COMITÉ D’ADMINISTRATION
Président : M. Georges Berger, membre de l’Institut, député de la
Seine.
Vice- Président : M. Henry Marciül, administrateur de la Bibliothèque nationale.
Trésorier : M. T. Mortreuil, secrétaire-trésorier de la Bibliothèque
Nationale.
Adjoint : M. P. Lacombe, bibliothécaire honoraire.
COMITÉ D’ORGANISATION Président : M. Henry Marcel.
Commissaire général : M. F. Courboin, conservateur-adjoint du Départe-
ment des Estampes.
Secrétaire : M. P. -A. Lemoisne, du Département des Estampes.
Adjoints : M. F.-L. Bruel et J. Laran, du Département des
Estampes.
Rédaction du catalogue :M. F. Courboin, J. Guibert, P. -A. I emoisne.
INTRODUCTION
INTRODUCTION
Rembrandt a été minutieusement étudié depuis longtemps et l’essai de bibliographie que l'on trouvera plus loin pourra donner une idée d’ensemble sur les travaux dont il a été l’objet. Pour la rédaction de ce catalogue nous avons eu surtout recours aux ouvrages de Charles Blanc , Wilhelm Bocle, Cornelis Hofstede de Groot , Friedrich Lippmann , Emile Michel, Dmitri Rovinski, Woldemar von Seidlitz et sir Francis Sey mour-H aden , auxquels nous devons, ainsi que tous les admirateurs de Rembrandt, un hommage de reconnaissance.
Aujourd’hui, en effet, les pièces d’archives exhumées peu à peu, les documents authentiques produits par des écrivains pleins de science et de respect, les reproductions directes répandues dans le monde entier, grâce aux progrès de la photographie, ont remplacé les légendes romantiques et les phrases creuses. Rembrandt, ainsi étudié, domine de très haut les fantaisies littéraires auxquelles il a servi de prétexte et les théories échafaudées pour expliquer son incomparable puissance pathétique.
Ce que fut l’existence de Rembrandt, 630 tableaux, 275 gravures, 1613 dessins, aujourd’hui catalogués, le disentassez! La sensibilité, la ferveur, avec lesquelles il a travaillé au milieu de toutes les crises n’ont pas besoin d'autres témoignages, et cette vie laborieuse, sans qu’il soit nécessaire d’y introduire un côté étrange ou surhumain, est peut-être le plus bel exemple d energie que puisse méditer un artiste.
Nous ne pouvons que le dire brièvement ici et nous borner à rappeler quelques dates principales qui serviront de points de repère aux visiteurs de l’Exposition.
INTRODUCTION
1606. (15 juin d'après Houbraken, 15 juillet d’après J, Orlers), naissance de Rembrandt à Leyde. Les parents de Rembrandt, Harman Gerritsz et Neeltgen Willemsd1'. van Zuitbrouck, s'étaient mariés à l égalise Saint-Pierre de Leyde, le 23 septembre 1589.
1620. Inscription de Rembrandt comme étudiant de l’Université de Leyde.
1621 . Entrée de Rembrandt dans l’atelier de Jacob van Swanenburch, à Leyde.
1624. Entrée de Rembrandt dans l’atelier de Pieter Lastman, à Amsterdam. Il y resta six mois, et revint à Leyde.
1630. (27 avril.) Enterrement de Harman Gerritsz, père de Rembrandt.
1631 . Installation de Rembrandt à Amsterdam, chez son ami Hendrick van Uvlenborch, puis sur le Bloemgracht.
1634. (22 juin.) Mariage de Rembrandt avec Saskia, fille de Rom-
pertus van Üylenborch; le mariage fut conclu par le cousin de Saskia, Jean Cornelis Sylvius (mort en 163S), dont Rembrandt a gravé deux beaux portraits.
1635. (15 décembre.) Baptême du premier fils de Rembrandt, Rom-
pertus. (Ch. Blanc croit que c’est le buste de cet enfant, mort jeune, qui figure dans l’eau-forte intitulée : le dessinateur. Voyez n° 127 du catalogue.)
1639. Rembrandt achète une maison dans la Breestraat.
1640. (29 juillet.) Baptême d’une fille de Rembrandt.
1640. (14 septembre.) Enterrement delà mère de Rembrandt.
