CHAPITRE IL
Latte entre Galvani et Voila. — Théorie de Volta sur l'électricité métallique et le développement de l'électricité parle contact des métaux. — Expériences de Galvani opposées à celles de Volta. — Théorie chimique de Fabroni. — Travaux des Italiens et des Allemands sur le galvanisme. — Répétition des expériences de Galvani et de Humboldt à Paris. — Incertitude des savants entre ces théories opposées. — Découverte de la pile par Volta.
La publication du travail de Galvani produisit dans l'Europe savante une sensation profonde. Les phénomènes annoncés par l'expérimentateur de Bologne, les déductions qu'il en tirait, l'hypothèse qu'il avait admise, tant pour les coordonner que pour ouvrir la voie à de nouvelles recherches, furent le sujet de longues et vives discussions. Les physiologistes et les physiciens mirent un grand empressement à vérifier ces faits inattendus ; on en vit bientôt sortir d'importantes conséquences.
Les physiologistes entrèrent les premiers dans cette voie. Presque tous admirent la théorie de Galvani, qui donnait le moyen de résoudre ce grand problème de la sensibilité vitale que
les siècles avaient laissé en suspens. Jean Aldini, professeur de physi(|ue à Bologne, et Georges Aldini, qui devint phis tard conseiller d'État du royaume d'Italie, tous les deux neveux de Galvani, appuyèrent les première, par des observations fonda* mentales, les opinions de leur oncle. Un autre physicien, Eusèhe Yalli, de Pise, qui expérimentait de concert avec Muscati, se joignit bientôt à ces premiers défenseurs de la doctrine bolonaise. L'ingénieux Fontana, professeur à Pise, enfin Giulio et Rossi , a Turin, continuèrent ces études par des expériences purement physiologiques, qui tendaient à prouver l'existence de l'électricité animale et à justifier l'assimilation de l'action nerveuse aux effets de la bouteille de Leyde.
La découverte de Galvani fut annoncée en Allemagne parla Gazette médico-chirurgicale du professeur Jacob Ackermann, de Mayence (1). Er(2), Smuck (3), et bientôt après, Gren, professeur à Halle, répétèrent les expériences de Galvani en employant l'argent et le zinc comme armature des nerfs et des muscles de la grenouille (4). L'anatomiste Soëmmering, Wilhelm Bchrcnds, de Francfort, et Kielmayer, professeur à Stuttgard, continuèrent les expériences commencées en Italie par Fontana, Giulio et Rossi. Le but de ces divers expérimentateurs était d'appliquer à la médecine les données nouvelles résultant des travaux de Galvani, qui avait le premier donné le signal de ce genre d'application dans le traitement des paralysies. Le professeur Gaspard Crèvo, de iMayenco, et d'autres expérimentateurs tels que Klein, Alexandre Monro, Fowler, George Hunter, Berlingbieri et Pignotti, poursuivirent les mêmes tentatives.
(1) Mcdicinisch-chirurgische Zeitung y von Jacob Fidclius Ackermann, 1791.
(2) Physiologische Darslellung der Lebenskriifte. Mayoncc, 1800.
(3) lleitrtlge sur tveiteren Kennlniss der thierischen ElektrisitiU. Munich, 1702.
(4) Gren Journal, VI, 102 ; VII, 323 ; VIII, 65.
LÀ pile DE VOLTA 299
Mais les adversaires des idées de Galvani ne tardèrent pas à M produire. Reil, en Allemagne, fut le premier qui se prononça contre la théorie de l'anatomiste de Bologne (1). Il attribua les contractions musculaires de la grenouille aux métaux employés, mais en accordant toutefois une certaine part à la sensibilité organique. Pfaff, professeur à Stutlgard, observateur d'un vrai mérite , fut un adversaire plus sérieux pour Galvani (2).
