‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 2)Chapitre 39 sur 45 · NOTER · texte numérisé non relu

NOTER

qu'après M. Haies. Je me citerais aussi, monsieur, s'il en était besoin, sans cependant prétendre me produire pour un homme qui a de vastes connaissances et du génie; parce que je soutiens que, pour soupçonner l'identité des éclairs et du fluide électrique, il ne faut pas avoir un esprit transcendant ; qu'il faut seulement être initié dans les expériences de l'électricité artificielle, avoir entendu le tonnerre gronder, vu dos éclairs sortir d'un nuage orageux; en un mot, qu'il faut avoir des yeux et être en état de réfléchir un peu sur ce qui a frappé nos sens. Oui, monsieur, telle est ma façon de penser, qui ne m'est pas propre. Elle est aussi à M. l'abbé Nollet, si souvent cité, qui mérite de l'ôtre et qui l'exprime fort élégamment, lorsqu'il dit : « Aucun physicien n'a pu voir, avec un peu de réflexion, les grands phénomènes qui se sont montrés depuis six ou sept ans, sans apercevoir de l'analogie entre l'électricité et le tonnerre (4). »

2° M. Priestley annonce (je reconnais que c'est avec raison) que M. Franklin a indiqué le vrai moyen de vérifier si le feu du tonnerre est le môme que celui de l'électricité, lorsqu'il a proposé d'isoler, à l'air libre en temps d'orage, une aiguille électrisable par communication. Cependant, sur ceci j'aurai l'honneur de vous observer, monsieur, que j'avais eu une idée à peu prés semblable (2) en l'année 4 750; par conséquent, plus d'un an auparavant M. Franklin. C'est ce qui parait à la fin d'un mûmoire, où j'avais rassemblé quelques effets singuliers d'un coup de foudre qui porta sur un chûleau, nommé Tampouy, éloigné do Nérac de sept à huit lieues.

J'ai dit un mot de ce mémoire dans celui que l'Académie royale des sciences de Paris a fait imprimer dans le second volume des étrangers. Je l'avais communiqué auparavant à M. le président de Montesquieu, dont le souvenir sera précieux à jamais chez tous les gens de bien, ainsi que chez les savants. M. le chevalier de Vivons, à qui je l'envoyai vers la fin de 4 754 , frappé des vues hardies que j'avais, en proposant cet instrument, le nomma bronlomètre, ou mesure do la foudre.

(1) Voyez la septième lettre du même abbé à M. Franklin sur Vanalogie du tonnerre avec l'électricité, partie lr% page 155.

(2) La différence consiste en ce que M. Franklin a toujours voulu que le bout supérieur de sa barre fût terminé en pointe très fine ; au lieu que je voulais que le môme bout de la mienne fût terminé en forme de globe.

NOTFÇ. W S

Eautflfots je dois convenir que M. !•■ i liovcilîm fin N.umi triait conseille de ne point purlnr kiIoi i|u i«i 'maiHHm-ni (< ' négligeai d'en faire usage; on sorii» (pu» I mn|in ».im»h «i «<• I. Dfilor et d'Alibard à éprouv««r I ui^uiIIm |»iipifiH< p» FmnkliiL, donne à celui-ci un av;ini:i^«* «pi •' ■• f»"*11 p,(* »•■ imblement sur moi. puisque j'ai m;iu&i .* i-ln ihjh une imo. ■érenle de celle de ce pliysiciuii

Jnaqoil en soit, M. Priostli'y, plu» m-i m|hi •!•« *•■*•• **»«î»*i •i,,> (poser les faits tels qu'il» ko koiiI pus»M«( :• wi »■••'» (»•*••<•'

toarrer, à l'égard de Tin voniitmdif fi-Muiiig m il* «i» »♦"•

a» laquelle M. Franklin était, lui 1*11 l'-uuni l i«iw r«-n.t

Franklin ayant cru s'apercevoir qui* lu» pnit-iii ■• •< t

irisables par communication ;i Un muni di- i-"' ■"••, •• l,M ■*■ «incité, excité par le moyi*n dea mmliim |-i*** •-. -- ■«••«• »•■

i, se persuada qui» diw ptmiii'a iuhhIUu* «•• • *• ■ »■••■ »•• i.