1 641 . Publication de l’ouvrage de J. Orlers, bougmestre de Leyde, Bes
chrijvinge der Stadt Leyden (in-4°, Leyde, 1741, 2e édition), où se trouve, p. 375, la plus ancienne biographie de Rembrandt.
1641 . (22 septembre.) Baptême de Titus, le seul des enfants de Rem-
brandt et de Saskia qui ait survécu à sa mère.
1642. (14 juin.) Mort de Saskia, enterrée le 19 juin dans la Oude Kerk. 1649. (1er octobre.) Installation chez Rembrandt de Hendrickie Stof-
fels, qu’il aurait connue au village de Rarep, en 1646.
1654. Rembrandt et Hendrickie sont cités devant les membres du consistoire d’Amsterdam, le 23 juillet. Hendrickie seule se présente et elle est admonestée.
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1654. (30 octobre.) Baptême de Cornelia, fille de Rembrandt et de Hendrickie Stoffels.
1656. (17 mai.) Rembrandt fait inscrire sa maison au nom de son fils Titus, à la chambre des orphelins.
1656. (25 juillet.) Inventaire de la fortune de Rembrandt après sa déclaration d’insolvabilité. La liquidation de la faillite de Rembrandt, retardée par l'obligation de rendre des comptes à Titus, dont le tuteur Louys Craeyer fit mettre une saisiearrêt sur le produit de la vente de la maison (1658), traîna jusqu’en 1665.
La vente des biens, effectuée par les soins de Thomas Jacobsz Haaring, dont Rembrandt a laissé un admirable portrait gravé, produisit 11.677 florins, 7 ; les collections figuraient dans cet actif pour 4.964 florins 4 !
On ne put arriver à désintéresser les créanciers et à faire réhabiliter Rembrandt qui mourut insolvable. M. Vosmaer a supposé que Rembrandt, après la vente de sa maison, avait vécu largement à l’auberge de la Keyserskroon. M. Bode a montré (t. VIII, p. 236 et p. 248) que cette supposition doit être erronée.
1661. (31 août.) Hendrickie Stoffels donne un pouvoir à son beau-
frère pour toucher de l’argent ; dans cette pièce elle est désignée comme femme célibataire.
1661 . (20 octobre.) Hendrickie Stoffels fait devant notaire, en compagnie de deux voisines, une déclaration où elle est désignée comme femme du Sr Rembrant van Reyn, peintre.
En 1661, Rembrandt s’était installé avec Hendrickie sur le Roosengracht, oùM. Vosmaer a retrouvé sa maison.
1662. (27 octobre.) Rembrandt vend la sépulture de Saskia. « On
considère avec raison, dit M. Bode, que la vente du tombeau de Saskia est liée à la mort de Hendrickie, bien que nous n’en ayons aucune preuve certaine (t. VIII, p. 258). Il est probable que Rembrandt fut forcé de vendre la sépulture de sa première femme pour faire enterrer la seconde. » La date exacte du décès de Hendrickie est encore inconnue.
1665. (5 novembre.) Paiement à Titus du reliquat provenant de la faillite de son père (6.952 florins 9).
1668. (10 février.) Mariage de Titus avec Magdalena van Loo (morte le 21 octobre 1669).
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1668. 7 septembre.) Enterrement de Titus, fils de Rembrandt, dans la
Westerkerk à Amsterdam.
1669. (22 mars.) Baptême de Titia van Rijn, fille posthume de Titus,
morte en 1723.
1660. i octobre.) Mort de Rembrandt, dont l'enterrement eut lieu dans la Westerkerk le 8 octobre 1669.
Rembrandt laissait deux enfants mineurs: Cornelia, fille de Hendrickie, âgée de lo ans, et Titia, fille posthume de Titus, âgée de six mois.
La mention du décès de Rembrandt dans le registre de la Westerkerk est suivie de celle du décès de Jan Theunisz Blanckerhof, et d'une déclaration de Catharina van Wijck, veuve de ce dernier, relativement à la part de succession de ses deux enfants. W. Bürger a rapporté à Rembrandt ce qui se rapportait à Jan Theunisz Blanckerhof et fait de Catharina van Wyck la troisième femme de Rembrandt.
L'erreur a été rectifiée par N. de Roever dans Ou ci Holland , 1, p. 1 et suiv. Voyez W. Bode, L'œuvre complet de Rembrandt (VIII, p. 277 et 278).
