‹ Exposition de la morale catholique (volume 3)Chapitre 11 sur 71 · Vis-à-vis de nos inférieurs · texte numérisé non relu

Vis-à-vis de nos inférieurs

a) Respect que nous inspire pour eux l'humilité. L'humilité nous inspire même de les estimer plus que nous. Egards de saint François de Sales pour ses serviteurs. Prudence que commande

l'humilité et dans quelle mesure il convient de nous regarder comme supérieurs les uns aux autres, p. 59-60.

b) Explication de cette doctrine. Nous devons nous abaisser devant tout ce qui est divin. En tout homme il y a du divin. Souvent dans les âmes, le divin est invisible bien qu'il soit réel et intense. Grandeurs mystérieuses et surnaturelles qu'il ,faut saluer avec vénération. Cette vénération augmente lorsque nous considérons nos faiblesses et nos fautes. Nous arrivons à nous soumettre à tous nos frères par amour de Dieu. p. 00-63.

Heureux effets de Ihumilité. Elle maintient l'ordre en mettant chacun à sa place. C'est une vertu sociale. Elle attire le pardon et la grâce : le Publicain et le Pharisien. Elle prépare notre gloire. Humilité et exaltation de la Vierge, p. 63-64.

LHUMÏLITË

EmiaeiNtissime Seigneur (l), Excellence (2), Messieurs,

L'humilité est sœur de la mansuétude. Le Christ ne les sépare ni dans sa vie, ni dans son enseignement. « Apprenez de moi, dit-il, que je suis doux et humble de cœur : discite a me quia mitis sum et hiimilis corde ». (3) Aussi les maîtres de la doctrine et de la perfection insistent sur la nécessité de l'humilité comme ils ont insisté sur celle de la mansuétude. Cette vertu, d'après eux, bannissant de nos âmes l'orgueil qui est le plus grand ennemi de notre sanctification, nous dispose à recevoir les dons de Dieu et tle vient, dans ce sens, le fondement en nous de l'édifice spirituel (4). Et secundum hoc humilitas dici-

(li s. Em. Mgr le Gard. Dubois, Arch. de Paris. (2) S. Exe. Mgr Ceretti, Xonce apostolique. (:->) S. Matth., II, 29.

(4) Append. .\. 1, p. 295 et N. 1. p. 297.

tur spiriiualis œdificii fundamentum (1). Dieu, qui en effet résiste aux superbes]et les brise, prodigue sa grâce. aux humbles et les exalte. Plus nous dédaignerons les richesses de la terre, plus nous serons sûrs de posséder les trésors du ciel. Beau pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regiium cœlorum. Plus nous renoncerons aux joies profanes, plus nous goûterons les délices de la religion. Beati qui lugent, quoniam ipsi consolabuntur. De même, plus nous mépriserons les dignités humaines, plus nous serons glorifiés dans l'éternité. Qui se humiliât, exaltabitur (2).

L'humilité met un frein au désir des grandeurs, et par là elle se rapproche de la modération propre à la tempérance. Monter à la hauteur de ceux qui nous dépassent, planer au-dessus de nos égaux, tenir à distance les êtres moins bien partagés que nous : voilà la tendance déréglée que chacun, à ses moments de sincérité, découvre en son cœur. « Nous ne sommes contents, s'écrie le P. Lacordaire, que quand, mesurant d'un regard tout ce qui nous entoure, nous trouvons le vide, et au delà de ce vide, le plus loin possible, un monde à genoux pour nous adorer (3). » En cette prétention, il y a un désordre. A ce désordre l'humilité remédie efficacement. Je vous aurai, je pense, prouA'é la vérité de cette proposition et suf-

(1) 11» Ilae, q. Kil. art. 5. ad. 2"".

(2) Luc, XIV, H.

(3) Vingt et unième Conférence de >'otre-I>ame

DEUXIÈME CO.NFHRE.XCE 45

fisamment décrit l'humilité lorsque j'aurai déterminé l'attitude que nous dicte cette vertu d'abord à l'égard de Dieu, ensuite à l'égard des hommes.

La principale fonction de l'humilité est de nous dicter à l'égard de Dieu une attitude d'entière soumission. Humilitas, secandum quod est specialis virtus, prxcipue respicit snbjectionem hominis ad Deum (1). Est-il donc nécessaire qu'une vertu vienne nous imposer cette soumission? Est-il donc Arai qu'une créature ait osé, sur un point ou sur un autre, se mesurer avec son Créateur, qu'un ange, esprit pur mais borné, ait voulu traiter de pair, en une matière quelconque, avec l'Intelligence suprême, qu'un homme tiré du limon et près d'y retourner ait conçu l'espoir d'égaler l'Infini. l'Eternel? Oui, Messieurs. A l'aurore du monde un cri retentit dont l'écho est arrivé jusqu'à nous, cri d'un être infatué de lui-même!

« Je monterai au ciel.