L'opposition que rencontraient les idées de Galvani, et les ttpériences qu'on lui opposa pendant les quatre années qui ndvirent la publication de son ouvrage, ne sortaient pas, en général, du domaine de la physiologie. C'est dans le camp des physiciens qu'il allait trouver ses plus redoutables contradicteurs»
Adoptée avec enthousiasme en Italie à la fois par les phy* iWogistes et les physiciens, acceptée avec faveur par les natu-* ralistes allemands, qui y trouvaient un prétexte d'accorder avec la physiologie leurs vagues spéculations métaphysiques, timidement combattue en France et en Angleterre, la théorie de Galvani faisait son chemin dans l'arène scientifique, lorsqu'un physicien d'Italie, Alexandre Volta, déjà connu par la découverte de l'électrophore, de l'eudiomètre et du condensateur, osa s'emparer des diverses objections précédemment éleyées contre l'hypothèse de l'électricité animale, et les réduire en propositions simples. Dans les premiers travaux qu'il avait publiés sur l'électricité, Volta avait adopté sans réserve les Opinions de son célèbre compatriote; mais bientôt, changeant <te rôle» il s'en fit l'adversaire déclaré (3).
(!) GrenJourn;,Vl, 411.
(2) Distertatio inaugurales medica de electrteMale sic dicta animait, «More C. fi. Pfaff. Stuttgardiœ, 1795. — l/dx5r thierische Eleclhcilat und Reizbarkeit. Letpajg, 1795.
(3) Volta a exposé ses idées dans le Giornale physico-médicale, de Brugnatelli» t. XIV, 1797 ; dans le Journal de Letpsigk. I. WWV,
Galvani avait fort bien reconnu, et il le dit très ncttemco dans son livre, que Ton pouvait expliquer les contractions mus culaires de la grenouille provoquées par un arc métallique, ai moyen de deux théories différentes; que l'électricité développe dans ce cas pouvait avoir son origine dans le corps de l'anima] ou provenir du métal même (1). Mais à la suite de ses recher chesT Galvani avait rejeté, comme inadmissible, la pensée qi aurait fait attribuer au métal la cause productrice de l'élec tricité. L'opinion que Galvani avait cru devoir abandonne fut précisément celle dont Volta s'empara, et dont il se fit us arme pour battre en brèche l'édifice si laborieusement élevé pi l'anatomiste de Bologne.
Partant de ce fait, annoncé et bien des fois vérifié par Gai vani, que l'arc métallique excitateur provoque beaucoup pli facilement les contractions lorsque cet arc est formé de da métaux différents que quand il se compose d'un métal uniqt» Volta fit jouer un rôle capital, pour l'explication duphénomèm à cette hétérogénéité du conducteur. D'après ses vues, d'aboi vaguement énoncées, mais bientôt appuyées de preuves qi parurent alors sans réplique, Volta formula ainsi sa tbéor physique du phénomène de la contraction musculaire de grenouille, pour l'opposer à la théorie physiologique de se adversaire :
Lorsque deux métaux diffwents sont en contact tun atx. l'autre, par suite de ce contact, par l'effet de cette hétérogt néité de nature, il y a développement d'électricité.
dans sa Lettre à sir Joseph Banks* président de la Société royale < Londres, insérée dans les Trans. philosophiques pour l'année 180 2* partie ; enfin, dans un Mémoire lu à l'Institut national de France i mois de brumaire an IX.
(1) 11 est bien curieux de lire sur le cahier manuscrit où se trou enregistrée sa première expérience sur la contraction de la grenouî par l'arc métallique, ces mots, écrits de la main de Galvani : Experte* sur l'électricité des métaux, avec la date du 20 septembre 1786.
* Pour bien établir dans les mots la différence d'interprétation qu'il voulait porter dans les choses, Volta appela toujours électricité métallique ce que Galvani avait désigné dans ses mémoires sous le nom à! électricité animale.
Quand on se trouvait disposé à admettre, sans autre examen, cet étrange principe, que le simple contact de deux métaux différents est une cause de production d'électricité, l'explication des phénomènes découverts par Galvani devenait chose simple. .Lorsque l'arc métallique qui unissait les muscles lombaires aux nerfs cruraux était formé de deux métaux, ces deux métaux, selon Volta, dégageant de l'électricité par leur simple contact, le fluide électrique, ainsi développé, passait dans les organes de la grenouille, et y provoquait ces contractions tétaniques qu'il a le privilège d'y exciter. Si, au contraire, l'arc excitateur était formé d'un seul métal, c'était alors la différence des humeurs imbibant les muscles et les nerfs qui engendrait cette même force électro- motrice.
