‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 5)Chapitre 46 sur 59 · PROPORTION · texte numérisé non relu

PROPORTION

des morti. !

SANS l'ÉTHBR.

Hôpitaux de Paris.— Malgaigne..

Hôpitaux d'Edimbourg. — Peacock.

(2oliection générale. — Phillips. . .

Hôpital de Giasoow.— Sawrie. . . .

Hôpitaux anglais. — Simpson. . . .

KG

G2 sur 100 49 SUT 100 44 sur 100 1 36 sur 100 l 38 sur 100

sous l'i.nfluence de l'éther.

Hôpitaux anglais.— Simpson ...

ns

35 sur 100

« Ce tableau montre, dit M. Simpson, qu'en prenant la mortalité la plus faible dans les amputés sans éther, c'està-dire les amputés de Glascow, remploi de Téther aurait pu sauver 11 pour 100 de plus parmi les malades qui ont guéri. »

Ces résultats suffisent pour constater «le progrès immense qu'a fait la chirurgie par Temploi des agents anesthésiques. Il serait à désirer que Ton fit, dans nos grands hôpitaux, pour toutes les opérations, des relevés analogues à ceux que M. Simpson a dressés pour les amputations; nous ne doutons pas qu'on n'arrivât à des conclusions toutes semblables. Un relevé de ce genre, fait par

ÉTIIËRISITIO». i6i

M. Iloux k rU6tel-DiL>u, a éULli que la morlalilé qui, ù la >iiîte des grandes opéralioiis. (ïlail du tiers, n'a plus élé que du quart h la suile de l'applicalioa de la méthode lEiesItii^sique. M. Bouisson a Fuit uu relevé de ce genre sur es propres opiJraiiODS. Sur di malades opérés sous l'inlueiice de l'élher ou du chloroforme, i] n'a eu que -t moris . pcgreltcr. Si fou rapproche ce résultat remarquable du ïhififre qui représente la mortalité des opérés dans les lApilauii de Paris, on sera disposé à reconnaître sans leine l'intluence heureuse exercée sur la pratique cliirur- ;icale par la méthode américaine (1).

Il est bon d'ajoultr que, d'après l'observation de tous les chirurgiens aclui:ls, les suites des opérations préseneol moins de gravité depuis l'emploi des inhalations loesthésiques, el que les plaies des amputés marchent tlus vile vers la guérison. On est frappé, en lisant les déuils du relevé donné par M. Boulsson, de la promptitude ivec laquelle certains de ses opérés ont guéri. Un inlerralle (Je six, de huil et de dix Jours a sufli pour permettre retour à la santé, dans des cas où la guérison exige en mojeDtie vingt jouis et au delù. La plupart des amputalions et des ablations de tumeurs ont guéri dans un délai le c!ix à quinze jours, et une amputation de bras n'en » Esigd que siv. L'expérience des autres cbirurgieaa con- Drme les données tirées de la pratique de M. Bouisson. Eafîo il est reconnu que l'emploi des aneslhésiques abrège ie lemps de la convalescence chez les opérés. M. Delaracherïe. de Liège, s'est adonné particulièrement à la recherche de ce genre de vérilîcatioa. De tous les faits

1 1) U(i« circonstance qui |ieul cxiillqucr cet lieureux ré«ulial, c'cit i|ue ie> iTuUidu. cerinins fluJouriJ'Iiul d'cvUcr la douleur, le d^i'iilcut plui

BromptFOiFnt i sulilr leii opjtnllnnsi cHles-cl, ne i'exécwUm plui ilM ini chci lie* liiilivlilut é|>uiBét par le« rniiftuei de «ouirrincct prolun- (tTrent ilc( cliancci plui avanUsvuus va tav«ui d« la gu^rlMn.

S66 DÉCOUVERTES SQIBRTlFlQUSS.

recueillis et analysés par ce chirurgîeOy il résulte que rinfluencc de Téther dans les opérations a toujours été heureuse; que les plaies marchent vers la cicatrisalion après remploi de Téther, comme chez les sujets qui ont été opérés sans son aide, et que s'il existe une différence, elle est en faveur de ceux qui ont été éthérisés; enfin, que la guérison n'a jamais été moins prompte, et que quelquefois elle Ta été davantage (\).

Les chiffres et les faits établissent donc, d'une manière péremptoire, l'utilité de la méthode aneslhésique. Elle a abaissé, dans une proportion notable, le chiffre de la mortalité des opérés; ainsi elle a atteint ce grand résultat, de prolonger dans une certaine mesure la durée moyenne de Ja vie. On peut donc hardiment avancer, à ce titre, que réthérisation est une des plus précieuses conquêtes dont la chirurgie se soit enrichie depuis son origine.

Mais réthérisation ne participerait pas de la nature des inventions humaines, si quelques inconvénients ne se liaient à son emploi, si à côté de ses avantages on ne pouvait signaler quelques dangers plus ou moins graves, si un peu d'ombre ne se mêlait à sa bienfaisante lumière. Nous ne devons et nous ne voulons dissimuler en rien cette face de la question. Il importe que les dangers qui peuvent résulter de l'emploi de l'anesthésie soient bien connus; car, si ces dangers existent, ils sont d'autant plus graves qu'ils empruntent l'apparence d'un bienfait. Disons-le donc sans détour, les inhalations d'éther ont provoqué plusieurs accidents sérieux, les inhalations de chloroforme ont plusieurs fois amené la mort. La gravité de ce sujet nous oblige à l'examiner avec quelques détails.

Ce n'est que plus d'un an après la découverte et l'emploi général de la méthode anesthésique que s'est élevée la

(1) Obsen'ations et réflexions sur les effets des vapeurs tTéther. Liège, 1817.

ET1!ERISAT!0?Î. )u7

question rlu d;iTiger des ÎDlialalinns stupL^Onnles. Des milliers cIë ma1a<Ies ayaienl déjà éprouvd les avantages de ranestliL'siL- et un lit^iiissiiionL \<is bicnTiils, lorsque quoiqnes accidents signalas eu Angleleire k U suite de l'admî' BÎslratioD de IVltier vinrent troubler la si'ciirili^ parEatle itm Inquelle les chirurgiens avaient vdcu jmqu'à celle époque. Disons-le cependant, ces plumiers faits étaient mal Inlcrprî-l^'s, cl les craintes qui s'êlenèreot alors étaient marquées ;iu coin d'une singulière exagération.

