CHAPITRE VI
Considérations sur le Système du Monde , et sur les progrès futurs de l'Astronomie.
lui: précis que nous venons de donner de l'histoire de l'Astronomie, offre trois périodes bien distincts qui se rapportant aux phénomènes, aux lois qui les régissent, et aux forces dont ces lois dépendent, nous montrent la route que cette science a suivie dans ses progrès , et que les autres sciences naturelles doivent suivre à son exemple. Le premier période embrasse les observations des Astronomes antérieurs à Copernic sur les apparences des mouvemens célestes, et les hypothèses qu'ils ont imaginées pour expliquer ces apparences et pour les soumettre au calcul. Dans le second période, Copernic déduit de ces apparences , les mouvemens de la terre sur elle-même et autour du soleil, et Kepler découvre les lois des mouvemens planétaires. Enfin dans le troisième période, Newton en s'appuyant sur ces lois, s'élève au principe delà gravitation universelle; et les Géomètres appliquant l'analyse .1 ce principe, en font dériver tous les phénomènes astronomiques et les nombreuses inégalités du mouvement des planètes, des satellites et des comètes. L'Astronomie est ainsi devenue la solution d'un grand problème de Mécanique, dont les élémens des mouvemens célestes sonl les constantes arbitraires. Elle a toute la certitude qui résulte du nombre immense et de la variété des phénomènes rigoureusement expliqués, et de la simplicité du principe qui suffit seul a ces explications* Loin d'avoir à craindre qu'un astre nouveau ne dément, i i principe, on peut affirmer d'avance que son mouvement y sera couine : c'est ce que nous avons vu nous-mêmes, à l'égard dUranui
et des quatre planètes te'lescopiques récemment découvertes; et chaque apparition de comète, en fournit une nouvelle preuve.
Telle est donc sans aucun doute, la constitution du système solaire. Le globe immense du soleil, foyer principal des mouvemens divers de ce système, tourne en vingt-cinq jours et demi sur lui-même : sa surface est recouverte d'un oce'an de matière lumineuse : au-delà, les planètes avec leurs satellites se meuvent dans des orbes presque circulaires, et sur des plans peu inclinés à l'équateur solaire. D'innombrables comètes, après s'être approchées du soleil, s'en éloignent à des distances qui prouvent que son empire s'étend beaucoup plus loin que les limites connues du système planétaire. Non-seulement cet astre agit par son attraction sur tous ces globes, en les forçant à se mouvoir autour de lui; mais il répand sur eux, sa lumière et sa chaleur. Son action bienfaisante fait éclore les animaux et les plantes qui couvrent la terre, et l'analogie nous porte à croire qu'elle produit de semblables effets sur les planètes ; car il est naturel de penser que la matière dont nous voyons la fécondité se développer en tant de manières, n'est pas stérile sur une aussi grosse planète que Jupiter qui, comme le globe terrestre, a ses jours, ses nuits et ses années, et sur lequel les observations indiquent des changemens qui supposent des forces très actives. L'homme fait pour la température dont il jouit sur la terre, ne pourrait pas, selon toute apparence, vivre sur les autres planètes : mais ne doit-il pas y avoir une infinité d'organisations relatives aux diverses températures des globes de cet univers ? Si la seule différence des elé— mens et des climats, met tant de variété dans les productions terrestres ; combien plus doivent différer celles des diverses planètes et de leurs satellites ? L'imagination la plus active ne peut s'en former aucune idée; mais leur existence est, au moins , fort vraisemblable.