Ainsi, Volta prenait le contre-pied de la théorie de Galvani. Pour l'anatomistcde Bologne, la source de l'électricité, c'était le muscle ; l'arc métallique provoquant les contractions ne remplissait d'autre rôle que celui de conducteur, et la cause réelle et directe des mouvements convulsifs de l'animal, c'était le courant électrique qui s'élançait du muscle au nerf et du nerf au muscle, à travers l'arc métallique. Pour le physicien de Pavie, au contraire, la cause productrice de l'électricité résidait dans le contact des parties hétérogènes, et la contraction musculaire provenait de l'irritation des nerfs par le passage du courant électrique engendré par ce contact
Galvani défendit pendant six années sa théorie de l'électricité animale contre les objections incessantes de son adversaire. La mémorable lutte scientifique qui s'établit entre ces deux grands esprits vivra à jamais dans l'histoire de la science, tant pour l'importance des questions discutées, que pour la conveif. l«
nauce et la dignité des formes qui furent observées par ks deux adversaires pendant cette longue controverse.
Les réponses de Galvani aux objections de Volta sont contenues dans une Lettre à Carminati, qui parut en 1792 ;<kni un mémoire anonyme de Galvani, d'une très grande importance, publié en 1794, sur l'usage et l'activité de Varc antr ducteur dans les contractions musculaires; enfin, dans cinq mémoires adressés par lui, en 1797, à l'illustre SpallanzauL Ses neveux, les deux Aldini, prirent aussi une certaine put -, à cette mémorable polémique.
Gomme on vient de le voir, Voila plaçait la source de l'électricité dans le contact des substances hétérogènes; Galvani mit tous ses efforts à prouver que cette hétérogénéité n'était nulle* ment nécessaire pour provoquer les contractions. Les expt* riences qui servirent à établir cette vérité furent nombreusM et sans réplique; ce sont encore les preuves les plus frappantes que Ton puisse invoquer aujourd'hui pour démontrer l'existence de l'électricité animale.
Galvani fit d'abord remarquer que, si l'hétérogénéité de Tare ajoute, il est vrai, à l'intensité de la contraction orgp nique, cette condition est loin d'être indispensable, car o* obtient ces mêmes mouvements avec un arc composé d'un seul métal, tel qu'une lame d'or parfaitement pur et homogène. Il prouva ensuite qu'on peut se passer complètement de metaui pour composer un arc excitateur. Il démontra ce fait décisif en exécutant le premier la curieuse expérience qui a été deptik si souvent répétée dans les cours de physique médicale. Oa place une grenouillé de manière que ses pattes et ses nerfr plongent séparément dans deux capsules de verre (matière isolante) remplies d'eau. On complète le circuit avec une carte à jouer mouillée, avec un morceau de peau ou de substance musculaire fraîche, en un mot, avec uu conducteur quel* conque non métallique, et toujours la contraction musculaire
apparaît au moment où Ton complète le circuit. Cette v\\*'rienre menait évidemment hors de cause l'hétérogénéité mé- :allique comme source de l'électricité obsenée, puisqu»* des ronlractious étaient obtenues dans les muscle?» de la Krriioui'l" ians que Ton fit usage d'un métal.
A une expérience si concluante. Voila lit mu* répiiiiM* qui [wrut plausible, bien qu'elle ne constituât qu'un*' \**!itahi«irgutie. Il prétendit qu'au point de contact de l'animal et d«* l'arc, de quelque nature que fût ce dernier, il \ avait hétérogénéité de matière, et que cette cause détail suffire |ioiir prn\oquer les faibles effets électriques qui m» manifestent dan** < i'ia\
Gahaui lit à cette objection la plus belle réponsr. H prépara une grenouille à la manière ordinaire, isola !«• nei î, le sépara de la moelle épiuière, et ramena la partie libre de ce nerf sur les muscles de la cuisse. Ainsi, c'était bien le mil qui établissait la communication entre la partie interlie et la surface externe du muscle, sans l'emploi d'aucun corps conducteur étranger, et iliomogénéité était complète eutit* Unis les éléments de Tare. La couti action musculaire se maiiit«'sta pourtant dès que le circuit lut établi au mm en du nerf |*j*c sur la cuisse.
Enfin, pourle\er tous les doutes à cet égard, et obtenir un arc excitateur formé, de parties absolument Iioiiiouèin-s, <ialvani (it la dernière expérience que \mvï et que It^ physiologistes de nos jours ont \ariée de cent manière*. I n«* cuisse de grenouille, munie de son nerf recoiirlié en d»inicercle, fut placée sur un plateau isolant. Dans le \ni*iiia.'** «•• sans communication avec la première, il dis|w>sa im«- ^•«••indf cukse dont il laissa tomber le nerf sur !«• nerf remurl ."■ d«- la première. De cette manière, aux deux point* de contact, il n\ a\ait que de la substance neneuse. Tout était doue Imm'iuriie: rependant, au moment où l<»s deux circuits furent aiii"i butués, les deux cuisses se contraclèrart éiiergicfueiueut.
II était impossible, après de tels résultats, de mettre eo doute l'existence d'une électricité animale. Les travaux des physiologistes qui, de nos jours, ont si minutieusement étudié, sous toutes ses faces, le phénomène du courant électrique propre de la grenouille, ont démontré toute l'exactitude de? faits découverts par Galvani. L'anatomiste de Bologne sortit donc victorieux de sa lutte avec le physicien de Pavie, bien qu'un grand nombre de savants aient voulu à son époque, et même beaucoup plus tard, contester sa victoire.
Après l'opposition des physiciens, Galvani eut à essuyer celle des chimistes. En 1792, Fabroni, chimiste florentin, doué d'une sagacité profonde, éleva contre la théorie de Galvani des objections qui la frappaient au cœur, et qui, si elles eussent été poursuivies avec persévérance, auraient donné la clef de ces phénomènes tant discutés. Dans le mémoire présenté par Fabroni, en 1792, à l'Académie de Florence, on trouve le germe de la théorie chimique de la pile, à laquelle se sont ralliés presque tous les physiciens modernes, et qui explique en même temps le phénomène de la contraction musculaire des grenouilles (1).
Fabroni entrevit fort bien, malgré l'état encore si peu avancé de la chimie à son époque, que la véritable source de l'électricité dans les expériences de Galvani, était l'action chimique exercée par l'oxygène de l'air sur les métaux en contact, quand l'arc excitateur est formé de deux métaux différents,
(1) Fabroni exposa ses idées pour la première fois dans une dissertation adressée à l'Académie de Florence en 1792, et que Rrugnatelli analysa dans le G iorn aie physico-médicale. Plus tard, Fabroni lui-même en fit à Paris une analyse de mémoire, et la publia dans le Journal de physique sous ce titre : Sur l'action chimique des différents métaux entre eux à la température commune de l'atmosphère, et sur l'explication de quelques phénomènes galvaniques, dans Journal de physique, 9* série, t. VI, cahier de brumaire an vin (1 799).
ou l'action chimique des liquides du corps de l'animal sur le métal de Tare excitateur, quand le conducteur est unique.
Observateur d'un rare mérite, Fabroni avait été frappé de plusieurs phénomènes qui lui servirent à se rendre compte chimiquement des effets du galvanisme. Il avait remarqué que les métaux purs sont généralement à l'abri de l'action de l'oxygène de l'air, tandis que les métaux impurs, déjà un peu oxydés ou engagés dans des alliages, s'oxydent avec la plus grande rapidité. Il avait vu, dans le musée de Cortone, des inscriptions étrusques gravées sur le plomb pur qui avaient résisté à l'action des siècles, tandis que les médailles des papes, conservées dans la galerie de Florence, et qui sont formées d'un alliage de plomb, d'antimoine et d'arsenic, étaient tombées en poussière. Il avait remarqué que des feuilles de cuivre, attachées entre elles au moyen de clous de fer, finissaient, au bout de quelque temps, par être tellement rongées au contact de ce dernier métal, que la tête du clou ne retenait plus la feuille. Il savait que le mercure chimiquement pur, malgré une très longue exposition à l'air, conserve tout son éclat, tandis que le môme métal, allié avec la plus faible quantité d'étain, se recouvre promptement à l'air d'un voile d'oxyde. Il avait observé que l'étain pur, exposé à l'air, y demeure brillant pendant des années, tandis que des alliages d'étain qu'il avait 'employés dans un but industriel s'oxydaient au bout de quelques jours. Il savait que l'alliage de plomb et d'étain, qui porte le nom de soudure des plombiers, est infiniment plus oxydable à une température élevée que le plomb et l'étain pris isolément. De l'ensemble de ces faits, Fabroni avait déduit les deux corollaires suivants :
Les métaux, même les plus oxydables, pris à Vétat de pureté parfaite, ne se combinent que très difficilement avec r oxygène de F air ou de l'eau. Mais, au contraire, lorsque
deux métaux inégalement oxydables sont alliés entre eux, ou ir. i&%
seulement placés en contact l'un avec Vautre, le métal le plut oxydable se combine rapidement avec l'oxygène de F air om de l'eau.