Cornelia, fille de Rembrandt, épousa, le 3 mai 1670, le peintre Cornelis Suijthof avec lequel elle alla à Batavia dans le courant de la même année; elle en eut, le 5 décembre 1673, un fils appelé Rembrandt, et le li juillet 1678 un deuxième fils appelé Henri.
Dans le tome VIII de son grand ouvrage, M. Bode, à la suite des pages très belles qu'il a écrites sur la vie de Rembrandt, a publié l’ensemble des pièces d'archives qui le concernent. C’est à cette excel lente publication que la plupart des renseignements qui précèdent ont été empruntés.
A part sept gravures, en épreuves magnifiques, prêtées pour deux semaines à l'Exposition par M. le baron Edmond de Rothschild, toutes les eaux-fortes exposées appartiennent au fonds du cabinet des Estampes.
Les premières pièces de Rembrandt qui entrèrent au cabinet du
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Roi faisaient partie de la collection de Marolles, acquise en 1667. Elles étaient contenues dans le tome 97 du recueil, avec des pièces de Lievens, de van Ostade, de van Vliet, de Goudt, et un quatrain de l’abbé de Marolles semble prouver que Rembrandt n’était pas considéré par lui comme un artiste hors de pair :
On loue Albert Flamen , et Garnier est louable ,
Les Hollandais sont : Waterlo , Polemhout ,
Velde , Lires , Rhimbrandt , Vissclier , Ostade , Goût ;
Mais , si j'allais plus loin, je me rendrais blâmable.
Le deuxième recueil de Rembrandt entré au cabinet des Estampes est le volume 27 du cabinet Béringhen, acheté en 1731.
Ces deux lots furent fondus, après la vente de P.-J. Mariette (1775), comme en témoigne une note du conservateur des Estampes, Hugues- Adrien Joly :
« Rembrandt van Rhin. — Cet œuvre était contenu dans un trop « petit volume, lequel provenait du cabinet acquis en 1730, du cabi- « net de M. le marquis de Béringhen, les grandes pièces étaient pliées « et se déchiraient par la fréquente communication ; je pris le parti de « détacher tout le volume et de le recoller sur la feuille du grand-aigle ; <( j’y confondis celles qu’avoit aussi rassemblé l’abbé de Marolles, dont « le Roy avait acquis le cabinet en 1660. Soit qu’il eut peu d’amour « pour les ouvrages de ce maître, ou qu’elles ne fussent pas encore « répandues de son teins,, il en avoit peu, il les avoit mêlé avec « d’autres maîtres de l’école hollandaise. J’ai réuni à celles de Bérin- « ghen celles qui se sont trouvées en plus, ou en plus belles épreuves, « et du surplus j’en ai fait des échanges ; comme je n’ai pas manqué « non plus de réunir celles qui me sont survenues dans l’acquisition « du feu sieur Mariette en 1775 et depuis. »
En 1784 (le 13 avril), la Bibliothèque achetait sur l’ordre du baron de Breteuil, ministre et secrétaire d’Etat, l’œuvre de Rembrandt formé par le peintre Peters. Cet œuvre avait été déjà mis en vente en 1779 ; il est ainsi désigné dans le catalogue de la vente du cabinet du sieur P. (Peters), dressé par Remy et Basan, n° 634, page 106 :
« L’œuvre de Rembrandt consistant en plus de six cents vingt « pièces, gravé par lui-même, dix contre-épreuves, vingt et une belles « et rares copies, et vingt-cinq pièces d’après lui, très difficiles à « trouver. . . »
INTRODUCTION
Peters racheta son œuvre de Rembrandt ou le fît retirer de la vente y et cinq ans plus tard l’acquisition en était conclue pour la Bibliothèque du roi. Voici les notes de Jolv à cet sujet :
« Le sr Peters célèbre peintre en miniature a employé trente « années à former sa collection de Rembrandt ; il atteste qu’il y avoit « consacré plus de 20.000 livres en difîérens voyages en Flandres et (( Hollande, et à toutes les ventes qui se sont faites à Paris jusqu’au « moment de sa cession ; il alloit conclure pour l’Empereur au prix de '< 20.000, sous la promesse, il est vrai, d'un présent que le ministre « lui promettait; mais le chagrin de ne plus revoir sa collection,, et « son amour pour la France qu'il a adoptée depuis plus de quarante « années comme sa mère-patrie, lui a fait remercier l’olfre de la cour « de Vienne, pour les placer dans les mains du Roi de France, où il « aura le plaisir de revoir ce qu'il a pris tant de soins et tant de peines a à former. En combinant ce que le cabinet des Estampes duRoipos- « sède déjà, et ce que le dit Peters a rassemblé en plus grand nombre, « tant en pièces uniques et en variantes qui manquoient à l’œuvre du « Roi, ce sera le plus bel œuvre qui se sera jamais vu ; de ce qui « en refluera on en formera un second œuvre beau et nombreux qui « soulagera cette collection et fera encore grand plaisir au public ».