Le premier événement fâcheux attribué h l'emploi de t'éther fut publié à la Ua de Tévrier 1848. par la Gaselte midicvk dv Londres. Il s'agissait d'un jeune apprenti, âj;é de onze ans, nommé Albin Burlitl, qui amîl eu les deux caisses saisies par l'engrenage d'une mécaniigue. Il en était résulté une fracture avec une telle dilaci^ration des parties molles, que l'amputation fut jugée indispensable. Elle Tut ■ pratiquée par M. Newman, le 2^1 février 1846. Malgré l'u- BBge des inhalations éthérées, le jeune malade ressentit beaucoup de ddutcnr dans les premiers temps de l'amputation. Après l'opération, il tomba dans un état de prostration profonde et mourut trois heures après. Li mort du jeune Burtilt no pouvait éndemmcnl se rapporter à l'action de l'élher ; les graves désordres dont l'économie avait été le IhéAlro, les douleurs excessives que le sujet avait ressenties dans les premiers instants de l'opération, et qui d'ailleurs s'expliquent par ce fait r|ue le chirurgien avait opéré pendant lu pi^riodc de l'excitation étliérée. c'esl-à-, dire dans un moment où, comme noua l'avons vu, la sensibilité «si accrue, enfin l'épuisement nerveux qui avait été la conséquence de l'ébranlement profond imprimé à l'organisme, rendaient 'siiflisamment compte de celte moi ti Aussi ce fait ne eausa-(-il qu'une assez faible sensation.

Il en fut autrement d'un événement semblable arrivé quelques jours nprt's. Le 18 mars, une enquête fui ouverU

S6 8 DfXOUTEaTES SGIEIÎTIFIQI'ES.

devant le coroner du comté de Lincoln, à roccasion de la mort d'une jeune femme, nommée Anne Parkisson, survenue trois jours après l'emploi des 'inhalations d'éther. Ce fait fut porlé devant les tribunaux, et le coroner décida que l'opérée élait morte § par l'effet de la vapeur d*éther qu'on lui avait fait respirer. » Mais un jury plus compétent eût tenu compte, pour absoudre l'agent incriminé, de Tétat naturel de faiblesse de la malade, de la longueur de l'opération, des phénomènes nerveux qui l'avaient suivie, et surtout des faits que révéla l'autopsie cadavérique.

Le dernier cas de mort signalé à cette époque en Angleterre, comme consécutif à l'administration de l'éther, est celui d'un homme âgé de cinquante-deux ans, nommé Thomas Herbert, opéré de la taille par M. Roger Nunn, chirurgien de l'hôpital de Colchester, à Essex, et qui mourut cinquante heures après l'opération. Ici la taille avait été pratiquée chez un sujet épuisé, et nous n'avons pas besoin de dire que l'on a vu cent fois, après la cyslolomie, la mort par épuisement nerveux arriver dans un délai beaucoup plus court, sans que Ton eût fait usage des anc>thésiques (I).

En France, aucun cas de mort réellement imputable à réther n'avait été signalé avant le fait observé à l'Hôtel- Dieu d'Auxcrre, le 10 juillet 1847, sur un ouvrier bavarois, âgé de cinquante-cinq ans, affecté d'un cancer au sein, cl qui mourut pendant l'opération même, avec des signes évidents d'asphyxie. Le défaut de surveillance dans l'administration de l'éther, qui fut probablement employé de manière à amener l'asphyxie par privation d'air, et en outre l'insuffisance des moyens mis en usage pour ramen<T le malade à la vie, marquent suffisamment la cause de cette mort.

(1) La même réflexion s'applique au cas de mort signalé à la même époque par M. Roel, de Madrid.

ÉTIIEHISATION. 161

Jusqu'il la Qn de 1848, les dangers lit;s h l'emploi des aticsthî-siques rusk^rcnt donc enveloppés de beaucoup Oe doutes. Parmi tous les cas de murl allribués à l'élher, il n'en était pas un seul daus lequel on ne pût rapporter à une autre circonstance la cause des accidenls, et ces événeneols, perdus d'ailleurs au milieu d'une niasse ionombratttc (le fails contraires, n'avaient eu d'autre résultat que d'inspirer aux cbirurgiens une prudenle réserve dans l'admiaislralion d'une substance qui, employée sans discernement, pouvait amcDcr de Tâctieux mécomptes. Mais la icéne changea h l'apparition du chloroforme. Deux mois t'étaient à peine écouK-s depuis que M. Simpson avail Tait tonnattre sa dijcouverte, lorsque quelques événements fii- DCïtes vinreul réveiller les premières alarmes. La rapidité avec laquelle le chloroforme exerce son action faisait assez comprendre qu'enlre des mains inexpérimentées ou inba* lùles, il pourrait provoquer de dangereu.\ accidenls. M. Sédïllot le comprit le premier, et dans la séance de l'Academie de médecine, du 23 janvier 1848, il communiquait ^cs craintes aux chirurgiens. Ses prévisions ne lardèrent pas k se réaliser. Quelques faits, observés d'abord en Angleterre et bientôt après en France, vinrent jeler sur la question de sinistres lumières. Il ne s'agissait plus d^ ces cas problématiques oITrant fi la discussion d'inépuisables ri-SHOurces; il ne s'agissait plus, comme avec l'élher, de miirts survenues quelques heures ou quelques jours après l'adiniuislrution des vapeurs aneslbésiques : c'est pendant la durée de l'upérulion et sous le couteau du chirurgien que les individus avaient expiré; commencée sur un malade, l'incision s'éUiit ^ichevéc sur un cadavre. La morl môme était arrivée quelquefois avant le commencement de l'opération, et lorsque le malade respirait encore les vapeurs aneslbésiques : a\ant que la main du chirurgien fùl armée, rindi\îdu èlail tombé comme frappé de la foudre. .

