‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 2)Chapitre 25 sur 45 · ITO · texte numérisé non relu

ITO

En ce qui concerne la continuité métallique du conducteur, . Pouillet n'admet de continuité assurée que celle qui existe itre des métaux soudés. Il est en outre important, selon lui, * ne pas multiplier inutilement les soudures. M. Pouillet a me posé les deux règles suivantes :

Diminuer le plus possible le nombre des joints sur la Ionaeur entière du paratonnerre, depuis la pointe jusqu'au A.

Souder à Pélain tous ceux de ces joints que la forme des ièces oblige l\ faire sur place. Ces soudures à rétain, qui levront toujours occuper des surfaces d'au moins 1 0 cenlioètres carrés, seront en outre consolidées par des vis, des louions ou des manchons.

Une troisième règle, à laquelle M. Pouillet- attache aussi de importance, est de ne pas effiler autant qu'on le fait en général le sommet de la tige du paratonuerre. Voici la raison de ce changement. Un paratonnerre est destiné à agir de deux manières différentes. Le plus souvent, le nuage qui porte la fondre s'avance progressivement, des actions électriques se produisent peu à peu, et en vertu du pouvoir des pointes la neutralisation s'opère lentement et en silence. Mais aussi il peut «■river que le nuage se trouve presque instantanément en prélence du paratonnerre, et alors il est nécessaire qu'il soit muni l'une pointe plus solide et capable de résister h la fusion qu'un ifflux considérable de fluide électrique ne manquerait pas d'opérer. C'est pour éviter cet accident, qui n'est pas sans exemple, jue M. Pouillet conseille de renforcer l'extrémité de platine en mgmentant l'angle d'ouverture du cône qui forme la pointe.

Mais nous devons faire observer que tous les physiciens n'ont )as goûté cette dernière idée. En proposant de substituer le cuivre au platine pour former

la pointe du paratonnerre, M. Pouilleuse fonde sur la meilleure conductibilité du cuivre pour l'électricité et la chaleur. Le cuivre est rangé, avec l'or et l'argent, parmi les meilleurs conducteurs de la chaleur et de l'électricité. Une pointe de cuivre, sous l'influence d'un courant électrique ou d'un coup de foudre, s'échauffera donc beaucoup moins qu'une pointe de plaline, et ne pourra, presque dans aucun cas, entrer en fusion. La dépense moindre, la facilité de construire en tous lieux et par les ouvriers ordinaires de toutes les localités cette partie de l'appareil, a paru à 31. Pouillet une autre raison de préférer le cuivre au platine.

Examinons maintenant un point dont nous n'avons rien dît encore : c'est le nombre des paratonnerres à établir sur un édifice de dimensions données, en d'autres termes, la question de savoir quelle est la surface de toit que peut protéger une seule tige de paratonnerre.

On admettait, à la (in du siècle dernier, que le cercle de protection d'un paratonnerre a\ait pour rayon le double de la hauteur de sa tige, c'est-à-dire qu'un paratonnerre de 10 mètres de hauteur, par exemple, étendait son influence sur un cercle dont le rayon a 20 mètres, et par conséquent la circonférence environ 125 mètres. Cette règle avait été posée par le physicien Charles, parce qu'il avait eu plus d'une fois l'occasion de remarquer que la foudre avait frappé des points situés à une distance du paratonnerre double de la longueur de sa tige. L'instruction de Gay-Lussac, en 1823, donna à cette règle une consécration officielle. Elle est pourtant loin d'être certaine, et il ne faudrait pas lui accorder plus de confiance qu'elle n'en mérite. L'étendue de la surface protégée par un paratonnerre dépend d'une foule de circonstances qu'il n'est pas toujours facile d'apprécier. Elle dépend d'abord de la hauteur de l'édifice par rapport aux constructions environnantes. Elle varie encore selon la nature des matériaux qui entrent dans la construction

