé à 113.834 répartis comme suit :
De 1888 à fin 1898. 48.194
Total . n3.83 4
En 1910, à la suite de difficultés administratives, nous avons dû abandonner la direction de notre Bibliothèque, pour confier sa gestion à la municipalité. L’instituteur de la commune est chargé, depuis cette époque, de l’entretien des salles de lecture, et de la distribution des volumes. Par des dons souvent répétés, nous avons grossi le premier « fonds », mais nous avons cessé de contrôler le registre des entrées et des sorties, de tenir le catalogue à jour et- d’établir les statistiques.
Le Dispensaire H. de Rothschild , à Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais).
11 est inutile de rappeler ici dans quelles circonstances notre père, le baron James de Rothschild, fit ériger en 1868, l’hôpital N. de Rothschild, à Berck-sur-Mer. Cette œuvre charitable, dirigée depuis plus de quarante-cinq ans par notre mère, la baronne James de Rothschild, a rendu d’inestimables services aux enfants atteints de tuberculose osseuse, de scrofule et de rachitisme, 5 Aujourd’hui, la station maritime de Berck-Plage a une réputation mondiale; les médecins de tous les pays envoient sur cette plage bienfaisante, leurs petits malades atteints de maux de Pott, de coxalgies, de tumeurs blanches, etc...
En 1880, Berck-Plage comptait tout au plus quelques chalets, .': construits sur les dunes, et deux hôpitaux : l’Hôpital Nathaniel dç Rothschild et l’Hôpital Maritime de la Ville de Paris. Grâce aux succès thérapeutiques obtenus chez les enfants tuberculeux, la station maritime de Berck se développa considérablement. Elle s’est transformée en une véritable «ville de malades ». Des milliers de chalets et de villas, des maisons de santé et plus de dix hôpitaux ont été construits à proximité de la mer. Pendant la guerre, un grand nombre de blessés militaires ont été soignés dans ces hôpitaux. Depuis 1918, le nombre des malades et des baigneurs augmente régulièrement d’année en année. Pendant les mois d’été 1924, la population flottante de Berck-Plage, dépassait cent mille touristes et malades.
Depuis là mort de notre père (1881), la baronne James de Rothschild, s’occupe avec un zèle inlassable, non seulement de son hôpital, mais encore de la population indigène de Berck, tomposée de pêcheurs, pour la plupart assez misérables. Elle a agrandi, puis rebâti les écoles ; elle a fondé un asile pour les vieillards et
accordé d’importantes subventions à de nombreuses œuvres d’assistance privées et publiques.
Dès 1892, un fait attira l’attention de la baronne James : les enfants malades, venus des divers coins du monde, étaient reçus dans les hôpitaux de Berck, où ils recevaient des soins éclairés; mais les indigènes de la commune, comme les personnes de passage, ne pouvaient, en cas de maladie ou d’accident, être traités gratuitement ou hospitalisés dans les hôpitaux ou les maisons de santé, réservés aux tuberculeux et aux rachitiques.
En fait, par suite de l’augmentation de la population et du trafic, les accidents de la voie publique devenaient chaque jour plus nombreux; les blessés, pour recevoir des soins, devaient être transportés dans un hôpital départemental fort éloigné du village. Poussée par son amour du bien et de la charité, et pour répondre à un besoin urgent, la baronne Jamés songea à créer à Berck une sorte de dispensaire-hôpital, où les malades du pays et les-accidentés de la voie publique, pourraient être soignés gratuitement. Très occupée par la direction de son hôpital pour les enfants, elle, nous suggéra l’idée de fonder cette œuvre nouvelle; elle devait, à n’en pas douter, rendre d’importants services. C’est ainsi que nous fûmes amené, en 1892, à organiser à Berck-sur-Mer, le Dispensaire H. de Rothschild, où les pauvres de Berck-Plage et de Berck-Ville seraient admis à consulter, et où les soins -médicaux et chirurgicaux: leur seraient donnés gratuitement.
Au début, un médecin, aidé d’une infirmière, donna des consultations deux fois par semaine dans une maisonnette située au centre de la ville. Bientôt le local ne suffit plus à assurer le service. On dut agrandir le bâtiment ; une salle d’opérations pour les interventions urgentes et une salle de stérilisation furent aménagées. Dans quatre pièces, on installa des lits : trois pour les hommes, trois pour les femmes, trois pour les enfants et un lit pour malades douteux. Deux ans plus tard, on procéda à de nouveaux agrandissements. On disposa une salle pour les examens gynécologiques, une autre pour les examens ophtalmologiques et laryngologiques. Le personnel médical .fut complété. Aujourd’hui;
prescrits par les médecins : i.5i 2 appareils plâtrés et de prothèse, io 3.524 litres de lait frais ou stérilisé, 25 .i 3 o bons de pain, de viande ou de charbon.
Le dispensaire Henri de Rothschild a rendu, les statistiques le montrent, d’importants services à la population pauvre de Bercksur-Mer. Son organisation, perfectionnée d’année en année, peut servir de modèle à des oeuvres similaires à installer dans les petites villes dépourvues d’hôpital (i).
Depuis 1908, les différents services du dispensaire se sont considérablement développés pour répondre aux besoins de la population indigène, qui augmente sans cesse, comme celle des baigneurs de passage et des malades.
La traction mécanique a rendu les accidents de la voie publique plus fréquents, et elle a amené au dispensaire un nombre plus considérable de blessés : enfants écrasés, chauffeurs blessés, etc... En 1909, de nouveaux agrandissements s’imposèrent. Occupé à Paris par la direction de notre hôpital de la rue Marcadet et par nos recherches scientifiques, il nous parut difficile de surveiller de près une œuvre qui devenait de plus en plus importante. Nous fîmes part de nos scrupules et de nos craintes à notre mère. La baronne James, qui inspecte tous les trois ou quatre mois son hôpital, et qui passe chaque année le mois d’août à Berck, nous proposa de lui confier le soin d’agrandir le dispensaire, de prendre sa direction et d’assumer pour l’avenir les frais de son entretien. Nous accédâmes à son désir. C'est ainsi que depuis dix-sept ans, ]a baronne James de Rothschild dirige le dispensaire que nous avons fondé, il y a trentetrois ans. Elle a fait de cette œuvre un véritable hôpital, qui dispose d’une dizaine de lits, et qui est doté d’un service quotidien de consultations médicales et chirurgicales. Le nombre des malades ambulants et hospitalisés augmente chaque année. Les baigneurs, comme les pauvres du pays, peuvent y recevoir, le jour et la nuit,
par des praticiens exerces, sous la haute direction a un< admirable, M ilc C. Hutter qui, depuis trente-trois ans, est cette fondation charitable, à laquelle elle a consacré sa vie
Polyclinique H. de Rothschild.