Quoique les élémens du système des planètes , soient arbitraires ; cependant, ils ont entre eux, des rapports qui peuvent nous éclairer sur son origine. En le considérant avec attention, on est étonné de voir, toutes les planètes se mouvoir autour du soleil, d'occident en orient et presque dans un même plan; les satellites en mouvement autour de leurs planètes, dans le même sens et à peu près dans le même plan que les planètes; enfin, le soleil , les planètes et les satellites dont on a observé les mouvemens de rotation , tourner sur eux-mêmes ,
59o EXPOSITION
dans le sens et à peu près dans le plan de leurs mouvemens de projection. Les satellites offrent à cet égard, une singularité remarquable. Leur mouvement de rotation est exactement égal à leur mouvement de révolution , en sorte qu'ils présentent constamment le même hémisphère à leur planète. C'est du moins, ce que l'on observe pour la lune , pour les quatre satellites de Jupiter et pour le dernier satellite de Saturne , les seuls satellites dont on ait reconnu jusqu'ici la rotation.
Des phénomènes aussi extraordinaires ne sont point dus à des causes irrégulières. En soumettant au calcul leur probabilité, on trouve qu'il y a plus de deux cent mille milliards à parier contre un , qu'ils ne sont point l'effet du hasard ; ce qui forme une probabilité bien supérieure à celle de la plupart des évènemens historiques dont nous ne doutons point. Nous devons donc croire, au moins avec la même confiance, qu'une cause primitive a dirigé les mouvemens planétaires.
Un autre phénomène également remarquable du système solaire, est le peu d'excentricité des orbes des planètes et des satellites, tandis que ceux des comètes sont fort alongés ; les orbes de ce système n'offrant point de nuances intermédiaires entre une grande et une petite excentricité. Nous sommes encore forcés de reconnaître ici l'effet d'une cause régulière : le hasard n'eût point donné une forme presque circulaire aux orbes de toutes les planètes ; il est donc nécessaire que la cause qui a déterminé les mouvemens de ces corps , les ait rendus presque circulaires. Il faut de plus, que la grande excentricité des orbes des comètes, et la direction de leur mouvement dans tous les sens, en soient des résultats nécessaires ; car en regardant les orbes des comètes rétrogrades , comme étant inclinés de plus de cent degrés à Técliptique , on trouve que l'inclinaison moyenne des orbes de toutes les comètes observées approche beaucoup de cent degrés, comme cela doit être, si ces corps ont été lancés au hasard.
Quelle est cette cause primitive ? j'exposerai sur cela , dans la note qui termine cet Ouvrage, une hypothèse qui me paraît résulter avec une grande vraisemblance, des phénomènes précédens; mais que je présente avec la défiance que doit inspirer tout ce qui n'est point un résultat de l'observation ou du calcul.
DU SYSTÈME DU MONDE. 39r
Quelle que soit la cause véritable, il est certain que les éle'mens du système planétaire, sont ordonnés de manière qu'il doit jouir de la plus grande stabilité, si des causes étrangères ne viennent point la troubler. Par cela seul que les mouvemens des planètes et des satellites sont presque circulaires et dirigés dans le même sens et dans des plans peu différons , ce système ne fait qu'osciller autour d'un état moyen dont il ne s'écarte jamais que de quantités très petites. Les moyens mouvemens de rotation et de révolution de ces divers corps sont uniformes, et leurs distances moyennes aux foyers des forces principales qui les animent, sont constantes : toutes les inégalités séculaires sont périodiques. Les plus considérables sont celles qui affectent les mouvemens de la lune par rapport à son périgée, à ses nœuds et au soleil : elles s'élèvent à plusieurs circonférences; mais après un très grand nombre de siècles, elles se rétablissent. Dans ce long intervalle, toutes les parties de la surface lunaire se présenteraient successivement à la terre, sans l'attraction du sphéroïde terrestre qui faisant participer la rotation de la lune, à ces grandes inégalités, ramène sans cesse vers nous le même hémisphère de ce satellite , et rend l'autre hémisphère invisible à jamais. C'est ainsi que l'attraction réciproque des trois premiers satellites de Jupiter a primitivement établi et maintient le rapport que l'on observe entre leurs moyens mouvemens, et qui consiste, en ce que la longitude moyenne du premier satellite, moins trois fois celle du second, plus deux fois celle du troisième, est constamment égale à deux angles droits. En vertu des attractions célestes, la grandeur de l'année sur chaque planète , est toujours à très peu près la même : le changement d'inclinaison de son orbite à son équateur, renfermé dans d'étroites limites, ne peut apporter que de légères variétés dans la température des saisons. Il semble que la nature ait tout disposé dans le ciel pour assurer la durée du système planétaire , par des vues semblables à celles qu'elle nous parait suivre si admirablement sur la terre , pour la conservation des individus et pour la perpétuité des espèces.