électrique des nua^eK or;jf/«'ii.\, imjh"IjMi»i»i !• ■•» •■*•■!*■••». H de la surface de lu terre.

rétaît pourtant là une erreur qui lui Iumiiiii m» ..♦nui. |.n (h, irs physiciens de Pari*. J<« In ii-i-miii".' deu i»m • ■ •■■■ »• n , érience, puisque des barri» , «Vni lw t>iii.miii ■ -m •»>• »ttl ienc terminées en forme; do ^loUs U«.i» Iwi ^< i"'1- ,,i« • i, s grand soin, me parurent b «'Km iubci bmi ai*-*'1 !••■* i*«i 4 » at que d'autres barre* qui ei.ui'111 Ui m • »*«;«. -* * ■» r"1»1'' * t.. », pour me servir d«j « i-xpri^Muu.- «u- Al l'iuidJin l»»»»i» -je, dans laquelle ce ph vmm :ji«ii « |m-i*i:-u\ «■• muiH,: ,,,i li^|«» ices, dont il ne tarda pu* a M.10 iiirti-iiuf (*/. *-• »n«»'^iu il§ tes qu'il avait eug d abord ':j Imh-.ii» mlm «i»1 ■ ,l,,»inll||| 1 de croire que si M. l'ïaukliu n y lut pu» iiiwl«>. il u,, lit jamais avisé do propos lai^uillu dovuiiu*.- h '••iiii;!^1

1) Je puis prouver uw tferuioi» laiU put uin- Ml 11. ^l M. J< , j,, x Pivens, du 6 janvier 1752. ' *

2) Ce fut DMii-iaéuie qui inaU ui&i* M. tiuiiMw di ■* ><»]"iji lt| ^.^ ren desqudle» j'avais dtauuturt JYiir.ui- an miji-i ilu |"«iiv.iIa "Él

/|6A NpiKS.

m'autorise à relever, pour l'amour de la vérité : I "Que M. ne pouvait pas appliquer à cette invention ce trait de sot 1 toire, où il dit : « Le hasard, qui est. le véritable auteur1 » presque toutes les découvertes, n'a aucune part à » que nous devons aux vastes connaissances et au gén » M. Franklin. »

2° Qu'au lieu de s'énoncer ainsi , le nouvel historien vait dire : Un sort heureux , bien plus quun bon principe* conduit M. Franklin à la découverte de V aiguille électrique si AI. Priestley n'eût pas voulu s'exprimer si laconiquemat,] pouvait dire : Si Von est forcé de convenir qu'une erreur a M. Franklin à imaginer V aiguille électrique, on doit tout au reconnaître que c'est l'esprit de recherclw qui Vu a conduit.

Voilà, monsieur, l'un ou l'autre des langages que M. devait tenir, sans se mettre trop en peine de savoir s'il ou déplairait; parce qu'un historien doit avoir sans cesse objet la vérité, et qu'il ne lui est jamais permis de la celer ondfe^ simuler pour quelque considération que ce puisse être. D'aitaf ihi&vait pas lieu de craindre de déplaire en s'exprimant de ce* fagon ou de quelque autre équivalente : un tel langage n'aonfc fait nul tort à M. Franklin ; l'esprit de recherches est toujoon honorable, surtout lorsque la recherche a un point fixe et déterminé, comme c'était le cas où ce physicien s'était exactement trouvé.

3° M. Priestley a prétendu que M. Franklin a fait l'expérience du cerf-volant dans la campagne de Philadelphie, au mois de juin 4 752.