82, rue de Picpus.
En 1896, le professeur Budin nous donnait le conseil inspirer de ses récentes recherches sur tallaitement mixte < tement artificiel, pour préparer notre thèse de doctorat, q devions soutenir, deux ans plus tard, devant la Faculté di
Avec un réel enthousiasme nous nous attelâmes à cet ir travail. Il allait nous permettre de révéler au public scicnti recherches entreprises par notre maître sur l’allaitement 1 et ses nouvelles méthodes pour stériliser le lait de vache aux enfants du premier âge.
Comme moniteur d'accouchement, noi consultation spéciale de nourrissons, que le organisée depuis deux ans à l’hôpital de la également de près les recherches chimiqi dirigeaient, dans le laboratoire du service, n et Chavanne (2).
Afin de compléter, par des observations j travail que nous nous proposions de préset aurale. devant la Faculté de Médecine, le
suggéra l’idée d’organiser, dans un quartier populeux de la capitale, une consultation de nourrissons, afin d’appliquer nous-même les méthodes qu’il nous avait enseignées, et de contrôler la documentation clinique, déjà importante, qu’il avait recueillie dans son
Nous nous empressâmes de suivre ses, conseils. Vers le milieude l’année 1896, nous fondions une consultation spéciale de nourrissons, dans un local, mis gracieusement à notre disposition par le Conseil d’administration de l’hôpital Rothschild, dont le baron Alphonse de Rothschild, notre oncle, était le président.
Sans posséder encore notre diplôme de docteur en médecine, nous prîmes la direction de cette œuvre charitable; nous nous attachâmes, comme collaborateurs, quelques pédiatres expérimentés, que le professeur Budin voulut bien nous indiquer.
Le local, mis à notre disposition, était un grand pavillon, isolé dans un jardin. Quelques cloisons, aménagées sans frais, nous permirent d’installer une salle d’attente pour les malades, deux salles dé pansements, une salle pour la stérilisation du lait, deux dortoirs de trois lits chacun, une pharmacie et une lingerie.
En 1898, notre fondation, désignée sous le nom de Polyclinique Henri de Rothschild, fut agrandie par l’adjonction de deux anqexes ; l’une, organisée en laboratoire et en atelier de photographie, l’autre, en service d’orthopédie et de radiographie.
Notre Polyclinique ne devait être, tout d’abord, qu’une consultation de nourrissons, créée sur le modèle de celle de la Charité, organisée et dirigée par le professeur Budin. Il s’agissait : i° de décider les mères de famille à venir, une ou deux fois par semaine, présenter leurs enfants à un spécialiste, chargé de les examiner, de les peser, de modifier, selon les besoins, leur mode d’allaitement; 2° q’examiner les nourrissons malades; de donner à leurs mères les médicaments prescrits par le médecin; 3 “ de distribuer gratuitement du lait stérilisé et des layettes aux nourrissons des mères nécessiteuses.
Dérogeant aux principes appliqués à l’hôpital de la Charité, nous ne tardâmes pas à adjoindre à notre Polyclinique une consultation pour les mères malades et pour les enfants sevrés. Pour exéçuter
ce programme, on dut étendre les consultations aux adultes. Nous fîmes appel au concours de praticiens spécialisés, afin de traiter les affections des yeux, de la bouche, du nez, des oreilles, de la peau et du système nerveux. L’expérience technique de ces collaborateurs permit de compléter les soins donnés par les médecins chargés de la consultation de médecine générale et de petite chirurgie. Nos confrères Péchin, Bonnier, Galippc, Hauser, Baillet, Brunicr et Léopold-Lévi, furent désignés pour diriger les consultations de leur spécialité.
Parmi les jeunes enfants, qui furent amenés à la consultation, on découvrit un grand nombre de rachitiques, de scrofuleux et de tuberculeux. Aussi, élargissant les limites que nous nous étions imposées, nous organisâmes une consultation spéciale d’orthopédie et de radiographie ; nous en confiâmes la direction à notre éminent confrère le docteur Ducroqüet, Celui-ci venait de passer plusieurs années, comme interne d’abord, puis comme assistant, à l’hôpital Nathaniel de Rothschild, à Berck-sur-Mer.
De nombreuses recherches furent entreprises à notrë Polyclinique, en particulier sur l’allaitement et la pathologie des nourrissons, là préparation et là'conservation du lait de vache: Les résultats de ces travaux ont été publiés dans différents ouvrages, que nous avons déjà analysés : Allaitement mixte et allaitement artificiel (Paris, 1898, Masson et C ie , 559 P- 8“); Étude sur la Gastro-entérite aiguë et la dyspepsie chronique (Paris, 1900); Soins à donner aux Jemnies en couches et aux nouveau-nés (Paris, 1909, O. Doin et fils), etc., etc.
La Polyclinique Henri de Rothschild prit bientôt l’importance d’un dispensaire. On petit même dire qu’elle fut transformée en un véritable petit hôpital, du fait que deux dortoirs ne tardèrent pas à venir compléter le service de la consultation. Pendant près de huit ans, de trois à six malades, choisis parmi les plus gravement atteints, furent'journellement hospitalisés.
Nos statistiques permettent de se rendre compte que nos consultations se développèrent rapidement.
Pendant une période de huit années, des quantités considérables de lait pur et de lait stérilisé furent régulièrement distribuées aux nourrissons. Ceux-ci, pour la plupart, furent suivis par nos médecins pendant plusieurs années consécutives. Le dispensaire-hôpital, pendant celte période, a présenté un mouvement des plus actifs. On enregistra 69.282 consultations et 7.600 journées d’hospitalisation.