C'est principalement à l'attraction des grands corps placés au centre du système des planètes et des systèmes de satellites, qu'est due la stabilité de ces systèmes que l'action mutuelle de tous ces corps et les attractions étrangères tendent sans cesse à troubler. Si l'action de
Jupiter venait à cesser; ses satellites que nous voyons se mouvoir autour de lui suivant un ordre admirable, se disperseraient aussitôt, les uns en décrivant autour du soleil des ellipses très alongées, les autres en s'éloignant indéfiniment dans des orbes hyperboliques. Ainsi l'inspection attentive du système solaire , nous montre la nécessité d'une force centrale très puissante , pour maintenir l'ensemble d'un système et la régularité de ses mouvemens.
Ces considérations seules expliqueraient la disposition du système solaire, si le Géomètre ne devait pas étendre plus loin sa vue, et chercher dans les lois primordiales de la nature , la cause des phénomènes le plus indiqués par l'ordre de l'univers. Déjà quelques-uns d'eux ont été ramenés à ces lois. Ainsi la stabilité des pôles de la terre à sa surface , et celle de l'équilibre des mers , l'une et l'autre si nécessaires à la conservation des êtres organisés, ne sont qu'un simple résultat du mouvement de rotation, et de la pesanteur universelle. Par sa rotation, la terre a été aplatie , et son axe de révolution est devenu l'un de ses axes principaux; ce qui rend invariables, les climats et la durée du jour. En vertu de la pesanteur , les couches terrestres les plus denses se sont rapprochées du centre de la terre dont la moyenne densité surpasse ainsi celle des eaux qui la recouvrent ; ce qui sufiit pour assurer Ja stabilité de l'équilibre des mers, et pour mettre un frein à la fureur des flots. Ces phénomènes et quelques autres semblabiement expliqués, autorisent à penser que tous dépendent de ces lois , par des rapports plus ou moins cachés , mais dont il est plus sage d'avouer l'ignorance, que d'y substituer des causes imaginées par le seul besoin de calmer notre inquiétude sur l'origine des choses qui nous intéressent.
Je ne puis m'empêcher ici d'observer combien Newton s'est écarte sur ce point, de la méthode dont il a fait d'ailleurs, de si heureuses applications. Depuis la publication de ses découvertes sur le système du inonde et sur la lumière , ce grand Géomètre livré à des spéculations d'un autre genre, rechercha par quels motifs l'auteur de la nature a donné au système solaire, la constitution dont nous avons parlé. Apres avoir exposé dans le scholie qui termine l'ouvrage des Principes (i), le phénomène singulier du mouvement des planètes et
(i) Ce scholie ne se trouve point dans la première édition de l'Ouvrage. 11 paraît
des satellites, dans le même sens , à peu près dans un même plan et dans des orbes presque circulaires , il ajoute : « Tous ces mouvemens » si réguliers n'ont point de causes mécaniques , puisque les comètes » se meuvent dans toutes les parties du ciel et dans des orbes » fort excentriques.... Cet admirable arrangement du soleil, des >; planètes et des comètes , ne peut être que l'ouvrage d'un être intel- » ligent et tout-puissant. » Il reproduit à la fin de son Optique , la même pensée dans laquelle il se serait encore plus eonfirmé, s'il avait connu ce que nous avons démontré , savoir que les conditions de l'arrangement des planètes et des satellites, sont précisément celles qui en assurent la stabilité. « Un destin aveugle, dit-il, ne pouvait jamais )) faire mouvoir ainsi toutes les planètes , à quelques inégalités près à » peine remarquables , qui peuvent provenir de l'action mutuelle des » planètes et des comètes , et qui probablement deviendront plus » grandes par une longue suite de temps, jusqu'à ce qu'enfin ce sys- » terne ait besoin d'être remis en ordre par son auteur. » Mais cet arrangement des planètes, ne peut-il pas être lui-même, un effet des lois du mouvement ; et la suprême intelligence que Newton fait intervenir, ne peut-elle pas l'avoir fait dépendre d'un phénomène