J'élèverai mon trône Au-dessus des étoiles de Dieu.

Je parviendrai au sommet des nues.

Je serai semblable au Très-Haut (2). »

(1) 11=' II^S q. 161, art., 2, ad 5""

(2) IsAÏE, siii, 13-14.

■46 L.V VKKTU nii TliJJI'ÉRANCE

Au matin du temps, le serpent dit à la femme : « Si vous mangez du fruit défendu vos yeux s'ouvriront et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal » (1). La femme, croyant à la parole du tentateur, se persuada qu'elle pouvait, sans danger, s'affranchir de la loi divine. Que de fois, depuis ces jours primitifs, l'homme oubliant sa misère est tombé dans la même faute! Que |de fois nous l'avons entendu répéter : a Je serai semblable au Très-Haut ! » Serait-ce qu'il nous fût complètement interdit d'imiter Dieu? Non, Messieurs. Il nous exhorte lui-même à l'imiter dans sa miséricorde, Estote miséricordes sicut Pater vester misericnrs est (2) ; dans sa perfection, Estote perfecti sicut et Pater vester cœlestis perfectus est; dans sa vérité, dans sa justice, dans sa sainteté, Sancti estote, quia ego sanctus sum (4). Mais il est une .façon perverse de l'imiter : Dieu est jaloux des attributs qui lui sont exclusivement propres, qu'il ne communique à personne. Malheur à quiconque voudra rivaliser avec lui dans le domaine des privilèges qu'il s'est réservés, il le confondra durement, il lui redira la parole ironique (juil adressait au chef de notre race [en le chassant du paradis : « Voilà qu'Adam est devenu comme l'un de nous (5). » PnHendrc à la même indépendance

(Ij Genèse, m, 3.

(2) S. Luc, VI, 23.

(3) S. Matth., V, 48 {4) LevH. xfx, 2.

(fi) Genèf", m, 22.

DEUXIÈME CONFÉRE.NCE 47

(|iié lui, « prendre noire volonté pour loi souveraine ». ne relever que de nous-mêmes, voilà ce qu'il ne supporte pas. Et cependant nous renversons l'ordre qu'il a établi. « Nous ne voulons pas, dit Bossuet. l'imiter dans les choses où il se propose pour modèle ; en celles oîi il veut être unique et inimitable, nous entreprenons de le contrefaire » (1), de devenir les arbitres absolus de notre conduite, d'échapper ainsi à son contrôle, à son autorité, de secouer le joug de sa ])uissance et de ses commandements.

L'humilité nous habitue à d'autres mœurs. Que sommes-nous si, à la lumière de la raison et de la ïoi. nous nous comparons à Dieu ? Dieu est l'être pur et nous sommes une substance corruptible, la vie de Dieu est éternelle, la nôtre est éphémère. Dieu est maître de toutes choses, nous ne sommes maîtres de rien. La science de Dieu est parfaite, elle pénètre tout en lui comme en dehors de lui. la nôtre est bornée ; depuis des siècles nous remuons le monde afin de lui arracher ses secrets, nous n'y réussissons pas. le champ de noire vision esl d'mie étroitesse désespérante, celui de notre ignorance s'étend à l'infini : nous-mêmes sommes pour nous-mêmes un mystère que l'effort des générations n'a pas éclairci. Dieu est tout-puissant : la création d'un ange ne lui coûte pas plus que celle d'un vermisseau; U produit avec la même facilité les étoiles et les feuilles (2) :

(1) Sermon pour la fête de l'Annonciation, i^"" point.

(2) Ci. S. AnGHSTiN. Soliloques, ch. ix.

nous, nous sommes incapables d'ajouter un grain de sable à nos grèves, une goutte d'eau à la mer, un pouce à notre taille, un cheveu à notre tête. La volonté de Dieu est immuable : quand même toutes les créatures suniraient pour lébranler, elles n'arriveraient pas à en modifier le moindre décret; la volonté de l'homme 'est [instable, jouet du moindre souffle, sans cesse elle change ses résolutions et ses desseins. La bonté de Dieu, son cœur, son amour sont d'une richesse intarissable : il se donne avec magnificence sans s'appauvrir en quoi que ce soit ; notre bonté, notre cœur, notre amour sont d'une désolante indigence : pour peu que nous les prodiguions, immédiatement nous les épuisons. La sainteté de Dieu est sans tache, en elle il n'est aucun mélange de faiblesse on d'imperfection, nulle splendeur ne lui manque : l'homme porte sa sainteté dans un vase fragUe qu'un choc léger suffit à briser. Une faute, un excès, une défaillance font dégénérer notre vertu en un vice odieux et repoussant. La gloire de Dieu est ineffable, l'éclat de la création n'en est qu'une pâle image : pour déployer sa majesté elle a besoin du sein immense de l'auguste Trinité : la gloire de l'homme est une brillante-fumée, un nuage fugitif qui se dissipe en un instant et dont des mots vides dissimulent la vanité. Quelle grandeur est-ce donc que Dieu! quelle rliimère est-ce donc que l'homme! En face de cet accablant contraste, et de la distance qui nous sépare de notre Oéateur, le prophète stupéfait s'écriait : 0 Dieu,

DEUXIÈMK CONFÉRENCE ■iO .

des cimes inaccessibles que vous habitez, comment vous souA'enez-Aous encore de l'homme? Comment prenez-vous encore soin de son fils? Quid est homo quod memor es ejus, aut filius homùiis quoniam vis i /as eum^. (1).

