‹ Exposition du système naturel des nerfs du corps humainChapitre 15 sur 29 · TROISIÈME CAS · texte numérisé non relu

TROISIÈME CAS

Le lendemain on apporta à l'hôpital un homme mort ; il était tombé de cinquante pieds , et les deux épaules avaient porté les premières sur la terre. D'après le rapport des hommes qui l'apportèrent à l'hôpital, il paraît qu'il mourut à l'instant même ; car, outre une fracture et une plaie d'une grande étendue à la partie inférieure de l'épine, on trouva aussi une fracture de l'atlas et de l'axis. L'apophyse odontoïde de l'axis était fracturée précisément à sa base ; elle était complètement séparée, et on la trouva embrassée par le ligament transverse dans sa position naturelle sur l'atlas. L'arc de l'atlas était en partie fracturé de chaque côté , et la portion du corps de cette vertèbre , sur laquelle roule l'apophyse odontoïde, était aussi cassée et détachée (1).

(i) On apporta à l'hôpital de Middlesex , un jeune homme qui était tombé sur la tête. Il revint aussitôt à lui, et resta pendant quelque temps dans l'hôpital , sans présenter le moindre symptôme qui put faire naître des craintes. Il avait remercié les directeurs de l'hôpital dans une assemblée , et était retourné dans la salle prendre son paquet, quand en sa

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Nous voyons , dans les cas que nous venons de rapporter , les symptômes qui accompagnent la fracture des vertèbres cervicales , et dont on s'est très-peu occupé jusqua ce moment, par le peu d'intérêt que présentait le sujet. J'ai vu très-clairement que dans le premier de ces cas, le malade avait conservé le pouvoir de faire entrer l'air par Faction des muscles , mais que l'expulsion de cet

tournant pour dire adieu aux autres malades , il tomba , et expira à l'instant. En examinant sa tête , on trouva que les bords du trou occipital avaient été fracturés; il est a croire que lorsqu'il tourna la tête , les fragmens furent déplacés , serrèrent et écrasèrent la moelle allongée , au point où elle sort du cerveau.

Un homme roulait une brouette dans la rue de Goodge, qui est tout auprès de l'hôpital de Middlesex : en quittant le chemin des voitures pour aller sur le trottoir , il fut arrêté par l'élévation que présente ce dernier, et fit plusieurs efforts pour vaincre cet obstacle j à la fin, ayant reculé avec sa brouette, il poussa de nouveau, et réussit; mais la roue l'entraînant en avant , il tomba , et resta sans mouvement. Il fut apporté à l'hôpital, où l'on trouva qu'il était mort. L'apophyse odontoïde de la seconde vertèbre du col était sortie du ligament transverse de la première. L'impulsion qu'avait reçue la tête avait occasioné cette violence , et avait en même temps porté la moelle allongée en avant contre l'apophyse , sur laquelle elle fut écrasée.

Ces cas arrivèrent avant que je fusse à l'hôpital; mais j'ai eu deux exemples de mort subite causée par une luxation de l'atlas dans son articulation avec la seconde vertèbre du coL — En un mot, le fait est bien certain.

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4ïr ne se faisait point par un effort musculaire , et était complètement due à l'élasticité des côtes , et à la gravitation des parties que l'action des muscles avait élevées avec force. Gela était évident par l'absence totale de l'action des muscles abdominaux , pour comprimer ou abaisser la poitrine plus que dans son état de repos ; par la nécessité où était le malade d'élever la poitrine à chaque Jmot qu'il prononçait ; par la facilité avec laquelle il pouvait bâiller, ce qui ne peut être exécuté que par une inspiration forte et graduée; par l'impossibilité de se moucher ou d'éternuer , actes dans lesquels on met subitement en action les muscles de l'expiration,

La plus forte raison que l'on puisse apporter en faveur de cette opinion sur l'usage des nerfs respiratoires , c'est que la respiration et l'activité des muscles de la poitrine continuèrent après que les fonctions de la moelle vertébrale furent détruites par la violence qu'avait éprouvée la colonne , et que l'on ne peut expliquer ce fait qu'en disant que les nerfs qui partent de la moelle allongée , et de la partie supérieure de la moelle vertébrale , et qui descendent sur le col et la poitrine , continuèrent à agir sur les muscles sterno-cléido-mastoïdien et trapèze, et sur les muscles de la gorge, pour l'acte de l'inspiration. Nous n'avons d'ailleurs qua nous rappeler que ce n'étaient pas seulement les mouvemens puissans , accidentels et volontaires de la respiration qui étaient conservés , mais que

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les mêmes moyens , c'est-à-dire , les nerfs respiratoires supérieur et externe , et le nerf phrénique , entretenaient le jeu de la poitrine dans la respiration pendant le sommeil.

Dans le second cas , il est clairement prouvé , tant par les symptômes que par l'examen des os, que la fracture doit avoir lésé les racines des nerfs phréniques. Et nous pouvons bien en conclure que la différence des symptômes , en comparant ce cas avec le premier , aussi bien que la moindre durée de ses souffrances sont dues à cette circonstance.

La manière dont il respirait était très-différente , et les expressions employées par notre chirurgien de garde (1) , dans son rapport, suffiraient pour convaincre. Sa respiration ressemblait à des soupirs , et à chaque inspiration , la tête rentrait entre les deux épaules , c'est-à-dire , que par la perte de l'action du diaphragme , tout l'effort fut rejeté sur les muscles auxquels se distribue le nerf spinal accessoire ; et ceci est confirmé par ce qu'on rapporte de l'immobilité des viscères de l'abdomen , car, comme l'a prouvé le premier cas, à chaque contraction du diaphragme , les viscères de l'abdomen sont repoussés en dehors.

