‹ Exposition de la doctrine chrétienne (volume 2)Chapitre 327 sur 961 · Ck)innQent établit- on le dogme de la présence réelle · texte numérisé non relu

Ck)innQent établit- on le dogme de la présence réelle

On rétablit : l» par renseignement infaillible de TÉglise; ^ par la sainte Écriture; S® par la Tradition; 4» par la foi des Églises orientales; 4*>par la prescription.

33. Comment établit -on par l'enseignement de TÉglise le dogme de la présence réelle?

Le saint concile de Trente s'exprime en ces termes :

€ Si quelqu'un nie que le corps , le sang, Tâme et la divinité de Notre- Seigneur Jésus -Christ, et par conséquent Jésus -Christ tout entier, est contenu vraiment, réellement et substantiellement dans le sacrement de la très sainte eucharistie; mais dit qu'il y est seulement comme dans un signe ou une figure, ou par sa vertu : qu'il soit anathème ^ »

Ces trois adverbes : vraiment, réellement, substantiellement, ont été employés avec intention par le saint concile, pour condamner : 1<> les sacramentaires, selon lesquels Notre -Seigneur n'est pas vraiment dans Teucharistie, mais seulement comme dans un signe ou une figure; 2^ Calvin, qui enseigne qu'il n'y est pas réellement, mais seulement par la foi qu'on a en lui; 3^ la plupart des calvinistes, qui veulent que la substance du corps de Jésus -Christ ne soit que dans le ciel, et que sa présence dans la cène ne consiste que dans une certaine vertu ou puissance.

34. Comment établit -on la présence réelle par la sainte Écriture?

La sainte Écriture renferme trois passages remarquables sur la présence réelle : l'un qui concerne la promesse de ce sacrement, l'autre son institution, et le troisième son usage.

lo La promesse : Le pain que je donnerai, c'est ma chair,,. Ma chair est véritablement nourriture, et mon sang est véritablement breuvage^.

2» L'institution : Ceci est mon corps,.., ceci est mon sang,

3^ L'usage : Quiconque mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur indignement sera coupable du corps et du sang du Seigneur. Que l'homme donc s'éprouve lui-même, et qu'il mange ainsi de ce pain, et qu'il boive de ce calice. Car quiconque en mange et en boit indignement, mange et boit sa propre condamnation, ne faisant pas le discernement du corps du Seigneur^.

^ BeaAon Xm, can. 1. — ' Jean , vi, 6S, 66. — ' I Cor., xi , 27-29.

Toutes ces paroles sont claires, précises, catégoriques et ne donnent lieu à aucune équivoque *.

Si Jésus-Christ, dans Teucharistie, n'était mangé que par la foi, comme le prétendent les calvinistes, il Taurait fait entendre : 1» pour ne pas exciter sans raison les murmures et les contradictions des capharnaïtes et de quelques-uns de ses disciples, qui à cette occasion Tabandonnèrent; 2® poiir ne laisser aucun doute à ses Apôtres sur la nature de ce sac^efneht, lorscjue, dans la dernière cène, voyant approcher l'heure de sa moft, il faisait son testament et léguait Teucharlstie à son Église, comme témoignage de son amour infini; 3» pour empêcher que plus tard on ne prît à la lettre les paroles de sou Apôtre : si, en efltet, Teucharistie n'est que la figure du corps de Jésus-Christ, comment pourrait*on profaner ce corps et se rendre coupable d'un horrible sacrilège j en ne matigeant indignement que du pain?

Les paroles de la sairtte Écriture doivent donc être prises dans leur sens littéral et naturel, en tant qu'elles signifient et ne peuvent signifier autre chose que la présence réelle.