Polyclinique H. de Rothschild.
199, rue Marcadct.
En 1902, quatre années après avoir été reçu docteur en médecine, nous décidâmes de transférer notre fondation de la rue de Picpus dans un quartier moins excentrique, et de lui donner le développement que comportait l’importance des différents services : ophtalmologie, laryngologie, stomatologie, orthopédie, médecine générale et chirurgie.
Ce fut en décembre 1902 que nous inaugurâmes les nouveaux bâtiments, 199, rue Marcadct. L’établissement avait été construit sur les plans de M. Nénot, architecte de la Sorbonne, membre de l’Institut. La construction, qui couvrait un terrain de 1.400 mètres carrés, se composait d’ün rez-de-chaussée et d’un premier étage. Au rez-de-chaussée étaient installés : les bureaux de l’administration, deux salles d’attente, deux salles de consultations, une salle pour la laryngologie et l’ophtalmologie, une salle de pansements, une salle d’opérations, une salle pour la stérilisation des instruments et des objets de pansement, une salle de consultation pour la chirurgie orthopédique, enfin les laboratoires, et une vaste salle de conférences, avec appareils de projection. En façade sur la rue : les bureaux du médecin-administrateur et de la directrice, la pharmacie
et la salle de garde des internes. Le premier étage était occupé par deux dortoirs de 12 lits, deux de 6 lits, le laboratoire de photographie et de radiographie, l’atelier de pose, le service d’isolement (quatre pièces), la lingerie, la bibliothèque et le logement du personnel. Le sous-sol était réservé à l’amphithéâtre d’anatomie, à l’hydrothérapie, à la buanderie et à la cuisine.
L’établissement, éclairé à l’électricité, est chauffé par un calorifère du type Geneste et Hirscher à basse pression. Tous les services intérieurs sont reliés par le téléphone; enfin, la Maison Flicoteaux et Lequeux ont installé, avec les derniers perfectionnements de la science, les salles d’opération et de pansement.
La Polyclinique de la rue Marcadet fut créée, non seulement pour recevoir la consultation de nourrissons que nous avions organisée rue de Piçpus, mais pour donner des consultations de médecine générale et de chirurgie à la population ouvrière d’un des quartiers les plus populeux de Paris (XVI 1 ° et XVIII e arrondis-.sements, Montmartre). Les habitants de Montmartre, en 1902, disposaient seulement de deux hôpitaux : Bretonneau, récemment inauguré, et Bichat, assez éloigné de la Butte.
Dès l’ouverture de notre Polyclinique, un nombre considérable de malades se présentèrent, et les cas les plus intéressants défilèrent devant les yeux des médecins traitants.
Nous songeâmes alors à mettre notre documentation scientifique et l’expérience technique de nos confrères à la disposition des étudiants et des médecins français et étrangers. A cet effet, nous organisâmes dans les locaux disponibles un centre d’enseignement théorique et pratique. Pendant de nombreuses années, nous nous sommes efforcé de convier régulièrement à des leçons et à des conférences les étudiants et les médecins, qui désiraient étendre leurs connaissances techniques. Ces conférences, développées et complétées par des recherches historiques et bibliographiques, ont formé un certain nombre de chapitres de notre Traité de Patho-
logie infantile, que nous avons publié avec la collaboration de MM. les docteurs Péchin, Bonnier, Ducroquet, Léon Zadock- Kahn, Léopold-Lévi, Ehrhardt, etc., etc.
Dès l’année qui suivit l’ouverture de notre nouvel établissement, les consultations eurent lieu tous les jours, de 9 heures à midi; les conférences et les cours, deux fois par semaine, dans l’après-midi.
Une bibliothèque importante fut mise à la disposition des médecins et des étudiants. Ceux-ci purent consulter les ouvrages de pédiatrie, d’obstétrique et de gynécologie les plus récents, les périodiques français et étrangers les plus importants. Plus de cinq mille thèses françaises et étrangères, huit mille ouvrages de pathologie infantile, de médecine générale et de chirurgie, sans compter des manuels, des traités généraux et des dictionnaires, formèrent le premier fonds de cette bibliothèque scientifique.
Hôpital Henri de Rothschild.
En 1908, la Polyclinique fut transformée en un véritable hôpital. A cette époque, le nombre des gouttes de lait s’était considérablement accru. Aussi on vit diminuer, petit à petit, le nombre des enfants amenés à la consultation des nourrissons. En 1910, celle-ci dut être supprimée définitivement.
En fait, nous avions atteint le but que nous nous étions proposé. Pendant près de vingt ans, nous avions cherché à améliorer la technique de l’allaitement mixte et de l’allaitement artificiel, en donnant aux mères de familles nécessiteuses les moyens de nourrir et d’élever leurs enfants.dans de bonnes conditions; aux étudiants et aux médecins, les indications techniques indispensables
e la mortalité infantile, les connaissances pratiques et qu’exigent la création de Gouttes de lait, et l’organisat iltations de nourrissons. Enfin nous'avions décidé les irs de lait à livrer leur produit suivant les règles de l’h; énoncer à frauder sur la qualité et la valeur nutritive i handise.
n 1910, on comptait au moins une consultation de nom chaque quartier de Paris (avec distribution de lait stéri e qualité). Grâce à l’ Œuvre philanthropique du f.ait, qu i fondée'en 1899 (voir plus loin), la qualité du lait v< s’était considérablement améliorée, et les statistiques ît, par une diminution notable de la mortalité infanti fforts avaient été, en grande partie tout au moins, cou
our remplacer la consultation de nourrissons, et pour ré nouveaux besoins, nous avons, dès 1910, orienté nos la guérison d’un autre mal, qui fait de si nom nés parmi la population indigente de la capitale : la s ous avons dit plus haut (1) par suite de quelles circon avons été amené à organiser, avec le concours de noti cteur Emery, médecin-chef de l’infirmerie spéciale de re, une consultation spéciale pour les affections syphil nent nous avons appliqué, pour la première fois en En ode d’Erlich.
lalgré la défaveur dont jouit, dès son apparition, le 6of >ns pas hésité à l’adopter comme méthode de traitcmei malades, et nous avons confié cette nouvelle et imp altation à notre ami, le docteur Émery. En même tei :ur Léopold-Lévi était chargé d’une consultation spécia litcmcnt des affections du svstème nerveux.
