‹ Exposition du système des vents Lartigue, Capitaine de corvetteChapitre 4 sur 8 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

RÉFLEXIONS ET OBSERVATIONS SUR LES CAUSES DES DIVERS PHÉNOMÈNES DONT IL VIENT D’ÊTRE FAIT MENTION.

Nous ne nous sommes servis que d’un seul principe de physique, exposé au commencement de notre ouvrage ; puis, à l’aide de nos propres observations, nous sommes parvenus à développer le système des vents, de telle sorte que tout repose sur des faits.

Nous allons maintenant faire part de nouvelles observations qui pourront faciliter l’explication des causes des divers phénomènes que nous avons exposés.

Le mouvement de rotation de la terre autour de son axe n’exerce que peu d’influence sur la direction des vents alisés.

Les savants et les navigateurs qui ont écrit sur les vents alisés attribuent au mouvement de rotation de la terre, autour de son axe , la direction de l’E. à l’O. que ces vents prennent entre les tropiques. Le mouvement de rotation de la terre paraît être, en effet, la cause première de cette direction, mais elle n’est pas la seule.

Il semblerait même qu’elle n’est pas très-considérable , mais qu’il suffit qu’elle ait fait détourner tant soit peu vers l’O. les courants d’air des deux hémisphères , lorsqu’ils se rencontrent, pour que l’influence qu'ils exercent l’un sur l’autre leur fasse prendre la direction de l’E. à l’O.

Les vents alisés des deux hémisphères ne se joignent qu’à une certaine distance dans l’O. des continents d’Afrique et et d’Amérique, jamais dans les mers de l’Inde. Cependant, les vents alisés du N., dans l’océan Atlantique septentrional , et les vents alisés du S. , dans les mers de l’Inde , situées au

S. de l’équateur, prennent la direction de l’E. à l’O. 11 est meme à remarquer que ees vents se rapprochent d’autant plus de l’E. que leurs limités sont plus éloignées de l’équateur, tandis qu’ils se rapprochent d’autant plus du N. ou du S., suivant l’hémisphère, que leurs limites sont plus près de l’équateur : ce qui devrait être le contraire , si le mouvement de rotation de la terre autour de son axe était la seule cause qui déterminât les courants d’air polaires à prendre la direction de l’E. à i’O. , car l’influence de ce mouvement devrait être toujours plus considérable aux environs de l’équateur que dans les lieux situés près des pôles.

Toutefois, celte influence , lorsqu’elle est combinée avec d’autres causes que nous allons chercher à expliquer, concourt à produire, sur les vents polaires, les effets que les auteurs lui attribuent , lors même qu’ils ne parviennent pas à l’équateur.

La configuration des terres exerce une grande influence sur la direction des vents en général.

On a pu remarquer que les vei>ts, lorsqu’ils soufflent tant soit peu de la terre vers la mer, ont une grande tendance à prendre la direction des collines, des fleuves et des haies. Plus ils sont modérés et plus ils se rapprochent de ces directions.

Lorsque, sur les côtes de France, les vents polaires passent au N. N. O., ils viennent bientôt au N. N. E. et â l’E. N. E. s’ils ne sont pas violents. Les bâtiments qui profitent de ces brises pour faire route rencontrent, à une distance de terre plus ou moins considérable, les vents de N. N. O. 1 ; mais, s’ils retardaient leur départ, ils seraient conduits plus loin par les vents du N. N. E. â l’E. N. E. ; ceux-ci finissent même, quand ils ont quelque durée, par souffler sur une grande étendue de mer, entre les côtes d’Europe et celles d’Amérique.

1 Table de loch defa ZiUe , juin 1818.

Ce que nous venons de dire s’observe plus particulièrement vis à-vis du détroit de Gibraltar \ dans lequel les vents prennent la direction de l’E. aussitôt que les vents polaires soufflent du N. sur les terres d’Espagne.

Il est naturel de penser que les terres de l’Afrique septentrionale doivent exercer aussi une grande influence sur la direction des vents polaires, car lorsque ces courants d’air arrivent sur ces terres, ils ont encore moins d’intensité que sur le parallèle des côtes de France 2 .

Les terres de la Nouvelle-Hollande doivent produire le même effet sur la direction des vents polaires qui se forment dans le S. et dans l'E. de ce continent. Ces suppositions peuvent servir, à expliquer pourquoi les vents alises du N., dans l’océan Atlantique, et les vents alises du S., dans les mers de l'Inde, se rapprochent beaucoup plus de l’E. que dans les autres parties de la zone torride.