Si le malade a succombé aussitôt, on doit l'attribuer à l'inaction du diaphragme , et à ce que

(1) M. Turner.

î,es muscles de la poitrine. i/p

Faction de la respiration s'est trouvée bornée aux muscles du col et des épaules.

Il paraît que dans le dernier cas la moelle vertébrale étant lésée assez haut pour que les racines de tous les nerfs respiratoires fussent détruites , la mort fut subite comme lorsqu'on détruit la moelle chez un animal, au-dessous de la tête.

Après l'établissement de ces faits , on se demandera naturellement pourquoi les nerfs respiratoires qui descendent de dessus le thorax ne se rendent qu'aux muscles qui contribuent à élever et à dilater la poitrine ; pourquoi l'acte de l'inspiration est assuré par une double provision de nerfs , c'està-dire , par ceux qui sortent des côtés de l'épine , et par ceux qui descendent du col, tandis que l'acte de l'expiration ne reçoit que les derniers. Je répondrai :

i°. L'acte de l'inspiration est le plus difficile, et demande le plus de force ; l'acte de l'expiration est plus aisé, puisqu'il est assisté du poids des parties qui pèsent sur les côtes , aussi bien que de l'élasticité des côtes elles-mêmes.

2°. L'inspiration est l'état d'activité , l'expiration est celui de repos.

5e. L'inspiration est nécessaire à la vie, et doit être conservée avec plus de soin , et exécutée avec plus de force que l'expiration. Chez un homme qui suffoque , c'est la dilatation de la poitrine et l'inspiration qui ne peuvent se faire. A l'approche de la mort , l'inspiration devient plus laborieuse ,

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c'est-à-dire , que les muscles extérieurs sont dans une violente action ; l'acte de l'expiration , au contraire , est un intervalle de repos.

4°Les nerfs qui gouvernent les muscles de l'inspiration sont unis plus intimement par la sympathie avec l'état de la circulation et de la respiration ; car nous voyons dans la maladie , aussi-bien que dans les expériences surles animaux, que quand les forces de la vie ont baissé , la sympathie s'exerce encore par une action si soudaine des muscles de l'inspiration , et par un effort si puissant et si inattendu, qu'on les voit tressaillir, tandis que l'expiration est douce et sans effort. C'est la même sympathie qui cause ces mêmes inspirations subites et puissantes , et fait reconnaître la présence de la vie chez une personne qui revient à elle , après une syncope ou une suspension de l'animation , ou toute autre cause , comme chez un noyé , après une hémorragie etc. L'inspiration subite est toujours la première action de celui qui recouvre la vie, comme elle est la dernière lorsque les forces sont épuisées.

Ceci se rapporte aux expériences que nous avons faites sur les animaux; lorsque la sensibilité est épuisée dans les nerfs symétriques de l'épine, par la diminution de la vie, les nerfs respiratoires du col et du côté de la poitrine sont encore capables d'exciter les muscles à de nouvelles vibrations; ils sont les derniers à mourir.

Ces considérations nous montrent pourquoi les

nerfs de l'inspiration l'emportent ainsi sur ceux de l'expiration et prouvent combien sont nécessaires ces nerfs extérieurs de la respiration.

Nous avons vu par des expériences que les nerfs respiratoire-^ sont distingués des autres nerfs parce qu'ils conservent leur pouvoir plus long-temps ; qu'ils peuvent recevoir des impressions, et qu'on peut leur faire produire des convulsions dans les muscles qu'ils fournissent, lorsque les autres nerfs sont insensibles à l'application des stimulus. Dans la maladie , pendant l'oppression des facultés mentales , et à l'approche de la mort , nous voyons cfcs nerfs et les muscles qu'ils font agir, continuer leurs fonctions, lorsque sous d'autres rapports le corps est mort. Cette circonstance si familière au médecin observateur aurait dû conduire à cette conclusion à laquelle nous sommes arrivés plus laborieusement, après de longues recherches anatomiques : que beaucoup de muscles étendus sur tout le corps , et qui remplissent les fonctions ordinaires dépendantes de la volonté, sont quelquefois mis en combinaison avec les muscles de la respiration, et tenus en rapport avec les fonctions vitales, par un système distinct de nerfs , et que ces nerfs ont un centre , et une source d'influence différente de celle des nerfs volontaires.

Autres remarques sur la pathologie du système des nerfs respiratoires.

Quelqu'étrange que puisse paraître ce langage,

i4<3 des nïïrps qui associant

aux hommes bien élevés et réfléchis , on en trouve cependaut qui disent : quel est le but de toules ces découvertes, à quoi servent-elles? elles ne peuvent nous aider dans la pratique.

Je crois que ces sortes de gens ne s 'affichent qu'à ce qu'ils voient écrit en chiffres sur leurs livres de compte. L'avancement de la science n'est rien pour eux ; ils ne considèrent que leur propre situation , et ne voient dans une découverte que le gain qu'ils en doivent retirer. Mais comme je m'adresse à une tout autre classe de lecteurs, à ceux quilse distinguent dans l'étude de leur profession , et qui désirent trouver dans la connaissance de la structure du corps humain, les moyens d'observer avec exactitude , je vais continuer à donner quelques exemples de l'usage direct que l'on peut faire de la connaissance du système nerveux , tel que nous l'avons exposé dans les pages précédentes.

