CHAPITRE IV
Volta à Paris. — Lecture de son mémoire à l'Institut. — Proposition du premier consul Bonaparte. — Rapport de M. Biot sur le mémoire de Yolta. — Médaille d'or décernée à Volta par l'Institut de France. — Prix annuels fondés par l'empereur Napoléon pour les travaux relatifs au galvanisme. — Suite des recherches des physiciens sur la plie. — Modifications de la pile à colonne. — La pile à auge. — Effets physiques obtenus avec la pile à auge, par Tromsdorf, Humphry Davy et Pepys.
Dans les derniers mois de Tannée 1800, Volta et son collègue le professeur Brugnatelli obtinrent du gouvernement cisalpin l'autorisation de se rendre en Frauce, pour conférer avec les physiciens de la capitale sur divers points scientifiques, et en /wirlirnlier sur les phénomènes delà pile. En passant à(Jenèw\
LA PILE M tQLTi.
tha lit fonctionner son apparal detam: fe ire qui se pressait alors ans leroo» d* rVae. • fat reçu avec la plus grande fn«r :ar V onaparte, qui avait conçu un? t» fcanv -«a» j*w lents.
Le physicien d'Italie lot detaoft ftotrir ucniiai o> f ■ m mémoire très développé qui enotesar r* .j«sV u* v le ses découvertes, et qui occupa trié* Vani'*$ e 16 brumaire an n w*œbc+ !^V. f •* *r p ¥■ «i aaâme mois. Après chaque wa(> ô* mttii-* *'rt3 •■v-tttnst devant les membres <k riaej'tf j** •■:. dus son mémoire [i\
Le premier consul assistai: c a >tlksv t*
aux expériences qui la nhirtat. %4«a ?»rj OJ-anr ■ •"(
expérience fondamentale, qui oxart* » umur «n* * ■*p-r.-*-
Bcope à feuilles d'or, à l'aida du 'JxÂm&t&nr o*i «»-* c
Incité avec deux métaux dîSémci «kx tua *a yi
séparés aussitôt. An hm»<b d'sw pi* a *?wmm+ u» ooc.-»-
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très fortes commotions ; 3 obù 4»» r±no*s * *r #• in^nr
du condensateur, et fit brûler un fc fe i*. J-a? un» *inr~l*
tirée d'un conducteur de la pie. i i* janr ut v***** • an
hydrogène. Il termina en ******* b «*r*m*ffr.*ji **«i-*-
chimique de l'eau.
Cette dernière expériena: fnçç* ^«ûnrvjin #> ;r»oiiJT consul, qui signala même certanva r*ttjsnz»« « iu-» « v m.^. Bonaparte aurait désiré, par ewpvL 4fia (m **sm>^v:ir^ très opposées, on fit aMoptnthfss^at a »**** *r.j^f»nr'.» «•• Faction de la pile, afin <k ^aunr*? k fc uirrïm* *•/.-■ -r« ■»<
(t) On troaTe QBeiBdfie4» » tmi»ï 4» *i*t* tsa** *» tvo* * de l'ouvrage de P. 5u«, iz;?'Jr?*ibsi£ iiumxx*» wr 'monv **?.•■•• *• galvanisme, car il ne » 'Sjcap-Jbt zyt ût '. tas* ;** t»» n«iuvr*r . -^-.« ■sur ce sujet jusqu'à l'au&ée IMft.
336 DÉCOUVBRTBS SCIENTIFIQUES*
retarde le passage de 1 électricité à travers les métaux et In conducteurs humides. 11 aurait voulu que l'on recherchât »U propriété conductrice des métaux varie selon leur état physique, et que Ton portât une attention particulière, à ce point de vue, sur le fer, qui aiïecte des états physiques très variés. Un fil de fer, cassant ou ductile, un fil d'acier, employés comme conducteur d'une même pile, auraient pu fournir peut-être quelques résultats, propres à éclairer la théorie électrique.