En 1914, l’Hôpital H. de Rothschild fut militarisé et devint « l’Hôpital auxiliaire78 ». Il fut dirigé par le docteur Ehrhardt, qui, depuis plus de dix ans déjà, occupait les fonctions d’administrateur de là fondation. Le professeur P. Delbet fut désigné comme chirurgien consultant. Quant au personnel infirmier, il fut rattaché à la Société de secours aux Blessés militaires.
Nous avons dû, pendant toute la durée des hostilités, laisser au docteur Ehrhardt et au professeur Delbet, le soin dé s’occuper des blessés. Quand des permissions nous permettaient de revenir à Paris, nous ne manquions pas de nous rendre à « l’Hôpital auxiliaire 78 », pour nous assurer par nous-même, du bien-être de ’ nos malades.
L’hôpital fut désigné comme centre de traitement pour les grands blessés, aussi nos malades ne se sont-ils pas renouvelés très souvent. Du 19 septembre 1914 au 3 o juin 1919, nous n’avons reçu que 821 blessés, qui ont donné 54.359 journées d’hospitali-
En 1918, à la fin des hostilités, « l'Hôpital auxiliaire 78 » est redevenu l’Hôpital Henri de Rothschild. Nous avons eu la joie d’y retrouver tous Ceux qui, pendant la guerre, avaient dû sè rendre aux Armées, les uns comme médecins, les autres comme infirmiers.
A partir de 1919, nous avons dû apporter d’importantes modifications à l’organisation de notre établissement, du fait des difficultés, chaque jour croissantes, de la vie, et de la disparition prématurée de certains de nos collaborateurs : les docteurs Péchin, Bonnier, Brunier et Baillèt. A notre corps-défendant, nous avons dû supprimer les consultations" d’ophtalmologie, de lâryngologie et d’orthopédie. Par contre, nous avons créé un service spécial pour le traitement des brûlés par la méthode à l’Ambrine(i2 lits) et nous avons considérablement développé le service chirurgical, réservé
au personnel de nos usines, de nos établissements industriels, a nos serviteurs et aux indigents des XVII e et XVIII e arrondissements (12 lits).
Nous avons également créé un service spécial pour les blessés de la voie publique, qui sont admis à notre hôpital à toute heure du jour et de la nuit (t).
L’Œuvre philanthropique du Lait.
(Laiteries fondées par le Docteur Henri de Rothschild, en i Sgg.)
Nos recherches sur le lait et l’alimentation des nourrissons, nous avaient amené, dès 1897, à démontrer que la cause principale de la mortalité des enfants de zéro à un an, était la mauvaise qualité du lait. Les analyses que nous avons faites, de 1896 à 1897, ont prouvé que le lait vendu à la population ouvrière était presque toujours adultéré. Sans doute, les familles riches pouvaient se procurer du lait dit « cacheté », qui donnait toutes garanties, mais il était impossible de trouver à bon compte, chez les marchands de lait et les épiciers des quartiers populeux, un produit intégral, recueilli et livré dans des conditions de pureté et de propreté satisfaisantes.
L’analyse des échantillons de lait que nous avons fait prélever dans les vingt arrondissements de la capitale, lait payé par le consommateur de o fr. 25 c. à o fr. 40 c. le litre, a prouvé que le produit était toujours soumis à un écrémage, qui atteignait parfois 5 o 0/0, et à un mouillage, qui variait de. 20 à 40 0/0. Ces chiffres suffisaient à expliquer le nombre croissant des décès par gastro-
Pour enrayer eette mortalité, il fallait ; i» mettre du lait de bonne qualité à la disposition des mères de famille ; 2° enseigner à celles-ci la manière de l’administrer à leurs enfants. Pour atteindre ce but, le programme devait être le suivant : améliorer les conditions de la production et de la vente du lait ; répandre parmi les femmes du peuple des notions élémentaires d’hygiène, qui leur permettraient d’allaiter leurs nourrissons suivant les règles de l’hygiène.
Quand notre maître, le Professeur Budin, eut pris connaissance des résultats de nos analyses, il nous demanda d’étudier, et, si possible, de mettre sur pied une organisation capable de fournir à la classe ouvrière de la capitale du lait de bonne qualité.
Le problème à résoudre était difficile. Il fallait : i° récolter le lait dans de bonnes conditions ; 2° le transporter à Paris et le livrer à la consommation dans des récipients inviolables. Dans un but d’intérêt général, et pour répondre aux sollicitations du Professeur Budin, nous nous mîmes à l’œuvre et posâmes les premières fondations d’une œuvre, qui devait, plus tard, prendre un développement considérable.
Un centre de ramassage fut créé a La Perte-Bernard (i), à 120 kilomètres de Paris, et une laiterie modèle fut installée à Paris, 199, rue Marcadet. Nous nous organisâmes de manière à livrer le lait à domicile, au prix modique de o fr. 3 o c. à o fr. 40 c. le litre, suivant les saisons.
Notre entreprise se développa rapidement, mais grevée de frais généraux trop lourds, et combattue avec acharnement par certaines grandes sociétés laitières de la capitale, elle dut cesser, ses livraisons après une exploitation de dix-huit mois. Malgré cet échec, la partie ne nous sembla pas perdue. Pour atteindre notre but, nous
cherchâmes une autre formule, plus simple et moins onéreuse. Nous fîmes appel à la collaboration de notre ami, le docteur Achille Hauser, qui avait suivi de près notre première tentative. Le docteur Hauser, avec un modeste capital mis à sa disposition, se chargea de réorganiser l’affaire sur des bases nouvelles, Il nous promit en même temps de respecter le programme que nous nous étions
Il s’engagea en effet : i° à fournir à la classe ouvrière du lait d’une qualité irréprochable, et à se contenter d’un bénéfice minime par litre de lait vendu ; 2° à procéder .à des distributions gratuites de lait 'aux familles indigentes ; 3 ° à affecter à ces libéralités unè part importante des bénéfices qu’il retirerait éventuellement de son entreprise.