Lorsque nous jetons les yeux sur toute l'étendue du système des nerfs respiratoires , nous sommes disposés à reconnaître son importance pour l'entretien de la vie. L'enfant né sans cerveau peut respirer si les racines de ces nerfs existent. Les lésions profondes du cerveau quoique ordinairement mortelles , ne le sont pas nécessairement, ni instantanément.^L'homme qui reçoit une blessure à l'épine au-dessous de l'origine des nerfs que nous avons décrits , traîne encore son existence pendant quelque temps ; mais une contusion de la partie de la

ET DES FONCTIONS DES NEUFS. î ,\ 7

moelle allongée d'où ces nerfs tirent leur origine est mortelle à l'instant même ; la respiration cesse aussitôt.

En décrivant les effets d'une violence sur la moelle allongée, les auteurs ont attribué la mort subite à. la lésion de la paire vague ; et cependant la même autorité nous apprend qu'un animal survit à la division de la paire vague. Maintenant que nous savons que beaucoup de nerfs respiratoires partent du même centre , et se distribuent à toutes les parties du système musculaire qui agissent dans la respiration, nous pouvons mieux comprendre comment la lésion de la moelle allongée arrête tout d'un coup la respiration dans les narines , la gorge et la tracbée artère , et l'action des muscles tant au-dedans qu'au debors de la poitrine. L'expression même de l'agonie chez le mourant est subitement interrompue par la lésion des racines de tous ces nerfs , et il en résulte une mort subite qui est due à la cessation des fonctions respiratoires. On est d'abord frappé du caractère vital des nerfs appelés respiratoires : de ce que formant un système qui appartient au cœur, aux poumons, à l'estomac, au larynx , à la gorge et à toute l'association extérieure des muscles de la respiration , ils doivent être essentiels à la vie, et influencés dans toutes les affections mortelles : et de ce qu'en effet la mort ne peut pas arriver tant que cette portion du système nerveux n'éprouve pas de changement ou d'affections. Au contraire la lésion de leur

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fonction est immédiatement suivie de la mort,' et le changement arrive avec une promptitude effrayante : pas un seul soupir, pas un mot , pas un effort qui puisse indiquer la douleur : aucune altération des traits.

Au contraire, si d'autres parties du corps sont lésées par la maladie ou un accident,, la mort survient lentement à la suite de l'inflammation, ou après l'extension de l'influence sur tout l'organisme. Le système respiratoire finit lui-même par partager cette influence. La poitrine s'élève plus haut et plus fréquemment , symptôme alarmant lorsqu'on a quelques raisons de craindre une dissolution prochaine ; la gorge est alors affectée ; tout l'appareil de la respiration est dans une agitation violente ; la poitrine , le col , les lèvres , les joues et les paupières éprouvent des convulsions terribles; la respiration est sur le point de s'arrêter. L'action revient avec un effort subit , et sous forme de tressaillement, puis elle cesse, et le malade meurt pendant l'expiration; les muscles de l'inspiration n'étant plus capables de renouveler leurs efforts.

S'il est important de connaître l'approche du danger , et de ne pas confondre l'agitation nerveuse avec les symptômes formidables d'une dissolution prochaine , il est nécessaire aussi de connaître les causes de ce symptôme , sans quoi le médecin n'en saura pas plus que la garde malade.

Le dérangement d'une partie de cette classe

d'organes importans doit affecter les autres. L'estomac , par exemple , celui dont les fonctions sont le moins ménagées , nous montre tous les jours l'effet de son union intime avec ce système des nerfs ; et c'est l'anatomie du système des nerfs de la respiration qui nous apprendra que l'estomac a les rapports les plus intimes avec les nerfs respiratoires, et que l'irritation de cet organe aura tous les effets d'une lésion immédiate sur les poumons.

Si par un violent exercice on dérange la marche de là» digestion , tandis que l'estomac est plein , et si la nourriture qui doit passer graduellement d'une extrémité de l'estomac à l'autre est agitée et ballotée par l'action du corps , l'état de la respiration deviendra bientôt pénible et sans force , et l'on aura naturellement à craindre une affection des poumons.

S'il existe déjà quelqu'affection respiratoire , elle sera aussitôt augmentée , ou aggravée par l'état de l'estomac. J'ajouterai encore que comme l'habitude dispose le corps ou ses différentes parties à tous les états , et qu'elle fait exécuter les mêmes fonctions dans les circonstances les plus opposées , il est possible que nous laissions prendre tant d'empire aux fonctions de l'estomac sur les autres fonctions de ces nerfs ,-' qu'elles forcent un individu à rester assis toutes les fois que son estomac est dans un état de réplétion , et que la digestion est commencée : tandis qu'au contraire le matelot, le postillon, aussi bien que

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l'écolier, aussitôt après leur dîner, sont prêts à travailler ou à jouer , ce qui n'empêche point l'estomac de remplir pendant ce temps ses fonctions.

L'estomac , le cœur et les poumons sont sans aucun doute le siège des affections qui sont accompagnées d'une mort subite. Lorsqu'il n'y a aucun signe , ni aucun symptôme dans l'agitation des organes respiratoires, c'est l'estomac qui doit faire naître le plus de craintes : et fondé sur le fait que je viens de citer, j'avancerai que le malade doit lutter contre l'influence sans cesse s'accroissant de l'estomac sur l'état des organes respiratoires , qu'il ne suffit pas que le médecin règle l'estomac comme organe de la digestion , mais que le malade doit chercher à conserver son haleine , ou la liberté de sa respiration, contre l'influence puissante de l'estomac. Si un homme alarmé par l'influence qu'exercent chaque jour de plus en plus ses digestions sur l'état de la respiration , et sur la sensibilité de sa poitrine , évite le mouvement , et cesse de prendre de l'exercice , s'il contracte des habitudes sédentaires , il court au-devant de la maladie. Au contraire , il doit manger avec discrétion , et faire des efforts continuels et réguliers pour s'exercer de manière à produire l'oppression , jusqu'à ce qu'il ait surmonté et détruit celte disposition.