Le physicien Robertson, dont nous avons parlé dans une des Notices de cet ouvrage (1), eut une part à ces expériences faites devant l'Institut. Nous citerons ce qu'il dit, à cet égard, dans ses Mémoires, parce que son récit présente quelques particularités intéressantes :
« M. de Volta, écrit Robertson, me pria de l'accompagner à cette séance ; retenu par mes expériences publiques, je ne pouvais être libre que fort tard. M. Biot vint me chercher, et me dit que l'Institut désirait que je répétasse en sa présence quelquesunes de mes expériences : je n'avais pas encore fini avec mes auditeurs, il eut l'obligeance d'attendre assez longtemps, et nous partîmes. Arrivés sous la porte du Louvre, on empêcha notre voiture d'entrer. Les avenues du palais, où l'Institut siégeait alors, étaient gardées par un grand nombre de militaires; il fallut Tordre d'un officier supérieur pour nous laisser monter. Je ne savais trop à quoi attribuer cet appareil de forces ; aussi, en entrant dans la salle des séances, lançai-je un regard rapide sur toute rassemblée. Les membres de l'Institut, debout et découverts, étaient rangés autour d'une grande table ronde, et M. de Volta expliquait sa théorie : on apportait à l'écouter une vive attention. Lorsqu'il cita comme preuve de l'identité de l'électricité et du galvanisme l'inflammation du gaz hydrogène par l'étincelle galvanique, il eut l'obligeante précaution de dire que j'avais fait le premier cette expérience, et il m'engagea à vouloir bien la répéter devant l'Institut. On se procura aussitôt du gaz hydrogène dans le cabinet de M. Charles, situé à côté de la salle des séances.
(I) Les Aérostats, tome III, chap. vi.
la PILE DK VOLT A. «1.17
» La *ft«B.alL*:i Ji pistoltt «le Voit» sembla réwillor un ■ta* â faune extrémité île la salle, iiitiltoiitit' oit appa L. &■>{ rimaçîcatîon planait peut-être on rot inslaui sur U% iber <?l a cent lieu* s du £aUauiMue, tandis que la sa^a cië de soa esfrit s'occupait à démêler la nature dos offris do ce ÉÉJ*. Ik parut «*>r»ir subitement du no prolo do préoccupa hou, fine feu p*rtkuiu renient, saus doute à cause du lirtiit t|iio Panne électrique \ei ail de produire par mes inuiiis; put*, :.e tournant «ers un membre placé assez près do lui :
» Fourrroy. lui dit-il, voioi dos phénomène* t|iii appar » tiennent p!us à h chimie qu'à la pliYMquc, ol donl \ou»do\o« b tous emparer.*»
• UU'incùon très juste, et qu'une loulo d'applications oui rendue évidente par la suite. C'est ainsi que je >is pour la première lob le premier consul Bonaparte : quelles destinée* cxlraordi naires étaient encore dans le néant pour cet liommo déjà eim raoné à cette époque d'un destin si brillant (4). »
Lorsque Volta eut terminé ses ex^i'ionces, llonaparie pro ■ posa, comme membre de l'Institut, de lui décerner mu» me dailled'or qui son irait de monument et constaterai! l'époque de sa découverte. Jl demanda aussi (prune commission frit nommée, pour répéter jen grand toutes les expériences rela tares au galvanisme (2).
(1) Mémoires récréatifs, scientifiques et aHPvdotiqim du physintuaéronaule Robertson. Paris, 1840, t. I", p. tf.'îtî.
(2) S'il faut en croire Robertson, lus physiciens do Paris* otuioul demeurés jusque-là assez étrangers à la coiiuiiiMsaiico dos phénomènes du galvanisme. C'est ce que semblerait prouver lu smgulièru réception qui fut faite à Yolta par le physicien Charles , et qui) llohertsou raconte d'une manière assez piquante :
* Un jour, dit Robertson, c'était le 9 vendémiaire un ix, pcuduut me* expériences publiques sur le galvanisme , j'exprimais mes doutes à cet égard, et j'énumérais les diilërenccs quo j'apcrccvuÏH encore entre le fluide électrique et le fluide galvanique, lorsqu'un de nies auditeurs se leva et me dit que M. de Volta, ici présent , aurait beaucoup déplaisir à dissiper les doutes qui mo restaient. L'interlocuteur était le docteur Bmgnalelli ; il avait accompagné le célèbre Volta dans un voyage qu'ils avaient obtenu du gouvernement cisalpin la permission de faire à Paris |H)ur conférer avec les savants de France sur divers objets scientifiques,
iv. Tè
La commission qui fut désignée pour reproduire les expériences de Volta et statuer sur le projet d'une médaille d'or ï décerner à l'inventeur de la pile, était composée de Laplacc, Coulomb, Halle, Monge, Fourcroy, Vauquelin, Pdletan, Charles, firisson, Sabatier, Guyton et Biot Après avoir répété les principales expériences de Volta, la commission choisit pour son rapporteur M. Biot, qui s'acquitta de ce devoir dans la séance du 11 frimaire an ix (décembre 1800), dus un rapport qui reproduisait tous les traits du mémoire de Volta, avec une concision et uue clarté parfaites.
