‹ Exposition de la doctrine chrétienne (volume 2)Chapitre 205 sur 961 · MINISTRE D£S SACREMENTS · texte numérisé non relu

MINISTRE D£S SACREMENTS

67. L'intention actuelle est -elle nécessaire dans Tadminlstràtlon des sacrements ?

Non; bien qu'elle soit très désirable, elle n'est pas nécessaire, car elle n'est pas toujours possible. L'intention virtuelle sufBt. Ainsi un prêtre, ayant tout disposé pour le baptême d'un enfant, se trouve distrait au moment où il verse l'eau et prononce les paroles sacramentelles, il agit en vertu de l'intention actuelle qu'il a eue et qu'il n'a pas rétractée ; il baptise validement, bien qu'il ne pense point à ce qu'il fait.

68. Pourquoi l'intention, au moins virtuelle, est -elle nécessaire?

Elle est nécessaire, parce qu'elle doit être opérative du sacrement, c'est-à-dire qu'elle doit avoir sur sa production une influence positive.

69. Pourquoi l'intention de faire ce que fait rËglisc est-elle nécessaire?

Parce que sans cela l'action serait profane, et non sacrée ; on agirait, non comme ministre de Dieu, mais en son propre nom.

70. La foi est-elle requise dans le ministre pour la validité du sacrement? La foi n'est point requise du ministre; et par conséquent les

sacrements, et en particulier le baptême, conférés par des hérétiques sont valides.

c Si quelqu'un dit que le baptême que les hérétiqaea donnent au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, avec Tintention de faire-ce que fait l'Église, n'est pas un vrai baptême : qu'il soit anatbème^ j>

71. L'étal de grâce est-il requis pour la validité du sacrement?

Non. Un ministre confère valldement le sacrement lors même qu'il serait eu état de pécbé mortel.

(( Si quelqu'un dit qu'un ministre en état de péché mortel, quoique observant tout ce qui est essentiel pqur la consécration et l'administration d'un sacrement, ne consacre ni ne confère ce sacrement : qu'il soit anathème •. »

a: Judas a baptisé, et on n'a pas rebaptisé après Judas. Jean a baptisé, et on a rebaptisé après Jean. C'est que le baptême donné par Judas était le baptême du Christ , au lieu que le baptême donné par Jean était le baptême de Jean. » (S. Augustin.)

72. Pourquoi la foi et l'état de grâce ne sont -ils pas requis dans le ministre pour la validité du sacrement?

Parce que les sacrements communiquent la grâce en vertu de l'œuvre opérée, et que le pouvoir de les administrer est une grûce gratuitement donnée, qui peut exister môme dans les pécheurs. Le ministre n'est qu'un simple organe dont se sert Jésus -Christ. Quelles que soient ses dispositions, pourvu qu'il

* GoDdte de Trente, Seu. VU, can. 4. ^ ^ Concile de Trente, Se». TU, cad. IS;

œNDITIONS REQUISES POUR LA VALIDITÉ DU SACREMENT 143

ait un pouvoir légitime et Tintentiou au moins virtuelle de faire ce que fait l'Église, le sacrement produit ses effets. Car, en réalité, c'est Jésus -Christ qui baptise, qui absout, qui change le pain en son corps, le vin en son sang, etc.

Celui qui plante n'est rien, ni celui qui arrose : mais tout vient de Dieu, qui donne l'accroissement^,

€ Les semences portent leurs fruits , que les mains des laboureurs qui les confient à la terre soient pures ou impures ; de même pour les sacrements, qu'ils soient administrés par des justes ou par des pécheurs. » (S. Augustin.)

73. Est -il permis de demander les sacrements à un ministre Indigne et de les recevoir de ses mains ?

\^ Dans le cas d'extrême nécessité, c'est-à-dire en danger de mort, il est permis de demander les sacrements de baptême et de pénitence à un excommunié, môme non toléré», pourvu qu'il n'y ait pas scandale ; car s'il y avait à craindre qu'en recevant les sacrements de prêtres catholiques tombés dans le schisme ou l'hérésie, on ne passât pour approuver leur erreur ou qu'on n'affermît leur autorité , on devrait s'abstenir de recourir à leur ministère, attendu que les effets du baptême et de la pénitence peuvent être obtenus par le désir du baptême et par la contrition parfaite.

2» Dans le cas de grave nécessité, c'est-à-dire quand s'impose le précepte de la confession annuelle ou de la confession d'un péché mortel, on peut demander les sacrements à un excommunié toléré*» par l'Église, si on ne peut recourir à un autre prêtre.

3" Dans le cas de nécessité légère, c'est-à-dire quand la réception des sacrements est seulement utile, il est permis de les demander à un ministre qu'on sait positivement en état de péché mortel, s'il est le propre pasteur, et qu'on ne puisse commodément se présenter à un autre prêtre «.

74. Poarquoi faut -il une cause raisonnable pour demander les sacrements à an ministre indigne?

Parce qu'on se rendrait coupable en lui donnant, sans cause suffisante, l'occasion de commettre un sacrilège.

* L*excommunié non toléré est celui qui a été déclaré tel nommément par sentence ecclésiastique.

* L'excommunié toléré est celui qui a encouru de fait l'excommunication , sans qu'une sentence l'ait déclaré nominativement excommunié ou suspens.

* On ne doit pas croire légèrement à Tindignité du ministre des sacrements, il bat en avoir des preuves certaines : la charité ne pense pas le mal >.

* I Cor., ra, f . — 2 I Cor.i xni, 6.

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