Je connais un de nos athlètes qui lorsqu'il ne s est pas exercé , peut à peine respirer , et uè pour-

EESMUSCLESDE LA POITRINE. 1^1

rait supporter les coups , les chocs , et les chûtes auxquelles il est exposé dans un combat ; mais à l'aide d'un régime sain et frugal , d'un exercice dur et régulier, de combats simulés dans lesquels sa poitrine , son ventre et sa tête sont frappés à chaque instant, il finit par devenir capable de résister à des chocs qui seraient funestes à un homme d'une force égale et d'une meilleure constitution, mais qui ne se serait pas ainsi préparé à ce qu'il doit éprouver. Que ce soit par un effort de tout le corps, ou par la force de la constitution , ou que ce soit l'action des mains ou des pieds 9 ou de la tête, nous ne devons arriver à un exercice complet que par une marche lente et graduée. C'est ainsi que j'en agis avec un homme dont les pal-^ pitations sont très- fortes et douloureuses. ïl ne doit pas éviter à chaque pas ce qui lui procure du malaise; mais il doit , en allant souvent au-devant, et par des degrés lents, se familiariser avec l'exercice.

Comme ces nerfs appartiennent à un système distinct , et ont une origine différente de celle des nerfs de la sensibilité et du mouvement musculaire ordinaire , il est à croire aussi que quelquefois, ils doivent être affectés lorsque les autres sont dans un état sain et naturel. Mais si l'on considère sans attention les distinctions naturelles des nerfs , l'affection des nerfs respiratoires restera fort obscure. J'ai déjà eu l'occasion de faire remarquer que la portion dure., ou nerf respiratoire de la

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face , est très-sujette à une affection qui produit une paralysie partielle , ou des tiraillemens de la face, fréquens et spasrnodiques. L'effet le plus ordinaire qui résulte de cette cause est un mouvement rapide et passager de la paupière d'un des côtés. Quelquefois nous trouvons que foui un côté de la face est sujet à des contractions qui tirent les traits vers l'oreille; cet état des nerfs et l'action spasmodique des muscles qui en résulte, s'étendent dans certains cas, jusqu'au col; alors la tête est subitement entraînée de côté , au même instant que la bouche est tiraillée. G'est-là une grande difformité ; car lorsque l'individu s'anime et parle avec force , il éprouve ces mouvemens subits et spasrnodiques et ouvre la bouche en la tournant vers l'épaule comme s'il voulait, avec la bouche , prendre des mouches au vol. Le col est contourné, la tête penchée et la bouche tournée de côté et ouverte. Ces mouvemens doivent actuellement être attribués h l'influence des nerfs respiratoires de la face et du coh

Mais les nerfs du même système , dans leur distribution à la poitrine , sont sujets au même dérangement. ]1 n'est pas très-rare de voir chez les enfans, l'épaule s'abaisser, et présenter l'apparence d'une contorsion produite par la paralysie de la partie du muscle trapèze, qui soutient l'épaule , et qui reçoit des rameaux du nerf spinal accessoire. Cette affection peut être mise en parallèle avec la paralysie de la paupière et de la joue;

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et l'on rie manque pas d'affections spasmodiques du thorax, qui ressemblent à celles du côté de la face et du col dont nous venons de parler. L'ignorance de l'origine et de la nature de la maladie est cause que l'exemple suivant est sans doute le premier qui soit cité.

Cas d'affection des nerfs respiratoires sur le côté de la poitrine.

Salle de médecine ? mars 1824.

— Agé de 5o ans. — Nous n'avons pas vu de cas aussi distinct de l'affection des nerfs respiratoires de la poitrine que chez ce malade ; voici la description de son état.

S'il essaie de se coucher dans son lit, sur le côté gauche, sa tête est soulevée de dessus l'oreiller, par une succession rapide de contractions des muscles du côté droit du col et de la poitrine. Ainsi au lieu de reposer , sa tête et ses épaules s'élèvent de dessus l'oreiller , et la partie supérieure du corps forme une courbe. Ces contractions sont accompagnées de douleurs , et l'on ne peut décrire cette douleur autrement qu'en disant qu'elle ressemble à une crampe. Lorsqu'il est appu)ré sur le côté droit, il est plus tranquille, parce que le poids de la tète et des épaules contrebalance la contraction des muscles , et les maintient jusqu'à un certain point. Lorsqu'on lui demande si ces contractions l'empêchent de dormir, il répond

qu'il les sent diminuer lorsqu'il s'endort; quand il est assis, la tête est tirée graduellement du côté droit , et l'on voit évidemment une contraction de ce côté du col. Le muscle sterno-cléido-mastoïdien se gonfle , et le trapèze entre très-distinctement en action; dans cet état l'oreille touche presqu'à 1 épaule , et tout le corps se penche au point que la tète se rapproche des côtes; alors la douleur est située derrière l'apophyse mastoïde et à l'acromion , c'est-à-dire à l'insertion du muscle sternociéido mastoïdien , et à celle du trapèze. Il se plaint d'une douleur ou d'un spasme qui s'étend du dos au creux de l'estomac, comme si le diaphragme était affecté ; il en éprouve aussi une qui est située dans ce qu'il nomme son gosier; c'est-à-dire qu'une affection spasmodique de la gorge , accompagne l'affection des muscles externes , mais la déglutition n'éprouve aucune difficulté.