A ce fait, qui est un des plus importants de la contestation, et qui mérite une attention particulière de ma part, je réponds que, si M. Priestley eût donné pour époque un temps plus reculé, par exemple, les trois ou quatre derniers mois de Tannée 4752, je ne ferais nulle difficulté de l'en croire, sans autre preuve que celle de sa parole. Mais dès qu'il fixe cette époque au mois de juin, sans parler du jour, je ne sais trop pourquoi,

sur le pouvoir des pointes; puisque, après avoir fait la description de son cerf-volant, il recommande « de ficher au bout supérieur de cet instrument un fil d'archal très pointu, en assurant qu'aussitôt que quelque nuée grosse de foudres et d'éclairs vient sur le cerf- vola ut, le fil d'archal pointu attire le fou élertriquo de cetlo nuée >•.

NOTES. fi 6 3

poià me rendre à sa simple allégation, pour doux raisons

considérables : la première, parce que selon M. Priestley

éme. quand M. Franklin fit son expérience du cerf-volant,

fit en secret et sans autre témoin que son fils ; la seconde,

ce que M. Franklin ne la fit que lorsqu'il eut été informé du

es que MM. Delor et d'Alibard avaient eu en France sur

îguille.

La première raison est simple, et néanmoins très forte. Si • Franklin a fait l'épreuve de son cerf- volant en secret, et sans lire témoin que son fils, comment pou rra-t -il constater son opeion? Des principes sûrs et incontestables nous enseignent p^ue nul n'est témoin dans sa propre cause, et que le fils ne peut tl* être dans celle de son père. 11 n'en est pas ainsi de moi ; j'ai f. %u l'idée de mon cerf- volant tout au moins le 1 2 de juillet 1 752. : Celte date est consignée dans ma lettre à l'Académie de Bordeaux ; cette lettre est devenue authentique par la lecture qui en a été faite d'abord, dans une séance particulière de cette compagnie ; ensuite dans une séance publique ; et enfin, par le soin que cette même compagnie, établie par autorité du prince, a eu de conserver cette pièce dans ses archives. Ce sont là mes preuves : que les partisans do M. Franklin en montrent de semblables; ou s'ils ne peuvent pas le faire, qu'ils conviennent de leur tort.

La seconde raison n'est pas moins victorieuse. Suivant l'aveu de M. Priestley, M. Franklin n'a éprouvé son cerf-volant qu'après qu'il a été instruit des succès que MM. Delor et d'Alibard eurent en France sur l'aiguille, et qu'après qu'il eut eu le môme succès à Philadelphie sur cet instrument. Au surplus, tout cela était fait avant la fin du mois de juin 1 752 : cet aveu engage naturellement à supposer que M. Franklin eut le temps de recevoir ces instructions, et que tout de suite il trouva l'occasion d'opérer ; c'est dans ce temps et dans cette occasion que consiste une difficulté qui a échappé à la prévoyance de l'historien. La première épreuve de l'aiguille fut faite en France à Marly-la-Ville, le 10 mai 1752 : du 10 mai jusqu'au 30 juin inclusivement, il s'est écoulé un mois deux tiers, ou, si Ton veut, quarante et un jours. De là il s'agit de savoir si quarante et un jours laissent un temps assez long pour que la nouvelle, supposée partie le plus tôt qu'il était possible de France, parvînt dans l'Amérique septentrionale, et à Philadelphie, avant la fin du mois de juin suivant. Je pense avoir montré ci-

dessus(4 ), en discutant un fait semblable à celui-ci, que cet espace de temps est très court. Mais s'il a été suffisant (ce que les navigateurs décideront mieux que personne), il faudrait convenir que toutes choses s'étaient portées à favoriser M. Franklin, et qu'au contraire elles avaient toutes conspiré contre moi. Du moins est-il certain, monsieur, que quoique la ville où. j'ai mon domicile ne soit éloignée de Paris que de cent cinquante lieues moyennes , je ne fus instruit de l'expérience de Mari y -la-Ville que par la Gazelle de France du 27 mai, qui no fut reçue a Nérac que dans les premiers jours de juin. 11 est très vrai encore que, quelle que fût ma diligence à dresser l'aiguille, je ne pus la mettre à l'épreuve avant le 9 du mois de juillet suivant, par lo défaut d'orage (2).

