‹ Exposition du dogme catholique (volume 4)Chapitre 3 sur 40 · Reconciliatio. (Evarist., in cap. Presbytère, XXVI, q · texte numérisé non relu

Reconciliatio. (Evarist., in cap. Presbytère, XXVI, q

6. Si quis dixerit in catholica Ecclesia pœnitentiam non esse vere et proprie sacramentum pro fidelibus, quoties post baptismum in peccata labuntur, ipsi Deo

Vous entendez bien, Messieurs : il s'agit d'une réconciliation entre Dieu et l'homme. Or, cette réconciliation suppose nécessairement deux actions : une action de Dieu qui pardonne, une action de l'homme qui se dispose au pardon *. L'action de Dieu s'exprime par la formule sacramentelle que prononce sur l'âme coupable le ministre de Jésus-Christ; l'action de l'homme se décompose en trois actes pénitentiaires que l'on peut considérer, d'après la doctrine de l'Église, comme la matière du sacrement : — la contrition, la confession et la satisfaction *. Tous ne sont pas nécessaires au même degré, mais tous doivent concourir à la perfection du sacrement.

reconciliandis a Christo Domino nostro institutunr, anathema sit. (Sess. XIV, can. 1.)

1. Necessarium est ad salutem peccatoris quod peccatum removeatur ab eo : quod quidem non potest fieri sine pœnitentise sacramento , in quo operatur virtus passionis Christi per absolutionem sacerdotis simul.cum opère pœnitenfis qui cooperatur gratise ad destructionem peccati. (Summ. TheoL, III P., qusest. 84, a. 5.)

2. Si quis negaverit ad integram et perfectam remissionem peccatorum requiri très actus in pœnitente, quasi materiam sacramenti pœnitentise, videlicet contritionem, confessionem etsatisfaetionemquse très pœnitentise partes dicuntur.... anathema sit. (Conc. trid., sess. XIV, can. 44

Étudions aujourd'hui Pacte premier et fondamental sans lequel, en tout état, la pénitence serait absolument impossible , l'acte indispensable que rien ne peut suppléer, l'acte dont la puissance est telle qu'il peut purifier le pécheur avant que soit prononcée la sentence de son absolution : je veux dire la contrition. — Quelle est sa nature? — Quelles sont les conditions qui la rendent acceptable et en assurent l'efficacité?

Le péché fait de l'homme un ennemi de Dieu> de Dieu un ennemi de l'homme. En péchant, l'homme, selon l'énergique expression de la théologie, tourne le. dos au Bien suprême pour chercher dans les créatures la satisfaction de l'immense besoin d'être heureux dont son cœur est tourmenté : « Peccatum est aversio a Deo9 et conversio ad creatums. » Tant qu'il reste dans cette posture outrageante, la justice divine se tient prête à s'appesantir sur lui. Mais,

s'il veut renoncer à la criminelle indulgence qui, le rendant esclave de ses appétits, l'a détourné de Dieu; s'il veut se faire justice à lui-même, la miséricorde divine est toute prête à se pencher vers lui et à le plonger clans les abîmes de pardon d'où toute vie coupable sort purifiée. Faire un échange avec Dieu, prendre pour soi la justice, afin que Dieu se relâche de ses saintes rigueurs et s'abandonne aux paternelles effusions de sa miséricorde : Voilà la pénitence1.

ce La pénitence, dit Tertullien, remplit dans la vie de l'homme l'office de la justice indignée : Pœnitentia Dei indignatione fungitur*. )) Les anciens nous l'ont représentée sous les traits d'une divinité austère, appliquée à compenser par des peines les plaisirs trompeurs de l'iniquité, « Tout acte mauvais, dit un poëte flottant entre le paganisme et le christianisme, toute faute, qu'elle soit acte ou omission, toute faute est soumise aux dures exi-

1. Quid est homo pœnitens? Homo sibi irascens; ut accipiat veniam, de seipso exigit pœnam, infligit sibi çondemnationem, ne incurrat damnationem. S. Aug., se--m. 35, De Verbis Domini.)

2, Tertul., De Pœnitentia,

gences d'une divinité qui se cache au fond du cœur humain : Il faut qu'on se repente :

Sum Dea quse facti non factique exigo pœnas : Nempe ut pœniteat l... »

Le repentir, c'est le premier acte de justice que doit accomplir l'homme coupable. Mais, qu'est-ce donc, Messieurs, que le repentir? Est-ce cette soudaine honte qu'éprouve une âme fière quand elle se voit déchue ? Est-ce ce mystérieux tourment de la conscience révoltée qu'on appelle le remords? « Je me repens, s'écriait un illustre coupable châtié par la justice humaine, je me repens, et ce que j'ai fait me torture :

Pœnitet et facto torqueor ipse meo.

« L'exil auquel je suis condamné pèse moins douloureusement sur mon âme que ma faute elle-même :

Cumque sit exilium, magis est mihi culpa dolori.

ce Je souffre moins d'endurer ma peine que de l'avoir méritée :

Estque pati pœnam quam mœruisse minus 8 »

1. Auson., Epigram. de occas. et pœnit. 3. Ovid., lib. I, De Ponto.

Est-ce là le repentir? — Messieurs, dussionsnous pousser éternellement ces cris lamentables de la honte et du remords, nous n'aurions pas encore commencé notre pénitence.

La honte et le remords sont des avertissements qu'on peut ne pas comprendre; la honte et le remords sont des châtiments qu'on peut subir sans en reconnaître la justice. Le dépit orgueilleux de se voir misérable, quand on se croyait noble et vertueux, ne fait pas sortir l'homme de lui-même pour le retourner vers Dieu; le tourment de la conscience révoltée ne triomphe pas toujours de l'amour obstiné qui rive une âme à l'iniquité; et c'est précisément parce qu'on voudrait goûter en paix les joies du péché que le remords, si l'on ne parvient à l'étouffer, engendre de tragiques désespoirs. Enfin, la honte et le remords laissent subsister le péché là où il s'est établi, et le péché en doit être chassé.

Or, ce n'est pas Dieu qui chasse le péché : il le voit, il l'exècre, il le maudit, mais il ne permet pas à ses mains très saintes un contact qui les souillerait. Entre lui et le péché, il faut que des puissances actives, doucement mues

î.T! REPENTIR 13

par sa grâce, repoussent l'hôte homicide auquel le pécheur a donné l'hospitalité.

Ces puissances sont la raison et la volonté libre de l'homme. A elles s'adressent les pressantes invitations qui descendent du ciel sur les lèvres des hérauts de la miséricorde divine pour arriver jusqu'à nous. — « Convertimini : Convertissez-vous. — Convertissez-vous, mes enfants, et revenez au Seigneur1. Convertissezvous, et faites pénitence de toutes vos fautes*. Convertissez-vous, confins de la terre, et vous serez sauvés3. — Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive*. Convertissez- vous : Convertimini. » Vous l'avez souvent entendu ce cri divin. L'Église l'emprunte aux prophètes et le répète sans cesse, pour nous donner à entendre que la honte et le remords ne sont que les préludes de plus terribles peines, s'ils ne nous préparent

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