$ l'édifice. Il n'est pas douteux, par exemple, que la surface pro-

;ée par un paratonnerre ne soit moindre, quand l'édifice a une

uverture de zinc, que lorsque son toit est formé de tuiles ou

ardoises. Sur un bâtiment à couverture de métal, il faudrait

me rapprocher davantage les paratonnerres. Au palais de

Industrie, il existait une distance d'emiron 40 mètres entre

nix qui correspondaient à la galerie centrale et ceux de la

alerie rectangulaire. Les tiges de ces instruments ayant

mètres de hauteur, on voit que Ton ne s était pas conformé,

ans cette circonstance, à la règle posée par le physicien

harles ; pour s'y astreindre, il aurait fallu placer une tige de

ara tonnerre à la distance de 28 mètres. On voit donc que la

ègle dont nous parlons, posée d'une manière assez arbitraire,

eut être restreinte ou étendue selon les circonstances, et qu'il

rat surtout considérer ici la nature des matériaux de l'édi-

ice et son élévation au-dessus des constructions envirou-

uintes.

Après ces indications générales relatives à l'établissement les paratonnerres, passons aux précautions que leur construcion exige dans chaque cas particulier.

Églises. — Sur le clocher d'une église, la tige du paratonnerre doit s'élever de 5 à 8 mètres, selon l'étendue de la plateforme du clocher ; une hauteur de 8 mètres suffit pour les plus larges tours, et de 2 mètres pottr les plus petites. Si l'église est couronnée par un dôme, ou si elle est surmontée d'une tour, d'un clocher, c'est au sommet de ces parties de l'édifice qu'il faut placer la tige de l'instrument. Comme il est souvent difficile d'élever à la pointe d'un clocher une tige de fer de 5 à 8 mètres, on a coutume d'employer des tiges plus courtes. Quelquefois même, si le clocher se termine par une croix de fer, on supprime la tige, en plaçant l'aiguille de platine sur la branche verticale de la croix, et l'on fait commuuiquer le

conducteur avec le pied do celte croix. Cette dernière fait alors l'office de tige, ccqui n'a point d'inconvénient, en raison de la grande hauteur de l'édifice par rapport aux constructions qui l'environnent.

Magasins a t-oudre. — On a jugé qu'il serait imprudent de faire passer le conducteur dans l'intérieur d'un bâtiment servant à emmagasiner la poudre. Une solution de continuité dans ce conducteur, accident dont on ne peut toujours répondre, suffit pour donner des étincelles électriques entre les bouts disjoints du conducteur, et une étincelle, si faible qu'elle soit, pourrait enflammer le pulvérin qui flotte si souvent dans l'intérieur d'un magasin à poudre. C'est donc à l'extérieur de ces bâtiments que l'on place les paratonnerres, au moyen d'un mât qui en est éloigné de 1 à 2 mètres. Il est bon, dans ce < cas particulier, d'aller au delà des précautions habituelles, et ■ de multiplier le nombre des paratonnerres.

Monuments dans la construction desquels il entm de grandes masses de métal. — Lorsque de grandes quantités de pièces métalliques sont entrées dans la construction d'un édifice, quand le fer, le zinc ou la fonte ont été largement employés pour les toitures, les charpentes, le tablier des plafonds, les tirants de consolidation, etc., il faut mettre toutes ces masses en communication avec le conducteur du paratonnerre. Pour établir ces communications, des barres de fer de 8 millimètres de section suffisent amplement Si le monument occupe une grande étendue, et qu'on doive le munir de plusieurs paratonnerres, il faut de plus faire communiquer tous les paratonnerres entre eux. En un mot, il faut rendre toutes les parties métalliques de l'édifice solidaires les unes des autres. Il est bon, enfin, d'cmplo\er des conducteurs d'une très large section, afin que 1 électricité trouve toujours et partout un écoulement prompt et facile.

