XXVIII LETTRE A MM. LES ÉLÈVES
et dans la retraite. Elle ne peut se montrer à la foule avec l'éclat qui l'éblouit, avec les passions qui 1 émeuvent, avec les attraits qui la captivent. Elle reclame, de la part des hommes sérieux et de bonne volonté auxquels nous nous adressons, le même travail, la même persévérance, et disons-le franchement, la même abnégation. C'est l'œuvre d'une foi vive et sincère: elle ne réclame ni n'attend aucune récompense.
Voilà, Messieurs, notre pensée tout entière.
Voilà nos sentimens , voilà notre méthode , voilà notre but; voilà en un mot la doctrine que nous professons. C'est à l'aide d un principe de certitude infaillible, qui est la loi morale, que nous sommes en puissance d'étudier les doctrines et les faits sociaux du passé, avec intelligence et succès; c'est à l'aide de ce principe de certitude que nous sommes en puissance de prévoir et de préparer les doctrines et les réalisations sociales de l'avenir, avec foi et espérance.
Placés à ce point de vue élevé , nous jetons nos regards sur les systèmes scientifiques qui se répandent au milieu de nous. Si le principe qui domine ces doctrines est conforme à la loi morale, nous applaudissons, et nous regardons comme notre devoir d'avertir les auteurs des erreurs de logique qu'ils peuvent n'y avoir pas aperçues. Sile principe qui domine ces doctrines est contradictoire à la loi morale, nous les condamnons, et nous relevons avec une sainte joie toutes les erreurs qui s'y trouvent nécessairesment renfermées. Et s'il était possible qu'une doctrine n'affirmât pas un principe et ne conclût pas à
de l'école de médecine. xxix
une pratique, nous ne l'absoudrions pas pour cela. Nous rappellerions une œuvre nulle , stérile, une œuvre de pure délectation intellectuelle , et nous la livrerions à sa destinée qui est le néant.
Résumons par quelques affirmations les explications rapides que nous venons de donner :
Toute doctrine , toute science est une méthode à l'aide de laquelle l'esprit humain, après avoir affirmé un principe, en déduit toutes les conséquences.
Toute doctrine , toute science n'est possible qu'à la condition de s'appuyer sur une certitude.
Il n'y a de certitude absolue que celle qui est placée dans la connaissance positive de la loi morale qui est la loi des rapports établis entre l'activité humaine et son instrument qui est l'organisme, entre Dieu et l'homme, entre l'homme et le monde. Cette connaissance est le point de départ de toute conception scientifique.
Or, entre toutes les sciences, il en est une qui est appelée à exprimer plus directement la loi morale et à ne trouver que dans cette loi la solution des problèmes qu'elle pose. Cette science, Messieurs, c'est la psychologie ou la science de T activité humaine; aussi cette science est-elle le terrain sur lequel le bien et le mal doivent nécessairement, et dans tous les temps, livrer leurs combats; c'est aussi le terrain sur lequel nous aimons à descendre pour y appeler nos adversaires.
Vous comprenez maintenant, Messieurs , pourquoi nous avons cru devoir attaquer sérieusement le système phrénologique, quoique nous le jugions