I/AUM01NE DE L'EXPIATION DANS L'EUCHARISTIE
« clic est enim calix sanguinis mei... qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccalorum.
Ceci est le calice de mon sang...
qui sera répandu pour vous, pour beaucoup d'autres et pour la rémission des péchés. »
(Paroles de la Consécration.)
Messieurs,
La miséricorde du Cdirist n'a pas dit son dernier mot quand elle nous a pardonné. Après le pardon, il reste des droits à payera la justice. Jésus pousse la bonté jusqu'à payer pour nous les dettes que nous avons contractées vis-à-vis de son Père, jus-
qu'à nous affranchir de la peine due à nos fautes, après nous avoir délivrés de nos fautes. 11 expie pour nous au Calvaire, il applique à chacun de nous la vertu de son expiation à l'autel.
L'Eucharistie est un sacrifice d'adoration, de louanges, d'action de grâces, un holocauste incomparable à l'adresse de Dieu, mais c'est aussi un sacrifice d'expiation où le Christ emploie en notre faveur la douleur de sa Passion. Ce n'est pas que Jésus meure une seconde fois; après sa résurrection il ne meurt plus, la mort sur lui a perdu son empire. Cependant, dans nos sanctuaires, il reste à l'état de victime, d'hostie; il emploie son sang pour nous éviter tout châtiment.
Que de pensées, que de désirs, que d'affections, que d'actions pèsent sur notre conscience! Sans doute, nous avons été absous de la faute, mais il reste la peine. Il faudra subir cette peine en cette vie ou dans l'autre, car sur ce point le Souverain Juge ne transige pas. La souffrance qui nous est infligée sur la terre ou dans le Purgatoire est destinée à nous punir de nos prévarications. Il faut bien accepter cette loi de la Providence qui concerne les personnes, les familles, les sociétés. C'est pourquoi les âmes religieuses se consacrent aux œuvres de mortification, c'est pourquoi les peuples animés de l'esprit de l'Evangile s'efforcent par la pénitence de prévenir les vengeances de Dieu et de calmer ses colères. C'est pourquoi dans tous les cultes on offre des vie-
times et des sacrifices, non point seulement pour affirmer le souverain domaine du Créateur sur son œuvre, mais encore pour désarmer le Vengeur de l'iniquité. C'est pourquoi dernièrement l'empereur d'Allemagne et le roi d'Angleterre ne craignaient pas de demander à leurs sujets des jours de jeune et d'expiation. Plusieurs se révoltent contre celte doctrine. Cependant, l'on ne peut pas la nier sans atteindre l'idée de justice, ni sans condamner le mystère de la Rédemption. S'insurger contre elle serait prétendre que nous sommes, individus ou société, sans faute et sans reproche. Qui donc oserait le dire? On vous objectera que si Dieu punit un homme ou un peuple, il est l'ennemi de cet homme, de ce peuple, et qu'il médite leur perte. Pas du tout, Messieurs. En nous frappant pour rétablir le règne du droit, Dieu se souvient qu'il est père. Un père ne sépare pas, en châtiant ses enfants, l'idée de justice de l'idée d'amour. En exigeant des réparations du fils qui a mal fait, il songe à souligner le désordre de la faute, il songe en même temps à développer la conscience et à sauver le coupable. Punir n'est pas haïr. Dieu procède de la même façon. Chaque jour, pendant la guerre, nous récitons à la sainte messe une oraison qui contient ces belles paroles : « 0 Dieu, maître de tous les royaumes et de tous les rois, vous qui guérissez en frappant, traitez-nous avec miséricorde et faites que nous profitions de vos corrections comme d'un
remède salutaire. » Dans cette prière, nous affirmons en même temps la nécessité de l'expiation et le caractère miséricordieux de celle que Dieu nous impose.