Le continent d’Amérique ne peut exercer que très-peu d’influence sur la direction des vents qui soufflent à une très-grande distance de ses côtes.

Le mouvement de rotation de la terre autour de son axe semble, en effet, être la principale cause de la direction de l’E. à l’O. que prennent les vents alisés et les vents généraux dans le grand Océan. Nous avons dit que l’influence de ce mouvement paraissait peu considérable, mais il suffit peut-être que les courants d’air polaires des deux hémisphères soient détournés du N. ou du S., et qu’ils inclinent tous les deux tant soit peu vers i’O, avant de se rencontrer, pour que l’influence qu’ils exercent l’un sur l’autre leur fasse prendre la direction de l’E. à l’O.

Nous aurons occasion , dans le cours de cet ouvrage , de citer, à l’appui de cette hypothèse , quelques observations

* Astrolabe , pages > 4 et 1 5 ; table de loch de la Caravane, septembre 1 838 ; voyage de la Bonite , 1 6 février 1 836.

* Les brises du N. au N. O., que l’on trouve sur les côtes d’Afrique, ne

sont que locales; elles cessent 4 peu de distance de terre, et ne paraissent avoir aucune influence sur les vents principaux.

qui feront voir l’influence que les courants d’air qui se rencontrent exercent les uns sur les autres.

Cette influence nous a paru tellement considérable, que nous avons été conduits à penser qu’on ne parviendra à expliquer la cause des diverses directions que prennent les vents dans quelques parties du globe, que lorsqu’on pourra comparer entre elles des observations faites en même temps dans plusieurs endroits.

Nous avons dit que les vents alisés du N., dans l’océan Atlantique, se rapprochaient d’autant plus de l’E. que les limites de ces vents étaient éloignées de l’équateur ; comme cela a lieu ordinairement à l’époque où le soleil est dans l’hémisphère boréal , on pourrait supposer que la position de cet astre et son mouvement diurne sont les causes qui déterminent ces directions ; mais comme les vents soufflent alors assez fréquemment de l’E. à l’E. S. E., entre les parallèles de 1 1 ° et 3 o°, alors même que le soleil est au S. du premier de ces parallèles, on doit en conclure qu’une autre cause détermine ces directions. Nous pensons que les vents généraux , dans certaines localités , et les vents variables de la zone torride du S. àl’O. dans d’autres, forcent les vents alisés de se détourner de leur direction naturelle et de prendre celle de l’E. à l’E, S. E. Ce qui semble appuyer cette supposition, c’est que ces vents se rapprochent toujours du S. E. et du S. lorsqu’ils soufflent à grains, ce qui a lieu fréquemment à leur limite S.

La raréfaction de l’air, près des côtes de l’Amérique septentrionale , échauffées par la présence du soleil dans l’hémisphère boréal, contribue sans doute à faire prendre aux vents alisés du N. la direction de i’E. S. E.; mais elle ne paraît pas en être la cause première, car on a observé des effets à peu près analogues dans les mers de l’Inde , au S. desquelles il n’existe aucune terre un peu considérable. Les vents alisés du S. soufflent souvent dans ces mers , de l’E. au N. E., à l’époque où le soleil est dans l’hémisphère austral.

Nous pensons que ce sont les vents variables de la zone torride du N. à l’O. qui font détourner les vents alisés du S. de leur direction naturelle , de même que ceux du S. à l’O. font détourner les vents alisés du N. dans l’océan Atlantique.

Ce qui se passe dans la Méditerranée semble confirmer ce que nous avançons sur l’influence qu’exercent les localités sur la direction des courants d’air. En effet, les vents qui dominent, pendant l’été, sur les côtes de Provence, sont ceux du N. O. ; ces vents deviennent N. aux îles Baléares , puis N. E. entre ces îles et la côte d’Afrique , près de laquelle ils prennent la direction de l’E.

Les vents n’éprouvent pas les mêmes variations en hiver; ils soufflent généralement de la partie de l’O, entre les îles Baléares et la côte d’Afrique , lors même qu’ils soufflent du N. O. sur les côtes de Provence.

Influence du mouvement diurne du soleil sur les vents alisés.