S7 0 DÉGOUVEETES SCIBNTIFJQCES.

Au mois de juillet 1848, un événeineot déplorable arrivé à Boulogne arracha les derniers voiles qui cachaient une vérité pénible. Mademoiselle Stock, soumise, pour une opération de peu d'importance à l'action du chloroforme, tomba comme foudroyée entre les mains du chirurgien. La justice ayant cru devoir intervenir dans cette affaire, le ministre demanda à l'Académie de médecine des éclaircissements à l'occasion de ce fait, et le chirurgien incriminé ayant, de son côté, transmis à la même Société savante tous les détails de l'événement, l'Académie s'occupa aussitôt d'étudier, avec toute l'attention qu'il exigent, cet important problème.

Une commission ayant été instituée dans le sein de l'Aca- . demie de médecine, M. Malgaignc, choisi comme rapporteur, présenta à l'Académie, au mois de novembre 1848, un rapport développé sur cette question. Rassemblant la plupart des événements du même genre disséminés dans les recueils scientifiques, M. Malgaignc apportait un relevé, complet pour cette époque, des différents cas de mort imputables au chloroforme. La réunion de ces faits avait, en soi, une triste éloquence, et le public médical s'en émut avec raison. Gomme, en de telles questions, les faits nous paraissent devoir parler plus haut que tous les raisonnements que Ton pourrait invoquer, nous allons les faire connaître d'après le travail du savant rapporteur de l'Académie.

Le premier desoas de mort recueillis par M. Malgaigne est celui d'IIannah Grcener, publié par les journaux anglais en 4848.

Hannah Greener était une belle jeune fille de quinze ans, affectée seulement d'un ongle incarné. Elle s'adressa au docteur Meggisson, qui jugea nécessaire d'enlever à la fois l'ongle et sa matrice. Déjà, auparavant, la jeune fille avait subi l'ablation de cet ongle ; mais la matrice respectée avait

ÉTIIÉHISATIO.N.

ramcoé In maindit.'. Puur ccUc preniiùre opéralion, elle Atait aKpiré l'éllicr ot n'avait éprouvé aucune douleur; •eulemciit die avait ressenti un mal de lOte assez violent. On lui promit qu'avec le thloroforme elle n'aurait rien de temhlable h redouter. Malgré cette assurance, dit M. Mat gaîgiie, l'opérulion lu! faisnit peur, et toute la journée qiiï précéda, elle parut fort tourmentée, criant continuellement et désirant mourir plutût que de s'y soumettre. C'est dans cet état que M. Meggisson la trouva le vendredi 28 Janvier, Il cssaj'a inutilement de calmer ses appréliensioDs. Elle se plaça sur la chaise en sanglolaol. L'opérateur versa une cuillerée à thé de chlorororme sur un mouclioir, qu'il ai>pliqua devant le nez et la bouelie. Hannali Greener Ht deux inspirations, puis repoussa la main de l'opérateur. Celui' loi commanda de tenir ses mains sur ses genoux, et elle respira alors le chlorororme pendant une denii-roinule enriroii. La respiration n'étant point sterloreuse, et aucun Kntrc phénomène ne s'étant présenté, M. Meggisson dit i^ tOQ uide (le procéder h l'opéralion. Celui-ci achevait l'inci sion demi-circulaire autour de l'ongle, quand la jeune fille flt un bnisque mouvement comme pour échapper. M. Meg" gisson pema que le chloroforme n'agissait pas sufflsamin£nt, et il en romeltail d'anirc sur le mouchoir, quand il ■vil soudainement les Iftvres cl la Tacc pûlîr, et un peu d'écume sortir de la bouche, comme dans une attaque d'épi- Icpsie. Il lui ouvrit les yeux, ils rcslèreut ouverts; il lui jeta de l'eau k la flgure, il lui administra de l'eau-de-vie. dont elle avala nnpeuuvecdiniculté. Il l'é tendit sur le plancher, et essaya de lui ouvrir une veine du bras, puis la veine jugulaire ; le sang ne roula pas. En un mot, moins d'un oii(e api'és l'apparition dos premiers accidents, elle avait ceisé de respirer, elle était morte. Depuis le commencftlUf^ul de l'iiihaUlioii jusqu'au moment de la mort, il nC »'lHaitl«!^ écoulé plus de Irois minuiet.

S71 DÉCOCYERTES SGIEKTIFIQUSS.

Une enquête judiciaire fut ouverte à l'occasion de ce fait. D'après les résultats de l'autopsie, qui fut pratiquée le lendemain, le docteur John Fife crut devoir rapporter la mort à l'action du chloroforme.

L'auteur de la découverte des propriétés anesthésiques du chloroforme, M. Simpson, ne manqua pas de se porter à sa défense ; il prétendit que la mort devait être attribuée non au chloroforme, mais bien aux moyens employés pour rappeler la malade à la vie. Selon lui, Hannab Greener aurait éprouvé tout simplement une syncope durant laquelle la déglutition était impossible; en conséquence, le liquide qu*on avait voulu lui faire avaler aurait rempli le pharynx jusqu'au-dessus de l'ouverture de la glotte, et de là un obstacle à la respiration qui, dans l'état de faiblesse de la jeune Glle, avait suffi pour déterminer la suCfocation.

L'argumentation de M. Simpson fut réfutée avec vigueur; mais pendant que ce débat s'agitait, un autre événement vint donner à ses adversaires de puissantes armes.

