‹ Exposition de tableaux à la plumeChapitre 35 sur 81 · LE LONG PES FORTIFS · texte numérisé non relu

LE LONG PES FORTIFS

Alexandre. — Oh! mince alors! On s'croirait dans 1' grand monde ! chez madame la marquise Unetelle ou chez la vicomtesse de Chauffeà-L'œil ! Je regrette infiniment, mademoiselle, que mes gants soient restés chez F teinturier, sans ça j' les aurais enfilés pour vous faire ma déclaration.

Louise. — T'es un chouette, toi! T'es un rigolo !

Alexandre. — On 1' dit; dans tous les cas, j' suis un type qui sait bougrement bien aimer quand i veut; et aujourd'hui j' veux, pac' que t'es gironde, t'as bien la gueule de la Parigote.

Louise. — Tu l'as dit, bouffi ! J' suis née au boulevard Saint-Marcel, tout près du marché aux chevaux. Mon père était ouvrier tanneur et ma mère rempaillait des chaises. Le père est parti depuis longtemps pour l'autre monde; quant à maman? elle rempaille pour l'instant j' sais pas trop où.

Alexandre. — En v'ià tout un drame de famille ! Mais qu'est-ce que tu fais d' ton temps ?

Louise. — J'avais commencé à m' mettre chez les autres, j'étais en apprentissage chez une blanchisseuse de fin; c'est même en rapportant du linge chez des jeunes gens seuls qu'il m'est arrivé d' rester trop longtemps en route : les jeunes gens ça a toujours quéque chose à vous

faire voir. J'y gagnais chaque fois une pièce de vingt sous ; c'était même le seul argent à" poche que j' pouvais avoir. J'en étais arrivée à m' faire mes quatre à cinq francs par jour; mais la patronne a trouvé que j' perdais trop d' temps dehors : hier, elle m'a flanquée à la porte.

Alexandre. — C'est pour ça qu' t'es v'nue rôder par ici?

Louise. — Un peu.

Alexandre. — Et tu voudrais p't'ètre t'y trouver une situation?

Louise. — Si y a moyen?

Alexandre. — T'es sans 1' sou?

Louise. — Oh! non; j'ai fait des économies : j'ai vingt-sept francs d' côté.

Alexandre. — T'as une dot superbe!

Louise. — Et ça s'ra pour celui qui saura m' faire proprement la cour.

Alexandre. — Mais, ma cocotte en or, t'as qu'à parler! Alexandre est là pour un coup. C'est la Providence qui t'a mise sur mon chemin. J' te roucoulerai des romances en douceur avec accompagnement d' guitare et, pour commencer, j' vas faire un sacrifice pour toi. J' te vais prouver que j' vaux la peine d'être aimé. Comme j' travaille la nuit, j' vas flancher au turbin pour une fois; j'ai d' mon côté une petite économie d' trois francs dix sous : on va aller

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