LE PÉCHÉ ORIGINEL
en vertu de la création. Il ne nous prive pas de l'intelligence, de la liberté, ni des autres facultés et puissances qui font de notre nature une véritable nature humaine '. Il nous prive seuleiment de dons purement gratuits, de dons que Dieu aurait pu, s'il l'avait voulu, ne pas accorder à Adam. Adam n'avait pas droit à la grâce sanctifiante; il n'avait pas droit à être exempt de l'ignorance, de la concupiscence, de la douleur et de la mort; il n'avait pas droit à la vision béatifîque. Dieu n'aurait pas été injuste en lui refusant ces dons; il ne l'est donc pas en permettant que, par la faute de notre premier père, nous en soyons privés en naissant.
84. Mais Dieu, qui avait prévu la désobéissance d'Adam et les calamités qui s'ensuivraient, n'aurait-il pas dû, dans sa bonté, empêcher cette désobéissance?
Si Adam avait été fidèle à Dieu, il n'y aurait pas eu, il est vrai, de péché originel ; mais chacun de ses descendants pouvait se damner en désobéissant à Dieu. La fidélité d'Adam n'assurait donc pas le salut de chacun de ses enfants.
En vain objecterait-on que la bonté de Dieu exigeait qu'Adam eût été impeccable, car alors pourquoi n'exigerait -elle pas aussi que tous les hommes fussent impeccables. Mais Dieu est-il tenu de créer un ordre de choses où la liberté de pécher n'existe point? Dieu, au contraire, n'honore-t-il pas grandement l'homme en voulant qu'il mérite le bonheur éternel par l'épreuve de sa liberté?
Du reste, la bonté de Dieu a réparé par la Rédemption le désordre qu'a causé la chute primitive.
Où a abondé le péché, la grâce a surabondé *.
* Diaprés Luther et Calvin, suivis plus ou moins par Baïus et les Jansénistes, le péché originel aurait vicié foncièrement la nature humaine et Taurait rendue radicalement impuissante à connaître et à vouloir les choses spirituelles et divines. Cette erreur, condamnée par l'Église, est fondée sur ce faux principe ^^ la justice originelle n*était pas un don gratuit et surnaturel , mais qu'elle était essentielle à Thomme, en sorte que Dieu n'aurait pas pu créer Thomme tel lu'il Dait aujourd'hui, moins le péché originel.
Il résulte de celte condamnation de l'Église que l'état de pure nature élait possible. Dieu n'était point tenu, en créant le premier homme, de l'appeler à la vision béatifîque et d'orner son âme de la grâce sanctifiante. Il aurait donc pu le créer, tel qu'il est maintenant, exposé, par suite des illusions de la partie senible de son être, des limites de l'inteUigence et de l'imperfection de la volonté, à rigi^orance et à l'erreur, obligé de réprimer les révoltes de la chair, passible et mortel. D aurait pu, à plus forte raison, tout en l'élevant à l'état surnaturel, ne point le gratifier des dons extranaturels, c'est-à-dire le créer dans l'état où se trouvent les enfants qui ont reçu le baptême.
De fait, l'état actuel de Thomme est la conséquence du péché originel, mais copune cet état aurait pu exister sans le péché d'Adam , on voit combien sont vaines les déclamations des incrédules à propos du péché originel.
* Emn., V, 20.
Attestation de Tezistence da péché originel.