Lorsque nous lui disons : comment , monsieur, ne pouvez vous donc lever la tête? il fait un effort et tient la tête dioite en cessant de respirer; mais lorsqu'il commence à parler , sa tête commence à descendre du côté droit , par une suite de mouvemens , jusqu'à ce qu'il soit redevenu penché comme nous l'avons dit plus haut. Lorsque nous cherchons à lui porter la tête du côté gauche , nous voyons îe sterno-cléido-mastoïdien du côté droit entrer dans une action violente et les muscles de ce côté sont assez puissans pour nous résiser. Si nous lui baissons la tête du côté droit , il peut la relever

contre nous avec les muscles du côté gauche; il a conservé entièrement le pouvoir volontaire de ces muscles , qui cependant ne sont pas aussi forts que ceux du côté droit; il paraît que, par l'exercice , ces muscles ont acquis un fort volume , et une grande force. On pourrait croire d'abord qu'il y a eu paralysie des muscles du côté gauche; mais il est à remarquer que ce n'est pas de la contraction ordinaire des muscîes du côté droit qu'il se plaint, mais d'une violente action spasmodique et douloureuse. Il est évident qu'il n'y a pas de paralysie puisque le malade peut porter la tête à droite et à gauche , tirer la bouche , soit à gauche , soit à droite , tourner la tète de tous les côtés , et lever également le bras droit et le bras gauche et le passer par dessus la tête. Il peut exécuter tous ces mouvemens lorsque le spasme n'existe pas ; lorsqu'il vient , alors les muscles du côté droit seulement éprouvent des contractions , et ceux du côté gauche sont dans un relâchement parfait.

Il y a vingt mois, que soulevant un levier de fer, il sentit craquer quelque chose à la partie supérieure et postérieure du col , (et il indique avec le doigt l'insertion postérieure du muscle sternocîéido-mastoïdien ) mais il ne dit pas qu'à cette époque il ressentit de la douleur. Un mois après il commença à en éprouver , et il désigne encore le même endroit , la partie postérieure de l'apophyse mastoïde. La douleur a augmenté graduellement avec la violence des contractions , et comme

l56 DES NERFS QUI ASSOCCENT

nous l'avons déjà dit , elle ressemble à celle d'une crampe , et elle n'existe pas dans les intervalles de l'action spasmodique.

Quoique l'origine de cette maladie soit obscure, on peut cependant croire que les contractions spasmodiques sont bornées à l'influence des nerfs respiratoires d'un côté du tronc , et sans la description que nous avons donnée du système des nerfs , ces contractions seraient restées parmi le très-grand nombre de symptômes nerveux que notre insouciance ne nous a fait regarder que comme de simples accidens de la nature qu'on ne doit pas chercher à expliquer. Il paraîtrait que l'état de cet homme est dû à la violence d'un effort. Nous savons que dans les efforts violens que l'on fait pour soulever des poids , les muscles de la respiration viennent au secours de l'acte purement volontaire, et j'ai un grand nombre de cas qui prouvent qu'un effort violent , ou une longue excitation des nerfs , et l'action prolongée de classes particulières de muscles sont quelquefois suivies de paralysies , quelquefois de petites contractions spasmodiques irréguiières et très-incommodes.

Nous voyons maintenant que cesv nerfs si extraordinaires dans leurs rapports et leurs fonctions sont aussi influencés par la maladie tout autrement que les autres divisions du système nerveux. Leurs fonctions sont encore complètes , lorsque les nerfs volontaires ont cessé d'agir, et ils sont quelquefois dans un étrange désordre , lorsque l'esprit remplit

LES MUSCLES DE Li POITRINE. l57

toutes ses fonctions, et que les opérations volontaires sont parfaites. Dans le tétanos , les nerfs volontaires sont affectés , et les mouvemens volontaires dominés par les convulsions ; dans lhydrophobie , le système respiratoire est affecté ; et de là les convulsions de la gorge , les paroxysmes de suffocation , l'agonie muette , et l'excès d'expression dans tout l'extérieur tandis que les mouvemens volontaires sont libres.

La confusion qui règne entre les nerfs de la vie et ceux de la volonté , la combinaison de la paire vague avec le grand sympathique, et l'exclusion de la portion dure de la septième paire, avec le nerf spinal accessoire et le nerf thoracique externe, de leur classification naturelle avec le diaphragmatique ou phrénique ont fait naître des théories très-vagues , et expliquer d'une manière très -inexacte des faits pathologiques,

La fréquence des morts subites dont on ne trouve de raison suffisante ni dans le cerveau ni dans le cœur, nous amène à considérer avec plus d'attention la seule partie du système par laquelle la vie. puisse être anéantie subitement. Dans l'angine de poitrine, nous reconnaissons l'excès des souffrances qu'éprouve ce système, lorsque le malade survit : et lorsque le malade meurt subitement , nous pouvons croire que la mort est due à une influence qui s'est étendue sur ces nerfs et a interrompu les opérations vitales. Nous avons vu qu'une branche de ce système peut cesser tout d'un coup d'agir

sur les muscles correspondais , et que de cette manière tout un côté de la face peut être privé de participer à l'acte de la respiration, et avoir perdu toute expression. Quel serait le résultat d'une cessation plus universelle de l'action de cette classe de nerfs , sinon une mort subite ?

L'estomac qui reçoit les rameaux du nerf central de ce système, parait exercer la plus grande influence sur ces nerfs. Un coup porté sur l'estomac fait plier le boxeur et cause cette difficulté de respirer et cet étoufferaient qui indique assez le point lésé ; un peu plus de force et le coup était mortel à l'instant même. L'homme qui est rompu sur la roue, éprouve des douleurs épouvantables, on lui brise les os , mais la vie continue toujours , le coup de grâce est le coup sur l'estomac.