L’organisation nouvelle fut désignée sous le nom d 'Œuvre philanthropique du Lait , Pour atteindre le but proposé, nous décidâmes, d’accord avec le docteur Hauser, de créer dans Paris, en particulier dans les quartiers populeux et pauvres, des dépôts, où du lait frais de toute première qualité, serait mis à la disposition du public au plus bas prix possible. Pour montrer le but charitable de l’Œuvre philanthropique du Lait, nous fîmes distribuer aux familles les plus nécessiteuses de la capitale un nombre important de bons de lait gratuits et demi-gratuits, qui rendirent les plus grands services.
Pour réussir, il convenait cependant de débuter modestement. En développant petit à petit notre organisation, nous risquions moins de faire fausse route. En novembre 1899, quatre dépôts furent ouverts dans les quartiers les plus pauvres de Paris. Dans chacun d’eux, une centaine de litres de lait furent mis en vente le premier jour. Le succès dépassa notre attente. Le débit augmenta rapidement, et en quelques semaines, il atteignit, dans chaque dépôt, 3 oo à 400 litres par jour. On payait alors le litre de lait o £r. 25 c.
A la fin de 1902, quatorze dépôts de l'Œuvre philanthropique du Lait fonctionnaient à Paris. Six ans plus tard, cent boutiques étaient réparties dans la capitale et dans la banlieue. En 1918, les dépôts étaient au nombre de deux cents. Aujourd’hui leur nombre dépasse quatre cents (1925).
En 1923, plus de 5 o.ooo litres de lait ont été débités chaque jour et plus de 100.000 en' 1925.
Pour se procurer le lait nécessaire, de nombreux centres de ramassage, équipés avec un matériel ultra-moderne, ont été créés dans les régions les plus fertiles de l’Eure-et-Loir, de la Sarthe et de l’Orne.
Le lait, récolté dans les fermes, est reçu dans ces laiteries, où il est analysé et traité par un personnel d’élite (le filtrage, la pasteurisation et le refroidissement assurent au produit une conservation parfaite jusqu’au moment de sa consommation). Dans deux ou trois centres, des autoclaves ont assuré la préparation industrielle du lait stérilisé, que les médecins, depuis quelques années, recommandent de moins en moins pour l’alimentation des enfants du premier âge.
Avec notre collaborateur, le docteur Hauser, nous avons cherché, pendant plus de quinze ans, à assurer à nos laiteries une organisation rigoureusement scientifique, et à appliquer au traitement du lait les méthodes les plus modernes et les plus pratiques.
Pour nous tenir au courant des progrès faits à l’étranger, nous avons, à plus d’une reprise, visité les installations modèles de l’Allemagne, de l’Autriche et des Pays Scandinaves.
Nous avons rapporté de ces voyages des indications nouvelles et des appareils perfectionnés, dont les enfants du premier âge ont pu bénéficier.
Quand le lait a été traité dans les centres de ramassage, il est transporté à Paris par chemin de fer, et livré dans chaque dépôt dans des récipients inviolables. La vente est contrôlée par dès inspecteurs. Ceux-ci viennent chaque jour, à des heures différentes, faire des prélèvements dans les bassines. L’analyse de ces échantillons permet de déceler les fraudes ou les adultérations qui peuvent être pratiquées par les gérantes. Deux ou trois fois seulement, des gérantes, reconnues coupables de fraude, ont été congédiées sur-lechamp.
Les bureaux de l'Œuvre philanthropique du Lait furent installés, peu de temps après sa création, dans un modeste local, 39, rue de Surène. Bientôt l’importance des ventes exigea des agrandissemènts. Petit à petit, le docteur Hauser a fini par occuper tous les étages de l’immeuble dans lequel, au début, il n’avait loué que quelques pièces,
En 1910, pour des raisons d’ordre administratif, l'Œuvre philanthropique du Lait a dû être transformée. Malgré notre optimisme du début, nous ne pouvions guère prévoir le développement considérable de notre œuvre. Occupé par nos recherches scientifiques et par l’administration de nos différentes fondations charitables, il nous fut impossible de conserver la direction d’une affaire, qui occupait plus de deux mille personnes et qui exigeait un fonds de roulement considérable. D’accord avec notre collaborateur, nous procédâmes à la réorganisation de l’Œuvre philanthropique du Lait. L’exploitation laitière devint indépendante de l’œuvre philanthropique. La première, d’ordre commercial, fut désignée sous le nom de « Société des Laiteries Hauser », la seconde, d’un caractère essentiellement Charitable, demeura l’Œuvre philanthropique du Lait. Par contrat, le docteur Hauser s’engagea à verser annuellement à l’Œuvre philanthropique une importante partie de ses
bénéfices, de façon à continuer, en les augmentant d’année en année, les distributions gratuites de lait aux enfants et aux malades indigents.
Le tableau suivant montre l’importance des sommes que l’ Œuvre philanthropique du Lait, dès ses débuts, a distribué annuellement à sa clientèle de malheureux.
11 a été distribué :
Depuis seize ans, notre collaborateur du début dirige seul la Société des laiteries Hauser et VŒuvre philanthropique du Lait. Cependant, au cours de conférences fréquentes que nous avons avec le docteur Hauser, cèlui-ci nous tient au courant du développement de ses laiteries et des perfectionnements qu’il apporte chaque jour à son exploitation, dans le but d’améliorer la production et la qualité du lait.
Pour terminer, nous devons dire que les Laiteries Hauser et l’O. P. L. ont fonctionné régulièrement pendant toute la durée des hostilités. Malgré de très grosses difficultés, elles ont continué à assurer, dans des conditions satisfaisantes, le ravitaillement de la capitale en lait de bonne qualité.
Aujourd’hui, la Société des Laiteries Hauser peut être considérée comme le modèle du genre. Elle a contribué, d’une façon très
efficace, à améliorer la qualité du lait vendu à Paris, et à diminuer très sérieusement la mortalité infantile. L’augmentation des salaires, des tarifs de chemin de fer, etc. ont quadruplé le prix de revient du lait. Toujours préoccupé de se conformer au programme, que nous lui avons tracé il y a plus de vingt-cinq ans, le docteur Hauser a toujours défendu les intérêts du consommateur ; en maintes circonstances, il a cherché, dans la mesure du possible, à éviter la hausse injustifiée du lait.