Je serais en état de vous rapporter, monsieur, d'autres raisons de douter, qui dérivent naturellement de plusieurs lait» avancés par M. Priestley, et qui serviraient à le faire soupçonner de n'avoir pas été bien exact dans son histoire de l'électricité. Mais je me borne, quanta présent, aux observations que je viens de vous exposer, afin de terminer ma lettre par des déclarations qui me paraissent aussi nécessaires pour mes lecteurs que pour moi.

Vous le savez, monsieur, tous les esprits ne sont pas d'une môme portée ; il y a presque autant de façons de penser que de têtes. Ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que les hommes en général sont enclins à interpréter en mal les actions les plus innocentes. Considérant cet état malheureux de la condition humaine, je crains qu'il ne se trouve des personnes qui, à la vue de ce que j'ai relevé au sujet de l'histoire de M. Priestley, et des découvertes qu'il attribue à M. Franklin, ne pensent que j'ai eu l'intention de déprimer celui-ci par jalousie, et de détruire la réputation de celui-là par vengeance. Comme je désire

(1) Voyez ci-dessus (page 454).

(2) Indépendamment de toutes ces raisons, il y a deux observations qui doivent faire soupçonner que M. Franklin n'a pas mis à l'épreuve son cerf- volant dans le mois de juin 1752. La première observation est celle qu'on peut voir dans la note ci-dessus. La seconde est que mon cerf-volant ne s'est point électrisé, lorsque sa ficelle était dans le goût de celle de M. Franklin, et que j'ai réussi lors seulement qu'elle a été entourée d'un fil bien continu de métal. (Voyez Mémoire xtir les moyens de se garantir d$ la foudre, etc., 1776, p. ili).

de tout mon cœur que ces idées n'entrent dans l'esprit de qui que ce soit, je proteste que je n'ai pas eu ce mauvais dessein. Si toutefois cette simple déclaration ne suffit pas pour qu'on m'en croie, je supplie mes lecteurs de donner toute leur attention à ce que j'ai dit, et de se mettre pendant leur examen à ma place ; ce qui est la manière de bien juger les autres. Alors ils verront qu'il ne m'était guère possible d'établir victorieusement mes droits, sans critiquer certains faits gratuitement avancés par M. Priestley.

Au surplus, comme j'ai beaucoup travaillé sur la matière de l'électricité, que par mon travail je suis intéressé à ce que l'histoire de son état actuel ne soit point défigurée par des traits imaginés à plaisir, j'étais, sans contredit, en droit de montrer tout le faux des découvertes qu'il attribue à M. Franklin, et de réduire à leur juste valeur celles qui appartiennent véritablement à ce célèbre physicien. Eh ! pourquoi ne l'aurais-je pas eu ce droit, puisqu'il est dévolu aux simples amateurs, et même à tout le monde en général? Néanmoins de quelle manière me suis-jc comporté ? Je me suis restreint' à trois points où j'ai des intérêts réels, ainsi que l'on a pu s'en convaincre par les particularités dont j'ai indiqué les preuves. Nesont-cepas là de forte3 présomptions, qui doivent faire juger que mon dessein n'a pas été celui d'offenser personne; que j'ai eu seulement en vue d'user d'une légitime défense, et de revendiquer ce qui m'appartient?

Si, malgré ces observations, M. Priestley venait à se scandaliser, il devrait s'en imputer la faute. Quelque habile et quelque honnête homme qu'il soit (ce dont je suis pleinement persuadé), il n'aura peut-être pas été le maître de s'arrêter dans le penchant rapide et glissant qui l'a entraîné vers un de ses compatriotes. Si M. Franklin prenait à injure la façon dont je me suis défendu, il doit voir ma situation, qui est manifestement plus fâcheuse que la sienne. Eh quoi ! pour ne pas lui déplaire, étais-je obligé de passer tout , souffrir tout , souscrire à tout ce qu'il a plu à M. Priestley de mettre dans son ouvrage, au préjudice de la vérité qu'il a si souvent dissimulée, pour m'enlever mon cerf-volant avec plus de facilité ? Quoique je ne sois pas beaucoup répandu dans le monde, je n'ignore pas qu'il y a des personnes assez délicates et assez impérieuses pour exiger qu'on ne produise point au jour des vérités dont elles pourraient être choquées. Je n'ignore pas non plus qu'il y en a d'autres assez injustes pour se persuader qu'il leur est loisible de faire et dire ce qui leur