Pour expliquer ce fait général, résultat positif et incontesté (le l'obsenation, Fabroni posait en principe que le contact des corps de nature différente provoque entre eux une action chimique réciproque. Par suite de la tendance mutuelle à w combiner que présentent les deux corps mis en présence, la cohésion , force inverse et opposée à celle de l'affinité, est amoindrie en proportion de l'intensité de l'attraction chimique qui s'exerce entre ces deux corps. Ainsi, le contact de deux substances, de deux métaux par exemple, a pour résultat do favoriser l'action chimique, absolument comme le fait le cak>* rique, c'est-à-dire en diminuant la cohésion. Fabroni expliquait de cette manière le fait de l'oxydabilité des alliages qui est plus grande que celle des métaux pris isolément, la corrosion rapide des clous de fer qui servent à rattacher les feuilles de cuivre des navires, etc. Il pensa donc que dans les expériences de (îalvani, les liquides contenus dans le corps des animaifx oxydaient l'arc métallique excitateur simple ou composé, et (pie cette action chimique avait pour résultat de pro» duirc les effets électriques observés (1).
(I) « Il me parut donc, dit Fabroni, qu'uno action chimique'avait lien d'une manière évidente, et qu'il no fallait pas chercher ailleurs la nature du nouveau stimulus que , dans l'expérience de Sullzer, on appelait galvanisme. C'était manifestement une combustion, une oxydation du métal : le principe stimulant pouvait donc être, ou le calorique qui se dégage, ou V oxygène qui passe à des combinaisons nouvelles% ou enfin le nouveau sel métallique. C'est ce que je n'ai pu bien vérifier.
» Mais on voit bien clairement , par les résultats que j'ai obtenus du simple contact do deux métaux, c'est-à-dire par l'oxyde et les cristaux salins, qu'il s'agit d'une opération chimique, et que c'est à elle que l'on doit attribuer les sensations que l'on éprouve sur la langue et sur l'œil. Il me parait donc probable que c'est à ces nouveaux composés ou à leurs éléments que l'on doit ce stimulus mystérieux qui opère les mou-
Ainsi, dès l'année 1793, le chimiste florentin avait mis la feigt sur la véritable cause des effets du galvanisme. H réfutait I h fois Volta et Galvani, et donnait dès cette époque l'explication rationnelle des effets chimiques du galvanisme, qui n'a été admise que cinquante ans après lui. Mais, soit que les opinons de Fabroni fussent trop avancées pour son temps, mit qu'il les eut embarrassées d'explications oiseuses, elles n'excitèrent aucune attention. La lutte était si vivement engagée antre les Voltalsles et les Galvanistes, qu'il fallait, pour Otru éeouté, se ranger sous l'un des deux drapeaux. Fabroni, qui attaquait a la fois les idées de Gabani et celles de Volta, avait peu de chances d'être compris. Aussi ses travaux ne furt-nl-ila ■cueillis partout, niGmc en Italie, qu'avec un froid dédain.
Il s'était formé, en 1793, dans l'université de Bologne, sons k direction d'Aldini, une société scientifique dont tous les travaux étaient dirigés contre ceux do Voila. Fontana, Basdino Carminati et Garvadori, professeurs de Pavio, en avaient fondé une autre dans cette dernière université contre les (luivanistes. Sons l'inspiration de Cavallo, de pareilles associations s'établirent en Angleterre en faveur de Volta (1). Pendant cinq ans, en un mot, l'Europe scientifique se rangea sous l'une ou l'autre de ces bannières opposées. Mais les résultats qui, dans cette période, furent acquis à la science, ne répondirent pas a l'ardeur doctrinale qui les avait inspirés, et avancèrent peu la question, au moins sous le rapport théorique.