Du moins si nous étions par nous-mêmes ce que nous sommes, si nous n'empruntions à personne l'être, la Aie, le génie, les qualités, que nous possédons, nous aurions le droit vis-à-vis de Dieu à quelque fierté, à quelque indépendance. Beaucouj) de nos semblables nous surpassent d'une façon marquée par leur intelligence, par des dons de toutes sortes, nous serions ridicules de nous mettre à leur rang, encore plus de nous élever au-dessus d'eux. Cependant nous ne sommes pas leurs vassaux, nous ne relevons pas de leui- volonté, parce que nous ne leui- devons rien. Le pain (jue nous mangeons ne vient pas de leur champ, le vin que nous buvons ne vient pas de leur vigne, l'air que nous respirons, le jour qui nous éclaire n'ont point en eux leui' principe. Ce n'est pas eux qui nous ont appelés à l'existence, qui ont éveillé le feu de notre esprit, mis en mouvement notre cœur. Ils sont plus grands que nous, nous restons lil)res de toute servitude à leur égard (2).

A l'égard de Dieu notre condition est bien diffé-

(1) Psaume v;ii. o.

\l) Append. .\. 3, p. 297.

LA VERTl" DE TEMPÉRANCE

."»0 l-V VERTU DE TEJIl'ÉRA.NT.E

rente. Par nous-mêmes nous ne sommes qu'un néant, et, ce qui n'est pas, voilà le néant. Les biens dont nous usons : biens matériels ou spirituels, Ijien naturels ou surnaturels, nous ne les tirons pas (le nous. Riches de ce monde, vous ne tenez de vous ni votre terre, ni les fleurs de vos jardins, ni les fruits de vos arbres, ni Iherbe de vos prés, ni les moissons de vos plaines, ni les eaux de vos domaines! Puissants du siècle, un autre vous a donné votre trône et votre sceptre ! Savants du Portique ou de l'Académie, Aotre génie ne vient pas de vous 1 Saints du Paradis, Chérubins et Séraphins. vous n'êtes point le principe suprême de votre héroïsme, de votre ardeur, de votre ascension sublime ! Riches, princes, savants. Bienheureux, enfants de l'humanité, célestes hiérarchies, par vousmêmes vous né tes ([ue misère, faiblesse, ignorance, péché, néant! Si aous dites : mon fleuve est à moi, ma couronne est à moi, ma science est à moi. ma sainteté est à moi parce que j'ai fait mon fleuve, ma couronne, ma science, ma sainteté : Fluviiis meus est, et ego feci eum (1), vous vous trompez grossièrement. « Qu'avez- vous que vous n'ayez pas reçu? Quid autem liahes qiiod non accepisll (2)? »

Ce qui, autour de nous, nous est utile ou nous rend heureux : astres, cieux. substances, parfums, suavités, beautés, ce qui en nous élanl réel et bon

(1) Ezéchiel, xxix, 9.

(2) I Corintii., iv, 7.

DEUXIÈME CO.VFÉRE.XCE ol

mérite estime, considération, louange : être, vie, santé, activité, lecondité, vient de Dieu. Nous devons il Dieu la grâce qui nous régénère, la foi qui nous illumine, l'espérance qui nous soutient, la charité qui nous sanctifie, les vertus qui nous transfigurent. C'est par lui que nous retrouvons la vérité. Tinno- <:ence. la voie de la persévérance et de la gloire. Sans lui, nous ne sommes rien, nous n'avons rien, nous ne faisons rien, nous ne pouvons rien; sans lui, nous nous égarons dans la nuit, nous nous avilissons 4lans le mal, nous manquons notre destinée, nous nous perdons, nous nous damnons. Je le sais, nous coopérons à la réalisation de ses miséricordieux desseins, mais cette coopération même est l'effet de sa perpétuelle intervention, car c'est lui qui, comme cause première, commence tout dans les ordres les plus divers, continue tout, achève tout. A cet immense labeur, nous n'avons qu'une part, la part des causes secondes, je veux dire la part des causes entièrement subordonnées à l'action de la Cause première et absolue.

