ÉCOLE D F C E X T K E
Musée du Louvre.)
devait tenir de bien près à son protégé. Le premier, par les caractères de l'exéeulion très précise, fine, lisse, argentée, comme ceux du style et et de l'expression, semble à jjeu près contemporain du
liiptyquo et leprésenle pcul-rtre deux autres princesses deBoiuLoii. Le second est d'une facture plus savante encore, plus colorée, plus savoureuse, d'une fermeté si souple, d'une maîtrise si résolue, que plus d'un connaisseur hésite à y voir la main dn même maître. Il nous parait pnurlanl (ju'on ne })eut guère chercher ailleurs; ou liii'u ce serait donc l'œuvre, unique jusqu'à présent, d'un grand artiste, sorti du même milieu, mais plus expérimenté encore et qui, seul hélas! ou presque seul, dans les premières années du xvi'' siècle, aurait su, sans sortir ties traditions françaises, s'élever au niveau des plus grands portraitistes contemporains d'Italie et des Flandres.
(Quelques autres u/uvres, toutes excellentes, étaient encore cataloguées dans la même série. Peut-être pour quelques-unes, par exemple pour les deux panneaux du musée du Louvre représentant les mêmes princes Pierre de Bourhon et Anne de France, plus jeunes de dix ans, faut-il faire quelques réserves. La découverte de la Nativitr d'Autun ne nous permet guère d'admettre en 1488, dans la manière du « Maître de Moulins », une telle modification dans le sens réaliste, une facture relativement lourde, qui n'aurait été chez lui que passagère. Il est plus sage de penser à un contemporain de même éducation et de même école. Mômes hésitations nécessaires vis-:i-vis de l'exquise Vierge en gloire, eoiiroiiiiée par les anges (coll. Ouesnet). Ce petit panneau, soigné comme une miniature, chef-d'œuvre de comhinaisons linéaires et lumineuses, semhle l'œuvre d'un homme moins accoutumé aux grands coups de hrosse, et qui résume, nu ])eu plus tard, avec ime délicatesse supérieure, la poésie extraite des ouvrages de Jean Fouquet et de l'anonyme liourbonnais. En revanche, celui-ci peut bien revendiquer le délicieux Portrait de Suzanne de lioiirbon, où la pâle et douce fillette, un peu plus âgée que dans le triptyque, égrène naïvement son chapelet (collection de M'"" de Yturbe) cl peut-être le petit panneau, hien fatigué, mais si expressif et si délicat, avec la devise : Par tout, par bien, représentant, d'après une tradition trop récente, Yolande de Savoie ou, d'après les supposi lions ingénieuses de M. Bouchot, Marie d'Angleterre, la trop jeune femme du trop vieux Louis Xll coll. Walter GayV
Anonyme! anonyme! (Jui déchirera ce voile?(Jui nommera enlin ce grand artiste? Quant à Bourdichou, il n'y faut plus songer. Sa manière est aujourd'hui Irup connue par ses miniatures authentiques, dans le plein de sa vie, et par le triptyque de Loches, dès sa jeunesse, pour qu'il puisse désormais prétendre à cette nouvelle
SUZANNE r^ ''""RBON
Feuillet «au,ie a un d.ptyq^, ,^^ ,^(.„ duW^siècle
iCoUecHon de M"!" de YKirte ;
gloire. Comment lui laisser même le fameux: Porlmil iht pi-iit dauphin Charics-Orlant, lié le 10 octobi'e l'iU2, liieii ([u'il lût à celte époque peintre de la cour? N'y a-t-il pas, dans l'accord frais des tonalités claires et blanches, visage et mains, robe et [lonnet, dans
l'IMITIlAlT nu hAll'IIIN C]] AIU.ES-OIILAXT ATTruniE Al «'.MAITllK II K MOULIXS"
(Collection (le M, Charles Ayr, Lomlres.)
la précision si juste des traits, dans reiichàssement net, la' couleur ^rise, le regard tin de l'œil, et, plus encore, dans la naïveté vivante de la physionomie enfantine, toutes ces (|ualités spéciales qui apparaissent dans la NaJ/rité de liSO el qui se développeront] ensuite dans tous les tableaux postérieurs? L'aspect, je le vois bien, [a
quelque chose île [iliis résolu, de plus ri|ii('. de plus métallique, que ces autres peintures, mais n'est-ce point que ces dernières ont toutes été, plus ou moins, frottées, lavées, (■|iiderinées? Au contraire, le petit Orlaitt. emporté par Charles Vill dans la campagne d'Italie (1494). pille jiar les Stradiotes dans la teule royale, conservé, jusqu'en ces dernières années, à Venise, ilans la famille (Iddi, a pu heureusement garder sa vigueur originale.
Si nous écartons Bourdichon, faut-il donc toujours penser à Peri'éal, comme l'a fait, dès les premiers jours, Paul Mantz, souvent si perspicace? A noire avis, c'est sur ce grand nom-là qu'il reste bon de parier. Aucun artiste, entre 1480 et lo2U. ne tint chez nous, ni même au dehors, plus de place que cet homme universel, architecte, décorateur, iteintre du roi, de la ville de Lyon, sa résidence accoutumée, de la reine Marguerili' d'Aulrichc, ami jiersonnel du cardiual de Bourbon, frère du duc, et de la duchesse Anne, qui le charge d'alTaires conlidenlielles, directeur des premiers travaux de l'église de Brou, fournisseur de modèles pour les métiailleurs et pour les sculpteurs, — pour les plus grands sculpteurs, puisqu'il donne à Michel Colombe les dessins pour le tombeau de Fran(;ois il dans la cathédrale de Nantes. Qu'on se souvienne encore qu'il accompagna deux fois au moins nos armées en Italie; qu'en 1499, lorsqu'il était à Milan, le marquis de Mantoue, le protecteur du grand Manlegna qui vivait à sa cour, lui lit demander un tableau que l'ei'réal s'excusa de ne pouvoir lui envoyer, à cause de ses multiples travaux; qu'en lu07 Louis XII, en Italie, pensant toujours à son peintre, écrit à Blois qu'on lui envoie un recueil de miniatures, « pourtrails " par Jehan de Paris, " ... pour monsireraux dames de par de ça. car il n'y a points de pareils... », on avouera qu'il est liien juste de croire à l'existence de quelque bon morceau marqué de cette grilTe. Toutes les circonstances semblent se r(''unir pour désigner en lui, de fait comme d'honneurs et de renommée, le vrai successeur de Jean Fouquet, le dernier et le plus noble représentani, chez nous, de la vieille tradition du Moyen âge rajeunie et virilisée par l'ellVirt international du xv"" siècle, qui fleurit encore chez nous jusqu'aux transformations politiques et sociales, conséquences de la déroute de Pavie, durant lesquelles le génie français, comme le génie llamand, allait traverser, sous les influences ultramontaines, une longue crise dont tous deux sortiraient complètement transformés.
A > Si: M i;l k i: d i: sain i k s
M I N 1 A T L" H E DES 11 E U II E S d' A -\ \ E DE 1! U E T A 0 NE, P A II B 0 C 11 D I C H 0 N (Bibliothèque rsationalc, Paris.)