Arthur Walker, apprenti droguiste, âgé de dix-neuf ans, s'était fait une déplorable habitude de respirer le chloforme pour se procurer les jouissances de l'ivresse. Le 8 février, on le vit peser une once de ce liquide, puis appliquer son mouchoir sur sa bouche, et il ne tarda pas à être pris d'une certaine excitation. Il n'y avait avec lui qu'un enfant dans le magasin, et comme on connaissait sa violence toutes les fois qu'on cherchait à lui retirer le flacon de chloroforme, l'enfant le laissa faire. Arlhur Walkerse retira au fond de la boutique, et là, posant sa tête sur le comptoir, il se mit à respirer le chloroforme en disposant son tablier au-devant de sa bouche. Dans ce moment, une personne entra dans le magasin, et le croyant endormi, lui frappa sur l'épaule en lui disant: (i Est-ce que vous dormez à l'heure qu'il est? » Comme l'apprenti ne répondait point, on se détermina à aller chercher son père, qui seul, en

ÊTHÉRISATtOS. Î7Ï

pareil cas, avail quelque puissance sur lui, ArIhurWalker resta donc d^ns le mCoïc (^lat environ vingt minutes. Quand son père arriva el lui releva la lOle, il lïlail tnuil. Od essaya de le saigner, on tenta même la respiration artificielle à l'aide d'un sourHel introduit par uneouverliiie dans la Irachét?, mais tout fut imilile.

Ces di-ux accidents s elnient suivis à deux jours d'inler-. ralle ; quinze jours aprt^, un malheur du mCmc genre venait ctTrayer les médecins américains.

Mistriss Marthn Simmons, âgée de trente-cinq ans et jouissant d'une bonne santé, éprouvait à la face et dans l'oreille quelques douleurs que l'on rapportait à l'existence d'une dent cariée. Le 23 février, elle se mit en roule, H St. il pied, trois quarts de mille pour aller chez son dentiste se faire arracher quelques racines de dents. Elle fut soumise à l'inhalation du chloroforme en présence >'.e deux dames de ses amies, qui rapportèrent ensuite les à(taîls suivants :

0 Les mouvements respiratoires paraissaient se faire liljrcment; la poitrine se soulevait. Mais aj)rÈs quelques intialations, la face devint pAle. Au bout d'une minute environ, le dentiste appliqua ses instruments, et Ata quatre racines de dents. La. malade poussa un gémissement, et manifesta, pendant l'opération, des indices de souffrance, sans proférer cependant une parole, ni donner aucun signe de connaissance. Après l'extraclian de hi dernière racine, c'est-à-dire environ deux minutes après le commencement de l'intijlation, ta tôle se tourna de ciïlé, les bras .'c roîdircnl légèrement et le corps M rejeta un peu uu arrière. Du ni ce momeni, misiresa Fearsun, l'une des a^aisLantes, ayant mis le doigt sur le pouls, observa qu'il était faible, ut presque immédiatement il cessa de iNitlre ; la respiration cessa ii peu près en mfime temps. 1^ figure, de pAlc qu'elle était d'alurd, devint livide; le> ongles des doigts prirentlamfme teinte; la mAcboirc inférieure s'abaissa ; la langue tll une légère saillie k l'un des CtAna de la boucbe, et les bias tombcrcnt dans un reldchemi'ot

mplet. Les deux dames la considérèrent alors comme morte.

On fit de vains efforts pour la rappeler à la vie : ammoniaque sous les narines, eau froide jetée à la figure, application de moutarde, d*eau-de-vie, etc. On finit par la transporter de la chaise oïl elle était sur un sopha ; elle ne donna ni un signe de respiration, ni un signe de vie. »

WalterBadger, âgé de vingt-trois ans, jouissait habituellement d'une bonne santé, bien qu'il se plaignit fréquemment de violents battements de cœur. Le 30 juin 1848, il se présenta chez M. Robinson, dentiste, pour se faire arracher plusieurs dents. Il désirait être endormi par le chloroforme, bien que son médecin, dit M. Malgaigne, l'en eût dissuadé, en raison de sa maladie du cœur. M. Robinson le soumit donc à' l'appareil à étbérisation : le patient aspira la vapeur de chloroforme pendant environ une minute; il dit alors qu'il croyait que le chloroforme n'était pas assez fort. Le dentiste le quitta pour aller chercher son flacon et remettre un peu de liquide dans l'appareil. WalterBadger fut ainsi laissé environ trois quarts de minute ; dans ce court espace de temps, sa main tomba, abandonnant l'appareil qu'il tenait lui-même, la lele s'inclina sur la poitrine ; il était mort. M. Robinson lui lûlale pouls, envoya en toute hôte chercher le docteur Walers, qui essaya la saignée, et ne put obtenir qu'une demi-cuillerée d'un sang lYès-noir. Pendant une demi-heure, on tenta l'inspiration artificielle, les frictions et d'autres remèdes, le tout en vain.

Une enquête fut ouverte à l'occasion de ce fait qui constitue sans aucun doute l'un des plus sérieux arguments contre le chloroforme, car rien ici ne peut être attribué à Tasphyxie. Lorsque Walter Badger tomba, il n'avait cessé d'aspirer le chloroforme, et, selon le récit officiel de l'événement,, « une minute avant de tomber, le patient parlait et riait. » Cependant le jury déchargea M. Robinson de la responsabilité de ce malheur.

ETHERISATION. 375

râle lu lislD Funèbre recueillie par M. Malgnigne [ans Tes journaux anglais. Nulle catnslrophc de ce genre 'avait encore 6\6 oliservée en France avec le chloroirme. lorsque TAcadéiuie de médecine recul la commiiticalîon du fail de Boulogne. Nous n'avons signalé ce f;iit ;ue d'une manière sommaire; e'esl ici le lieu de le f;iire bonnatlre avec plus de d(!^lails.

j Mademoiselle Slock. iigée de Irenle ans, grande et bien jconstiluce, avait été lègèremenl blessée h la cuisse en Bombant de voiture, par un fragment de bois qui n'avait produit qu'une petite déchirure h la peau. Il se forma Hentdt en ce point uu pelil abcès qui vint à suppuration ; }n jugea nécessaire d'inciser In peau ; el le docleur fîorré Hit appelé pour cette pelite opération. Mademoiselle 5lock désira Cire endormie par le chlorofr.rme ; M. Gorrô revînt donc le lendemnin, 2G mai, muni d'un Dacon de ce ^(juide. La malade élail gaie et exempte de loule pi'éoccupalJon; son médecin ordinaire et une sage-femme assistaienl ii l'opération.