La philosophie et l'Evangile nous obligent à constater cet état de choses; l'humilité nous oblige à régler notre conduite d'après cette constatation. L'humiUté, en conséquence, nous prescrit d'adorer la redoutable et solitaire majesté de Dieu, de répéter la parole d'Abraham : « Oserai-je parler à mon Seigneur, moi qui suis cendre et poussière (1)? » Elle

(1) Genèse, xviii, 27.

nous prescrit d'imiter le pul)licain qui. au seuil du temple et loin de l'autel, ne voulait pas même lever les yeux au ciel, car il craignait d'offenser par un regard indiscret l'Etre qui nous domine de si haut (1). Elle nous défend de nous arroger des attributs qui sont le privilège incommunicable de la Divinité. Dieu seul a le droit de prononcer ces paroles ; Ego siun qui sum. Je suis par moi-même ce que je suis (2). Revendiquer pour nous une pareille autonomie, nous comporter comme si nous nousétions faits nous-mêmes, est une usurpation et une injustice. L'humilité nous apprend que nous ne sommes point des êtres indépendants, que notre liberté même à des bornes, qu'elle est soumise à un autre, à celui qui l'a créée en nous créant. Dès lors, se glorifier d'une vie, dune fortune, d'un talent, d'une beauté, dune perfection dont l'on est redevable à un autre, est l'aberration d'un esprit léger, superficiel, extravagant et le travers d'un cœur aveuglément épris de lui-même. D'après l'enseignement unanime des docteurs, en effet, cette vertu nous empêche de nous attribuer des avantages que nous n'avons pas, de nous considérer comme la source des biens que nous avons reçus du dehors, de croire ({ue nos mérites nous ont obtenu des faveurs qu'en réalité une bonté supérieure nous a seule prodiguées (3).

(1) s. Ldc, XVIII, 10-

(2) Exode, in-14.

(3) Cf. S. Thomas. Il» II-", q. 162, art. 4.

DEUXIÈME CONFÉRENCE o3

Enfin, Messieurs, riiumilité, conséquente avec ellemême, nous ordonne de nous soumettre totalement à celui qui nous a faits, qui nous fait chaque jour, qui a fait et qui fait tout ce que nous possédons. En nous intimant cet ordre, l'humilité est d'une merveilleuse sagesse. Dieu est à jamais notre roi. soit que nous lui résistions, soit que nous lui obéissions. Tous, fidèles ou incroyants, adorateurs ou blasphémateurs, saints ou misérables, anges ou démons, nous sommes à sa merci, nous n'allons ni plus haut' dans le bien, ni plus bas dans le mal f[u'ilne veut, il ne dispose pas moins de l'enfer que du ciel, du pécheur que du juste. Xous aurons beau dire : a Xi Dieu, ni Maître », il restera notre Maître et notre Dieu. Tous, bon gré, mal gré, au jour du Jugement final, nous serons attachés à son char triomphant. A^ous, serviteurs modestes, vous pauvres femmes, vous adorateurs STupuleux de l'éternelle volonté, aous assisterez à la gloire de Dieu comme des enfants assistent, transportés de joie, à l'apothéose de leur père. Et vous qui avez nié l'existence du Très-Haut, qui 'avez recouru à mille arguments, à mille sophismes pour vous affranchir de son autorité, vous n y échapperez pas, il vous traînera à sa suite comme des vaincus, comme des esclaves, et il vous forcera de dire à la face de lunivers : Tu soins Dominus, tu soins altissimiis.

L'humilité a l'avantage de rendre volontaire cette soumission à laquelle nul, vis-à-vis de Dieu, ne peut se soustraire. Soumission dans l'ordre intellec-

i> ^ LA VKKTU DK TKMI'ERA.NCE

luel. Quand on est humble, on écoule docilemenl un Dieu qui parle, on adhère pleinement à ses révélations, on ne discute pas son enseignement si mystérieux, si incompréhensible qu'il soit, on le préfère à l'enseignement des hommes, estimant que le moindre rayon émané de l'Esprit infaillible nous apporte des clartés supérieures à toutes les lumières découvertes par des esprits sujets à l'erreur. Celui qui est humble sacrifie ses idées, ses préjugés aux idées émises par Dieu, persuadé d'avance que sa science est en défaut si elle contredit une sagesse qui ne se trompe jamais. Celui qui est humble confesse intérieurement par un assentiment sincère, extérieurement par des affirmations positives la suprématie et la royauté de Dieu sur le terrain de la pensée.

Soumission dans l'ordre moral. Celui qui est humble ne résiste pas aux commandements de Dieu. 11 n'essaye pas de secouer le joug du Seigneur, il le' porte sans murmurer, rencînçant à sa volonté pour faire la volonté du Père céleste. Il respecte cette volonté, quelle favorise ses plans ou qu'elle les déconcerte, quelle l'exalte ou qu'elle l'abaisse, qu'elle l'éprouve ou quelle lui ménage de beaux jours. Il s'y abandonne sans jamais se reprendre ; dans les luttes de l'agonie, il murnuire encore : ^< que votre volonté soi! faite et non la mienne; » au moment d'expirer, il reste à la disposition de Dieu pour la vie et pour la mort. |iour le temps et pour l'éternité, il s'en remet à son

DEUXIKME CONFËRENCl' bo

Créalcur de son àme et de sa dosliiiée. In manus tuas, commendo spiritum tneiim. 11 pousse la soumission jusqu'au bout, et jusqu'au bout il se montre le serviteur obéissant de la Puissance souveraine. Humiliavif semetipsum, factus obediens usque ad inorlem (1).

A l'égard des hommes, l'humilité ne nous impose pas une attitude moins conforme à la raison et à la Religion (2).

D'abord elle réprime le penchant qui nous porte à vouloir égaler ceux qui nous dominent légitimement par leur autorité, ceux qui, dans la hiérarchie de ce monde, sont plus que nous. Quiconque suit les préceptes de l'humilité ne réclame pas les honneurs dus uniquement aux chefs de la société religieuse ou de la société civile. Sachant qu'il n'est ni roi, ni maître, il n'exige pas qu'on le traite en roi ou en maître. Il accepte le rang et le rôle secondaires que la Providence lui assigne, il ne cherche pas à en sortir, ni à s'emparer de dignités auxquelles il n'a pas droit. Il se rappelle le conseil du Saint-Esprit : « Ne prends pas des airs superbes devant le Prince. Ne te mets pas à la place des grands » (3).

Il n'a pas oublié les imprécations que Jésus adressait aux Pharisiens : « Malheur à vous parce que vous aimez à présider les festins, à occuper les pre-

(1) F'hilippiens, ii, 8.

(2) Appeiifl. N. 4, p. 29.S.

(3) Proverbes, xxv, (>.

LA YliRTU DE TEMPEKA.NCE

mières chaires dans les synagogues, à recevoir sur la place publique les hommages de la multitude, à être appelés rabbis (1). » Il ne tente pas de se substituer aux souverains qui gouvernent l'Etat, ni aux Pontifes chargés de régir lEglise. Si quelqu'un lui offre une distinction qui ne lui appartient pas, il proteste. Etonné des miracles et des vertus de Jean-Baptiste, le peuple est dans un enthousiasme indescriptible, il accourt de Jérusalem et de toute la Judée pour voir, pour entendre cet homme extraordinaire : il ne sait ({uel titre lui conférer: celui de Prophète ne lui semble pas répondre suffisamment au mérite du fils de Zacharie, il est près de penser qu'en la personne du Précurseur, il faut acclamer le Christ si longtemps et si impatiemment attendu. Quelle belle occasion pour Jean de devenir au moins un jour l'idole de sa nation !

Mais Jean est humble : il n'est point grisé par l'encens dont la fumée monte vers lui de toutes les âmes, il s'indigne au contraire à l'idée d'être pris pour l'un des immortels docteurs d'Israël et surtout à l'idée d'être confondu avec le Messie, Sauveur du niunde. Aussi, lorsque les prêtres et les lévites le prient de dire s'il est le Christ, il réplique catégoriquement : « Je no le suis pas. — Quoi donc, continuent lee messagers de la Ville Sainte, ètes-vous Elie? — Nullement. — Etes-vous prophète? — Pas davantage. — Enfin, qui êtes-vous? — Je suis une voix, rien de plus, une voix, il est vrai, qui émeut la

(1) s. Luc, XI, 43. S. Matthieu, xxiii, 6.

DEUXIEME CO>FEREi\CE Oi

solitude, trouble les tribus, alarme les peuples, fait trembler les rois, mais une voix, un souffle dont je ne dispose pas, dont dispose Celui qui, par ma bouche, crie dans le désert : « Aplanissez le chemin du Seigneur (1) ».

Pour Jean-Baptiste, ce n'est pas assez de se juger avec cette touchante modestie, il témoigne solennellement en faveur de Jésus. « 11 Aient après moi, dit-il, mais il était avant moi, je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa chaussure (2). » Dès qu'il l'aperçoit, il laisse éclater son admiration en ces mots ardents : «Voici lagneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde. J'ai vu l'Esprit descendre sur lui comme une colombe du ciel et y demeurer (3). » Je ne baptise que dans l'eau..., (4) c'estlui qui baptise clans les feux de l'Esprit-Saint (5).... A lui de croître, à moi de diminuer. Lui vient d'en haut, il est au-dessus de nous tous (6). » Jean n'a qu'un souci : détourner de sa personne la gloire qui revient au Sauveur. Exemple admirable de cette humilité qui, non seulement ne nous permet pas d'accaparer, ne fût-ce que par le désir, un honneur réservé à nos maîtres, mais nous commande de le refuser si l'ignorance ou la sympathie nous le proposent !

A plus forte raison l'humilité est-elle offensée lors-

(1) s. Jean, i, 19-23.

■ (2) S. Jean, i, 27.

(3) Ibid, II, 29-32.

(4) Ibid., II, 26.

(5) Ibid., II, 33.

(6) Ibid., III, 30-31.

que l'un de nous a lambilion de se changer en ce qu'une plume barbare a nommé le surhomme. Daniel raconte que Nabuchodonosor ordonna de dresser. dans la plaine de Dura, une gigantesque statue. Cette statue tout en or avait soixante coudées de haut et six de large (1). Elle devait, par ses dimensions, par sa richesse, figurer l'opulence et la majesté du roi de Babylone, et défier toute comparaison. Histoire très antique et très fraîche de l'homme qui, soit d'une façon absolue, soit dans sa sphère, entend habiter les sommets solitaires et sublimes où nul, en dehors de lui, ne saura parvenir! L'humilité corrige de pareilles aspirations, elle n'autorise en personne ces sentiments hautains. Elle a raison de la manie qui nous entraînerait à nous séparer de l'humanité pour régner suielle en monarques [uniques et absolus.

Parmi nos égaux, si nous sommes humbles, nous nous comportons avec simplicité. Cette simplicité nous met en garde contre ^le besoin de nous singulariser par les moyens les plus divers et les plus ingénieux. Ne point être confondu avec la foule, bien que celle-ci ait autant de mérite que nous, telle est la passion qui se manifeste fréquemment en nous. Pour réussir nous déployons, selon nos tempéraments et notre condition, un art subtil. Ne point faire ce que font les autres, faire ce qu'ils'ne font pas; s'abstenir de les suivre dans leurs démarches, contredire leurs

(1) Damel, III. 1-7.

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affirmations, dédaiguei' ce qu'ils admirent et admirer ce qu'ils dédaignent : se signaler par l'élégance, les couleurs voyantes, criardes même ou excentriques de la toilette ; adopter, quand on parle, un langage qu'on a la faiblesse de croire personnel, original, et qui n'est que bizarre sinon ridicule : affecter une sensibilité excessive ou une dureté implacable : des opinions extrêmes par leur violence ou, au contraire, par leur feinte modération : prendre des airs })rovocateurs ou réservés : autant de procédés auxquels on recourt en vue d'attirer les regards, de frapper les esprits et de cacher sa médiocrité. Le chrétien véritablement humble résiste à ces tentations. Il s'applique à ne pas afficher plus de fortune, plus de savoir, plus de noblesse, plus de piété, plus de puissance qu'il n'en a en effet. Etre ce qu'il doit, paraître ce qu'il est. porter les vêtements qui conviennent à sa condition : fréquenter la société dont il fait par'ie. ne pas se mettre en avant, passer inaperçu, n'ofiusquer personne, voilà son idéal.

Ses inférieurs sont de sa part l'objet d'une bienveillance affectueuse. Il ne les méprise pas. sous prétexte qu'ils sont pauvres, ignorants, d'éducation commune, d'origine vulgaire. Il respecte leur nom. il Jeur tend cordialement la main, il ne rougit pas de ses relations avec eux, il leur témoigne toute sorte d'égards, quelle que soit leur misère. Bien plus, au fond de son cœur il les estime plus qu'il ne s'es-

LA VERTU DE TEilPERA.NCE

time lui-même, et lorsque la prudence ne le lui défend pas, il s'abaisse devant eux. Saint François de Sales traitait ses serviteurs axec une paternelle condescendance, écoutant leurs plaintes, tenant compte de leurs idées, ménageant leurs susceptibilités, louant leur dévouement et même obéissant à leurs désirs. Un jour, il s'était habillé de grand matin, sans faire appel à son valet. Celui-ci froissé s'expliqua sur un ton très vif et accusa son maître de mépriser ses gens. Après avoir protesté qu'il n'avait pas eu celte intention, le Bienheureux finit par dire : « Je vous le promets, puisque vous le voulez ainsi, à lavenir, je ne m'habillerai pas sans vous (1). »

X y a-t-il pas, en cette conduite, un défaut de mesure ? Ne risque-t-on pas, en poussant aussi loin l'abnégation, de compromettre son autorité ? Non, Messieurs, pourvu que l'on agisse avec discrétion, pourvu que l'on ne s'humilie pas à tort et à travers. Il y a un temps pour se redresser fièrement. Saint Paul écrit aux Gorinlhiens : « Certains, près de vous, se A'antent dètre Hébreux, je le suis moi aussi ; Israélites, moi aussi ; fils d'Abraham, moi aussi ; ministres du Christ, je le suis plus qu'eux ; j'ai enduré plus de travaux, une plus longue captivité, j'ai reçu plus de blessures, j'ai été plus exposé à la mort (2). » Il y a un temps pour sabaisser, et le même saint Paul

(i^Appi'iid. .\. :;, p. 300.

(2) I Coritith., xi, 22-24.

dit aux mémos Corinthiens en une autre circonstance : « Je suis le moindre des apôtres, moi qui ne suis pas digne de porter ce nom parce que j'ai persécuté l'Eglise de Dieu (1) ». C'est à la prudence de maintenir l'équilibre des vertus et d'en régler l'exercice. Ceci entendu, il reste que « dans notre commune humilité » nous devons nous regarder mutuellement « comme supérieurs les uns aux autres, in humilitate superiorts sibi invicem esse arbitrantes (2) ».

Voici l'explication de cette doctrine.

L'humilité a pour but principal de nou^ soumettre à Dieu, en conséquence elle a pour but aussi de nous abaisser devant tout ce qui est divin dans les créatures, devant tout ce que Dieu a mis de lui-même dans ses œuvres.

A cet élément supérieur, ce qui est purement humain doit céder le pas. Or, en chaque homme il y a du divin, il y a un reflet réel, vivant de l'Infini : c'est l'autorité, le génie, la sagesse, la bonté, la grâce, la vertu, la sainteté. Quels que soient son nom et sa nuance nous devons l'honorer par respect pour Dieu d'oii il provient comme nous devons aimer notre prochain par amour de Dieu. Vous me direz : « En moi, il y a aussi du divin, pourquoi accorder aux autres plus de considération qu'à moi-même?» Je vous répondrai ! « Si vous étiez certain de l'emporter sur vos frères, si, en vous, l'élément divin avait atteint un

(1) I Corinth., xv-9.

(2) Philipp., II-3.

02 LA VERTU DE TEMl'ÉRA.NCE

degré d'iiilensité auquel les autres ne seraient pas parvenus, vous auriez le droit, par égard pour Dieu même, de vous élever au-dessus des autres. »« Non autem hoc requiril huniiliias, ut aliquis id quod est Dei in seipso, subjiciat ei quod apparet esse Dei in al ter 0 (l) ».

Mais avez-vous cette certitude? Le Pharisien de l'Évangile eût été stupéfait si Ton s'était permis de dire qu'en lui le divin avait moins de perfection (jue ilans le Publicain. Cependant il en était ainsi. La ville de Capliarnaûm eût été indignée si on l'avait mise au-dessous de Sodome. Cependant Jésus prononce ces paroles terribles : « Et toi. Capliarnaûm, qui t'élèves jusqu'au ciel, tu seras abaissée jusqu'aux enfers.... Oui, je te le dis. au jour du jugement, il y auramoins de rigueur pour Sodome que pour toi(2). » Les anciens de Jérusalem se fussent scandalisés si Ton avait insinué que le partage des courtisanes était préférable au leur. Cependant le Christ les apostrophe en ces termes : « Des courtisanes vous précèdent au royaume des cieux (3) ». La colère des docteurs de la loi fid devenue de la fureui- si l'on avait prétendu que leur connaissance des mystères sacrés était dépassée par la science infuse des âmes les plus ignorées. Cependant, le Seigneur bénit le Père d'avoir révélé aux petits les secrets (juil a cachés aux sages ( i) .

(1) II* II", q. 161, art. 3.

(2) S. Matth., xii, 23-24.

(3) S. Mathiei-, XXI, IH.

(4) Ibid.. XI, 2.J.

DEUXIÈME CONFÉRE.NCE 63

Les princes de la lerre hausseraient les épaules si l'on affirmait qu'ils auront moins d'influence sur leur génération qu'un pécheur, qu'un mendiant, qu'une bergère. Cependant, saint Paul proclame que Dieu a choisi ce qui était faible au gré du monde pour confondre les forts (1).

11 y a dans les âmes des grandeurs mystérieuses, des grandeurs surnaturelles qu'il faut saluer avec vénération. Réfléchissons à ces réalités, pensons à nos faiblesses, à nos fautes, il ne nous sera pas difficile d'estimer les autres plus que nous-mêmes, ni de comprendre la doctrine que saint Thomas résume en cette formule : « Par l'humilité nous devons, à cause de Dieu, nous soumettre à tous nos frères. Per humilitatem debemus nos subjicere oninibus proximis propler Deum (2) ».

L'humilité de- l'homme qui, sincèrement convaincu de sa misère, consent à être oublié, à passer après les autres, à être traité moins honorablement qu'eux n'est pas un orgueil déguisé, mais une vertu authentique. Cette vertu produit des effets merveilleux dans le monde et dans les âmes. Le désordre et l'anarchie viennent de ce que les individus, les familles, les classes veulent marcher à la tète des autres classes, des autres familles, des autres individus. L'humilité maintient l'ordre en nous mainte-

(li II Corinth., i, 27.