plaît, sans qu'il soit permis à ceux qu'elles ont essentiellement offensés de pousser un cri, non pas même un soupir plaintif. En tout cas, ce qui me tranquillise, c'est que je suis convaincu d'avance que M. Franklin, qui me paraît modeste, raisonnable et rempli de justice, ne pensera pas ainsi.

En effet, j'ai lieu de l'espérer. Tout bien considéré, de quoi s'agit-il entre nous deux? Il ne me conteste point l'invention du cerf- volant électrique ; la lettre qu'il m'a fait l'honneur dem'écrire, et que j'ai en main, en fait foi. Il est seulement arrivé, au bout de quelque temps, que des personnes sans intérêt se sont fait une fête d'essayer de m'enlever cette machine pour la lui donner. Oh ! sans doute, M . Franklin rejettera avec dédain un présent si honteux ; il est trop riche de son propre fonds pour vouloir l'augmenter en y joignant le bien d'autrui. S'il a cru ci-devant être le premier auteur du cerf-volant (ce que je suis encore à apprendre de sa part) (1), il doit maintenant revenir de cette idée; il doit voir que mes preuves sont aussi claires que le jour.

Ne croyez pourtant pas, monsieur, que par ces dernières paroles je prétende insinuer que M. Franklin n'a pas eu l'idée du cerf-volant, à peu près en même temps, ou même, si Ton veut, plus tôt que moi. Il se peut que cela soit, il se peut que cela ne soit pas; je n'en sais rien. Toutefois j'augure que conduit par les mêmes principes qui me conduisaient, il était très capable d'en tirer, en Amérique, les mêmes conséquences que j'en tirais en Europe.

Mais ce n'est pas là le fond de la contestation ; il se réduit à ceci : on voudrait nous faire accroire que M. Franklin a fait usage du, cerf- volant dans le mois de juin 4752. Non-seulement ce fait

(1) Quoique M. Franklin me fasse espérer par sa lettre qu'il m'écrira plus amplement une autre fois, en ^disant en ces termes: «Je suis obligé de différer une plus particulière réponse à la prochaine commodité, » il est pourtant vrai que je n'en ai reçu aucune autre. Au surplus, je ferais observer que, si M. Franklin eut entendu me disputer l'invention du cerf- volant, il pouvait le faire en très peu de mots. Sa lettre n'aurait été guère plus longue, s'il y eût ajouté qu'il m'avait prévenu au sujet de cette invention, ou s'il eût dit encore que nous nous étions rencontrés. Mais il ne me marque ni cela, ni autre chose approchante : il renvoie à un autre temps une plus ample réponse. Cette réponse est attendue inutilement. Les ouvrages périodiques parlent tantôt pour lui, tantôt pour moi, pendant près de vingt ans. Gela ne signifie-t-il pas qu'il ne me conteste rien, ou que s'il en a eu la velléité, il a jugé qu'il lui était avantageux de se taire?

n'est pas constaté ; il y a plus, c'est qu'il est impossible déjantais y parvenir. Il est convenu par mes adversaires que ce physicien a opéré en secret, et sans autre assistant que son fils, crainte de devenir la risée des sots. 11 n'en est pas de même de mon côté ; j'ai allégué que j'avais eu l'idée du cerf-volant dès le I à de juillet de la même année 1753 ; j'ai établi cette prétention par ma lettre de la même date ; j'ai autorisé cette date par un certificat de l'Académie de Bordeaux, date conséquemment la plus authentiquement fixée.

Tel est de part et d'autre l'état de la question. Si à présent, de ce point de vue, on prend garde que les choses cachées ne sont pas du ressort des hommes, et qu'ainsi ils sont astreints à juger par les preuves mises sous leurs yeux, on ne peut s'empêcher de décider en ma faveur.