Vaisseaux. — Le cuivre rouge a une grande supériorité

r le fer et le bhofl. ôcor. '.m iac ne mnr «u: usa?' j«nr tin- «er le câble qui îkt:.* "•* i-iaiâny^Tr ::i Tîanp iiinv- - i «v. oîds altérable s«s j -iiEvtjv* i* aç-in? •i:in,s:i]«i»"ifï»— . surtout comme ii omjcxu: --:■> i'i> :uu» ia-ii-mvii: . :■#».■•■.lé qoe le fer. il pec: *.<&*. t&çw.-y. r '■: nu1 «.••■■:••:. i-:«? »:i> us petite qu'un ««w^t: ô* .-*- IrLi* j- rwc^r. ôi L Pouillet, on coc&zZt 6'»u: I"-^::h'i. r.Mi.v" 6^ :-.a:i"«> ch aivre pour former te (Lfc2iK« rcicuitz-j:-.* û-îv :*:*: ilerres de navires. U* o^tt»:.: r»-:c i r^^uai-.cri :im ôi ection métallique. Le* tû* qni c:ci>:i«*i: »••* -tirons rsrMj: ie 1 millimètre à Ie". x

La tige du paratonnerre pe*j4. l"*» :■: fju -. çL**p-.'s d->:\ïsjrfr«»

le longueur, y compris la [*>in:. L"icj»:«r:iL:. ces! qs-:- h

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i'étain. À son extrémité inférirurv. letiMe .vira a usé d'onv

manière analogue dans une pit-ce do cuhiv qui sera vn c«n-

munication permanente atec le doubla?*.- du isa\ir> . L"babi-

Inde de jeter la chaîne à la mer au mr-ment de l'orale est

dangereuse : 1e en ce qu'on peut oublier de K* faire: 2" en ce

que le plus souvent il ne suffit pa> que la chaîue communique

à l'eau de la mer, par une surface de 2 à o décimètre.*, pour

que rélectricité s'écoule avec toute la rapidité nécessaire.

En Angleterre, ou suit un procédé bien supérieur. On incruste, une fois pour toutes, dans des ridules ou rainures creusées suivant la longueur et dans 1 epaisseir: des mats, de fortes bandes de euhre. La partie inférieure de ces tandes. qui forment le conducteur, tient se souder à une plaque de cuivre fixée sur la carlingue. Delà, le conducteur est en communication avec l'eau de h nier, au moyen de trois Initiions de cuivre qui traversent la quille. De cette manière, les conducteurs font corps avec les mats; le navire entier, depuis In pointe jusqu'à la doublure métallique extérieure, est constitué dans un état parfait de conductibilité, connue si toute sa masse iv. M

était de métal, et indépendamment de tonte intervention de l'équipage.

Dans l'instruction de M. Pouillet, on n'a pas cru devoir mentionner l'ensemble de ces dispositions, ni les recommander pour l'usage de la marine française. Une longue expérience a prouvé pourtant l'efficacité de ce système. Quelques détails sur le genre de paratonnerres employés aujourd'hui par tonte la marine britannique ne seront pas ici hors de propos.

C'est lord "William Napier qui attira le premier l'attention de l'amirauté britannique sur l'imperfection des paratonnerres employés à cette époque par la marine des déni mondes. Il avait été déjà témoin en plusieurs occasions d'accidents arrivés en mer à ces conducteurs électriques, lorsque, au mois de juillet 1 811, il en eut sur son vaisseau un nouvel et terrible exemple. Il venait de quitter Toulon à bord du Kent, navire de Ih canons, lorsque son grand mât et son mât d'artimon furent littéralement déchirés par la foudre, depuis leurs pommes de girouettes jusque sur le pont. Le fluide tua un matelot et en blessa trois ou quatre autres qui se trouvaient sur une vergue. Dans une autre circonstance, a Port-Malion, il vit quinze de ses matelots tués par un coup de foudre. C'est en raisou de ces malheurs que lord Napier, trouvant vicieux le système qui consistait à placer un seul paratonnerre sur chaque navire, demandait que chaque mât fût pourvu de cet instrument.

« Cet. appareil, disait en 4 823 le célèbre amiral, en parlant du conducteur de chaîne, est ordinairement attaché à la cime du grand perroquet, comme étant le plus élevé du navire; mais il ne s'ensuit pas que la foudre doive précisément frapper là, et j'ai vu, souvenir déplorable, quinze matelots excellents, épars sur le beaupré, tués ou brûlés en un clin d'œil. Quelques-uns furent précipités dans l'eau ; d'autres, couchés morts en travers des antennes, demeurèrent dans la posture qu'ils avaient avant l'ac-

ident. Ceci eut lieu à Port-Mahon, sur un navire de soixante- |uatorze, tandis que l'équipage ferlant les voiles était dispersé nu* toutes les vergues. On ne saurait dire si le conducteur était ilors en place ou non ; mais en supposant que Ton puisse compter, à quelques égards, sur une pareille machine, il me paraît très probable qu'une seule ne suffit pas pour un navire.