La position de l'asthmatique montre combien ce système est affecté ; est-ce directement ou indirectement? ce n'est pas le moment de nous occuper de cet objet. Il se tient courbé en avant , appuie ses bras comme pour forcer les muscles de la poitrine à agir sur les côtes. La position de la tête et la roideur des muscles du col, l'action des muscles sterno-cléiclo- mastoïdien et peaucier visible dans la rétraction des joues et de la bouche, et la dilatation des narines nous indiquent l'action des nerfs et des muscles de la rsspiration.

On reconnaîtra pe^ut-être actuellement combien

LES MUSCLES DE LA POITRINE. 1 5c»

les moyens qu'employaient les physiologistes pour expliquer la combinaison des parties dans les actions delà respiration étaient imparfaits ou plutôt tout-q-fait erronés. Pour rendre raison des convulsions du diaphragme dans leternument, ils étaient obligés de s'écarter fort loin : d'abord ils nissaient les racines du nerf phrénique avec le grand sympathique; ils donnaient à ce dernier la sensibilité qu'il ne possède pas; ensuite ils remontaient à une connexion éloignée entre ce nerf et ceux du nez, et rapportant de nouveau les communications du nerf facial avec la troisième paire du col, ils s'imaginaient avoir expliqué comment le diaphragme entre en convulsion, lorsque la menbrane du nez est irritée. A cette erreur ils en ajoutaient une autre , ils nommaient toujours convulsives et irrégulières les actions que l'on doit ranger parmi les plus étonnans moyens que nous oyions pour la conservation de la vie. Quant aux actes de Féternument et de la toux , ils résultent de l'irritation de l'extrémité de l'un des nerfs respiratoires , qui met en action tous les muscles de la respiration.

La disposition admirable des muscles qui remplissent cette fonction montre bien qu'il n'y a rien d'accidentel ni de convulsif. Un corps qui irrite la glotte fera entrer simultanément eh action les muscles de la respiration , pour chasser l'air avec une force capable d'emporter le corps qui cause Fétouffement, mais si l'irritation se trouve sur la me m-

î6o DES JMER.FS QUI ASSOCIENT

brane du nez , le courant d'air se dirige différemment et par réteruument emporte les particules irritantes de dessus cette membrane. C'est en considérant le petit nombre de muscles, dont la disposition est nécessaire pour produira ce changement dans la direction du courant d'air, que nous pouvons nous convaincre que cette action appartient à l'instinct, se fait avec la plus grande régularité , et est très-différente de la convulsion.

Influence de La portion dure de la septième paire sur l'odorat

J'espère qu'en lisant ces mémoires on trouvera que j'ai continué le cours de mes recherches avec méthode et exactitude. On reconnaîtra je pense que j'ai étudié les fonctions des parties auxquelles se rendent les nerfs , avant de faire mes expériences ou de tirer mes conclusions. On voit des parties employées même dans l'exercice du sens de l'odorat, qui d'abord, ne semblent pas nécessaires. Pour que la jouissance ou l'exercice du sens de l'odorat soient plus complets , il faut que le courant d'air change de direction et augmente de force. Dans la respirtionparlenezl'airestporté directement en arrière. Si les narines sont dilatées dans la respiration inquiète et précipitée, le passage s'élargit et devient plus direct. Mais peut-être mon lecteur ne se rappelle pas que dans chaque narine il y a deux ouvertures circulaires dont l'interne se trouve un peu

LES MUSCLES DE LA POITRINE. iGl

plus d'un demi pouce en dedans de l'autre. Ce cercle intérieur se dilate et s'abaisse , lorsque l'air est entraîné avec force dans les poumons. Mais dans l'acte de l'odorat il est beaucoup pins rétréci et plus élevé. Le changement dans la forme et les rapports des narines extérieures et internes , est du à l'action des muscles sur les cartilages ; et l'effet de ce changement est d'augmenter la force du courant d'air, et de le diriger vers le siège du sens de l'odorat. Dans la respiration ordinaire, quelques unes des molécules qui flottent dans l'air atmosphérique arrivent au siège du sens, mais pour l'exercice complet de ce sens il faut que le courant d'air soit concentré et dirigé comme je viens de l'exposer.

On comprendra actuellement pourquoi la section de la portion dure ou du nerf respiratoire de la face affecte l'organe de l'odorat ; car si la lésion de ce nerf détruit le mouvement des muscles des narines , l'air peut bien arriver aux poumons par le passage relâché , mais il ne sera plus porté avec force vers le siège du nerf olfactif, et il ne passera plus sur la surface sur laquelle se développe ce nerf propre de ce sens.

On fit respirer de l'ammoniaque à un homme qui avait un côté de la face paralysé par la perte de l'influence de la portion dure; le côté paralysé n'en futpas affecté, parce que la vapeur n'arriva dans les cellules du nez que du côté où la narine était mobile. Ayant essayé la même expérience sur un chien chez lequel nous avions incisé la portion dure de la

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septième paire d'un côté, nous observâmes la même chose. Il l'aspira du côté sain , et éprouva les effets naturels de l'irritation de la membrane pituitaire ; tandis qu'il n'éprouva pas le même effet lorsqu'on approcha le vase de la narine paralysée.

Si je n'avais fait aucune attention à la structure et aux fonctions de cette partie, j'aurais pu croire en voyant ces phénomènes , que le nerf de la septième paire serait le nerf de l'odorat , ainsi qu'a fait Un physiologiste français très-connu , qui a conclu trop promptement qu'il avait découvert le nerf de la vision et de l'odorat dans la cinquième paire.