Parmi les physiciens dont les travaux furent remarqués dans 1a mémorable lutte engagée entre Galvani et Volta, il faut distinguer surtout M. de HumboldL L'ouvrage de ce savant, Expérience» sur le galvanisme, traduit en français en 179'J,
wmeniJ convultift de laflreanmale dans «ne grande partie au moins te phénomènei du galvanisme, »
(1 } E&per imenii on animal Electriciiy with Unir applica tioni to "'
308 DÉCOUVERTES SCIENTINQUIS.
avait paru en Allemagne bien avant cette époque ; il contient une foule d'observations intéressantes (1). Personne, avant M. de Humboldt , n'avait appliqué Tare de Galvani sur on aussi grand nombre d'animaux différents, et sur les diverses parties du corps de ces animaux. M. de Humboldt découvrit l'action que le courant électrique exerce chez les animaux vivants, sur les mouvements contractiles des intestins et sur les pulsations du cœur. Dans sou zèle pour la science, ce courageux expérimentateur n'hésita pas à se faire enlever l'épiderme par des vésicatoires, afin d'appliquer l'arc métallique sur des parties plus internes du corps mises à nu. Il obtint des résultats curieux relativement à l'influence exercée par le courant électrique sur les sécrétions des plaies formées par les vésicatoires. M. de Humboldt étudia avec le plus grand soin Je fait, découvert par Galvani, de la contraction musculaire de la grenouille obtenue en repliant ses jambes, de manière à les mettre en contact avec ses nerfs lombaires. Il découvrit aussi ce fait remarquable, que l'on peut obtenir les contractions de la grenouille en touchant son nerf lombaire, sur deux points différents, avec un morceau de substance musculaire pris sur le même animal vivant.
Les Lettres sur l'électricité animale, adressées en 1792 ï Dcsgencttes et De la IMethrie par Valli, de Pisc, contiennent des expériences qui méritent encore d'être signalées parmi les travaux de cette époque.
V Essai théorique et expérimental sur le galvanisme, par Jean Aldini, sur lequel nous aurons à revenir plus tard, renferme encore beaucoup d'observations intéressantes, et en particulier, ce fait curieux, que l'on peut exciter des contractions dans une grenouille préférée et tenue a la main, quand ou
(\)E;rpérienccs sur le rjalvanume, H en général mr l'excitation de* filtres musculaires el nerveuses, par Frédéric Alexandre de liumlxridt, traduction do l'allemand, par Jaddot, médecin. Paris, 1799.
(fange ses nerfs dans l'intérieur d'une blessure faite dans les ■nscles d'un antre animal vivant
Dans l'ouvrage de Fowler sur le galvcnhtnc% on trouve beaucoup d'observations pleines d'intérêt sur les sensations provoquées par le passage du courant électrique dans les animaux ; an- l'influence du froid et de la chaleur; sur l'irritabilité musculaire excitée par l'électricité; sur la reproduction do la substance nerveuse; sur l'action de certains poisons dans le phénomène de la contraction musculaire, etc. (1).
Un long mémoire lu à l'Institut le 26 frimaire an ix, par un physiologiste français, Lehot, contient aussi des résultats très importants concernant les effets du galvanisme sur le système nerveux.
En 1798, malgré les orages politiques du temps, l'Académie des sciences de Paris voulut connaître et apprécier par ellemême les expériences de l'école bolonaise. In comité de ce corps savant, composé de Guyton-Morveau, Fourcroy, Halle, Coulomb, Vauquelin, Sabattier, Pelletai) et Charles, ftit chargé de répéter ces expériences et de faire un rapport détaillé stir les nouvelles découvertes du galvanisme. Halle s'occupa particulièrement de cette vérification. Il répéta toutes les expériences de M. de Humboldt, de concert avec ce savant lui-même qui s'était rendu à Paris dans ce but La commission de l'Académie, qui envisagea ce sujet presque exclusivement sous le rapport physiologique, donna de grands éloges aux découvertes de G airain" et aux expériences de M. de Humboldt. Les mômes expériences furent reproduites en Allemagne par un grand nombre de physiologistes; Pfaff, qui s'en occupa particulièrement, combattit quelques assertions de M. de Humboldt.