• Je plaçiii, dit le docteur Gorré, sous les narines de la ma- Udeun moucboir sur lequel avaient été jetées quinze à vingt Cultes au plus lit! chlorororme. A piine a-t-ella fail quelques Intpiralions qu'elk porte la main sur le mouchoir pour l'écarter ets*i!crie <t'unc voix plniiUive : J'élouffe. Puis (oui ausiiitôt le irkrage pAlil, les traits s'allièrent, la respiration s'embarrasse. J'écumc vient aux lèvres. A l'Instant même (et cela trêsHNiilaîncnenl moint tf 'une mtriuti> après le début de l'inhalalion), lemouuboir ospergi^ de cbloroforme esl retiré. Mais peniiadé que les ■ccidcnUne sont que passagers et qu'il va suITlre, pour que Teffut ces^e, d'avoir supprimé la cau^e, je m'empresse de glisser firlt petite plaie (Istuleuse qui existe à la cuisse une sonde can- Dvlée sur laquelle j'incise la décollement jusqu'i ses limites, c'i-sl-à'dirc dans uno étendue de six à sept cenlimûlres, et je retire du Tond de cette plaie un petit fragmcnl de bois mince et polnlu.

i^i^piuranl le temps infiniment court que prend celte petite

«76 d£G0C VERTES SOKimnQUBS.

opération, mon confrère cherche par tous les moyens à remédier à cette annihilation imminente de la vie. Je me joins à loi, et tous deux nous mettons en œuvre avec activité les mesures les plus propres à conjurer une issue fatale. Frictions sur les tempes, sur la région précordiale^ projection d'eau fraîche sur le visage, titillation de Farrière-bouche avec les barbes d'une plume, insufflation de Tair dans les voies aériennes, ammoniaque sous les narines, tout ce qu'il est possible de faire en pareil cas est tenté par mon confrère et par moi pendant deux heures. Tout fut inutile; la malade était morte. »

Mentionnons encore un fait du même genre observé à Paris, dans le service de M. Robert.

Pendant les journées de juin 1848, un Alsacien, ftgé de vingt-quatre ans, nommé Daniel Schlyg, avait eu la cuisse fracassée par une balle avec une telle dilacération des parties molles, que M. Robert jugea tout de suite indispensable la désarticulation du membre ; mais l'état de prostration du malade ne permettait pas de*la pratiquer immédiatement. Deux jours après, la cuisse était très-tuméfiée, les douleurs très-vives, le pouls petit et sans résistance, le moral plus abattu que jamais par un sombre désespoir. Toutes les conditions étaient donc défavorables pour l'amputation ; mais le malade la réclamait, et M. Robert s*y décida. On lui ût respirer du chloroforme : au bout de trois h quatre minutes, il éprouva quelques légères convulsions, et bientôt après il tomba dans un état de collapsus complet. Le chirurgien commença alors la grave opération de la désarticulation de la cuisse. L'opérateur avait taillé le lambeau antérieur et lié les vaisseaux; il ne restait qu'à désarticuler le fémur et à tailler le lambeau postérieur ; mais le sujet commençant à s'éveiller, M. Robert prescrivit une nouvelle inhalation de chloroforme, tout en continuant l'opération. Un quart de minute s'était à peine écoulé, que la respiration devient stertoreuse. L'inhalation fut au sitôt suspendue. Le visage était très-pAle, les

ÉTHËRISATIOM. !7T

décolorées, les pupilles dilalées, les ycus renversés paupières supérieures. Le chirurgien suspendit Ipéralioii pour essayer de ranimer le malade; mars la ipjratiOD devint rare el suspirieuse, le pouls ne se senlail u, les membres élaicnl dans un élat complet de réso- IIOD. On essaya les frictions sur la peau, les irritations U membrane pituilairc, le soulèvement cadencé des is e( du thorax ; plusieurs fois la respiration sembl.-i se Dimer, et le pouls devînt appréciable ; mais, après trois larls d'heure d'efforts incessants, tout espoir s'évanouit, l'on n'eut entre les mains cju'un cadavre. Tels sont les faits qui devinrent le texe de la discussion iporlanle qui cul lieu, en 1818, h l'Académie de médele. M. Mnlgaigne ne crut point y trouver des motifs siif- IQls pour condamner l'emploi du cbloroforme. Parmi B les faits exposés dans son rapport, M. Malgaîgne n'en DClloit que trois dans lesquels la mort fût positivement palAblc au chloroforme. Les autres cas s'expliquaient, lui, soit par l'asphyxie, soit par des morts subites nÏDées par certaines lésions organiques dont les înidas étaient alTeclés.

ï8 explications données par M. Malgaigne ne parurent ni répondre à la gravité des faits constatés. Itangcrdans ilégorie équivoque des morts subites la plupart de ces s, était une espèce de Ikiix-fuyant qui, en général, pad'assez mauvais goût. Si les sujets qui ont succombé ■laienl des lésions organiques suffisantes pour amener ^tcmeal la mort, elles devaient sauter aux yeux du clî- {en le moins exercé ; comment se fait-il dés lors que rtonne n'ait su les diagnostiquer d'avance ? Si ces alléions avaient présenté une certaine gravité, le [fralicicn Elt pas manqué de les reconnaître, et, dans ce cas, il so dispensé d'opérer. Sans doute, cheï quelques-uns de I malades, certaines dispositions individuelles avaient

278 DECOUVERTES SCIKHTIFIOUES.

pu seconder l'action lélhifère du chloroforme; mais il q*j avait rien là qui menaçât directement et actuellemeot leur vie. D'ailleurs, dans tous les autres cas, les sujets jouissaient d'une santé parfaite, et ne se présentaient que pour subir des opérations insignifiantes : deux venaient se faire extraire une dent, le troisième arracher un ongle, le quatrième inciser un pelit abcès, le cinquième ne respirait le chloroforme que pour se procurer un état dlvresse. U fallait évidemment une certaine complaisance pour afCrmer que tous ces individus étaient sous l'imminence d'une mort subite.

U est tout aussi difficile d'admettre, avec M. Malgaigoe, que la plupart des cas de mort analysés dans son travail puissent reeonnaltre pour cause l'asphyxie. U n'existe point, selon nous, de cause d'asphyxie qui amène la mort dans trois minutes ; il n'est pas dans la nature de l'asphyxie de tuer aussi soudainement, et surtout de résister à toute la série si bien entendue des moyens que l'on s'est hâté de mettre en œuvre pour la combattre.