plus général? Tel est, suivant nos conjectures, celui d'une matière nébuleuse éparse en amas divers, dans l'immensité des cieux. Peut-on encore affirmer que la conservation du système planétaire entre dans les vues de l'auteur de la nature ? L'attraction mutuelle des corps de ce système ne peut pas en altérer la stabilité , comme Newton le suppose : mais n'y eût-il dans l'espace céleste, d'autre fluide que la lumière; sa résistance et la diminution que son émission produit dans la masse du soleil, doivent à la longue , détruire l'arrangement des planètes ; et pour le maintenir, une réforme deviendrait sans doute, nécessaire. Mais tant d'espèces d'animaux éteintes dont M. Cuvier a su reconnaître avec une rare sagacité , l'organisation , dans les nombreux ossemens fossiles qu'il a décrits, n'indiquent-elles pas dans la nature, une tendance à changer les choses même les plus fixes en apparence ? La grandeur et l'importance du système solaire ne doivent point le faire excepter de
que Newton jusqu'alors s'était uniquement livré aux Sciences mathématiques qu'il a, malheureusement pour elles et pour sa gloire, trop tôt abandonnées.
cette loi générale ; car elles sont relatives à notre petitesse , et ce système , tout vaste qu'il nous semble , n'est qu'un point insensible dans l'univers. Parcourons l'histoire des progrès de l'esprit humain et de ses erreurs : nous y verrons les causes finales reculées constamment aux bornes de ses connaissances. Ces causes que Newton transporte aux limites du système solaire, étaient, de son temps même, placées dans l'atmosphère, pour expliquer les météores; elles ne sont donc aux yeux du philosophe, que l'expression de l'ignorance où nous sommes, des véritables causes.
Leibnitz, dans sa querelle avec Newton sur l'invention du calcul infinitésimal, critiqua vivement l'intervention de la divinité, pour remettre en ordre le système solaire. « C'est , dit-il, avoir des idées bien étroites de la sagesse et de la puissance de Dieu». Newton répliqua par une critique aussi vive de l'Harmonie préétablie de Leibnitz, qu'il qualifiait de miracle perpétuel. La postérité n'a point admis ces vaines hypothèses; mais elle a rendu la justice la plus entière aux travaux mathématiques de ces deux grands génies : la découverte de la pesanteur universelle et les efforts de son auteur pour y rattacher les phénomènes célestes, seront toujours l'objet de son admiration et de sa reconnaissance.
Portons maintenant nos regards au -delà du système solaire, sur ces innombrables soleils répandus dans l'immensité de l'espace, à un éloignement de nous, tel que le diamètre entier de l'orbe terrestre, observé de leur centre , serait insensible. Plusieurs étoiles éprouvent dans leur couleur et dans leur clarté , des changemens périodiques remarquables qui indiquent à la surface de ces astres, de grandes taches que des mouvemens de rotation présentent et dérobent alternativement à nos regards. D'autres étoiles ont paru tout à coup et ont ensuite disparu après avoir brillé pendant plusieurs mois, d'un vif éclat. Telle fut l'étoile observée par Tycho-Brahé en 1672, dans la constellation de Cassiopée. En très peu de temps elle surpassa la clarté des plus brillantes étoiles et de Jupiter même : on la voyait en plein jour. Sa lumière s'affaiblit ensuite , et elle disparut seize mois après sa découverte. Sa couleur éprouva des variations considérables : elle fut d'abord d un blanc éclatant, ensuite d'un jaune rougeàtre , et enfin d'un blanc plombé comme Saturne. Quels changemens prodigieux ont dû s'opérer sur ces
grands corps, pour être aussi sensibles à la distance qui nous en sépare! Combien ils doivent surpasser ceux que nous observons à la surface du soleil , et nous convaincre que la nature est loin d'être toujours et partout la même ! Tous ces astres devenus invisibles n'ont point changé de place durant leur apparition. Il existe donc dans l'espace céleste , des corps opaques aussi considérables, et peut-être en aussi grand nombre que les étoiles.