Le galvanisme trouvait pourtant beaucoup de partisans en-
(t) Un extrait de l'ouvrage de Fowler se trouve dans la Bibliothèque Britannique, mai 1796.
thousiastcs on Allemagne, où l'on n'hésitait pas à le considéra comme une nouvelle branche de la philosophie naturelle; Dans deux mémoires publiés de 1797 à 1798» le docteur .1. L llcinhold avait admis qu'un fluide particulier, analogue mais non identique à l'électricité, circule dans les nerfs des animaux et provoque les contractions musculaires. Le chimiste .1. W. Rittcr, bien connu par ses admirables recherches m les précipitations métalliques, s'occupa du même sujet, dans un ouvrage publié h "Weimar en 1 798, où il s'efforça d'établir l'universalité du galvanisme, en s'appuyant sur un ensemble d'idées philosophiques particulières, d'un ordre entièrement métaphysique, et dont ses compatriotes eux-mêmes ne purent réussir a démêler le sens. À lirétne, le professeur G. R. Trcvirantis publia des expériences relatives à l'action du galvanisme sur les plantes, et au phénomène de la contraction musculaire chez les animaux. En un mot, toute l'Allemagne savante s'occupait alors a\ec ardeurd'études expérimentales sur ce sujet, lin grand nombre d'opinions contradictoires se faisaient jour pour l'explication des faits secondaires, et bien que la théorie de Galvani, quant à l'existence d'un fluide électronerveux chez les animaux, fût généralement admise, on peut dire qu'il y avait alors en Allemagne autant d'opinions que d'expérimentateurs.
Ainsi, jusqu'à la lin de l'année 1799, ni la théorie de Gaivani, ni celle de Volta n'avait réussi a fixer la victoire de son coté. Quant aux idées de Fabroni, on ne daignait pas mémo les discuter. Mlles étaient pourtant autrement précises, autrement concluantes que celles de Volta, fondées, comme nous l'avons déjà dit, sur un principe inintelligible et sur des expériences inexactes ; elles étaient bien plus positives que celles de Gahani, qui s'appin aient sur la donnée éternellement insaisissable de la vie.
Telle était la situation des esprits, et l'irrésolution générale
Là Pile de voLtA. 311
étt doctrines, lorsque Volta, par un véritable coup de maître, pirvint à remporter l'un des triomphes les plus éclatants dont l'histoire dessciences conserve le souvenir. C'eslalors qu'il iniagina l'appareil admirable qui porte son nom. Cette découverte brillante coupa court immédiatement à toute discussion, fldt fin à toute controverse. Elle fixa si complètement les idées £ la faveur du monde savant, que tout ce qui se rapportait aux opinions de Galvani perdit immédiatement son prestige, si lien que, jusqu'à cinquante ans après cette époque, personne lèse hasarda plus à prononcer le nom d'électricité animale.
Gomment Volta parvint-il à cette découverte si justement Éknirée, et par quelles observations y fut-il conduit?
Après avoir renoncé à sa chaire de Pavie, Volta s'était retiré ï Gôme, sa ville natale, pour se consacrer tout entier à ses trartnx de recherches. Dans une expérience, bien célèbre et pourtant inexacte, ce physicien avait constaté que deux disques de »nc et d'argent isolés par une tige de verre et mis en Contact, puis séparés aussitôt, se chargeaient d'une certaine quantité d'électricité, appréciable par le condensateur et l'électroscope à feuilles d'or. Mais la quantité d'électricité développée ptr ce simple contact de deux métaux était si faible, qu'il iirn portait d'en augmenter la tension en réunissant plusieurs couples de ces disques métalliques ainsi électrisés par le contact. C'est en rassemblant plusieurs de ces couples, dans le but d'auge ntenter l'intensité des effets électriques dus au contact, que Volta Construisit la première pile qu'un physicien ait possédée. Il nous dit lui-même que telle fut l'origine de sa découverte : « La » preuve la plus frappante , dit Volta, du développement de » l'électricité par le simple contact de deux métaux, c'est que, » dans une de mes expériences où je me servais de plusieurs » couples métalliques, j'obtins une tension électrique deux, » trois ou quatre fois plus grande, selon {pic j'employais deux; » trois où quatre couples de zinc ou d'argent. C'est ce grand
312 DÉOHTKRTBS SCIEmnQO».
» résultat qui, à la tîn de l'année 1799, m'amena ï Ucw » lion du nouvil appareil que je nommai électro-mriU
• que mes anciennes expériences ue nravaient paseooo
• mis de découvrir. » (/est donc en voulant démon confirmer le principe, reconnu aujourd'hui, inexact di loppement de l'électricité par le contact que Voila fa) à construire l'instrument qui porte son nom.