Ainsi il était plus simple, et en même temps plus cooforme aux faits, de rapporter ces diverses morts à une action toxique propre au chloroforme. Ce composé appartient en efletà la classe des poisons les plus actifs, et c'est ce qu'a parfaitement démontré M. Jules Guérin, qui a émis en môme temps des vues aussi neuves que justes sur le mode d'action du chloroforme. M. Guérin a établi que le chloroforme peut exercer de deux manières son action délétère surThomme et les animaux qui le respirent : i"" d'une manière foudroyante, en sidérant subitement l'économie, en altérant subitement la vie dans sa source môme, comme le font ks poisons septiques, tels que l'acide cyanhydrique ou l'hydrogène arsénié; 2** par suite d'une action parlicu- i lière sur l'appareil nerveux qui préside à l'exercice de la ! fonction respiratoire, laquelle se trouve arrêtée et lai^

ÉTIIER15AT10S. Ï79

ainsi apparallrc tes ph(;nomôDcs de l'asphyxie. Ces deux modes dilTérenls de l'aclion du chloroforme rendent compte de l.i diversilédescirconslancesqu'onl présenlées les cas de aiorl observés à la suite de l'adminislralion de cet agent. M. Guérin a montré, de pitis, que certaines dispositions individuelles, ou liien tpielqnes étals physiques parlii-'uliers, tels que la faiblesse par suite de saignée, de diôle, de maladie, l'âge, etc, rendent Tbonanie plus accessible à l'action lélhif^re du chloroforme (1).

Cependant cette doctrine ne prévalut point devant l'Académie de médecine. Mue par un sentiment louable, ]nùsqu'elle désirait surtout ne pas discrédilerà son début l'emploi des anestbésiques, et ne pas faire perdre k la chirurgie une de ses plus belles conquêtes, la majorité de l'Académie, entrant dans les vues de son rapporteur, crut devoir .absoudre le chloroforme des revers qui lui étaient altrihués. Voici, en cITet, les conclusions adoptées par l'Aead^mie h la suite de la discussion du rapport de M. Malgaigne.

En ce qui louche la mort de mademoiselle Stock, on birmula les conclusions suivanles :

a !■ La mort ne saurait élre attribuée, en aucune façon, & l'action toxique du chloroforme.

■ 2' IleiUledans la science un grand nombre d'exemples tout à fait analogues de moitn subites et imprévues, soit à l'occablun d'nnc opJralion, soit mâme en dehors de Inute opération, mais fortoiiE en dehors de toute appllcalion du cliloroforme, sans que les recherches les plus minulieui^es permettent toujours d'assigmr la cause de la morl.

a 3' Toutefois, dans le cas en question, l'ex|>licalion la plus probable ptir»it Hre l'immixtion dune cjuualilé de lluidc gaiciu dam le sang. ■

980 Df COU VERTES saiifTinouES.

En ce qui touche la nocuité ou l'ionocuilé générale du chloroforme, l'Académie adopta les conclusions suivantes :

« 1* Le chloroforme est an agont des plus énergiques qu'on pourrait rapprocher de la classe des poisons^ et qui ne doit être manié que par des mains expérimentées.

(( 2** Le chloroforme est sujet à irriter^ par son odeur et son contact^ les voies aériennes, ce qui exige plus de réserre dans son emploi lorsquMl existe quelque afTection du cœur ou des poumons.

u 3® Le chloroforme possède une action toxique propre, que la médecine a tournée à son profit en l'arrêtant à la période d insensibilité, mais qui, trop longtemps prolongée ou à dose trop considérable, peut amener directement la mort.

« 4* Certains modes d*administration apportent un danger de plus, étranger à l'action du chloroforme lui-même : ainsi on court des risques d'asphyxie, soit quand les vapeurs aneslhé^iques ne sont pas suffisamment mêlées d'air atmosphérique^ soit quand la respiration ne s'exécute pas librement.

« 5° On se met à l'abri de t^tis ces dangers en obser^'anl exactement les précautions suivanlos: !• S'abstenir ou ^'ar^êle^ dans tous les cas de contre-indication bien avérée, et vérifier annt tout l'état des organes de la circulation et de la respiration; 2° prendre soin, pendant l'inbalation, que l'air se mêlesuffisammenl aux vapeurs du chloroforme, et que la respiration s'exécute avec une entière liberté ; 3® suspendre Finhalation aussitôt l'insensibilité obtenue, sauf à y revenir quand la sensibilité se réveille avant la fin de l'opération. »

Ainsi, le chloroforme sortait victorieux du débat académique. La méthode aneslhésique avait obtenu, de l'issue de ces discussions, une consécration solennelle, et le chloroforme conservait, dans la pratique des opérations, la place qu'il avait conquise. Le* rapport académique le rangeait, il est vrai, au nombre des poisons, mais on l'amnistiai l de toule conséquence fâcheuse en ajoutant que certaines précautions déterminées mettent les malades «à l'abri de tous dangers. »

KTIIÉBISATIOS.

Confiants dans l'opIniciD cl les baules lumières de |)rcniit.'r corps médical, les praticiens reprirent donc l'emploi du chloroforme dans le cours des opérations douloureuses. Mais des faits nouveaux cl d'une gravité possible il dissimuler ou à méconnaître, vinrent apporter, contre les conclusions académiques, de Irisles et irrécu^ sables arguments. C'est le 0 février 1849 que fut adopté^] par l'Académie, le rapport de M. Malgiiignei six joui après, le 12 du même mois, un journal de médecii bUaît le récit détaillé d'un nouveau cas de mort \iat te (^oroforme. exposé avec la plus honorable loyauté, par l'on des chirurgiens les plus distingués des hàpilaux de Lyon. Il s'agissait d'un jeune homme de dix-sept ans, exerçant la profession de carrier, et qui était entré h l'Hi tel-Dieu de Ljon, pour y subir la désarticulation d'ui dl^i;!' Ce fait répond sans réplique h. tous les argumeati^' iavoqués en faveur du chloroforme, car il démontre nvee' évidence que toute l'habileté et toute la prudence du chinirgîcD demeurent iosuflisantes dans certains cas. pourJ <IonJurer les dangers auxquels expose l'administration ccl agi?nl. On nous permettra donc de rappeler les leriuosi^ mAmes de l'observation publiée par M. Barrier.

n Le jour venu, dit le chirurgien de Ljon, après s'être assui'é

(JDV le malade jouit d'une bonne santé «l n'u pris aucun aliment,

pD lu f*it |ilaccr sur un li t elon le wumet ^ rinhalaliou du cbloi-o* .