Il paraît que loin d'être disséminées à des distances à peu près égales , les étoiles sont rassemblées en divers groupes dont quelquesuns renferment des milliards de ces astres. Notre soleil et les plus brillantes étoiles font probablement partie d'un de ces groupes, qui vu du point où nous sommes , semble entourer le ciel et forme la voie lactée. Le grand nombre d'étoiles que l'on aperçoit à la fois dans le champ d'un fort télescope dirigé vers cette voie , nous prouve son immense profondeur qui surpasse mille fois la distance de Syrius à la terre ; en sorte qu'il est vraisemblable que les rayons émanés de la plupart de ces étoiles , ont employé un grand nombre de siècles à venir jusqu'à nous. La voie lactée finirait par offrir à l'observateur qui s'en éloignerait indéfiniment , l'apparence d'une lumière blanche et continue , d'un petit diamètre ; car l'irradiation qui subsiste même dans les meilleurs télescopes , couvrirait l'intervalle des étoiles. Il est donc probable que parmi les nébuleuses , plusieurs sont des groupes d'un très grand nombre d'étoiles , qui vus de leur intérieur , paraîtraient semblables à la voie lactée. Si Ton réfléchit maintenant à cette profusion d'étoiles et de nébuleuses , répandues dans l'espace céleste , et aux intervalles immenses qui les séparent ; l'imagination étonnée de la grandeur de l'univers, aura peine à lui concevoir des bornes.
Herschel, en observant les nébuleuses au moyen de ses puissans télescopes, a suivi les progrès de leur condensation, non sur une seule, ces progrès ne pouvant devenir sensibles pour nous, qu'après des siècles; mais sur leur ensemble , comme on suit dans une vaste forêt l'accroissement des arbres , sur les individus de divers âges , qu'elle renferme. Il a d'abord observé la matière nébuleuse répandue en amas divers , dans les différentes parties du ciel dont elle occupe une grande étendue. Il a vu dans quelques-uns de ces amas , cette matière faiblement condensée autour d'un ou de plusieurs noyaux peu brillans. Dans
d'autres nébuleuses, ces noyaux brillent davantage relativement à la nébulosité qui les environne. Les atmosphères de chaque noyau, venant à se séparer par une condensation ultérieure, il en résulte des nébuleuses multiples formées de novaux brillans très voisins et environnés, chacun, d'une atmosphère : quelquefois, la matière nébuleuse, en se condensant dune manière uniforme, produit les nébuleuses que Ton nomme planétaires. Enfin, 'un plus grand degré de condensation, transforme toutes ces nébuleuses, en étoiles. Les nébuleuses classées d'après cette vue philosophique, indiquent avec une extrême vraisemblance, leur transformation future en étoiles, et l'état antérieur de nébulosité des étoiles existantes. Ainsi l'on descend par le progrès de la condensation de la matière nébuleuse, à la considération du soleil environné autrefois d'une vaste atmosphère , considération à laquelle je suis remonté par l'examen des phénomènes du système solaire^ comme on le verra dans la note dernière. Une rencontre aussi remarquable en suivant des routes opposées , donne à l'existence de cet état antérieur du soleil , une grande probabilité.
