Joan., cap. viii
2. Malth., cap. xvii, 1, 9. Cf. Sumni. theol., III P.. <iu3est. Ai : de Singulis miraculis Chrizti; totam qiiaes* tionem : 45 de Trans/iguratione ChristL
i^i, VIE DE JKSU8,
serviteurs de Dieu. A ne considérer (\\\e l'excellence des œuvres, il a pu dire : a J'ai fait ce qu'aucun autre n'a fait : » Quœ nemo alius fecÀl *. Sublime défi, dont vous comprendrez mieux le sens et la portée si vous voulez étudier la manière dont le Christ thaumaturge a opéré ses miracles.
Qu'il s'agisse de simples prestiges ou de véritables miracles, nous voyons, dans l'histoire du merveilleux, ceux qui opèrent se mettre en rapport avec une puissance supérieure. Les ministres des fausses divinités évoquent, par des signes étranges et de lugubres conjurations, l'esprit de ténèbres, dont ils veulent exploiter le pouvoir. Uniquement appliqués à une ostentation de force extraordinaire, ils sentent le besoin d'entourer de mystères leurs agissements afin que personne n'en surprenne le secret, et n'aspirent à produire que des chose? singulières, bizarres, stupéfiantes, terribles, pour assurer sur les âmes faibles leur exécrable empire. Cette dernière infirmité des opérateurs se retrouve chez les narrateurs qui ont pris à
i. Joan., cap. xv, 24.
tâche de grandir, dans l'esprit crédule des peuples, certains personnages mythologiques. La métamorphose et les maléfices tiennent plus de place, en leurs récits,que les actes pratiques et le bienfait.
Quant aux véritables thaumaturges, ils ne vont pas au-devant des prodiges, ils attendent l'ordre de Dieu. C'est avec lui qu'ils se mettent en rapport, c'est sa puissance qu'ils implorent par des cris et des larmes, c'est en son nom qu'ils agissent. Ils ne reçoivent qu'avec trem blement les communications de son pouvoir, et ils sentent si bien que ce pouvoir leur est étranger, que parfois ils doutent, hésitent et se reprennent au commandement. Ainsi Moïse, frappant deux fois le rocher d'où doivent sortir les eaux destinées à abreuver son peuple, et recevant de Dieu ce sévère reproche : « Parce que tu n'as pas cru en moi, parce que tu n'as pas honoré comme il fallait ma toute-puissance devant les fiis d'Israël, tu ne les introduiras pas dans la terre que je leur donnerai *. J) Avec cela,
1. DixifqueDominus ad Moysen et Aaron : quia non credidislis mihi ut sanctificaretis me coram llliis Israël, non.
184 VI R DK JËâUS.
remarquez, Messieurs, que les prodiges de juslice se lïiôlent souvent aux prodiges de mi.sf';ricorde. Le feu du ciel, les anges externriinateurs et les fléaux font une sévère diversion aux bienfaits des thaumaturges. Ne pouvant se protéger eux-mêmes contre les passions d'une multitude facilement ingrate, ils ont besoin d'être protégés. La puissance des miracles leur sert de rempart contre les injustes colères et l'aveugle violence. Moïse se plaint amèrement des menaces du peuple qui veut le lapider *, et nous pouvons croire, sans lui faire injure, qu'il contient sous son pouvoir la foule indocile des enfants d'Israël, bien plus par la crainte que par l'amour et la reconnaissance.
De ces observations il ressort, en premier lieu, que le merveilleux, sous quelque aspect qu'il se présente dans l'histoire, est dû à une vertu qui vient du dehors. Nous ne voyons jamais l'homme essayer de le tirer de son propre
introducetis hos populos in terram quam dabo eis. (Num., cap. XX, 12.)
1. Clamavit autem Moyses ad Dominum dicens : Quid faciam populo huic ? Adhuc paululum et lapidabit m>\ (Exod., cap. xviii, 4.)
fond. Il étonne, on Tadmire; mais, en définitive, il n'est que l'instrument d'un agent supérieur qui se manifeste et impose, par des œuvres audessus des forces humaines, la crainte et le respect de son pouvoir. En second lieu, le merveilleux frappe l'esprit, mais il touche difficilement le cœur. Les prestiges n'ont pas d'autre but que d'asservir les âmes par la terreur. Les miracles de justice balancent, par leur austère influence, les miracles de miséricorde, tiennent le peuple timide à distance des thaumaturges et mêlent à son religieux respect une secrète épouvante. Notez bien ces conclusions. Messieurs, elles sont d'une souveraine importance, car elles jouent dans l'histoire générale du merveilleux le rôle d'ombres providentielles, d'où émerge, avec un singulier éclat, la lumineuse figure du Christ.
Il est thaumaturge; et le premier caractère propre de ses miracles, c'est la spontanéité de la toute-puissance. Non seulement il agit avec un calme auguste, sans crainte, sans étonnement, sans efforts, mais il est manifeste, en toutes ses œuvres, qu'il opère de son fond et pour son propre compte. S'il paraît se trou-