» Un conducteur placé selon l'usage, savoir à la cime du grand perroquet, peut être envisagé comme un agent plus puissant que le mât lui-même, mais il n'est jamais calculé positivement de manière à pouvoir absorber toute la portion de fluide électrique qui se trouve en contact avec d'autres, pointes rivales, et bien que les mâts soient presque toujours les premiers à recevoir la décharge, je sais des cas où plusieurs hommes, occupés à retirer leur linge mis ù sécher sur la grande manœuvre, furent tués et brûlés par le fluide électrique. »

Un physicien anglais, M. Singer, exposait les mêmes vues dans un livre publié en 181& (1). L'auteur affirme, d'après le témoignage de différents capitaines, que les conducteurs mobiles faits de fil de cuivre sont généralement regardés comme de peu d'utilité.

t On les laisse, dit-il, empaquetés dans un coin du navire, durant les voyages les plus longs et les plus hasardeux ; ils s'attachent aisément, il est vrai, mais ils se détachent de même. Pour cette raison et pour bien d'autres, il vaudrait mieux employer des conducteurs fixes ; on pourrait les accrocher au mât, et pour qu'ils gênassent moins les manœuvres, on pratiquerait, dans le milieu de leur tige inflexible, une séparation qui pourrait au besoin donner place à une partie souple composée de fils de fer en spirale. »

Un autre physicien anglais, M. Harris, satisfit plus complètement à ces conditions en imaginant un système nouveau qui

(I) Eléments of Electricity, by G. J. Singer, ch. i, p. 226. M. Thilaye a donné une traduction de cet ouvrage, augmentée de notes : Éléments d'électricité et de galvanisme, par Singer. Paris, 1817.

est aujourd'hui universellement adopté dans la Grande-Bretagne. Sa méthode consiste à faire des mâts eux-mêmes autant de paratonnerres, en y fixant une double couche de plaques de cuivre qui produisent une surface continue de métal. Gomme nous l'avons dit plus haut, ces plaques sont réunies entre elles par des bandes de cuivre passant sous les poutres du tillac, et avec les larges boulons de la quille, c'est-à-dire avec les principales masses métalliques qui entrent dans la coque du navire.

En 1830, trente navires de la marine britannique furent armés des paratonnerres de M. Harris, c'est-à-dire de mâts conducteurs. On les choisit parmi ceux qui stationnaient dans les climats les plus divers, sur la Méditerranée, au cap de Bonne-Espérance, dans les Indes orientales, dans les deux Amériques, etc. Ils furent, pendant plusieurs années, exposés aux plus terribles tempêtes, et quoique frappés à plusieurs reprises par le tonnerre, on n'a pas d'exemples qu'ils aient subi, de 1830 à 18&2, un dommage notable. L'un d'eux, la frégate Dnjad, en quittant les côtes d'Afrique, vers 1830, fut frappé de la foudre pendant un ouragan. La décharge électrique tomba sur le mât de misaine et le mât de maître, avec un sifflement terrible, et le navire parut un instant enveloppé de flammes. Mais aucun autre accident ne suivit Dans plusieurs autres cas semblables, l'explosion électrique fut tournée vers la mer par les conducteurs de M. Harris. Durant la même période où ces trente navires étaient ainsi préservés, quarante environ qui n'avaient point adopté le nouveau mode de protection furent frappés et endommagés gravement

En ASU2, l'amirauté britannique adopta définitivement, et après des expériences longuement poursuivies, le système de ces mâts conducteurs. Il est aujourd'hui le seul employé en Angleterre. Les pièces dont il se compose se fabriquent rapi- " ynent et à peu de frais dans les ateliers de l'État, et depuis

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im adoption générale , il n'existe peut-être pas d'exemple l'un navire anglais ayant sérieusement souffert d'un coup de bodre en mer. Ce système est bien préférable à celui qui est idopté dans la marine française, et qui consiste essentiellcnent dans l'emploi d'une chaîne conductrice attachée le long b mât Nous croyons que l'adoption du système anglais, à tord de nos vaisseaux, présenterait les plus grands avantages, aussi est-il regrettable que, dans le rapport de M. Pouillct, on n'ait pas même songé à en faire mention.

Paratonnerres portatifs. — Nous pourrions ajouter, pour terminer le sujet qui vient de nous occuper, qu'il a été question, au siècle dernier, de paratonnerres portatifs à l'usage des individus. C'est un des traducteurs de Franklin, Barbeu Dubourg, qui en fit la proposition. Voici la description abrégée de ce paratonnerre individuel, qui ne différait d'un parasol que par divers accessoires qu'on y ajoutait :

« Le corps du parasol, dit Barbeu Dubourg, se compose : 4* d'une surface de soie bombée, mais ayant une de ses coutures recouverte en dehors d'une petite tresse d'argent ; 2° d'un manche de bois léger et long d'environ deux pieds ; 3° d'une tringle de fer d'un demi-pouce de diamètre, et de huit à dix pouces de long, placée en dessus vis-à-vis du manche, et terminée supérieurement par un écrou ; 4° d'un anneau, de baguettes et d'un ressort particulièrement situés en dessous : cet anneau, glissant sur la tringle, sert à plier et à déplier les baleines ; 5° de neuf ou dix baleines, chacune de deux pièces, arc-boutéesà l'ordinaire, mais placées au-dessus du taffetas ; l'une de ces baleines attenante à la tresse d'argent, est armée d'un bout de cuivre termine par un écrou. Les accessoires sont: 1° une verge de cuivre mince, longue d'un pied, terminée supérieurement par une pointe fine, et inférieurement par une vis qui s'adapte aisément, quand on veut, à l'écrou de tringle ; V un gros fil de laiton, d'un pied et demi de largeur, finissant par une petite vis qui au besoin se met dans l'écrou du bout de cuivre dont nous avQns parlé ; 3e un cordonnet d'argent pendant au bout inférieur iv. Tô.

de ce fil de laiton, et terminé par une petite houppe de franj traîne à terre. »

Telle est la description donnée par Barbeu Dubourg d paratonnerre portatif. Le Père Paulian, dans son ouvrag< primé à Nîmes en 1790, la Physique à la portée de te monde, donne la description d'un autre paratonnerre poi en forme de parasol, et peu différent de celui de Barbeu bourg.

Mais nous devons dire qu'il n'existe point, dans un absolu, de corps non conducteur de l'électricité, et q foudre frappe, traverse, réduit en poussière les corps ré les plus mauvais conducteurs du fluide électrique, tels q verre, les résines, le soufre, etc. Il est donc certain qu appareils seraient restés sans efficacité pour préserve homme de la foudre. Malgré son insuccès, cette tentative <3 être signalée dans la notice historique que nous venoi tracer.

Nous sommes dans la ville de Cosmo, en Milanais, pendant ks premiers jours de Tannée 1800, tout à fait à l'aurore du grand siècle des sciences physiques. Si nous entrons dans le cabinet d'un physicien retiré dans cette ville, à la Cm d'une longue et glorieuse carrière universitaire, nous y apercevrons un homme déjà âgé, qu'entoure tout un étrange attirail. Des pièces d'argent monnayé, des rondelles ou palets de zinc et de cuivre, sont épars autour de lui. Sur sa table, se dressent trois baguettes de bois, entre lesquelles il vient de superposer avec le plus grand soin, et toujours dans le même ordre, un palet de cuivre, un palet de zinc, une rondelle de drap mouillé ; puis encore, et toujours dans le même ordre, un palet de cuivre, un palet de zinc, une rondelle de drap mouillé. Tout cet ensemble forme un entassement, une pile, composée d'une série %de disques de cuivre et de zinc, chacun de ces couples se trouvant constamment et uniformément séparé l'un de l'autre par un disque de drap humecté. L'ceil fixé sur ce singulier assemblage, notre savant paraît en proie aux plus vives préocccupations : on dirait qu'il entrevoit par la pensée tout un monde de vérités ignorées et sublimes. Près de lui est un écrit qu'il s'apprête à relire, c'est une longue lettre portant pour suscription : A sir Joseph Banks, président de la Société royale de Londres.

11l\ DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES.

Que signifie cet arrangement singulier, cet instrument bizarre dont rien ne peut encore nous faire comprendre le but? Le vieux savant est-il tombé en enfance ou en manie ? Mais suspendons toute interprétation injurieuse: cet homme est Alexandre Volta ; cet appareil c'est la pile, nom que l'inventeur lui donne, pour ne rien préjuger de ses effets et rappeler seulement l'ordre qui préside à sa disposition. Ce nom, provisoirement et arbitrairement adopté, restera désormais attaché à cet appareil.

Rien ne peut faire prévoir encore l'importance de cet instrument nouveau. Mais attendez quelque temps, trois mois à peine, et lorsqu'une étude rapide aura permis d'entrevoir ses principaux effets, vous ne tarderez pas à vous convaincre qu'il constitue le plus puissant, le plus merveilleux des appareil! qu'ait enfantés la science des hommes.

Un rapide coup d'oeil jeté, par avance, sur les principaux effets de la pile de Volta, va nous montrer que rien n'est comparable à la puissance, à la variété, à l'universalité de ses effets.

Réunissez, au moyen d'un fil métallique, les deux extrémité! qui terminent cette pile de disques accumulés, et voici les effets variés, autant qu'extraordinaires, que vous obtiendrez à volonté :

Entre ces deux fils rapprochés à une faible distance, on voit jaillir une flamme qui, lorsqu'elle est produite dans des conditions spéciales, efface, par sa prodigieuse intensité, toute lumière artificielle, et qui n'est comparable qu'à l'éclat même du soleil.

Si l'on réunit par un mince fil conducteur les deux pôles de cet instrument, de telle sorte que le fil interposé serve seul à l'écoulement du fluide électrique, on aura entre les mains le plus énergique foyer de chaleur dont les hommes puissent disposer. Par la masse de calorique accumulée en ce point, on met en un instant en fusion, et l'on réduit môme à l'état de

peurs, les métaux les plus réfractaires. Lp fer, infusihle ns nos feux de forge ; le platine. le plus réfractaire des niéai; les corps non métalliques, tels que la silice on l'alumine, mposés absolument infusibles ; le diamant iw'1110 : en un ot, presque toutes les substances sans exception appartenant 1 règne minéral, sont amenées en un instant à Tétai de fusion r ce fover sans rival.

Quand il circule sileucieusement et sans aucune manifestaon physique extérieure, dans un conducteur non interrompu, î courant électrique engendré par cet instrument jouit de la ertu, mystérieuse autant qu'étonnante, de développer une ■te motrice considérable. On peut , à son gré, accroître 'énergie de cette force mécanique, l'employer à soulever de auras fardeaux, à animer des machines. Différent en cela le tous les moteurs connus, cet agent mécanique se transporte i toutes les distances avec une vitesse incalculable; il peut çir, sans perdre considérablement de son intensité, à mille feues de son point de départ. Serviteur obéissant et docile, cette force est toujours prête. Rien ne lui fait obstacle |>our surmonter les distances; elle franchit les mers, gravit les mon lignes, descend les vallées, traverse les cités, el se retrouve, à Ko point d'arrivée, avec la plus grande partie de son énergie primitive. On peut en un clin d œil, à la volonté et au cornmandement de la main, suspendre son action, et dans les ntermittences de travail, dans les instants de repos, elle ne lépeusc, elle ne consomme rien.

Si Ton plonge dans de Teau deux (ils d'or ou fie platine ttachés aux deux pôles de cet instrument, et que l'on raprochc ces deux fils à une certaine distance, on voit aussitôt eau se décomposer et se réduire en ses {\cu\ éléments : l'oxy fcne et l'hydrogène gazeux; l'oxygène se dégage auiou. du hl boutissant au pôle zinc, l'hydrogène autour du 1)1 p.uiarii du 51e cuivre.