35. Comment établit- on la présence réelle par la Tradiiioti?

Depuis Jésus-Christ, les Pères et les Docteurs de tous les siècles ont rendu témoignage à la présence réelle de Jésus -Clirist dans l'eucharistie. On peut citer en particulier saint Ignace martyr, dans le premier siècle; saint Justin, saint Irénée, tertullien, dans le second; saint Cyprien, dans le troisième; saint liilaire, saint Cyrille de Jérusalem, saint Ambroise et saint Jean Chrysostome, dans le quatrième; saint Augustin et saint Cyrille d'Alexandrie, dans le cinquième; et ainsi des siècles suivdtits.

a Sous l'espèce du pain, Jésus -Christ nous donne son corps, et, sous l'espèce du vin, il nous donne son sang, afin que, mangeant son corps et buvant son sang, nous soyons intimement unis à l'un et à l'autre, t^ar ce moyen, nous devenons, pour ainsi parler, des porte-Christ, c'est-à-dire que nous portons Jésus-Christ dans nos corps, lorsque nous y recevons son corps et son sang, et c'est ainsi que, selon saint Pierre, nous sommes faits participants de la nature divine... o (S. Cyrille de Jérusalem.)

« Ce corps que nous produisons dans le sacrement est le corps même qui est né d'une vierge... C'est la vraie chair de Jésus-Christ qui a été attachée à la croix, qui a été mise dans le tombeau... Avant la consécra-

« Luther se voyait contraint de céder à la clarté de ces paroles : « Je voudrais bien, écrivait-il aux Strasbourgeois, que quelqu'un put me convaincre qu'il n'y a rien autre chose que du pain et du vin dans Teucharistie ; mais le texte de rÉvangile est trop clair, je me vois pris, et il ne me reste aucune is.sue pour échapiHir. »

PREUYES tE LÀ PRÉSENCE RÉELLE 331

tion qai se fait par les paroles célestes ,' on dotiiie à cela le nom de pain ; mais après la consécration, on l'appelle le corps de Jésus -Cîhrist. AVant la consécration, ce qui est dans la coupe s'appelle du vin ; mais après la consécration, on le nomme le sang de Jésus -Christ... Et vous^ vous répondez Amen, qui veut dire : cela est vrai. Croyez donc véritablement de cœur ce que vous confessez de bouche , et que vos sentiments intérieurs soient conformes à vos paroles. » (S. âmbroise.)

36. Comment la Tradition catholique est- elle confirmée par la foi des Églises orientales ?

L'accord de toutes les Églises orientales schisraatiques avec l'Église latine ne peut s'expliquer que par la croyance unanime des fidèles au dogme de la présence réelle, avant leur séparation, qui remonte pour quelques-unes au cinquième siècle. Si cette croyance, en effet, n'avait point existé alors, peut-on supposer que ces sociétés schismatiques l'auraient empruntée à l'Église catholique?

37. Comment le dogme de la présence réelle s'établit -il par la prescription*/ De l'aveu des sacramentaires, Zwingle, Oalvin^ etc.^ l'Église^ ad

seizième siècle, croyait universellettieilt a la présence t-éfelie de Jésus-Christ dstns le sacrelnerit de l'autel. Ot* Cette Crôyahce unanime des fidèles ne pouvait tirer son origine que de la doctrine des Apôtres; N oh seulement on ne peut apporter aucune preuve qu'elle ait été introduite ouvertetiient dû dandeslinément daiis le monde chrétien, maiscette introduction même eût été impossible. Le dogme de la présence réelle est, en effet, un mystère si étrange pour la raison, qu'aUcuti hotilme tl*êtait capable d'eu avoir Tidée et de le faire admettre. Il n'appartenait qu'à Êleu de le concevoir, d'en imposer et d'en maintenir la croyance.

38. La croyance au mystère de Teucharistie n'a -t- elle pas été encore confirmée par des miracles ?

L'autorité du miracle est aussi venue confirmer le dogme eucharistique. Souvent Notrë-Sei^nëur s'est rendu sensible dahsce tnystère par des prodiges extraordinaires, tels qu'apparitions visibles dans l'hostie-, châtiments infligés aux profanateurs, hosties saUglarites , saintes espèces conservées dans les flammes, etc. ».

* ^â^mi ces prodiges si nombreux, on peut feignaler les suivants, doiit l'authenticité est parfaitement reconnue.