Après avoir expose les diverses péripéties à travers 1 les expérimentateurs ont passé pour arriver à 1a décov la pile de Yoita, terminons en essayant de tirer, c cherur dans les tragédies autiques. la moralité qui de ce récit.
Citi"$ cnurgit veritas ex errore (jititm ex confusio Bacon. Jamais peut-être, dans les sciences, la vérit axiome de l'auteur du Xocum orgattum n a été niieiu trée que par la découverte de la pile de Volta. Il est i sèment exact de dire que celte découverte a été le rêsu suite de hasards heureux du coté de tiahani , et d*e la part de Volta. Pour que Gahani fut mis sur la l'existence de l'électricité animale, il a fallu que 11 amis se trouvât occupé à des expériences électriqw dant le temps el dans le laboratoire même où lai de Bologne ]>oursuivait de son coté des expérience logiques. Il a fallu que les recherches anatomiques vaui portassent précisément sur les nerfs lombair muscles cruratix de la grenouille, c'est-à-dire si troscope le plus sensible qui existe, et dont la propri ce rapi>orl, était alors ignorée. Les préparations ques de l'un des expérimentateurs s'étant trouvées, pi singulière des coïncidences, en présence des appar triques de l'autre, il a fallu encore que Gahani voulu su contenter, comme l'aurait fait à sa place te
■, de reipikabon de ce phénomène par le chue en qpi en était pourtant la cause véritable. Enfin, connue I ces rencontres bizarres ne suffisaient point, Gahani, nat pendant six années la solution d'un problème déjà rin pour ainsi dire, lut conduit par un hasard nouveau ouverte du lût fondamental qui devait donner naisl'électricité dynamique, c'est-à-dire les contractions de la grenouille, dont il fut inopinément le témoiu sur Me du palais Zamboni.
i la part du hasard du côté de Galvani, est venue, lécouverte de la pile, la part des erreurs du coté de l'est par un enchaînement d'observations inexactes, lauvaises interprétations des faits (on le verra plus Ht par la suite de ce récit), que Volta fut amené à re son appareil. Il est bien extraordinaire qu'un ft, partant d'une observation erronée, discutant celte (on avec de continuelles pétitions de principe, et ■t, comme confirmation de ses idées, les mêmes rai- Bts à la construction d'un instrument, ait fini par r, en dépit de tout, le plus merveilleux appareil que pe possède, par réaliser la plus étonnante conquête (n'a nos jours sur les forces naturelles qui régissent
«marquons-le, si Volta commit une erreur théorique, Hé bien reconnue qu'à notre époque, il ne tomba ame confusion dans le classement et l'interprétation âes phénomènes compliqués dont il embrassait l'étude. qours logique et conséquent avec lui-même. Malgré i de son interprétation théorique, il eut Je grand le conserver intact l'ensemble synthétique des faits ; en un mot, il ne commit jamais de confusion Au contraire, ses rivaux, Galvani et Fabroni, point éviter ce défaut de confusion v Galvani
M& bECOOmTES SC1EHTINQUES.
en réunissant dans la même explication la contractilité organique des animaux et la source des effets électriques, deux phénomènes essentiellement différents et qui exigeaient chacun une étude spéciale et appropriée Fabroni, en voulant, à l'inverse, tout rapporter à l'action chimique, sans tenir aucun compte de l'électricité naturelle qui circule dans le corps de» animaux, et en affirmant avec insistance que les convulsions musculaires delà grenouille pouvaient parfaitement s'expliquer par la seule action chimique entre les liquides animaux et l'arc excitateur. De quelque côté qu'elle vînt, cette confusion, si elle eût prévalu, aurait arrêté à jamais les progrès de la science. Volta, au contraire, sut éviter ce genre d'écueil, et il vit ses efforts couronnés d'un succès immortel