Vainement m'opposerait-on que M. Franklin a fait usage du cerf-volant avant moi. Dans la supposition de ce fait, qui sera éternellement une énigme insoluble, à cause de l'aveu de mes adversaires, je soutiens encore que mon droit n'en recevrait aucune atteinte. On doit savoir que ce n'est pas au temps où l'on a commencé à se servir des instruments, qu'on fixe l'époque de leur invention. S'il en était autrement, de la première épreuve électrique qui a été faite par MM. Delor et d'Alibard avec l'aiguille je pourrais conclure que M. Franklin n'est pas l'auteur de cette machine; ce/qui serait évidemment une puérilité.

Au reste, monsieur, l'invention du cerf -volant et les perfections que je lui ai données (4) m'ont fait parmi les physiciens un honneur aussi éclatant que les effets ont été bruyants (2). Ainsi, à moins que je ne veuille passer pour un homme qui n'a point de sentiment, je ne puis céder cette invention à personne.

Quel que soit l'honneurqui m'en est revenu, je connais le degré auquel il doit être porté. Mon cerf-volant, je vous le déclare, monsieur, n'est qu'une extension de la barre électrique proposée par M. Franklin. C'est ce qui paraît au commencement de mon Mémoire imprimé tout au long dans le second volume des ouvrages

(1) Voyez une lettre adressée au père Beccaria, et une autre à moi: elles sont dans la seconde partie des Lettres sur V électricité , de M. l'abbé Nollet.

(2) Voyez encore dans le tome IV- des Mémoires des étrangers, page 514, une de mes lettres au môme académicien.

jv. b&

présentés par de» étrangers à 1 Académie royale des sciences de Pari* : et à ce sujet Je vous ferai mène un antre aven : c'est que si l'aiguille de M. Franklin n'eut pas réussi, peut-être n'aurais-je jamais euH'idée du cerf- volant.

De là, je dois reconnaître que, dans ce sens, j'ai travaillé sur le propre fonds de M. Franklin. C'est un hommage que je M rendis d'abord dans ma lettre du 29 octobre 4 753 ; néanmoins je suis bien aise que la circonstance où je me trouve me fournisse l'occasion de lui renouveler le même hommage, et je le fus, crainte que quelqu'un ne prit ma déclaration comme un acte de pore civilité de ma part.

Après toutes ces explications, que me reste-t-ià à vous dire, monsieur? Rien de plus, que de vous supplier encore, et pour une dernière fois, de vouloir bien insérer la présente lettre dans vos journaux ; d'y ajouter les pièces justificatives que j'y ai jointes, et de faire la publication de tout cela en une ou plusieurs parties, selon votre commodité, et de la manière qui vous plaira le plus. Si, pour votre satisfaction, ou pour quelque autre motif, voue désirez que je vous remette les expéditions originales des pièces justificatives et les originaux des autres actes énoncés dans le rapport de MM. Duhamel etXollet à l'Académie de Paris, l'effet des oÉYee que je vous ai mites ci-dessus suivra de près le premier avis que vous m'en donnerez.

Je suis avec respect, etc. %

Ds Rom as.

V Certificat de l'Académie de Bordeaux.

Je soussigné, secrétaire perpétuel de l'Académie royale des sciences, belles-lettres et arts de la ville de Bordeaux, certifie que M. de Romas, l'un de ses académiciens associés, faisant part à cette compagnie, dans une lettre datée de Nérac, le 4 2 juillet 4 752, de quelques réflexions sur les barres électriques de M. Franklin, et des raisons qui le portaient à penser que ces barres ne sauraient procurer tout l'avantage que l'on en faisait espérer, insinua en même temps dans cette lettre, et laissa entrevoir que Tidée lui était venue de quelques nouvelles expériences sur cette matière, qu'il so réservait de mettre au jour lorsqu'il se serait assuré de la réussite, et qu'alors il se contentait de dé-

par la qflHoÉDi €va jn è^amat. mas lajueUl 1 prêasata dans la saûe à «a» même nMuy&nie I a; italien da cerfvalant tkliMjae- En inÊ de «r ; s deciar» & mnatEt siear dp lamas., paerln: servir ûs dp one raônn. !em£ sÉrat dp ladite lettre, da 12 jaiUet 175*. *m* méfie fat ceBsercdi