« Il y a, dit Joly, deux manières d’estimer l’œuvre de ce maître (formé par Peters).
u i° En allouant chaque morceau sur le pied de deux louis d’or.
<■< 2° En appréciant chaque pièce sur le prix actuel. On sait que le « portrait du bourguemestre Jean Six, lere épreuve, avant la lettre, et imprimé sur le papier de soye, n’a pas été achetté à sa juste valeur pour le Roi, ne l’ayant payé que 50 louis, puisque feu M. le Dauphin en fît achetter un en Hollande pour lui, par Colins, 150 louis.
« Que la pièce, dite le Lit à la Polonaise, que les héritiers estimaient mille écus, et qu’ils voulaient jetter au feu, leur a été achettée le prix de leur estimation par le s1' Peters, dont ils ont distribué l’argent aux pauvres. »
« On sait enfin qu’il y a un très grand nombre d’autres pièces de ce maître qui sont couramment payées des prix considérables, même en Hollande, sa patrie; en Angleterre, en Russie, et surtout en France; la preuve en résulte par l'acquisition de la collection formée par l’amateur artiste, le sieur Peters, au nombre de 736 pièces, payées 24.000 (livres) en avril 1784. »
Le fonds de Rembrandt au cabinet des Estampes provient donc
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essentiellement des collections de Beringhen et Peters, auxquelles se sont ajoutées quelques acquisitions isolées assez importantes, comme le Rembrandt au manteau brodé, retouché par Rembrandt et portant de sa main l’indication de son âge, pièce achetée à la vente Holford, et le beau portrait de Renier Anslo, du 1er Etat, tous deux exposés.
A titre de curiosité, nous avons ajouté à l’exposition quelques cuivres gravés de Rembrandt provenant de la série qui appartient aujourd'hui à M. Alvin-Beaumont. Ces cuivres ont été achetés en Hollande pour le compte de Watelet ; ils sont passés successivement, de génération en génération, dans les fonds de Basan, de Jean et de Bernard, marchands d’estampes. M. Alvin-Beaumont, qui les a rachetés, a résolu de mettre fin aux tirages qui étaient faits encore tout récemment de ces planches ; elles seront désormais de vénérables reliques, et on ne peut que féliciter le propriétaire actuel de la preuve de goût qu’il a donnée en prenant cette décision.
(Voir au sujet de ces cuivres le chapitre V de la Bibliographie.)
La libéralité et la bonne grâce de quelques amateurs ont permis d’exposer, en même temps que les gravures de la Bibliothèque, un bel ensemble de près de 300 dessins. MM. LéonBonnat, Fairfax Murray, Fauchier-Delavigne, François Flameng, Walter Gay, Ch. Haviland, Heseltine, Hofstede de Groot, Kleinberger, J. Masson, P. Mathey, Etienne Moreau-Nélaton, Nardus, H. Péreire, J. Reinach, le baron Edmond de Rothschild, Thureau-Dangin, le Dr Tuffier, H. Vever, Wauters, ont ouvert avec la plus large bienveillance les trésors de leurs collections aux organisateurs de l’Exposition; les dessins prêtés par eux en constituent le plus puissant attrait, et l’occasion d’admirer trois cents dessins de Rembrandt est un régal trop rare pour que le public ne leur soit pas, comme nous, profondément reconnaissant.
François Courboin.
BIBLIOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE
Les lecteurs de ce catalogue trouveront ici la liste d’un certain nombre d’ouvrages relatifs à Rembrandt et à son œuvre.
Nous avons classé ces livres en sept séries :
il — Généralités sur Rembrandt, sa vie, ses ouvrages.