Nous lui adressons l’expression de notre reconnaissance pour le zèle et le dévouement qu’il n’a cessé de témoigner à une œuvre, dont les résultats industriels et charitables ont grandement dépassé nos espérances.
Il est sorti des dépôts des Laiteries A. Hauser et C 1 ', tant en lait pasteurisé qu’en lait stérilisé :
En igo 3 et 1904, le contrôle insuffisant de la production (fraudes et falsifications), et le rendement surabondant de la vigne, firent connaître aux viticulteurs du Midi les dures conséquences d’une mévente désastreuse. A cette époque un hectolitre de vin
revenait à plus de dix francs (frais de culture et de vendange) et nombreux furent les producteurs qui durent céder leur récolte à cinq francs l’hecto, parfois même à un prix encore plus bas. Ce fut une véritable panique à laquelle il convenait, sans tarder, de porter remède. Deux moyens d’action pouvaient être envisagés. Le premier consistait à sévir contre les fraudeurs (lutte contre le mouillage des vins et la fabrication des vins artificiels)!. Le second à relever le cours des vins de bonne qualité et à les présenter comme tels aux consommateurs.
Certaines hautes personnalités du Midi, membres du parlement, directeurs de grands journaux et philanthropes, s’émurent de la situation. Ils cherchèrent, sans y parvenir d’ailleurs, à remédier au mal. Le Ministère de l’Agriculture, saisi de la question, ne tarda pas à s’intéresser au sort des viticulteurs du Midi. Des Commissions furent réunies, mais aucune décision ne fut prise pour remédier à la mévente des vins.
Les viticulteurs du Midi manquaient de laboratoires et de chimistes compétents pour assurer le contrôle des vins; d’autre part, il était légalement impossible d’enrayer la fraude et de poursuivre les falsificateurs. Le Ministère de l’Intérieur interrogea les préfets des départements intéressés. Leur intervention ne pouvait être d’aucune utilité. La falsification du vin était la cause du mal et l'on manquait d’armes pour engager la lutte contre la fraude.
Telle était la situation dans laquelle se trouvaient les viticulteurs du Midi, quand, en juillet 1905, nous reçûmes la visite de M. Albert Sarraut, directeur de la Dépêche de Toulouse. Célui-ci, depuis quelque temps déjà, s’efforçait de combattre la mévente des vins, qui atteignait si durement les viticulteurs de sa région. Il nous exposa la situation avec une précision troublante, puis il nous demanda de créer pour le vin, une œuvre philanthropique, semblable à celle que nous avions organisée, quinze ans auparavant, pour le lait. Il nous proposa d’acheter aux viticulteurs du Midi,
du vin garanti pur, et de le revendre avec un faible profit à lfinj population ouvrière de la capitale. Les bénéfices éventuels de l’entreprise permettraient d’accorder des subventions en espèces à des œuvres charitables.
A première vue, un tel programme ne pouvait guère résoudre le problème de la mévente des vins. Nous nous demandâmes comment on parviendrait, par la vente de quelques centaines d’hectolitres de bon vin, à supprimer la fraude et à faire monter les cours du vin. Cependant, l’espoir de sauver une des plus importantes industries nationales, et de rendre service à des milliers d’honnêtes viticulteurs, nous encouragea à tenter un essai.
Malgré l’importance du problème à résoudre, nous décidâmes dé l’étudier de très près, avec la collaboration de M. Albert Sarraut, et de notre ami, le docteur A. Hauser, qui avait si brillamment réussi à mettre sur pied notre Œuvre philanthropique
Comme nous, le docteur Hauser ignorait tout des questions vinicoles. M. Albert Sarraut nous mit en rapport avec un.de ses amis, M. Castel, maire de Lésignan (près de Narbonne) et viticulteur expérimenté. Celui-ci devait nous rendre, par la suite, d’inestimables services.
Le docteur Hauser prit l’affaire en main et, dès le début, il la dirigea avec la conscience et l’esprit de'méthode dont il avait déjà fait preuve en organisant et en administrant l’Œuvre philanthropique du Lait. Avec un capital initial des plus modestes, il mit en route l’O. P. V. en s’assurant le concours de M. Castel, qui fut chargé de la sélection et de l’achat des vins.
Pour réagir contre la mévente, il fut décidé que l’O. P. V. payerait une prime de quelques francs par hectolitre aux viticulteurs, et placerait des ordres d’achat chez un grand nombre de producteurs. Ces achats établiraient, pour les récoltes sélectionnées, un prix d'achat supérieur au cours normal.
Le vin une fois acheté, il fallait en assurer le débit dans des conditions de sécurité absolue pour le consommateur. Nous décidâmes d’appliquer à la vente du vin la même méthode que nous avions adoptée pour la vente du lait. La méthode consistait à créer des dépôts spéciaux où l’on livrerait le vin en bouteilles bouchées et cachetées au prix le plus bas.
On loua deux boutiques et un petit entrepôt, où quelques hectolitres de vin, reçus en barriques, furent mis en bouteilles. Vers la fin de 1905, ces deux boutiques, pourvues chacune d’un stock de deux cents bouteilles, furent ouvertes aux acheteurs. La marchandise fut vendue en quelques minutes. Le lendemain, on tripla le stock; celui-ci s’enleva aussi rapidement que la veille. Très vite, le débit quotidien de chaque dépôt atteignit neuf cents bouteilles, le maximum que pouvait détailler une gérante. Les ventes absorbèrent rapidement la provision de vin disponible, et l’on procéda sans tarder à des achats plus importants.