Cette décomposition que l'eau subit sous l'influence do courant vol taïque, tous les autres composés naturels sont susceptibles de l'éprouver également, car la pile de Volta est le moyen le plus puissant d'analyse que possède la chimie. Sous son influence, les oxydes métalliques sont réduits en leurs éléments; l'oxygène se dégage au pôle zinc ; le métal se dépose à l'autre pôle. Les composés salins se détruisent aussi par l'incompréhensible aetion de la même force : l'acide qui entre dans leur composition se porte au pôle zinc ; la base, ou l'oxyde métallique, se rend au pôle cuivre. C'est grâce à la pile vdtaïque que les chimistes ont pu être fixés, après des siècles d'infructueux efforts, sur la nature d'une foule de composés. On soumet un jour la potasse à l'action de la pile, et cet alcali est décomposé. Bientôt, tous les oxydes terreux se dédoublent à leur tour en oxygène et en un métal particuler, et la véritable nature des bases alcalines et terreuses est tout à coup dévoilée. Toutes les autres [substances chimiques étant soumises successivement à ce puissant moyen d'analyse, des métaux inconnus sont découverts, la liste des corps simples anciennement admise est rectifiée, et le système général de la chimie s'éclaire d'un jour inattendu.

Moyen puissant et sans égal d'analyse chimique, la pile voltaïque peut aussi, délicatement employée , produire l'effet inverse, et par une sorte de contradiction physique dont le sens nous échappe, servir à la synthèse ou à la recomposition des corps. Si l'électricité de la pile peut décomposer l'eau en ses éléments, à l'inverse, une étincelle électrique qui peut être fournie par la pile provoque la combinaison de l'hydrogène et de l'oxygène gazeux, et détermine la formation de l'eau par l'union chimique de ces deux gaz ; enfin, grâce à l'emploi de courants électriques faibles et continus, on parvient à reproduire, avec le secoure du temps, certaines espèces minérales qui existent dans la nature.

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la pile de Yolta, qui produit de si remarquant oîT»'s plnques et chimique*, provoque tiui»re d'irjpnr:jius phènolènes physiologiques. En circulant au >«in de iu*s onzanes. Electricité issue de la pile repn «luit ces intimes ébranlements pK rinnervation a le privilège d'v exciter: elle réveille mis IKtions endormies, met en action nos appareils organiques; ■e galvanise y suivant l'expression consacrée, le eadav re des ■hnaux récemment tués, et simule les phénomènes qui sont vopres à la vie.

Si, avec les deux mains humectées d'eau, on touche à la fois les deux fils conducteurs d une pile en activité, on éprouve ■sitôt une vive commotion; ou ressent dans les articulations fa doigts et de la main une secousse pareille à celle que l'on éprouve quand on touche à la fois les deux garnitures d'une bouteille de Levde. Seulement, la bouteille de Levde ne donne qa'une seule commotion ; pour en obtenir une autre, il faut recharger la bouteille. Ici, au contraire, la secousse se renouvelle continuellement ; la pile de Voila joue le rôle d'une bouteille de Levde qui se rechargerait subitement et spontanément.

Placez sur le bout de la langue le pôle zinc de cet instrument, et sur un autre point du même organe le pôle cuivre. Tous percevrez l'impression très prononcée d'une saveur acide; changez les deux fils de place, la saveur i>erçuc sera alcaline.

Le sens de la vue peut être excité, comme celui du goût, par le courant de la pile; cl, résultat singulier, la sensation lumineuse peut être provoquée sans que le (il conducteur touche l'organe de la vue. Si l'on applique sur la joue, sur les lèvres, 011 sur une partie quelconque du visage préalablement humectée d'eau, le fil conducteur de l'un des pôles, à l'instant où l'on saisit avec la main l'autre extrémité, ou aperçoit un faible éclair en tenant les veux formés.

Si l'on place les deux fils de la pile sur les oreilles humeciv. 2&

tées d'eau, ou bien entre une oreille et quelque autre partie humectée du visage, on entend aussitôt des sons ou des bruits successifs et répétés.