Je fais allusion à certaines expériences faites il y a peu de temps à Londres par un étranger très distingué , qui fournissent une preuve de l'impossibilité absolue de raisonner avec exactitude sur ces sujets , sans la connaissance de l'anatomie. Il détruisit îe nerf olfactif et présenta de l'ammoniaque aux narines de l'animal , et quand cet animal éternua, ce fut un coup de théâtre! alors les personnes qui faisaient l'expérience se félicitèrent d'avoir découvert que la première paire de nerfs était inutile !!

C'est la cinquième paire qui donne à la membrane de Schneider l'irritabilité générale : pourquoi la membrane possède-t-elle cette sensibilité, et pourquoi la sensibilité est elle jointe aux actions du système respiratoire? parce que ces conduits doivent être gardés comme l'est le larynx. Quand quelque chose

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de nuisible s'y arrête , il en doit être repoussé > et le moyen que la nature emploie est de chasser subitement Pair avec violence par l'ouverturedes narines, à l'aide d'une action instinctive des organes respiratoires. Mais quel rapport cela a-t-il avec l'odorat? nous pourrions aussi-bien faire la section du nerf olfactif et nous étonner que l'animal tousse encore lorsqu'on lui chatouille le larynx.

On trouve quelques observations sur ce sujet dans l'article de M. Shaw , déjà indiqué. « l'effet » sur la narine de la section du nerf chez un âne, » est extrêmement sensible. Si après avoir coupé le » nerf droit ( portion dure ) nous serrons la narine » pendant quelque temps , afin d'empêcher l'ani- » mal de respirer, lorsqu'il sera libre , il commen- » cera à ronfler , mais de la narine gauche seule- » ment. Il n'éprouvera rien si vous présentez du » carbonate d'ammoniaque à la narine paralysée \ » mais si on le présente à l'autre , il l'aspirera , et » alors la narine se contractera et tout le côté de » la face aura la même expression que si l'animal » allait éternuer, tandis que le côté droit restera » complètement immobile. »

La raison de ces phénomènes est bien digne d'attention ; c'est en la négligeant que quelque physiologistes et quelques expérimentateurs se sont trompés. L'acte de l'odorat n'est pas simplement l'acte de l'inspiration, mais tandis que l'air est attiré, il existe en même-temps une certaine conformité d'action dans le mouvement des narines, paria-

quelle l'air chargé des émanations est dirigé vers le siège du nerf olfactif, c'est-à-dire est forcé à circuler dans les parties les plus élevées des fosses nasales, au lieu de se diriger directement en arrière dans les narines postérieures. Telle est la raison pour laquelle lorsqu'on présenta de l'ammoniaque à la narine qui était immobile , l'animal ne parut point affecté , quoiqu'on n'eut rien fait qui pût avoir nui à la sensibilité de ce côté du nez. Si en prenant du tabac on se contentait seulement d'aspirer l'air, cette poudre serait entraînée dans la gorge et les poumons ; mais lorsqu'on prend du tabac, l'extrémité du nez est abaissée, les narines se contractent , et quand l'air est inspiré , le tabac s'élève jusqu'aux cellules supérieures et stimule tout l'intérieur des narines. Malgré leternument que détermine ce stimulus, le nerf olfactif ne contribue nullement à ce phénomène. La jouissance est dans le stimulus du système respiratoire, par l'excitation de la membrane , et non dans l'odeur que reçoit le nerf olfactif. Les branches sensitives delà cinquième paire sont d'abord excitées, ensuite le système respiratoire est affecté secondairement. Cette communication de la cinquième paire avec les nerfs respiratoires a-t-elle lieu à leurs racines dans le cerveau, ou à leurs extrémités? c'est à l'expérience ou au raisonnement à résoudre cette belle question.

Ces nerfs respiratoires sont les organes de l'expression.

Nous pouvons remarquer un autre usage de ces nerfs; ce n'est que par eux qu'est transmise l'influence dans le sourire, le rire et le pleurer. Nous avons vu que la face est insensible à tous les changemens lorsque le nerf que lui fournit cette classe , est détruit par l'inflammation ou par la suppuration. En considérant que tous les nerfs respiratoires , partent du même point , et participent aux mêmes fonctions , surtout en voyant les organes respiratoires si distinctement affectés, dans les états de l'esprit qui occasionnent ces affections , nous ne nous avançons pas trop en supposant que ce qui est prouvé pour un nerf, doit être vrai de tous ceux de la classe à laquelle il appartient, et qu'ils sont seuls influencés dans le rire. Les physiologistes qui n'en ont pas recherché la cause , s'accordent encore à dire que le rire est un état des muscles respiratoires dans lequel l'air est inspiré rapidement, et expulsé par de courts mouvemens spasmodiques de ces muscles ; que dans le sanglot c'est presque le contraire , l'inspiration étant alors coupée par des mouvemens spasmodiques des muscles qui lui sont propres. Ces considérations nous expliquent le sub risus qui accompagne l'irritation abdominale, et la rétraction sardonique des muscles de la face produite par la lésion des parties

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"vitales, et surtout du diaphragme. Elles expliquent aussi relèvement convulsif et successif des épaules dans les blessures de ce muscle.

Nous ne devons pas être surpris qu'un système de nerfs aussi intimement combiné que l'est celui-là avec les autres parties du système général s soit affecté dans les maladies hystériques ; et si l'on admet que l'irritation parvient jusqu'au système respiratoire, nous reconnaîtrons avec quelle rapidité peuvent se faire les changemens des convulsions du rire à celles du sanglot , et s'il y existe un état correspondant de l'esprit , il suit plutôt qu'il ne précède l'expression de la figure.