Il faut donc que toute faute soit effacée et expiée. Mais le péché qui offense la majesté infinie de Dieu appelle une peine infinie. De sorte que nous sommes incapables de satisfaire la justice outragée. Le Christ, dont la dignité, à raison de sa Personne, est infinie, nous prête sa puissance. « Ceci, dit-il, est le calice de mon sang qui sera répandu pour vous, pour beaucoup d'autres et pour la rémission des péchés. » Le sacrifice de l'autel est donc le sacrifice où nous pouvons puiser les moyens d'expier la peine due à nos fautes. En y puisant nous payons à Dieu nos dettes avec le sang de son fils. A la croix, Jésus- Christ répand sa vie pour nous racheter; à l'autel, il dispense à la cité, aux individus, la vertu de sa Rédemption. Il permet à chacun de nous de s'approprier ce dont il a besoin pour s'acquitter vis-à-vis du Père céleste. Nos souffrances, insuffisantes par ellesmêmes, acquièrent un nouveau prix en se trempant dans le calice du Sauveur et prennent une puissance qui agit victorieusement sur Dieu. Jésus s'unità nous et répond avec nous, il dispose en notre faveur de ses mérites au Calvaire. Il en dispose pour couvrir cette multitude de fautes qui crient vengeance et qui sont nos fautes; il en dispose pour qu'ils servent à notre complet rachat. Au Calvaire, il accumule les trésors ; à
L'autel il les distribue. Votre cœur, Messieurs, est plein du sacrifice auguste qui commence à l'autel parla consécration, qui se consomme dans le prêtre et en vous par la communion. L'efficacité de ce sacrifice ne dépend pas seulementde sa dignité, elle dépendaussi de votre ferveur car la satisfaction, aux yeux de Dieu, vaut non seulement par la qualité delà réparation que l'on apporte, mais aussi par le sentiment de celui qui l'apporte. Si le sacrifice du Christ ne nous épargne pas toute peine, ne l'accusons pas d'insuffisance, accusons notre tiédeur qui n'a pas su, ni voulu profiter de sa richesse au degré où nous le pourrions. A nous donc d'assister à la sainte messe avec une pieuse attention, à nous de nous approcher de la sainte table avec une âme pure et une dévotion recueillie, à nous de nous assimiler et de nous approprier l'expiation que contiennent le ciboire et le calice, à nous de nous libérer par l'hostie de toute redevance vis-à-vis de Dieu.
Aujourd'hui, Dieu nous demande une grande effusion de notre sang. Notre sang coule à flots presque à chaque heure et à chaque minute. C'est le cœur dévoré par l'inquiétude et brisé par le chagrin que nous attendons la fin de cette hécatombe immense où périssent tant de jeunes et belles vies. Depuis plus de huit mois, la France endure une véritable passion et un véritable martyre. Pendant que sous le feu nos soldats bien-aimés s'immolent pour sauver notre territoire, notre honneur, notre
drapeau, et unissent leurs souffrances à celles de l'auguste victime de la croix, ofï'orçons-nous d'obtenir que notre épreuve soit abrégée, que nos armées remportent la victoire où elles trouvtront le terme de leurs maux. A coup sûr, toute bonne œuvre, tout acte de vertu agit sur Dieu, mais c'est en offrant au Père le sang de son Fils que nous rachèterons le mieux notre propre sang. C'esten assistant au sacrifice de la messe et en communiant chaque jour, si nous le pouvons, que nous offrirons au ciel le sang du Christ. Emu par nous, le Christ présentera an Souverain Juge son calice; il lui dira une fois de plus : « Vous voulez des victimes, me voici. Acceptez mon holocauste, épargnez ceux que vous m'avez confiés et qui déjà ont tant souffert. »
Le Père ne refusera pas, j'en suis sûr, cette oblation ; il nous attribuera l'expiation qui viendra de son Fils, et il ménagera la génération qui nous est si chère. Usons donc, Messieurs, pour nous et pour les autres, pour notre pays tout entier, du sacrifice de l'autel, et, je l'espère, par des moyens dont il a le secret, Dieu mettra fin plus tôt à notre deuil national. Ainsi soit-il.