« Ces* m. MuiiâLi. oe qui y* de pin* âapertant : car j' rais bien d"aati«&parûraflrjks à ^nas caanaaa ûqau . Tcfltescaa datord as ^■■ûuae.^ «ne j aâ «fhnte pour eayeVaer as corps éfatraps de se gmaflkr. ci as tams d'être ahattaes

d'orage. TeDes sol! encore as mes que j ai poar eagaser lès AMâas carâas a fine cas expériences par as fadfitès que j'ai à lear ia&jasr. M» m lettre, dereaae cTnae escessrre kmgaear. n'avertit de finir, Ajasa. je remets à vans parler des deux preaâeres clawe.t ceaceraaui la barre, cjai m ont reusa, an temps ou r Aadéuâe me fera preaeat:i qu «Je sera bîea aise qae je lea îaatnrêe ; et je me réserve de mettre » jour la dernière ' qwâqu eâe ae soi! qv an jeu d enfant), lorsque je me serai assaré de sa réussie par respêrîeace que je an propose d'en faire, et qae je ae négligerai uctUineuaiit pas, > J'ai rkoaneur d'être, etc. >

Lequel extrait je certifie véritable, et par moi fidèlement tire de ladite lettre, et l'ai délivré à moodit sieur de lomas, easemble le présent certificat, ea vertu de la délibération de 1 Académie, des 7 mars 175f et 3 mai dernier : et ai le tout signé de ma main, et scellé des armes de l'Académie. A fardeauc, le 10 juillet 1761.

De Lmmucsi , C. an P.

ft Secrétaire perpétuel de l'Académie royale des sciences, bdles-kttreset arts de Bordeaux.

3# Copie dm Rapport des commissaires ainnà par I'

royale dts sciences de Paris,

Dans on mémoire envoyé à l'Académie en 1734, et imprime depuis dans le second volume des Savants étrangers, M. de Romas, assesseur aa présidial de Nérac. annonça plusieurs eiets de

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l'Àca- Il

U12 NOTBS.

l'électricité très surprenants, qu'il avait obtenus par le moyen d'un cerf-volant élevé en l'air à la hauteur de cinq à six cents pieds : à cette occasion, l'Académie, par des vues d* équité, crut devoir ajouter, en forme de note, une lettre de M. Watson, par laquelle il parait que M. Franklin a fait de pareilles expéri avant M. de Romas. Celui-ci, persuadé qu'il était véritablement le premier inventeur du cerf-volant électrique, a fait prier l demie de vouloir bien recevoir sur cela ses représentations, et lui a envoyé les pièces justificatives sur lesquelles il se fonde. Nous avons été chargés, M. Duhamel et moi, d'en prendre connaissance, et d'en faire rapport à l'Académie ; c'est ce dont nous allons nous acquitter.

M. de Romas, dans le Mémoire dont nous venons de faire mention, dit formellement que la première fois qu'il essaya le cerf- I volant électrique, ce fut te M mai 4 753. La lettre de M. Watson, \ qui annonce l'expérience de M. Franklin, est du 4 5 janvier 4753, et dit en propres termes : M. Franklin a remis à la Société royale, il y a quinze jours, une assez belle expérience électrique. Et l'on voit, par la suite de la môme lettre, que c'est celle du cerf-volant électrique qui paraît avoir été faite à Philadelphie. On voit par là que M. Franklin a fait indubitablement usage du cerf-volant électrique plus de quatre mois et demi avant M. de Romas.

Mais comme on peut inventer longtemps avant que d'exécuter, elque la lettre de M. Watson, en annonçant le fait, ne dit pas si M. Franklin y avait pensé longtemps auparavant, M. de Romas cherche à constater l'époque de son invention, et prouve qu'au mois de juillet 4 752, il avait déjà imaginé d'éprouver l'électricité de l'atmosphère ou des nuages par le moyen d'un cerf- volant.