Ibrnic, qu'il a désirée et qui ne lui insfiiie aucune sppn'hensii

%jt llacun •|ui renferme l'agent Hnesthésique est le même qi

^•ervi, un instant auparavant, h endormir une jeune fille i

u hqui'llr tout s'est passé régulièrement. On se sert, comme d'ord

. BSÎrc, d'une compresse à tissu triis-clair, étendue uu-devani i

I .Tiugc, laissant un passage facile A l'air atmosphérique, «l l'a

-fcne lu chloroforme par gouttes, A plusieurs reprises, sur la piM

lion d<! la com|ires»c qnî correspond il l'ouverture du ne». Or"

k lides Irè^haliituéi li la chloroformisalion en sont chargés.

•iplurenl en même temps le pouls aui radiales. L'opérateui' $

■"''■"- -• """'je le travail dus aidei*.

u Après quatre à cinq minutes, le malade sent et parle encore. Une minute de plus s'est à peine écoulée, que le malade prononce quelques mots et manifeste une légère agitation. Il a absorbé tout au plus six. à huit grammes de chloroforme, ou plutôt c'est cette quantité qui a été versée sur la compresse, et révaporation en a nécessairement entraîné la plus grande partie. Le pouls est resté d'une régularité parfaite sous le rapport du rhythmeet de la force des battements.

« Tout à coup le patient relève brusquement le tronc et agite les membres, qui échappent aux aides; mais ceux-ci les resîaisisscnt promptemenl et remettent le malade en position. Ce mouvement n*a pas duré certainement plus d'un quart de minute, et cependant Tun des aides annonce immédiatement que le pouls de l'artère radiale a cessé de battre. On enlève le mouchoir; la face est profondément altérée. L'action du cœur a cessé tout à fait : plus de pouls nulle part, plus de bruit dans la région du cœur. La respiration continue encore, mais clic devient irrégulière, faible, lente, et cesse enûn compléiement dans l'espace d'une demiminute environ.

« Au premier signal donné, on a dirigé des moyens énergiqiies contre les accident<, dont la gravité a été immédiatement comprise. On approche un peu d'ammçniaque, sur un linge, de l'ouverture du nez; on en verse une grande quantité sur le thorax et sur rabdomen^quel'on frictionne avec force. On cherchée in iler, avec la même substance, les parties les plus sensibles des té^iments. On applique de la moutarde, on incline la tête horsda lit, enQn on cherche à ranimer la respiration par des pressions alternatives sur l'abdomen et sur la poitrine. Après deux ou trois minutes la respiration reparait et prend même une certaine ampleur, mais le pouls ne se révèle nulle part. On insiste sur les frictions. La respiration se ralentit de nouveau et cesse encore une fois. L'espérance qu'on avait conçue s'évanouit. On insuftle de l'air dans la bouche et jusque dans le larynx, en portant une sonde à travers l'ouverture de la glotte, parce qu'en soufflant dans la bouche on s'apercevait que l'air passe dans l'estomac. Des fers à cautère ayant été mis au feu dès le début des accidents, le chirurgien cautérise énergiquement les régions précurdiaie, épigastrique, prélaryngienne. Le pouls ne reparait point. On continue pendant plus d'une demi-heure tous les eflbrts imaginables pour ramener le malade à la vie; ils restent inutiles. «

ÉTHÉHTSATIOS. S8Î

inoi=! nprès, un autre événemenl. tfii nK^iue ommunîqiifi » l'Acndémie de nii'di'cine p.ir de Confi^vron, médecin des hâjjilnux de Lnngres. Il se rapporte à une dame de trente-trois ans, madame Liibrune, qui succomba à l'action du chloroforme administré pour 'faciliter l'exlraclion d'une rient.

Madam<! Labrune aVait déjà él/r soumise, sans le moindre accident, aux inbalalions d'éther. Le 24 août 18i9, son médecin, M. de Confévron, crut devoir la soumellre, en {présence d'un dentiste, h l'action du chloroforme. II plat;.'! sur un mouchoir un morceau dr colon imbibé d'ennn prammc de celle substance. Madame Labrune l'approcha elle-même de ses narines et le respira & quelque distance, de manière à permettre le mélange de l'air aux Tapeurs ancsthésiqucs. En huit ou dix minutes l'elTet on le remarqua au clignotement des paupières. Le médecin indiqua alors au dentiste, placé derrière I.i malade, qu'il pouvait agir; mais la patiente, qui avait l'habitude de l'élhérisation, ne se senlant pas suffisamment en|;ourHîe, repoussa la main rie l'opémleur. et faisant comprendre par signes que l'inscnsibililé n'existait pas encore, elle rapprocha le mouchoir de ses narines el fil rapidement quatre ou cinq inspirations plus larges. A cet ÏDstanI, le médecin lui retira lui-même le mouchoir qu'elle serrait sous son nez. Il ne la quitta des yeux que pendant le temps nécessaire pour poser le mouchoir sur un meuble voisin, et déjà, lorsqu'il reporta ses regards sur elle, la race était pale, les lèvres décolorées, les Irails altérés, les yeux renversés, les pupilles hrirriblemenl dilatées, les mflchoires contractées de manid-re Ji empêcher l'upérulion àa denlisle, la tôle renversée en arriére; le pouK avait dïspani, ies membres étaient dans un état complet de résotulino. Quelques inspirations éloignées furent les seuls signes de vie que la malade donna. Les moyens les pins

28 4 DÉCOUVERTES SGIERTIFIOUES.

rationnels furent employés, mais en vain, pour la rappeler

à elle (I).

