Comment peut -on expliquer la prédestination
Il y a à ce sujet plusieurs opinions sur lesquelles TÉglise ne s'est point prononcîée.
Un certain nombre de théologiens disent que Dieu, en vertu de sa prescience, a connu ceux qui profiteraient des grâces du salut qu'il a destinées à tous les hommes, et que c'est cette prévision et la détermination qui en résulte dans la pensée de Dieu, qui constituent la prédestination proprement dite, ou la prédes^ tination à la gloire.
Saint Ambroise, commentant ces paroles de saint Paul, relatives à la prédestination : « Ceux que Dieu a connus dans sa prescience, il les a aussi prédestinés', » ajoute : « Dieu ne les a pas prédestinés avant de les connaître, la prédestination n'est pas venue avant la prescience; mais c'est après avoir prévu leurs mérites, qu'il les a prédestinés aux récompenses. »
90. Quelle doit ôtre notre conduite au sujet de la prédestination?
Nous devons : 1» Adorer la profondeur des jugements de Dieu, sa puissance et sa bonté.
0 profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements s'ont incompréhensibles et ses voies impénétrables ! Car qui a connu les desseins de Dieu? ou qui est entré dans le secret de ses conseils? Ou qui lui a donné quelque chose le premier, pour en prétendre récompense? ^
2o Opérer notre salut avec crainte et tremblement , mais en même temps avec une ferme confiance, y travaillant comme s'il ne dépendait que de nous , tout en reconnaissant qu'il ne vient que de Dieu.
Nous serons du nombre des élus et des prédestinés, si nous faisons un bon usage de notre liberté et correspondons aux inspirations du Saint-Esprit; car, Dieu donnant à chacun les moyens d'arriver au ciel, où il nous appelle tous, celui qui se damne ne peut s'en prendre qu'à lui-même.
Efforcez 'VOUS de plus en plus, mes frères, d'a/fei^mir votre vocation et votre élection par les bonnes œuvres ; car, agissant de cette sorte, vous ne pécherez jamais, et par ce moyen Dieu vous donnera une entrée facile au royaume étemel de notre Seigneur et Sauveur Jésus - Christ*,
* Ck>nclle de Trente, Sosa. VI, can. 16. — * Roin., viii, 20. — ' Rom., xi, 83-8fi. — * tl JMerre, i, 10, 11.
RÉSUMÉ
Nature de la grâce habituelle. — La grâce ?Mbituelle est un don surnaturel, inhérent à Tâme, qui nous rend justes, saints et agréables à Dieu. A cause de ses effets, la grâce habituelle est Appéiée jtuHfiante , parce qu'elle fait passer de l'état de péché à l'état de justice; sanctifiante, parce qu'en effaçant les péchés, elle rend l'âme pure et agréable à Dieu. — La grâce habituelle est distincte du Saint-Esprit, comme le don est distinct du donateur. Le Saint-Esprit habite réellement dans l'âme du juste, et par suite toute la Trinité, en vertu de l'existence intime des trois personnes divines l'une dans l'autre.
Effets de la grâce habituelle. — La grâce habituelle produit les plus merveil* leux effets dans notre âme : 1» elle nous donne la vie surnaturelle, en nous faisant vivre de la vie même de Dieu ; ^'^ elle nous incorpore à la famille divine , en sorte que Dieu demeure personnellement en nous, que nous demeurons personnellement en Dieu , que nous avons avec les trois personnes divines les relations les plus intimes et les plus glorieuses , et que nous devenons participants de la nature divine ; 3^ elle informe en nous les vertus surnaturelles infuses, c'est-à-dire les trois vertus théologales, les quatre vertus morales et les dons du Saint-Esprit; 4« elle nous permet d'opérer des œuvres méritoires de la vie éternelle; 5*' elle est un gage de Tétemelle béatitude, car la grâce est la semence de la gloire et donne un droit à l'héritage du ciel.
La justification. — La justification est le passage de l'état de péché à l'état de justice. Elle produit deux effets : i^ les péchés sont vraiment remis, effacés, détruits ; 2^ l'homme est renouvelé intérieurement et devient une nouvelle créature en Jésus -Christ.
Dieu n'exige aucune disposition pour la justification des enfants qui n'ont pas encore atteint l'âge de raison. Mais il est de foi que les adultes , pour être justifiés, doivent avoir: l" la foi; 2« la crainte de la justice divine; 3° l'espérance d'être traités par Dieu avec miséricorde, pour l'amour de Jésus - Christ ; i^ un commencement d'amour de Dieu , qu'il faut aimer comme la source de toute justice ; 5° la haine et la détestation du péché ; 6« la résolution de commencer une vie nouvelle et d'observer les commandements de Dieu. — La justiOcation du pécheur peut quelquefois être produite tout d'un coup, par la grâce divine; mais ordinairement sa conversion est progressive et s'avance par degrés. — La doctrine de l'Église sur les dispositions à la justification a été attaquée par les novateurs du seizième siècle, qui enseignaient, contrairement à la sainte Écriture et à la Tradition, que la foi seule justifie, et que la foi qui justifie est, pour chacun, la confiance qu'il a que ses péchés ne lui sont pas imputés à cause de Jésus -Christ.
La justification a quatre propri^^^« ; 1*» elle est incertaine; 2*» elle n'est pas égale chez tous ; 3° elle peut se perdre ; 4o elle peut se recouvrer. — Dieu a voulu nous laisser dans cette incertitude, afin de nous tenir dans l'humilité,
de nons inspirer une crainte salutaire, de nous faire redoubler d'ardeur pour notre salut et de développer dans nos cœurs le sentiment d'un abandon filial à la Providence. Cependant quand on pense souvent à Dieu et qu'on en entend volontiers parler, qu'on observe ses commandements , qu'on recherche les choses spirituelles , qu'on exerce les œuvres de miséricorde et qu'on porte en soi le témoignage d'une bonne conscience, on peut avoir la certitude morale qu'on est en état de grâce. — Il est de foi aussi que la justice n'est pas égale chez tous, car la justice s'accroît par les bonnes œuvres. — La justification est amissible, et, de fait, elle se perd par le péché mortel. — Celui qui a perdu la justice par le péché peut la recouvrer par la pénitence, car Dieu, dont la miséricorde est inépuisable, rend son amitié aux pécheurs qui reviennent à lui avec un cœur vraiment repentant. — Les novateurs , partant de ce faux principe , que la justification consiste à saisir, par la foi, la justice de Jésus -Christ et à se l'imputer, ont nié les propriétés de la justification.
Le mérite. — Le mérite est cette qualité de l'œuvre bonne qui donne à celui qui Ta faite un droit à la récompense; le démérite est ce qui rend une œuvre mauvaise passible d'un châtiment. Le pouvoir de mériter se fonde sur la miséricorde de Dieu qui, par sa promesse, s'est fait notre débiteur, et sur les mérites de Jésus -Christ. — Le mérite est : i» ncUurel ou surnaturel, suivant que l'acte et sa récompense appartiennent à l'ordre de la nature ou à l'ordre de la grâce ; ^essentiel ou participé, suivant qu'il est le mérite même de Jésus -Christ ou celui que Thomme peut acquérir en vertu de ce mérite de Jésus - Christ ; 3<^ de condignité ou de convenance, selon que la bonne œuvre donne ou ne donne pas un droit strict à la récompense. — Le mérite de condignité est fondé sur une promesse formelle de la part de Dieu, et la récompense est alors comme un acte de justice. Le mérite de convenance ne donne aucun droit rigoureux, et la récompense n'est alors, à proprement parler, qu'un acte de bonté et de miséricorde de la part de Dieu. — Le mérite a été attaqué par les chefs de la Réforme, qui en niaient l'existence.
Les bonnes œuvres des justes sont devant Dieu vraiment et proprement méritoires, d'un mérite de condignité. — Les conditions requises pour le mérite de condignité sont : 1« du côté de celui qui mérite : qu'il soit encore sur la terre et en état de grâce; 2» du côté de l'œuvre méritoire : qu'elle soit faite librement et bonne à tous égards d'une bonté surnaturelle ; 3<) du côté de Dieu : la promesse de la récompense. — Les mérites acquis sont permanents, comme la grâce habitaellc elle-même , dont ils sont les fruits. On les perd en perdant cette grâce ; on les recouvre en la recouvrant. — L'homme peut mériter d'un mérite de condignité : i» une augmentation de la grâce sanctifiante; 2<> la gloire éternelle et une augmentation de cette gloire. Il ne peut pas mériter d'un mérite de condignité, ni la première grâce actuelle, ni la première grâce sanctifiante, ni le pardon de son péché lorsqu'il a perdu la grâce sanctifiante , ni la grâce de la persévérance finale , ni la première grâce pour autrui.
I.«s conditions requises pour le mérite de convenance sont : que Ton soit encore en cette vie, que l'acte soit volontaire et libre, qu'il soit bon à tous égards d'une bonté surnaturelle. — On distingue le mérite de convenance infaillible et le mérite de convenance faillible, suivant qu'il atteint ou n'atteint pas certainement