Des moyens de fortune permettaient d’assurer le remplissage et l’étiquetage des bouteilles. On dut songer bientôt à rendre le travail plus économique et plus rapide. Nous visitâmes avec le docteur Hauser, les installations d’Évian-Cachat, à Évian ; et quand nous eûmes loué, à Conflans-Bercy, un local plus important, nous passâmes commande : i° d’une machinerie identique à celle d’Evian ; a 0 d’un certain nombre de foudres, destinés à recevoir le vin expédié du Midi. Trois mois plus tard, notre installation était terminée. Tandis que notre entrepôt s’organisait, on loua, dans divers quartiers populeux de la capitale, une douzaine de boutiques, qui furent aménagées comme les deux premières.
Dès l’ouverture des nouveaux dépôts, la vente se développa rapidement ; au bout de quelques semaines, elle atteignit 5 oo litres de vin par jour et par dépôt. L’expérience était concluante. Sans
perdre de temps, la Société de l’Œuvre philanthropique du Vin fut constituée. Ses statuts, soigneusement rédigés, attribuèrent 80 o/o des bénéfices éventuels de l’exploitation à des œuvres de bienfaisance (2/3 pour Paris, i /3 pour le Midi) et 20 0/0 à la direction et au personnel de la Société. En même temps, on organisait, sur de nouvelles bases, l’entrepôt de Conflans, dont on accrut, grâce à des crédits en banque, le matériel et le stock de vin. D’autre part, un Comité, présidé par MM. Léon Bourgeois et Paul Strauss, était chargé de répartir les bénéfices entre les œuvres les plus méri-
Les résultats industriels de l 'Œuvre philanthropique du Vin ne tardèrent pas à donner entière satisfaction. En même temps, on constatait l’effet produit par nos achats, dans les régions vinicoles du Midi. Le prix de l’hecto de vin monta rapidement de près de trois francs, et le contrôle du vin, effectué par des chimistes compétents, obligea les viticulteurs et les négociants à nous fournir de la marchandise de bonne qualité. Ainsi commença la lutte contre les fraudeurs.
Les premiers bénéfices de Y Œuvre philanthropique du Vin, furent employés, à la demande des viticulteurs du Midi, à la création de laboratoires d’analyses, et de coopératives de producteurs. Ces coopératives, organisées avec le concours de MM. Castel et Sarraut, devaient nous fournir leurs récoltes dans les meilleures conditions de qualité et de traitement. En échange Y Œuvre philanthropique du Vin s’engagea à acheter l’hecto de vin un franc cinquante audessus des cours officiels de la région.
Dès 1907, VŒuvre philanthropique du Vin accusa d’intéressants profits. La Commission de répartition des bénéfices distribua, tant à des œuvres parisiennes qu’à des œuvres du Midi, une somme de 25.000 francs.
En 1908, les œuvres reçurent 3 o.ooo francs et en 1909, 35 000 francs,
Jusqu’en 1914, l'Œuvre philanthropique du Vin se développa d’année en année ; elle créa des dépôts nouveaux et agrandit son entrepôt de Conflans. Les œuvres charitables bénéficièrent de dons de plus en plus importants. D’autre part, les services rendus aux viticulteurs du Midi furent considérables. Si ceux-ci furent en mesure dé vendre leurs récoltes à des prix avantageux, les consommateurs de la classe moyenne purent se procprer à Paris du vin de bonne qualité, vendu avec toutes les garanties désirables.
De 1908 à 1918, la Commission de répartition des bénéfices distribua les sommes suivantes :
Jusqu’en 191g, l’entreprise fondée avec un capital de too.ooo francs, put suffire à ses besoins de trésorerie, grâce à des crédits financiers, dont nous garantîmes personnellement les intérêts et le remboursement.
L’extension des affaires, l’achat de grandes quantités de vin, l’agrandissement des entrepôts, exigèrent, en 191g, l’apport de capitaux très importants. Une transformation complète de la Société s’imposa. La constitution d’un stock de près de 100.000 hectolitres de vin, la construction de caves et de foudres, l’augmen-
tation des frais généraux et des impôts, nous obligèrent à modifier l’organisation industrielle de l’affaire.
Un programme de reconstitution fut confié à un expert d’une compétence indiscutable: M. Doyen, expert-comptable auprès du Tribunal de la Seine. Ce technicien de grande valeur proposa : i° de liquider l’Œuvre philanthropique du Vin et d’apporter son actif, réalisé en espèces, au Comité de répartition des bénéfices ; 2 0 de reconstituer l’affaire commerciale avec des capitaux nouveaux. Ses conclusions furent adoptées.
En janvier 1919, d’accord avec le Comité de répartition des bénéfices, l’actif de l’Œuvre philanthropique du Vin fut partagé entre la Fondation Henri de Rothschild pour les savants, et les Œuvres du Midi. En 1921, la Fondation Henri de Rothschild poui les savants fut dissoute à son tour, et son fonds de dotation affecté à la « Fondation Pierre Curie ». La somme qui revenait aus Œuvres du Midi fut placée en compte courant dans la Société A. Hauser et C le , qui fut constituée après la liquidation de VŒuvn philanthropique du Vin. Cette somme fut tenue à la disposition d< M. Albert Sarraut, qui devait l’employer plus tard pour fonder uni œuvre d’intérêt social dans le Midi. Nous venons d’apprendre qu< cette somme importante venait d’être affectée à la création d’unt colonie scolaire, destinée aux enfants pauvres de la région du Midi (Cette colonie scolaire portera le nom de Fondation Henri d< Rothschild.)
De 1919 à 1925, F Œuvre philanthropique du Vin, transforméi en société commerciale, dirigée par le docteur Hauser, a prospéri de façon inespérée. D’année en année, elle s’est considérablemen développée. Le nombre de ses dépôts dépasse aujourd’hui 200 (1) et ses entrepôts de Conflans, agrandis et perfectionnés par l’appli-
Les résultats pratiques que nous avons obtenus ne se calculent pas seulement d’après l’importance des ventes et le développement des entrepôts. L’œuvre que nous avons créée en 1905, est arrivée, après quelques années d’efforts, à résoudre le grave problème de la mévente du vin dans le Midi. L’hecto de vin qui, il y a moins de vingt ans, était vendu de 5 à 6 francs, vaut aujourd’hui de 70 à 80 francs. Cette hausse considérable a permis à un grand nombre de propriétaires d’amortir leurs pertes, et de réaliser aujourd’hui d’importants bénéfices. D’autre part, grâce aux coopératives, vjnir coles et aux laboratoires d’analyses, créés dans le Midi avec les subventions de VŒuvre philanthropique du Vin, on a pu combattre efficacement les adultérations du vin et livrer à la consommation un produit pur, préparé suivant les règles, et incapable de nuire à la santé publique.