En rattachant la formation des comètes, à celle des nébuleuses; on peut les regarder comme de petites nébuleuses errantes de systèmes en systèmes solaires, et formées par la condensation de la matière nébuleuse répandue avec tant de profusion dans l'univers. Les comètes seraient ainsi par rapport à notre système, ce que les aérolithes sont relativement à la terre à laquelle ils paraissent étrangers. Lorsque ces astres deviennent visibles pour nous, ils offrent une ressemblance si parfaite avec les nébuleuses, qu'on les confond souvent avec elles, et ce n'est que par leur mouvement ou par la connaissance de toutes les nébuleuses renfermées dans la partie du ciel où ils se montrent, qu'on parvient à les distinguer. Cette hypothèse explique d'une manière heureuse L'extension que prennent les tètes et les queues des comètes , à mesure qu'elles approchent du soleil; l'extrême rareté de ces queues qui, malgré leur immense profondeur, n'affaiblissent point sensiblement L'éclat des étoiles que l'on voit à travers; la direction du mou- .(MiKiit des comètes dans tous les sens, et la grande excentricité de leurs orbites.
Des considérations précédentes fondées sur les observations tclescopiques, il résulte que le mouvement du système claire est tlèl
composé. La lune décrit un orbe presque circulaire autour de la terre ; mais vue du soleil , elle paraît décrire une suite d'épicycloïdes dont les centres sont sur la circonférence de l'orbe terrestre. Pareillement, la terre décrit une suite d'épicycloïdes dont les centres sont sur la courbe que le soleil décrit autour du centre de gravité du groupe d'étoiles dont il fait partie. Enfin le soleil décrit lui-même une suite d'épicycloïdes dont les centres sont sur la courbe décrite par le centre de gravité de ce groupe, autour de celui de l'univers. L'Astronomie a déjà fait un grand pas, en nous faisant connaître le mouvement de la terre, et les épicycloïdes que la lune et les satellites décrivent sur les orbes de leurs planètes respectives. Mais s'il a fallu des siècles pour connaître les mouvemens du système planétaire, quelle durée prodigieuse exige la détermination des mouvemens du soleil et des étoiles ! Déjà les observations nous montrent ces mouvemens : leur ensemble paraît indiquer un mouvement général de tous les corps du système solaire, vers la constellation d'Hercule ; mais elles semblent prouver en même temps, que les mouvemens appareils des étoiles sont une combinaison de leurs mouvemens propres avec celui du soleil. On remarque de plus, des mouvemens très singuliers dans les étoiles doubles : c'est ainsi que l'on nomme ces étoiles qui , vues dans le télescope , paraissent formées de deux étoiles très voisines. Ces deux étoiles tournent l'une autour de l'autre d'une manière assez sensible dans quelquesunes, pour que l'on ait pu déterminer à peu près par les observations d'un petit nombre d'années, la durée de leurs révolutions.
Tous ces mouvemens des étoiles, leurs parallaxes, les variations périodiques de la lumière des étoiles changeantes, et les durées de leurs mouvemens de rotation ; un catalogue des étoiles qui ne font que paraître , et leur position au moment de leur éclat passager ; enfin les changemens successifs de la figure des nébuleuses, déjà sensibles daus quelques-unes , et spécialement dans la belle nébuleuse d'Orion ; tels seront relativement aux étoiles , les principaux objets de l'Astronomie future. Ses progrès dépendent de ces trois choses , la mesure du temps, celle des angles, et la perfection des instrumens d'optique. Les deux premières ne laissent maintenant presque rien à désirer; c'est donc principalement vers la troisième, que les eneouragemens doivent être dirigés; car il n'est pas douteux que si Ton
parvient à donner de très grandes ouvertures, aux lunettes achromatiques ; elles feront découvrir dans les deux, des phe'nomènes jusqu'à présent invisibles ; surtout si l'on a soin de les transporter dans l'atmosphère pure et rare des hautes montagnes de l'équateur.