Il le prouve: 4° par une lettre de M. le chevalier deVivens, qui est un homme très initié dans les sciences et dont le témoignage doit être d'un très grand poids. M. le chevalier deVivens dit, en termes formels , qu'il se souvient très bien qu'à l'occasion de quelques expériences électriques que fit M. de Romas en sa présence, le 4 9 août 4752, celui-ci lui fit part du projet qu'il avait conçu de tirer l'électricité des nuées par le moyen d'un cerfvolant.

Il le prouve: 2° parla lettre d'un curé du voisinage, qui parait avoir pris beaucoup de part à tontes ces expériences, et qui, n'osant par scrupule déterminer au juste le jour auquel M. de Romas lui la confidence de son projet de cerf-volant, assure que c'était

SOTKS.

à cinq ou six jours près d'une expérience qu'on sait d'ailleurs avoir été faite le 19 août 1752.

Il le prouve : 3" par le témoignage très circonstancié de M. Dutilh, où il parait que la plupart de ces expériences ont été faites et qu'il y a contribué par ses dépenses et par ses soins. M. Dutilh, en attestant que M. de Romas a imaginé le cerf- volant électrique environ un an avant que d'en faire usage, avoue qu'il s'était chargé de la construction de l'instrument des le mois d'août 1 752. et se reproche d'en avoir négligé l'exécution et d'avoir laissé passer la saison de s'en servir en 4752.

M. de Romas le prouve : 4" par un certificat en forme de l'Académie des sciences et belles- lettres de Bordeaux, par lequel il parait que M. de Romas a fait remettre, le 4 2 juillet 4752. à l'Académie une lettre dans laquelle il fait mention , non pas explicitement du cerf- volant, mais d'un moyen plus propre, dit-il, que les barres de fer élevées en l'air, pour éprouver l'électricité des nuages, moyen qu'il appelle un jeu dy enfant.

Nous avons vu de plus une lettre de M. Franklin, en réponse à M. de Romas, qui lui avait fait part de son invention du cerfvolant électrique, dans laquelle réponse M. Franklin ne revendique nullement cette nouveauté, comme il semble qu'il aurait dû faire , s'il eût pensé en être le premier auteur.

Ayant donc égard à toutes ces preuves, nous croyons que M. de Romas n'a emprunté de personne l'idée d'appliquer le cerfvolant aux expériences électriques, et qu'on doit le regarder comme le premier auteur de cette invention jusqu'à ce que M. Franklin, ou quelque autre, fasse connaître par des preuves suffisantes qu'il y a pensé avant lui. A l'Académie royale des sciences, le 4 février 4764, et a été signé le présent rapport.

Duhamel. Nollbt.

4° Extrait des registres de l'Académie royale des sciences , du

i février 4764. -

MM. Duhamel et l'abbé Nollet , qui avaient été nommés pour examiner plusieurs pièces envoyées par M. de Romas, tendantes à prouver qu'il a inventé le cerf- volant électrique , avant qu'on eût connaissance en France des expériences faites par le moyen de cet instrument, à Philadelphie, par M. Franklin , en iv. 40.

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ayant fait leur rapport, l'Académie a jugé que , quoiqu'une lettre de M. de Watson, imprimée avec le Mémoire môme de M. de Romas, dan9 le second volume des Savants étrangère, p. 395, fasse voir que M. Franklin avait fait usage à Philadelphie du eerfvolant électrique plus de quatre mois et demi avant M. de Romas: cependant il paraît, par différents témoignages non suspects, que M. de Romas avait eu cette même idée et l'avait communiquée à plusieurs personnes , près d'un an avant que if. Franktin ou loi en eussent fait usage, et qu'il ne parait avoir emprunté de personne l'idée d'appliquer le cerf-volant aux expériences électriques. Eh foi de quoi j'ai signé le présent certificat.

A Paris, 8 février 1764.

Grandjeah de Foocht, Secrétaire perpétuel de l'Académie royale des sciences.

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