(2j II' II«, q. (;i,art. 3, ad l"i

(ii LA VERTU DE TEMPÉRANCE

nant à notre place, en nous gardant contre FenAie de dominer le prochain, d'égaler nos supérieurs, de monter au-dessus de nos égaux. Ainsi, c'est une vertu éminemment sociale qui aboutil à la tranquillité de Tordre, c'est-à-dire à une paix solide. Elle appelle le pardon et la grâce, car Dieu regarde avec plus de complaisance un être coupable mais humble qu'un être vertueux mais orgueilleux. Le Pharisien sort du temple portant toujours le poids de ses péchés, quand le Publicain se relève, il est justifié. L'humilité prépare notre gloire. « Le Seigneur a jeté les yeux sur la bassesse de sa serAante, dit la Vierge, désormais toutes les générations m'appelleront bienheureuse (1). » Puisque la gloire acquise par rambition est Aaine, puisque la gloire éternelle qui est d'un prix infini s'acquiert par Ihumilité, cultivons pieusement l'humilité afin de voir se réaliser en nous la promesse du Christ : « Qui se Jiumiliat, exaliabitur. Celui qui s'abaisse sera élevé (2). »

(1) s. Luc, I, 48.

(2) S. Luc, siv, 11.

LÀ MODFSTIE ET Li PASSION DE SAVOIR

SOM.\[AIKE

Noble passion du savoir encouragée pai- la Religion. Cette passion a besoin d'être réglée. 11 faut l'eaipècher de séteindre dans la négliger.ee et la paresse. 11 faut aussi la contenir et la soumettre aux lois de la discrétion. La modestie chrétienne, en cette matière, nous met à l'aliri des défaillances et des excès, p. 71-72.

1. La modestie ne nous interitit pas de cberelier l.i vérité avec ardeur ni de l'étudier avec constance.

a) Toute science est utile. Enseignement de saint Thomas sur la béatitude. La moindre vérité est un trésor qui nous sert dans l'ordre matériel, spirituel, moral. La science n'est pas la vertu, mais elle aide puissamment la vertu. Erreur du mysticisme qui montre de l'hostilité à toute invention, à tout progrès, p. 72-73.

b) Il y a des sciences nécessaires. Nous sommes tous obligé-s de nous inquiéter des principes qu'il faut adopter pour organiser notre vie. reni'itir nos devoirs, atteindre notre fin dernière. Ces principes sor t contenus dans l'Evangile et dans le catéchisme. Il n'est permis à personne de les ignorer. Chacun est tenu de leur donner la première place dans ses préoccupations intellectuelles et dans l'éducation des enfants. Gbacanèst tenu de les étudier et de les approfondir aussi parfaitement que possible. La divine A'érité est le pain de vie, p. 73-75.

c) Scandale du temps présent. Une multitude se montre indifférente à ces grands problèmes. Ignorance de la Religion et de la morale. La fièvre des affaires et des plaisirs dévore toutes les heures d'un trop grand nombre d'hommes. Parabole des invités qui refusent de se rendre au banquet préparé à l'esprit par le Sauveur. Prescriptions de la modestie contre ce flegme insensé. Responsabilité des parents qui ne donnent pas une part suffisante aux questions religieuses dans l'éducation des enfants. Surprises et malheurs qui les attendent. Vu exemple, p. 73-77.

()8 I.A VERTU DH THMI'HUA.NCl-;

d) Des connaissances spéciales sont nécessaires à chacnn suivant sa profession. Science du prince, du magistrat, du prêtre, etc. . . Témérité de celui qui exerce une fonction sans y être compétent. Catastrophes qui sont la suite de son ignorance. Graves erreurs commises par les juges et les magistrats improvisés. Responsabilité de ceux qui enseignent sans une connaissance sérieuse. Pour enseigner une vérité, il faut en être deux fois le maître. Avant d'écrire, de parler, de prêcher, il faut apprendre à penser. On apprend à penser en étudiant, p. 77-79.

e) Répugnance, lassitude, dégoût que nons éprouvons parfois pour létude. Lamour du savoir secoue cette nonchalance, nous enchaîne à son objet et nous pousse à la recherche de la vérité. Exemple de saint Thomas d'Aquin interrogeant encore, au moment de mourir. le Cantique des Cantiques, p. 70-t50.

La modeslie, sorte de tempérance, règle lamour du savoir. 1 Elle exige que lamour du savoir soit pur el désintéressé.

a) Les uns étudient pour s'exalter eux-mêmes, ils veulent connaître pour être connus. Leurs, intrigues. Démarches et humiliations auxquelles ils se soumettent. Dans quelle mesure et pourquoi il est permis d'aspirer aux grades et aux litres, p. 80-82.

b) La seconde profanation du savoir vient de son alliance avec la cupidité. Un bon auteur doit vivre de sa plume. Injustice de la société vis-à-vis des « prolétaires de rintelligence ». Conduite généreuse des anciens vis-à-vis des hommes d'étude et des sages. Cependant il ne faut pas considérer la science comme une marchandise qu'on vend au plus offrant et (pion trahit pour en tirer un bénéfice supérieur, p. 82-84.

c) Lamour du savoir se corrorajjt lorsquil est inspiré jiar la volonté de mal faire. Alors, selon le l)ut criminel où il fend, il devient barbare, inique, impudique, impie, p. M4-83.

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