Le mouvement diurne du soleil exerce aussi quelque influence sur la direction des vents, mais plus particulièrement sur celle des vents alisés des deux hémisphères. Nous allons rapporter ce qui a pu être observé à ce sujet.

Lorsque les vents polaires sont dans leur plus grande force, ils soufflent du N. E. ou du S. E., entre les tropiques ; alors on ne remarque aucune variation occasionnée par le mouvement diurne du soleil; mais, aussitôt qu’ils diminuent d’intensité, il tournent à l’E. N. E. ou à l’E, S. E., et commencent alors à ressentir l’influence du mouvement diurne de cet astre. Cette influence, bien qu’elle paraisse continuelle, est néanmoins si variable qu’il est très- difficile de saisir la règle d’après laquelle elle agit ; elle semble cependant dépendre de la déclinaison du soleil, et plus particulièrement encore de l'inclinaison des courants d’air avec cet astre, lors de son lever.

Si les vents souillent à peu près de la direction dans laquelle s’est levé le soleil , ils ont une certaine tendance à suivre le mouvement de cet astre, c'est-à-dire qu’ils se rapprochent du N. ou du S., selon que le soleil doit passer au méridien, au N. ou au S. du zénith.

Mais si l'inclinaison des courants d’air avec le soleil, à son lever, est d’environ 45° et au-dessus, les vents varient en sens contraire de son mouvement, c’est-à-dire qu’ils se rapprochent du N. , lorsque le soleil doit passer au méridien, dans le S. du zénith, et que, dans le cas où eet astre suit une direction opposée, ils tournent au contraire vers le S.

Ces variations ne sont remarquables qu’à une certaine heure de la journée. Alors les vents varient d’un et deux rumbs de vent: les vents de l’E. îfà N. E. , par exemple, viennent quelquefois à l’E. i/i S. E., et réciproquement; mais cette heure est elle-même très -variable; ainsi, les vents changent quelquefois à l’instant du passage du soleil au méridien; d’autres fois, à celui de son coucher on à toute autre autre heure de la nuit ou de la journée.

Dans le même lieu, l’heure à laquelle les vents changent, comme celle à laquelle ils reviennent à leur direction naturelle, varie peu d’un jour à l’autre, mais la différence est assez sensible dans l’intervalle d’un mois.

L’influence du mouvement diurne du soleil se fait ressentir sur les côtes de France.

L’influence du mouvement diurne du soleil se fait ressentir même dans les zones tempérées. Il n’est pas rare, dans les beaux temps, de voir, sur les côtes de France, dans l’Océan et dans la Méditerranée , une brise légère se lever dans l’E. à l’instant ou cet astre paraît à l’horizon , tourner dans le même sens que lui, souffler de la partie du S. lorsqu’il passe au méridien, et de la partie de 10. pendant toute l’après-inidi. Le calme survient alors, peu de temps après la (in du crépuscule.

Les observations que nous venons de rapporter ne prouvent pas directement que ie mouvement diurne du soleil contribue à faire prendre aux vents alisés la direction de l’E. à i’O.; mais, comme elles démontrent une influence quelconque, on pourra peut-être en déduire que cette influence doit exister daus le sens du mouvement de cet astre.

Quelles que soient, d'ailleurs, les causes qui déterminent , entre les tropiques, des courants d’air de l’est à l’ouest, ceuxci doivent, une fois établis, forcer les courants d’air polaires à dévier peu à peu de leur direction primitive et à se confondre avec eux.

L'influence du mouvement diurne du soleil et de celui de rotation de

la terre autour de son axe ne se font pas toujours ressentir près de

l'équateur.

Dans tous les cas , le mouvement diurne du soleil et celui de rotation de la terre autour de son axe ne paraissent pas exercer une grande influence sur la direction des vents alisés des deux hémisphères, car cette influence ne se fait pas ressentir dans tous les lieux où elle devrait être le plus . considérable.

En effet, près de l’équateur, depuis la côte d’Afrique jusqu’à environ 80 lieues de la Guyane; depuis les côtes de d’Amérique jusqu’au méridien de i35° de longitude occidentale; depuis les Moluques jusqu’à la côte orientale d’Afrique, les vents d’O, régnent presque constamment, et ce n’est que par intervalles que les vents alisés des deux hémisphères se réunissent dans les parages que nous venons de désigner.

Observations sur les contre-courants d’air observés à la surface du globe.

Nous allons maintenant faire part d’une autre observation qui pourra . peut-être, faire connaître les causes qui

détruisent l'influence dont nous venons de parler, et servir, en même temps, à expliquer la cause des vents secondaires.

Les vents d’O., qui soufflent très-fréquemment dans le détroit de Gibraltar, conservent leur même direction en avançant dans l’E., et forment un courant d’air dont le fil parvient, en s’élargissant progressivement, jusque sur les côtes de Sardaigne. Le fil de ce courant d’air arrive rarement jusque sur les côtes d’Espagne. On le trouve toujours très-près du cap de Gâte; mais, plus on se rapproche du détroit, et plus le fil de ce courant s’éloigne de tferre.

Les vents forment des courants d’air circulaires entre Malaga et Gibraltar.

Les vents, à la limite N. de ce courant d’air, tournent à 10. i/4 S. O., lorsque la distance à la côte est petite; ils passent à l’O S. O., lorsque cette distance augmente; enfin, à mesure que le fil du courant d’air s’éloigne du rivage, les vents se rapprochent du S. O. et du S. , et même il arrive assez souvent qu’entre Malaga et Gibraltar les vents forment des courants d’air circulaires , en soufflant de l’E. , près du rivage, tandis qu’ils soufflent de l’O. â l’ouvert du détroit.

On m’a assuré que , près des côtes d’Afrique situées aux environs du détroit de Gibraltar, les vents formaient aussi des courants d’air circulaires , en tournant à l’O. i/4 N. O , à l’O. N. O. , au N. et ensuite à l’E.; mais c’est un fait que je n’ai pas vérifié.

Les phénomènes que jè viens de citer ne se font remarquer qu’aux époques où les vents sont modérés.

Lorsque les vents sont forts, ils ne forment jamais de courants circulaires, mais ils se rapprochent du S. O. près des côtes d’Espagne. Rarement alors ils dépassent cette direction.

Si les vents étaient violents , ils souffleraient sur les côtes

méridionales d'Espagne, comme à TE. et à l‘0. du détroit, sans que les terres sur lesquelles ils passent leur fissent éprouver aucune variation.

Dans toutes ces diverses circonstances , les nuages, lorsqu’il y en a, indiquent que les couches supérieures de l’atmosphère conservent toujours la même direction que le vent principal, et que les variations que l’on a observées n’ont lieu qu’à la surface.

Les vents forment des courants d’air circulaires près des canaux qui séparent les îles Antilles.

Des observations à peu près semblables ont été faites dans tous les canaux qui séparent les îles Antilles. Ainsi , on a remarqué que, près de la Martinique et de la Dominique, les yents qui régnent ordinairement dans le canal qui sépare ces deux îles sont ceux de l’E. N. E., mais qu’ils tournent au N. E. et au N. en allant vers la baie de Saint- Pierre, dans laquelle ils souillent assez souvent de l’O. pendant une partie de la journée. Du côté de la Dominique, au contraire, les vents tournent à l’E., au S. E. et au S. ; quelquefois même ils souillent de l’O. , près de la côte occidentale de celte île.

Analogie entre les courants d’air et les courants d’eau.

11 est à remarquer que, près du détroit de Gibraltar, ainsi que près des canaux des Antilles, les courants d’eau -éprouvent à peu près les mêmes variations que les courants d’air 1 .

Ce sont des faits dont il est très-facile de s’assurer. Ils sont d’une grande importance, car ils pourraient conduire

11 existe toutefois, sur les côtes d’Espagne, une différence entre ces deux courants. Les courants d'eau sont toujours circulaires dans la baie située au N. E. de Gibraltar, tandis que les vents ne forment de courants d’air circulaires qu’autant qu’ils sont modérés.

à supposer que les courants d’air se comportent à la surface du globe de la même manière que les couches supérieures des courants d’eau. S’il en était ainsi, la cause des vents tropicaux et des vents variables de la zone torride se trouverait expliquée. En appliquant presque textuellement aux courants d’air les principes émis pour les courants d’eau par M. de Rossel, dans l’article Courants du Dictionnaire d’histoire naturelle de Déterville, on démontrerait en effet que ces vents sont les contre-courants des vents alisés des deux hémisphères.

Principes cmis sur les courants d’eau, par M. le chevalier de Rossel. — Principes que l’on peut en déduire pour les courants d’air.

Nous reproduisons ci-après cet article, en mettant en regard l’application qu’on peut en faire aux courants d’air.

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