Si nous ne sommes entré dans aucun détail sur le mémoire
et principalement sur les découvertes de la pile galvanique. J'acceptai avec empressement l'offre honorable de M. Yolta.
»> Le lendemain matin, il se présenta de bonne heure chez moi, por» tant dans sa poche de petits appareils galvaniques et une grenouille vivante. Mous passâmes la matinée entière à faire des expériences dont aucune ne réussit. Yolta accusait l'humidité de l'air de ces mauviii résultats ; pour moi, je les imputai, avec plus de raison, à l'imperfection de ses conducteurs métalliques. Mais il m'exposa sa théorie d'une manière si lumineuse, développa ses aperçus, ses observations et leurs conséquences avec tant de clarté , que ma conviction n'attendit pas des expériences plus favorables , et je devins un partisan d'autant plus sincère de son système qOe lui ayant été plus opposé d'abord, j'avais cédé à la seule démonstration de la vérité : je contribuai mémo, par quelques résultats nouveaux, à la rendre encore plus palpable.
» M. de Volta ne s'en tint pas à cette première visite , et des liaisons de bienveillance de sa part , que je puis même dire réciproquement amicales , s'établirent entre nous. Mon cabinet lui offrit d'utiles ressources sous le rapport des appareils.
» M. de Volta me pria de lui servir de guide à Paris, et je m'empressai de le conduire dans les établissements où la découverte du galvanisme «lovait avoir pénétré, à l'École de médecine, à l'École polytechnique, dans le cabinet de M. Charles. Mais quel fut son étonnement de voir <|ue je fusse le seul dans Paris à m'occuper de cette belle découverte! L'Institut môme paraissait n'avoir fait ou encouragé aucun essai sur ce sujet. M. Charles nous fit une réception très singulière ; il ne s'attendait nullement à notre visite. Je lui nommai et lui présentai M. de Voila, qui était jaloux de s'entretenir de ses travaux avec un physicien aussi distingué. M. Charles laissa paraître aussitôt beaucoup d'embarras et même
k confusion : il était, nou« diV-W, on ta x»cnft. ?*tafi désolé d'être pressé
lu à l'Institut par Volta, nous ne saurions passer sous silence le rapport de M. Biot, document important à conserver parce que Ton y trouve pour la première fois exactement définie la théorie de la force électro-motrice (1).
Le fait principal sur lequel repose la théorie de Volta est le suivant : Si Ton met en contact deux métaux différents, isolés au moyen d'une tige de verre, on trouve, en les retirant aussitôt, qu'ils se sont chargés chacun d'une électricité différente. Dans le contact du cuivre et du zinc, le cuivre se charge d'électricité négative et le zinc devient positif. Ce fait prouve donc que le développement de l'électricité est indépendant de l'action de tout conducteur humide (2).
de sortir et de ne pouvoir profiter d'une occasion si avantageuse ; mais on l'attendait et il se trouvait en retard. Il ajouta d'ailleurs que nous étions maîtres absolus dans son cabinet, et qu'il en mettait tous les objets à notre disposition. Après ces peu de mots, auxquels il semblait ne pas demander de réponse, il nous salua et sortit. Restés seuls dans ce cabinet, nous nous regardâmes l'un l'autre avec des yeux ébahis. « Que ferons-nous ici? me dit Volta. Voici un très beau cabinet, mais le » but de notre démarche n'était point d'admirer des instruments de phy- » sique. Il n'y a point dans cette atmosphère , continua- t-il en riant, » d'odeur de galvanisme. » Il devinait juste ; M. Charles ne l'avait pas plus étudié alors que les autres physiciens de France. Ce qui confirma nos conjectures, c'est qu'étant montés en fiacre, nous aperçûmes, en nous en retournant, M. Charles qui épiait notre départ d'une boutique do librairie de la rue du Coq , et reprit le chemin de son cabinet dès que notre voilure se fut un peu éloignée, » (Mémoires de Roberlson, t. Ier, p. 250-253.
