‹ Exposition des principes du gouvernement républicain, tel qu'il a été perfectionné en AmériqueChapitre 5 sur 39 · A ANDRE JACKSON · texte numérisé non relu

A ANDRE JACKSON

A mesure que le pays se peuplera et que des communications seront ouvertes, ces avantages disparaîtront, il est vrai; mais si, avant ce temps, les peuples d'Europe réussissaient à s'émanciper et à reformer leurs gouvernement sur le plan du nôtre , il n'y a pas de doute qu'ils ne jouissent d'une prospérité encore supérieure à la nôtre.

Par malheur pourtant , cette réforme n'est pas facile et ne peut s'opérer que par la violence. Chez nous , nous voyons tous les jours des réformes sociales avoir lieu sans aucune révolution. Souvenez - vous , Monsieur, du changement apporté dans la constitution de la Yirginie , il y a quelques années, par une convention. Ce fut un changement vraiment radical ; mais il eut lieu sans aucune secousse. Quel magnifique spectacle offrit alors cet état ! Eu Europe , il n'en est pas ainsi; les peuples y sont gouvernés , non dans leur intérêt, mais dans l'intérêt de ceux qui se trouvent à leur tête, ou tout au plus dans celui de quelques classes privilégiées. Une résistance avouée du pouvoir social est organisée partout et empêche

VI DEOIGAGE.

tout progrès. Si , par hasard , le parti du progrès devient le plus fort un instant , cette résistance organisée pactise avec lui. Mais tous ces pactes sont toujours faits dans le but de tromper le peuple , et ne font que rendre la révolution finale plus nécessaire et imminente. Ce grand cataclisme social ne peut long-temps tarder, et sera amené encore plus par la mauvaise foi des gouver nans, que par leur oppression. Leur conduite a rendu le recours à la violence nécessaire et juste, et s'ils en étaient les seules victimes, il n'y aurait pas grand mal ; mais le danger qui en résultera pour la société tout entière est incalculable. Les nations ne pourront jouir immédiatement des bienfaits dé la liberté , et seront obligées de passer par une période de dictature plus ou moins longue , pour donner à l'orage le temps de se calmer. C'est à la conduite des gouvernemens actuels qu'est due la nécessité de cette période et du recours à la force et à la violence qui doit lui succéder. Que la responsabilité en soit tout entière sur eux!

]En effet 5 Monsieur, jamais l'Europe ne

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fut si mal gouvernée. Pas un homme de mérite ne brille ou sur les trônes ou h. leurs côtés. La veii des hommes d'état s'est éteinte et a fait place aux diplomates. C'est avec de petites intrigues et de petits moyens que l'on gouverne actuellement l'Europe ; et c'est ainsi que tous les intérêts des hommes réunis en société sont sacrifiés par les gouvemans aux vues de leur ambition personnelle et à l'avancement de leur famille.

Vous qui n'avez dû votre élévation graduelle qu'à votre mérite transcendant, vous qui venez d'être réélu à la première place de la terre par un nombre de suflfrages représentans les votes de 9,600,000 (neuf millions six cent mille) de vos concitoyens, regardez autour de vous ceux qui sont placés à la tête des nations , et faites une comparaison entre eux et vous. Y en a-t-il un, parmi eux, que ses talens eussent pu faire élire constable en Amérique? Combien d'entre eux eussent même été repris de justice , s'ils eussent vécu sous une règle d'égalité ? Comparez, Monsieur, la maxime politique de votre longue et honorable vie : Neither to courtj^

VIII DiDIGAGE.

norto décline popular faveur (i) , aux principes de corruption qui font la règle de la conduite de tous les hommes publics en Europe, et vous comprendrez tout de suite pourquoi notre république, quoique sous d'autres rapportsplacée dans des circonstances défavorables 5 est si prospère. On gouverne bien chez nous 5 et Ton gouverne mal en Europe: voilà tout le secret. J'espère, Monsieur, que vous verrez avec intérêt Fessai que je fais de naturaliser les principes de notre gouvernement en Europe , et que vous recevrez avec bonté l'assurance du profond respect avec lequel je suis votre servi-teur, ami et concitoyen.

Achille MURAT.

(i) La popularité ne doit être ni recherchée, ni évitée.

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