Il reste encore à faire sur notre propre système , de nombreuses découvertes. La planète Uranus et ses satellites nouvellement reconnus, donnaient lieu de conjecturer l'existence de quelques planètes jusqu'ici non observées. On avait même soupçonné qu'il devait y en avoir une entre Jupiter et Mars, pour satisfaire à la progression double qui règne à peu près , dans les intervalles des orbes planétaires , à celui de Mercure. Ce soupçon a été confirmé par la découverte de quatre petites planètes qui sont à des distances du soleil , peu différentes de la distance que cette progression assigne à la planète intermédiaire entre Jupiter et Mars. L'action de Jupiter sur ces planètes, accrue par la grandeur des excentricités et des inclinaisons de leurs orbes entrelacés, produit dans leurs mouvemens, des inégalités considérables qui répandront un nouveau jour sur la théorie des attractions célestes, et donneront lieu de la perfectionner encore.
Les élémens arbitraires de cette théorie, et la convergence de ses approximations, dépendent de la précision des observations et du progrès de l'analyse; et par là, elle doit de jour en jour, acquérir plus d'exactitude. Les grandes inégalités séculaires des corps célestes, résultantes de leurs attractions mutuelles, et que déjà l'observation fait apercevoir, se développeront avec les siècles. Des observations faites avec de puissans télescopes, sur les satellites, perfectionneront les théories de leurs mouvemens, et peut-être en feront découvrir de nouveaux. On déterminera par des mesures précises et multipliées, toutes les inégalités de la figure de la terre, et de la pesanteur à sa surface; et bientôt, l'Europe entière sera couverte d'un réseau de triangles qui feront connaître exactement, la position, la courbure et la grandeur de toutes ses parties. Les phénomènes du flux et du reflux de la mer, et leurs singulières variétés dans les différera ports des deux hémisphères , seront déterminés par une longue suite d'observahons, et comparés à la théorie de la pesanteur. On reconnaîtra si les mouvemens de rotation et de révolution de la terre sont sensiblement altérés par les changemens quelle éprouve à sa surface, et
par le choc des aérolithes qui , selon toutes les vraisemblances , viennent des profondeurs de l'espace céleste. Les nouvelles comètes qui paraîtront; l'observation de celles qui mues dans des orbes hyperboliques, sont errantes de système en système; les retours des comètes mues dans des orbes elliptiques , et les changemens de forme , et d'intensité de lumière, qu'elles offriront à chaque apparition; les perturbations que tous ces astres font éprouver aux mouvemens planétaires; celles qu'ils éprouvent eux-mêmes , et qui à l'approche d'une grosse planète, peuvent changer entièrement leurs orbites; enfin les altérations que les mouvemens et les orbes des planètes et des satellites reçoivent de la part des étoiles, et peut-être encore, par la résistance de milieux éthérés; tels sont les principaux objets que le système solaire offre aux recherches des Astronomes et des Géomètres futurs.
L'Astronomie , par la dignité de son objet et par la perfection de ses théories , est le plus beau monument de l'esprit humain, le titre le plus noble de son intelligence. Séduit par les illusions des sens et de l'amour-propre , l'homme s'est regardé long-temps, comme le centre du mouvement des astres , et son vain orgueil a été puni par les frayeurs qu'ils lui ont inspirées. Enfin, plusieurs siècles de travaux ont fait tomber le voile qui cachait à ses yeux , le système du monde. Alors il s'est vu sur une planète presque imperceptible dans le système solaire dont la vaste étendue n'est elle-même, qu'un point insensible dans l'immensité de l'espace. Les résultats sublimes auxquels cette découverte l'a conduit , sont bien propres à le consoler du rang qu'elle assigne à la terre ; en lui montrant sa propre grandeur, dans l'extrême petitesse de la base qui lui a servi pour mesurer les cieux. Conservons avec soin, augmentons le dépôt de ces hautes connaissances , les délices des êtres pensans. Elles ont rendu d'importans services à la Navigation et à la Géographie; mais leur plus grand bienfait est d'avoir dissipé les craintes produites par les phénomènes célestes , et détruit les erreurs nées de l'ignorance de nos vrais rapports avec la nature; erreurs et craintes qui renaîtraient promptement, si le flambeau des sciences venait à s'éteindre.
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