(1) Rapport du citoyen Biot sur les expériences de Volta, imprima dans les Mémoires de V Institut national de France, t. V, et reproduit en entier dans les Annales de chimie, t. XLI, p. 3.
(2) On verra plus loin, à l'article de la théorie de la pile, que ce fait qui sert de base à la théorie de Volta est inexact. Wollaston, et plus tard MM. de la Rive et Faraday, ont prouvé que l'électricité qui se mani feste dans le contact des métaux en présence de l'air provient de l'oxydation de l'un dos métaux.par t'oxygène atmosphérique. Quand on exécute celte expérience dans le vide, ou dans un gas autre que l'oxygène, li» contact des deux métaux ne produit plus aucun effet électrique.
M. Biot expose ensuite comment on se rend compte de ce fait, dans la théorie de Volt a, et il donne une analyse complète de la pile, et de la loi qui paraît présider à la tension électrique de cet instrument, selon le nombre des couples, leur conductibilité, et la conductibilité propre aux corps humides.
« Tel est à peu près, dit M. Biot, le précis de la théorie du citoyen Voltasur l'électricité que l'on a nommée galvanique. Son but a été de réduire tous les phénomènes à un seul, dont l'existence est maintenant bien constatée : c'est le développement do l'électricité métallique par le contact mutuel des métaux. Il paraît prouvé, par ces expériences, que le fluide particulier auquel on attribua, pendant quelque temps, les contractions musculaires et les phéuomènes de la pile, n'est autre chose que le fluide électrique ordinaire, mis en mouvement par une cause dont nous ignorons la nature, mais dont nous voyons les effets.
» Après avoir reconnu et évalué, pour ainsi dire, par approximation l'action mutuelle des éléments métalliques, il reste à la déterminer, d'une manière rigoureuse, à chercher si elle est constante pour les mêmes métaux, ou si elle varie avec les qualités d'électricité qu'ils contiennent, et avec leur température. Il faut évaluer, avec la même précision, l'action propre que les liquides exercent les uns sur les autres, et sur les métaux. C'est alors que l'on pourra établir le calcul sur des données exactes, s'élever ainsi à la véritable loi que suivent, dans l'appareil du citoyen Volta, la distribution et le mouvement de l'électricité, et compléter l'explication de tous les phénomènes que cet appareil présente. Mais ces recherches délicates exigent l'emploi des instruments les plus précis qu'aient inventés les physiciens pour mesurer la force du fluide électrique. Enlîn, il reste à examiner les effets chimiques de ce courant électrique, son action sur l'économie animale, et ses rapports avec l'électricité des minéraux et des poissons; recherches qui, d'après les faits déjà connus, ne peuvent être que très importantes. »
Dans l'une des trois notes qui suivent ce rapport, M. Biot essaye de soumettre au calcul la pile vollaïque d'après la théorie dn contact. Mais il ajoute, 'ce qui ne surprendra personne, que
I ks résultats calculés ne purent jamais s'accorder très bien avec te observations. M. Biot se tirait de cette difficulté en ajoutant que ce désaccord tenait sans doute à l'imparfaite conductibilité des liquides employés dans la pile, élément dont il est imposable de tenir compte.
31. Biot terminait son rapport en proposant d'offrir à Voila une médaille d'or, conformément à la demande du premier consul :
« D'après la demande qui a été faite par un de vos membres (le premier consul], et que vous avez renvoyée à la commission, bous vous proposons d'offrir au citoyen Vol ta la médaille de l'Institut, en or, comme un témoignage de la satisfaction de la classe, pour les belles découvertes dont il vient d'enrichir la théorie de l'électricité, et comme une preuve de sa reconnaissance pour les lui avoir communiquées. »
Cette médaille portait pour inscription : a VOLTA, séa\<;i«: