LA KO
ALLOCUTION
<V LA COMMUNION OÉNÉRALB DES HONMCS
DIMANCHE DE PAQUES
LES PÉCHÉS COiNTRE LA. FOI A L'EUCHARISTIE
Quomodo potesthic nobis dare carnem suam ad manducanduml
Comment peut-il nous donner sa chair à manger? i
(S. Jean, vi, ti3.)
Messieubs,
Nous avons le droit de demander à ceux qui nous enseignent la vérité surnaturelle au nom de Dieu, leurs lellres de créance et la preuve de leur niisision afin que notre foi soit raisonnable. Mais quoqd ils nous ont donné satisfaction nous sommes tenus, sans discuter, sans hésiter, quelque mys* tère que contiennent leurs discours, de croire tout ce qu'ils nous révèlent. Nous sommes tenus de
croire sans discuter et sans hésiter, car de la discussion et de l'hésitation au doute positif, du doute à l'hérésie le chemin est court. Nous sommes tenus de croire tout ce qu'ils nous disent, car c'est Dieu qui parle en eux et par eux, et si Dieu pouvait se tromper lui-même ou nous tromper sur un point, le fondement de notre foi s'écroulerait, et c'est bien légitimement que nous passerions de l'hérésie à l'apostasie totale. S. Jean, au chapitre vi* de son Evangile nous donne d'impressionnantes leçons.
Notre Seigneur avait surabondamment montré par ses vertus, par ses prophéties, par ses miracles, qu'il était l'envoyé de Dieu, que sa doctrine n'était pas sa doctrine mais celle de son Père. La veille du jour où il annonça aux Juifs le mystère de l'Eucharistie, il avait fait éclater sa puissance surhumaine dans deux prodiges d'une grandeur admirable. Avec cinq pains et deux poissons, comme en se jouant, il avait nourri cinq mille hommes. En présence de ce fait qui ne pouvait s'expliquer par l'action de la nature, les Juifs s'étaient écriés : « Celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde », et ils voulaient dans leur enthousiasme le couronner roi. Le même jour on avait vu le Sauveur marcher majestueusement sur les flots du lac soulevé par le vent, apaiser la tempête, et les témoins de ce nouveau miracle s'étaient pros-
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ternes devant Jésus, l'avaient adoré en disant : « Tu es vraiment le fils de Dieu » (1). Après de telles constatations, ces hommes devaient considérer comme approuvé par le Père, comme inspiré du Père l'enseignement du Maître, et y croire comme au Père céleste lui-même.
Par une contradiction étrange, leurs dispositions changèrent dès que le Christ parla du mystère de son corps et de son sang. A peine avait- il prononcé ces mots : « Je suis le pain de vie, je suis descendu du ciel », que la foule se prit à murmurer vaguement : « N'est-il pas le fils de Joseph ? N'avons-nous pas connu son père et sa mère? Gomment prétend-il donc qu'il est descendu du ciel? » Pourquoi ce murmure?
Ne savons-nous pas, messieurs, que la puissance de Dieu s'étend plus loin que notre intelligence, que vouloir la mesurer à ce que nous connaissons, c'est* infiniment la raccourcir, que la souveraineté du Créateur serait presque réduite à rien si elle ne pouvait faire que ce que nous comprenons, ne concilier que ce qui nous paraît conciliable. Jésus avait dit : « L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en Celui qu'il a envoyé. » En refusant d'entendre ces mots du divin Docteur, les Juifs s'engageaient dans une voie glissante. Leur
(1 8. Matth., XIV, 34.
hésitation devint vite un doute positif et le fléchissement des auditeurs aug^menta pendant que Jésus poursuivait sans se troubler: « Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. Voici le pain qui descend du ciel, quiconque en mange ne meurt pas. Je suis le pain vivant descendu du ciel, si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde. » Alors les Juifs indignés s'agitèrent et se posèrent des questions sans nombre : « Comment peut-il nous donner sa chair à manger? » Et comment avait-il multiplié les pains, marché sur les flots, calmé la tempête? La vérité n'a pas le droit d'abdiquer ; renchérissant sur sa première affirmation, Jésus continue plus impérieusement : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de 1 Homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour... Celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
La synagogue ne goûte pas ce langage, entraînée sur la pente de son incrédulité, insensible aux promesses de vie éternelle, de résurrection, de rassasiement total faites à ceux qui croiront, elle refuse d'écouler plus longtemps et, s'insurg, ..nt tout à fait, elle dit : « Cette parole est dure, qui pourrait l'écouter? » C'était la négation d'un dogme.
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L'apostasie totale suivit. Beaucoup de disciples, à partir de cet instant, retournèrent en arrière, c'està-dire à leur état antérieur et au point oîi ils étaient avant de connaître Jésus. Ces apostats une fois éloignés ne revinrent plus, la séparation fut définitive, ils ne fréquenlèrent plus le Sauveur, et celui-ci attristé les abandonna à leur malheureux sort. Ainsi, dans les choses de la foi, si, par une curiosité indiscrète, nous voulons percer des mystères inaccessibles au lieu de nous confier filialement à Celui dont toutes les paroles sont esprit et vie, une hésitation engendre un doute, un doute jeltc dans l'incrédulité partielle, l'incrédulité vis-à-vis d'un dogme entraîne à l'apostasie, à la rupture totale, peut-être éternelle avec le Christ et avec Dieu ; et l'homme perverti s'en va seul dans le désert de l'existence, ne sachant plus où trouver un refuge pour son esprit, et un abri pour son cœur.
Apprenez donc, messieurs, à bannir de votre âme toute hésitation devant le mystère de Dieu, à rester fermes dans votre foi, bien que vous ne compreniez pas tout ce que vous croyez. Quand les incrédules se furent retirés, Jésus se retourna vers les douze et leur dit mélancoliquement : « Et vous, voulez- vous aussi vous en aller? » Mais Simon Pierre, avec cette chaleur et cette spontanéité qui lui étaient propres, s'écria : « Seigneur,
à qui irions-nous? Vous avez les paroles de la vie éternelle. Et nous avons cru et nous avons su que vous êtes le Christ, Fils de Dieu. » Imitez, messieurs, le chef des apôtres, ne suivez pas ceux qui abandonnèrent Jésus ; si hauts que soient les mystères, acceptez-^ps, demeurez attachés à votre Dieu par l'esprit^ par le cœur, et attendez de votre intimité avec son Fils l'éternel bonheur et la glorieuse résurrection réservés à ceux qui auront cru et aimé. Ainsi soil-il.