PARIS
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SOIXANTE-TREIZIÈME CONFÉRENCE
SOIXANTE-TREIZIÈME CONFÉRENCE
Eminentissime Seigneur 1, Messieurs,
Dieu peut-il placer une créature raisonnable dans de telles conditions de grâce que son premier crime soit à jamais irrémissible? — Il le peut et il Ta fait. Les esprits célestes qui se groupaient autour de son trône, à l'origine des temps, n'eurent pas d'autre perspective devant eux qu'une persévérance sans déclin ou une prévarication sans remède. En un instant ils se décidèrent, en un instant, aussi, leur sort fut fixé. Dans un pareil état, la pénitence est impossible.
Mais, d'un autre côté, Dieu peut ourdir un plan moins absolu et moins sévère, et placer
i. Son Éminence le Cardinal Guibert, archevêque de Paris.
sa créature dans des conditions telles qu'elle puisse aspirer légitimement à la réparation de ses fautes. Alors, la pénitence devient une nécessité de l'ordre troublé, Tunique moyen de rétablir la paix entre Dieu et sa créature, et, selon la comparaison de saint Thomas, l'indispensable remède qui fait dans notre vie spirituelle ce que fait la médecine corporelle dans l'organisme d'un malade dont les jours sont en danger *.
Tel est l'état de l'humanité. — Le baptême nous engendre à la vie de la grâce; la confirmation nous accroît et nous perfectionne; l'Eucharistie nous alimente. Voilà qui serait parfaitement suffisant, si nous n'étions exposés à de funestes accidents qui tarissent ou diminuent dans nos âmes la sève divine et compromettent notre salut éternel. Sans ces accidents, la pénitence n'aurait aucune raison d'être, son propre est de les réparer 2. ce La nature rai-
1. Patet quod sacramentum pœnitentiae est necessarium ad salutem post peccatum, sicut medicatio corporalis postquam homo in morbum periculosum incident. Summ. Theol., III P., qusest. 84, a. 5.)
2. Sacramenta qusedam per se ordinantur ad salutem hominis; sicut baptismus, qui est spiritualis generatio;
sonnable nous y incline, » dit notre grand docteur; mais, pour suppléer à ses impuissances dans l'ordre éminent où elle a été placée, et aussi pour donner suite à l'admirable parallélisme qui harmonise nos deux vies, Dieu a élevé la pénitence à la dignité d'un sacrement1. C'est de ce sacrement, Messieurs, que je vais vous entretenir.
et confirmatio, quœ est spirituale augmentum; et Eucharistia, quae est spirituale nutrimentum; pœnitentia autem ordinatur ad salutem hominis quasi per accidens, supposito quodam, scilicet ex suppositione peccati ; nisi enim homo peccaret actualiter, pœnitentia non indigeret; indigeret tanien baptismo, et confirmatione, et Eucharistia; sicut et in vita corporali non indigeret homo medicatione, nisi infirmaretur ; indigeret autem homo per se ad vitam generatione, augmento, et nutrimento.
Et ideo pœnitentia tenet secundum locum respectu status integritatis, qui confertur, et conservatur per sacramentaprsedicta: undeet metaphoricedicitur secunda tabula post naufvagium. Nam sicut primum remedium mare transeuntibus est ut conserventur in navi intégra; secundum autem remedium est post navem fractam, ut quis tabulse adhœreat : ita etiam primum remedium in mari hujus vitse est quod homo integritatem servet : secundum autem remedium est, si per peccatum integritatem perdiderit, quod per pœnitentiam redeat. (Summ. Theol, III P., qaast. 84, a. 6.)
1. Ex naturali ratione homo movetur ad pœnitendum de malis qurc fecit ; sed quod hoc, vel illo modo homo
Le Protestantisme a nié son existence, non sans exploiter, selon son habitude, les fausses interprétations de l'Écriture. Je ne m'attarderai point ici à le réfuter1. Le sens des paroles par lesquelles le Christ a donné à ses apôtres le pouvoir de remettre les péchés est trop clair, pour qu'on n'y voie pas l'institution d'un rite sacré destiné à prendre place au milieu du divin septénaire qui règle, dans la communauté chrétienne, l'effusion des grâces de la rédemption. La tradition ne s'est point méprise sur les intentions du Sauveur. Elle compare la pénitence au sacrement de notre génération spirituelle2, et l'appelle le second hap-
pœnitentiam agat est ex institutione divina. (Summc Theol, III P., quaast. 84, a. 7.)