Récapitulation des sommes distribuées aux œuvres de bienfaisance à Paris et dans le Midi, de tgoj à 1919.
A la liquidation de VŒuvre philanthropique du Vin, les oeuvres charitables ont reçu le solde des bénéfices réservés, .soit une
de la Société A. Hauser et C‘“ de 2.000 francs chacune, remises à M. Maurice Sarraut pour la fondation d’une oeuvre d’intérêt social dans le Midi . .
2° Une somme de.
que nous avons tenue à la disposition de la Fondation P. Curie. Cette somme représente la valeur des actions revenant aux Œuvres d’intérêt général, que nous avons rachetées au prix de 2.000 francs
Le total des sommes qui sont revenues à des œuvres charitables se monte donc à.Fr.
Infirmeries indigènes d’Aïn-Sefra et de Colomb-Bechar.
(Sud-Oranais.)
En 1902, lors d’un voyage en Algérie, nous avons eu l’occasion de nous rencontrer avec M. Jonnart, gouverneur de l’Algérie. Ce haut fonctionnaire nous fit part de son intention d’organiser dans le Sud-Oranais un service médical gratuit pour les populations indigènes de la frontière marocaine. La création d’infirmeries, placées sous la direction de médecins militaires, devait contribuer à pacifier ces régions, habitées par des tribus difficiles à manier, et peu disposées à accepter le contrôle de la France. Pour faciliter l’œuvre de M. Jonnart, nous avons contribué par un don important à l’organisation et à l’entretien de deux infirmeries indigènes, qui furent établies à Aïn-Sefra et à Colomb-Bechar. Ces établissements, véritables petits hôpitaux indigènes, construits dans le style arabe, ont bientôt vingt-cinq ans d’existence ; ils ont rendu de très grands
Organisation d’une ambulance mixte à Casablanca en igo-j.
A la demande de M. Thomson, alors ministre de la Marine, nous avons, dès le début des opérations militaires au Maroc (août 1907), organisé une ambulance mixte à Casablanca. Cette formation était destinée à venir en aide aux Européens blessés au cours des premières opérations militaires engagées au Maroc au début du mois d’août 1907. Cette ambulance, qui disposait de 3 o lits et d’un important matériel médico-chirurgical, fonctionna sous notre direction jusqu’à la fin de septembre 1907. Nous avions comme collaborateurs les docteurs Desjardins et de Sard. Pendant deux mois, nous
avons secouru un grand nombre de blessés et de malades, en hospitalisant les plus gravement atteints, et en donnant des consultations et des médicaments à ceux qui pouvaient se rendre à notre formation. Pendant notre séjour au Maroc (août-septembre) nous avons hospitalisé 48 malades, pratiqué t.o 5 o pansements et donné 2.658 consultations. Notre ambulance-hôpital a continué à fonctionner jusqu’à la fin de décembre 1908, sous la direction du docteur Merle. Nous avons pris à notre charge tous les frais de cette organisation, qui, pendant ses dix-huit mois d’existence, a donné 17.748 consultations et appliqué 3.195 pansements.
Maison ouvrière à Suresnes, 2, rue de Nanterre.
En 1907, nous avons fait édifier sur un terrain situé sur la commune de Suresnes, une maison ouvrière destinée à abriter les familles des ouvriers employés dans les usines d’automobiles de Suresnes et de Puteaux. Suivant l’importance des appartements, les loyers varient de 235 à francs par an. Ils n’ont pas été augmentés depuis la fondation de l’immeuble. Pendant la guerre, les loyers n’ont pas été réclamés aux locataires mobilisés.
Nous aurions quelque scrupule à rappeler ici les nombreuses œuvres de bienfaisance auxquelles nous avons prêté notre concours lors de leur fondation. Nous avons été trop heureux de prouver, par des dons souvent importants, notre.sympathie à des amis qui ont consacré leur temps, leur intelligence, et souvent une part importante de leurs ressources, à soulager les malheureux. Nous tenons cependant à adresser l’expression de notre reconnaissance et de
notre respectueuse sympathie à quelques personnalités importantes, médicales et scientifiques, politiques et mondaines, qui ont bien voulu nous associer moralement ou matériellement aux œuvres qu’elles ont fondées. Nous avons été heureux de nous joindre à elles et nous garderons d’une collaboration, parfois de trop courte duréê, un souvenir ému et durable. Parmi ces personnalités, nous devons citer les noms de :
M. Paul Strauss, sénateur, fondateur de la Ligue contre la mortalité infantile.
M. le professeur Roger, doyen de la Faculté de Médecine, fondateur de VÉcole de Puériculture de la Faculté de Médecine.
M. le professeur Hartmann et M. Justin Godart, fondateurs de la Ligue Franco-Anglo-Américaine contre le Cancer.
M. le professeur P. Delbet, président de VAssociation française contre le Cancer.
M me Marthe Brandès, fondatrice de Y Abri du Soldat aveugle, et de l’ Œuvre des Amis des Blessés du poumon.
M. le professeur M. Letulle, l’apôtré le plus fervent de la lutte contre la tuberculose, le conseiller technique le plus autorisé des œuvres anti-tuberculeuses, membre du Conseil d’administration de l’Œuvre Les amis des blessés dit poumon.
Nous tenons à adresser l’expression de notre gratitude et dé notre affectueuse amitié à ceux de nos confrères qui nous ont aidés et conseillés dans l’organisation et la direction de nos entreprises charitables. Nous rappelons avec émotion les noms de ceux qui furent nos maîtres à la Faculté et dans les hôpitaux et qu’une mort prématurée a arrachés à notre affection : les professeurs P. Budin, G. Dieulafoy, Alfred Fournier, Paul Poirier. Leur enseignement nous a fait aimer la médecine, leurs conseils et leurs encouragements nous ont permis de la servir sans défaillance, pendant près de qua-