Ce n'est pas seulement sur les organes vivants que la pile voltaïque exerce son influence ; elle réveille les actions organiques sur le cadavre des animaux. En faisant, par des moyens convenables, circuler le courant électrique dans les muscla pectoraux d'un animal récemment tué, on voit renaître sur h. cadavre l'acte mécanique de la respiration. Soumis au mena genre d'expérimentation, on a vu des suppliciés exécuter b phénomènes de la vie organique, leurs mains s'agiter et sodéver des poids, le tronc se relever à demi, et les muscles de M face en proie à de si effrayantes contorsions, que les témohH de cette étrange scène s'enfuyaient épouvantés.

Source de lumière et de chaleur, agent de force motrice, moyen puissant d'action chimique, instrument de phénomène! physiologiques variés, la pile voltaïque réalise donc cet idéal Protée conçu pour un autre ordre d'idées par la poétique imagiuation des anciens. Produire de la chaleur el de la lumière, créer des forces motrices, ramener les corps à leun éléments primitifs, combiner entre eux ces éléments, réveiller au sein des Otres organisés les mouvements particuliers à l'action vitale, à cela se réduit à peu près la sphère de notre activité scientifique et industrielle. Ce cercle immense autant que varié, la pile voltaïque le remplit à elle seule, et presque toujours avec une intensité et une facilité surprenantes.

De toutes les inventions modernes, la pile voltaïque est donc la plus originale, la plus féconde, en raison du caractère frappant d'universalité qui la distingue. Les plus belles créations de la science ou de l 'industrie, la machine à vapeur et nos puissants instruments mécaniques, la boussole, les lunettes d'approche et les instruments d'optique perfectionnés, toute! les autres inventions dont nous pourrions rappeler la longue et

lorieuse liste, n'accomplissent en général qu'un** fonnion nique et spéciale. L'instrumeut que nous devon* à \oha«-t. i contraire, essentiellement universel dans v«s a;ï|»Ii'»ti«iri*. Mceà cet appareil admirable, on enferme **t ion eonden^. a un même point une source continuelle dï-l»'CîriaV\ r'«st-i- Ired'uu agent physique égal au calorique par le nombre *t Importance de ses attributs, et Ton peut mettre, tour a f.'ir profit ses effets variés. Lumière, chaleur, action inéraniquo. Sets physiologiques, nous avons sous la main, a\er ta pj> lectrique, toutes les ressources, tous le-* moiens &*<:v,". lia fois. Nous pouvous, à volonté, mettre en ■•■u l'un d<- "-• ritets à l'exclusion des autres, et tous. ivjI»:> ou sirnuitenés, obéissent aveuglément h nos ordres. IN pari'-fi'.i '''tancent ou s'arrêtent, modèrent, graduent ou e\ait"ut leur i»j?.*-n- ■té, selon nos besoins ou nos désirs. Grâce a ta [>il<- d«- \*ïâ, l'électricité devient tour à tour le messager rapide qui f/,re ■08 dépêches, la machine puissante qui accomplit nos itkwit mécaniques, l'agent mystérieux qui, daiii nos tahora-oir*:*. industriels, façonne et superpose les métaux pré' ieox ou '/*«• mniis, le moyen thérapeutkpie que la médecine tente, de urtirt «œuvre, ou la lampe sidérale qui brille daas la nuit de rx*er/-*.

Il faudrait des volumes pour raconter a.** t/m- fo Ai-'kux qu'elle exigerait l'histoire de la pile de Voira. j/>!if ♦/*'*; j,: bbleau des innombrables applications qu'elle a ww:. <é t',*tt Dir des renseignements exacts et circoruUn'.i»'^ >•;.' v™ le-. points qui se rattachent à ce grand sujet, f'oor ne j** '■?/ rX." cette notice hors de toute limite, nous ne wrti/Iérer'ifM :' « V' l'histoire de la pile de Volta pris* en <:ik.-r.vr.v: >4fi. <r, .r dans l'exposé de l'innombrable *:n* des v>\M<4U<>u± <\. < >ï< u trouvées de nos jours. Nous pourrons air, 'i t<- . 'st.. <t tUt,. >*n petit nombre de pages le récit historique d<: »o-i» o. qui ^ »*i» porte à cet admirable appareil.

280 DÉCOUVERTES SCrENTIFIQOES.

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