11 eut été étonnant que nous fussions arrivés à une théorie satisfaisante de l'expression , avant d'avoir connu par quels instrumens l'esprit influence le corps , pendant l'émotion ou la passion. Mais puisque nous savons que la section du nerf respiratoire de la face , prive un animal de toute expression ; et que le sourire expressif de la face chez l'homme devient impossible par la lésion de ce nerf , puisqu'il est encore évident que les convulsions du rire sont dues à ce que l'influence s'est étendue sur ce système de nerfs , il semble qu'il convient en continuant ce sujet , de nous occuper un peu plus de l'expression. Nous pouvons en même temps être assurés que tout ce qui sert à expliquer l'action constante et naturelle de l'extérieur du corps , contribuera aussi à nous faire connaître les symptômes des maladies avec plus de précision.

Nous concevons facilement pourquoi dans la terreur un homme tient les yeux attentivement fixés sur l'objet de son effroi , les sourcils levés et les paupières fortement écartées : ou pourquoi tandis qu'il marche incertain , et tout hors de lui-même , ses regards farouches et rapides semblent chercher quelque chose. Nous ne vo}rons là que la préoccupation de son esprit pour l'objet de ses craintes etl'influence directe de cette préoccupation, sur les organes extérieurs ; mais si nous continuons à l'observer , nous remarquerons qu'un spasme a saisi la poitrine, il ne peut respirer librement, le thorax reste élevé , la respiration est courte et rapide , les lèvres présentent un mouvement convulsif , les joues creuses sont agitées , la gorge se dilate et se resserre , le cœur vient frapper les côtes , quoique la circulation soit sans force , comme le prouve la pâleur des lèvres et des joues.

Il est évident que c'est la réflexion de l'influence qui a agi dans cette occasion. Le langage et les sensations de tous les peuples ont désigné le cœur comme le siège de la passion , et tout individu doit avoir seuti cette vérité ; car quoique le cœur ne soit pas , à proprement parler , le siège des passions, il est influence par l'état de l'âme : de là cette influence s'étend sur tous les organes respiratoires , et monte ainsi jusqu'à la gorge , aux lèvres et aux joues , et explique tous les mouvemens de la passion; mouvemens dont l'influence directe de l'esprit sur les traits ne pourrait rendre raison.

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Ainsi nous verrons les mômes phénomènes se représenter , si nous examinons l'expression de ladouleur , et nous pourrons même les énumérer , pour ainsi dire , anatomiquement. Si nous supposons l'influence d'une douleur accablante , l'objet qui occupe l'esprit a absorbé l'expression des traits. Le corps est oublié , les forces l'ont abandonné, il est penché, les membres cèdent à leur poids : tout îe corps est privé de l'influence des nerfs et dans le relâchement, et à peine la respiration se fait elle encore. Jusqu'ici il n'est pas difficile de s'expliquer l'effet par la cause. Mais pourquoi ce long soupir poussé de temps en temps ? Pourquoi ces convulsions du col et de la gorge ? D'où vient ce frisson et ce tremblement des lèvres ? Pourquoi la pâleur de la mort et le froid glacial de la surface du corps , et pourquoi la convulsion se répand-elle sur l'organisme , comme un paroxysme de suffocation ?

Il m'est inutile dans cette enceinte d'entrer dans de plus grands détails , il me suffit d'indiquer que les nerfs dont j'ai parlé dans ces mémoires , sont les instrumens de l'expression > depuis le sourire de l'enfant jusqu'au dernier soupir de la vie. C'est lors que l'homme fort est dominé par cette influence mystérieuse de l'âme sur le corps , et lorsqu'on peut dire vraiment que les passions déchirent le sein , que nous avons la peinture la plus affligeante de la fragilité humaine et la preuve la plus certaine que c'est l'ordre de fonctions dont nous nous sommes occupés , qui est alors affecté. Dans les

premiers efforts que fait l'enfant pour respirer, chez l'homme qui sort d'un état de suffocation , et dans l'agonie de la passion , lorsque la poitrine a l'in^uence du cœur à combattre , c'est le même système de parties qui est affecté , ce sont les mêmes nerfs et les mêmes muscles , et les symptômes ou caractères ont une exacte ressemblance.

Après avoir examiné le système des nerfs et des muscles, qui sont les agens de la respiration , dans leur plus grande étendue , et dans toutes leurs dispositions , après les avoir considérés dans leur degré le plus grand de complication sur le corps humain , et les avoir étudiés chez les animaux de la structure la plus simple , puis par des expériences et enfin par la méthode analytique aussi bien que par la méthode synthétique , il nous est facile de saisir leurs rapports. Au lieu de ne voir dans la paire vague qu'un seul nerf respiratoire , nous devons reconnaître dans le nerf qui porte ce nom, le centre d'an système de nerfs d'une grande étendue. Les organes de la respiration et de la circulation n'ont plus besoin de ces rapports qui dépendaient d'une influence supposée du grand sympathique , puisqu'ils possèdent un système qui leur est propre.

Ce système de nerfs débarrassé delà confusion aprente au milieu de laquelle il avait été enveloppé jusqu'ici , se trouve surajouté au système simple du sentiment et de la motililé, attributs communs à

tous les animaux. Il nous présente des fonctions plus relevées correspondantes à notre état de supériorité intellectuelle, sur ajoutées et comme greffées sur les primitives. Ces nouveaux systèmes ne servent pas seulement à la respiration , mais encore au langage naturel et articulé; ils sont disposés pour l'expression du sentiment fourni par les traits de la figure et la poitrine, c'est-à-dire par les signes aiis.û bien que par les mots; ainsi la poitrine devient l'organe des passions , et se trouve avoir avec le développement des sentimens , les mêmes rapports qu'ont les organes des sens avec les idées des sens.

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