1» Le miracle de la rue des Billettes à Paris , en 1290. — Un juif usurier s'étant fait apporter de Téglise Saint -Merry, par une pauvre femme, sa débitrice, une hostie consacrée, se mit à la frapper à coups de canif : le sang ruissela; il la jeta au feu, elle en sortit intacte; il la plongea dans une chaudière d'eau bouillante , l'eau fut ensanglantée , et l'hostie s'éleva sous la fdrtne d'un crucifix. L'en&nt du juif ayant dit naïvettient à des pei"sonne<! cjul se rendaient à l'église que son père venait de faire moUrlr leur Dieu, une féttline, ftoiis prétexte

39. N*y a-t-il pas dans YÈ^hse d'antres prodiges qui ne sont explicables qae par la présence réelle ?

Oui , ce sont les prodiges de sainteté que fait éclore en son sein la foi à cette divine présence. A toutes les époques, des multitudes d'âmes ont immolé à Dieu leur esprit, leur cœur, leurs forces, leur vie entière, dans la prière et la contemplation des choses célestes; dans la pauvreté, dans la chasteté et dans Tobéissance volontaires; dans le crucifiement de la chair et de toutes ses convoitises; dans l'enseignement et la défense de la parole divine; dans Tapostolat au milieu de peuplades sauvages; dans l'instruction de l'enfance et de la jeunesse; dans le soin des infirmes et

de demander du feu, entra dans la maison du profanateur, et Thostie vint d'ellemême se placer dans un petit vase de bois qu'elle tenait à la main. Cette hostie fut conservée pendant quatre cents ans dans Féglise de Saint- Jean en Grève.

2<> Le miracle de Bolsena, en Italie, en 1264. — Un prêtre, célébrant la messe , eut des doutes sur la vérité de la transsubstantiation. Tout à coup les espèces contenues dans le calice se répandirent par -dessus le bord et mouillèrent de taches rouges le corporal. Le pape Urbain IV, qui se trouvait alors à Orvieto, se fit apporter le corporal, qu'on vénère encore aujourd'hui dans cette ville.

3» Le mircLcle de la chapelle des Pénitents -Gris, à Avignon, en 1433. — Les bas quartiers de la ville ayant été inondés , les eaux pénétrèrent dans la chapelle des Pénitents- Gris, le 29 novembre. Quand on vint pour retirer le saint Sacrement, on trouva les eaux divisées et s'élevant comme des murs jusqu'à une hauteur de quatre mètres pour laisser un chemin libre au milieu de la chapelle. Le procès- verbal de ce miracle est conservé dans les archives de la confrérie.

4» Le miracle de Turin, en 1453. — Un voleur, ayant pénétré pendant la nuit dans une église de Turin , s'était emparé de tous les vases sacrés et en avait chargé son cheval. Comme il s'en allait à l'aube du jour, son cheval s'abattit sur une place occupée aujourd'hui par l'église du Corpus Dom,ini. Il essiiya pendant longtemps de le faire relever sans pouvoir y réussir. La foule alors s'amasse autour de lui, et, soupçonnant quelque chose d'extraordinaire, examine la charge et découvre les vases sacrés. A l'instant, une hostie s'échappe du ciboire et s'élève dans l'air à plus de seize mètres d'élévation. Au bruit de ce miracle, Tarchevêque de Turin, le bienheureux Amédée Romagno, convoque une procession générale, et, en présence de toute la ville, présente un calice à la sainte hostie, qui y descend perpendiculairement. C'est en mémoire de ce prodige qu'a été bâtie l'église du Corpus Domini; on y voit encore aujourd'hui une balustrade dont l'intérieur occupe la place où s'arrêta le cheval. Chaque année on célèbre cet événement par une procession solennelle.

5® Le miracle de Favemey , en Franchie - Comté , en 1608. Le 25 mai, la nuit de la Pentecôte, le feu prit au reposoir sur lequel était exposé le très saint Sacrement, dans l'église abbatiale de Faverney. Tout fut consumé, excepté l'ostensoir, qui apparut suspendu dans l'espace , sans nul support. Après être demeuré ainsi immobile pendant trente-trois heures , il descendit lentement sur un autel voisin où un prêtre du voisinage, M. Aubry, curé de Menoux , célébrait la messe. Plus de dix mille fidèles purent constater le prodige.

Pour d'autres faits miraculeux, voir Mff'^ de Ségur : la Présence réelle, la France au pied du saint Sacrement, — Les nombreuses guéhsons opérées chaque année à Lourdes, au passage du très saint Sacrement, sont des faits également concluants en faveur de la présence réelle.

Page 1