Ces deux faits, dont le dernier avait reçu de la presse périodique un grand retentissement, émurent vivement le public et le monde médical lui-môme. Une malheureuse affaire du même genre étant, sur ces entrefaites, arrivée à Paris dans la pratique civile, la justice s'en saisit, et perla devant les tribunaux une question de responsabilité médicale qui touchait, dans ses intérêts les plus directs, la pratique de Tari. La question des inhalations anesthésiques au moyen du chloroforme exigeait donc une élude et un examen nouveaux. Intimidés par les poursuites judiciaires dirigées à Toccasion de TaiTaire Triquet, quelques chirurgiens demeuraient incertains sur la conduite à suivre et demandaient des garanties devant le public et devant leur conscience contre les conséquences de faits semblables. C'est sous l'empire de ces circonstances quela question des inhalations chloroformiques fut portée, en 1853, devant la Société de chirurgie.

L'attention de celte Société savante avait été attirée sur cet important sujet par un événement funeste qui s*était passé h l'hôpital d'Orléans sous les yeux du chirurgien en chef. Le 20 décembre 1852, un jeune soldat opéré pour l'ablation de deux petits kystes situés dans la joue gaucho,

(1) On peut encore citer à ce propos un Tait semblable arrivé à Westminster, le 17 février J849. Il s'agit d'un ouvrier maçon, âgé de trentesix ans, soumiâ à l'amputation du gros orieii, et qui succomba quelques instants après l'opération, dix minutes après avoir été soumis aux inhalations du chloroforme. Toutes les précautions nécessaires avaient été prises par le chirurgien, et les soins les mieux entendus furent mis en oeuvre pour conjurer l'issue fatale. Aussi le jury devant lequel fut portée cette affaire rendil-il le verdict suivant : « Le décédé Samuel Bennett est mort du chloroforme, convenablement administré, • Le coroncr qui formula cet arrêt ne se doutait guère qu'il tranchait avec son bon sens une question qui divisait depuis un an la médecine en deux camps opposes.

ÉTHERISATION. tSS

étail mort sous les yeux et entre les mains de Topérateur, quatre minutes après l'inspiration des premières vapeurs ehloroformiques. Le chirurgien de THÔtel-Dieu d'Orléans, M. Vallet, ayant adressé à la Société de chirurgie la relation de ce fait, fournit à cette réunion savante l'occasion de soumettre à une étude approfondie la méthode anesthésique, et de s'occuper en particulier de l'examen des dangers qui se rattachent à l'emploi du chloroforme. La commission organisée dans le sein de la Société dé chirurgie pour l'étude de cette question, conûa à M. le docteur Robert, chirurgien de l'hôpital Beaujon, la rédaction de son rapport.

Le travail étendu que M. Robert présenta à la Société de chirurgie au mois de juin 1853, devint, dans le sein de celle Société, le texte d'une longue et intéressante discussion, où furent successivement approfondies toutes les questions qui se rapportent à l'emploi des anesthésiques et les moyens de parer aux dangers qui en résultent. Cette discussion a démontré que dans un nombre assez considérable, de cas, le chloroforme a déterminé la mort des opérés, sans que rien, dans les moyens employés pour son administration, puisse être invoqué pour expliquer le résultat funeste.

En juillet 1857, la question des dangers de la mélhode anesthésique a été agitée de nouveau devant l'Académie de médecine de Paris. Ce qui est résulté surtout de cette nouvelle discussion, soulevée à l'occasion d'un travail de M. Devergie, c'est la démonstration du peu d'utilité, et dans quelques cas des dangers que présentent les appareils pour l'administration du chloroforme. On s'est fréquemment servi jusqu'ici, pour faire respirer le chloroforme et surtout l'éther, de divers appareils d'inhalation. Ils se composent d'un tube terminé par une embouchure qui s'applique sur la bouche; une soupape disposée sur le

t86 DÉCOUVERTES SCIEITTIFIQUES.

trajet de ce tube sert à rentrée de l'air inspiré et qui a traversé le réser^'oir contenant le liquide anesthésique; une autre soupape donne issue à l'air expiré. Mais le jea de ces soupapes peut quelquefois n'être pas réglé avec assez d'exactitude pour que le mélange d'air et de vapeurs anesthésiques, qui s'introduit dans les poumons, conticDDe la quantité d*air nécessaire à l'entretien de la respiration. Le malade est alors exposé à périr, non par l'action délétére de l'agent anesthésique, mais par asphyxie. L'Académie de médecine conseille donc, et avec raison, de rejeter tout appareil inhalateur, et de se borner à faire respirer le chloroforme en le versant sur un linge plié ou dans le creux d'une éponge. L'asphyxie peut ainsi être toujours évitée, car on n'a pas à craindre le manque d'air respirable.

En résumé, dans un certain nombre de cas, le chloroforme a amené la mort, soit par l'oubli des préc;.nlions qui sont nécessaires pendant son administration, ce qui a déterminé Tasphyxie, soit par suite de Tcxistence, chez les individus, de certaines affections organiques, soit enfin en raison de l'action toxique que l'on ne peut s'empêcher de reconnaître au chloroforme, action que certaines idiosyncrasies peuvent rendre accidentellement plus grave. Faut-il cependant, d'après ce petit nombre de résultats malheureux, et en regard 'du nombre immense de fails contraires, renoncer aux bienfaits de la méthode anesthésique et la bannir sans retour de la scène chirurgicale? 11 y aurait de la folie à le prétendre. Autant vaudrait renoncer aux machines à vapeur, à cause des désastres qu'elles ont souvent provoqués, aux chemins de fer, en raison' des malheurs qu'ils ont pu produire. Il faudrait abandonner, au même litre, tous ces agents héroïques de la médecine interne, qui rendent tous les jours à l'humanité des services immenses, et qui ne sont pas sans avoir amené sans

Ixaf aisATios. î s 7

doute quelques rtïsultats semblablcâ. Si l'on dressail pour l'opium, pour le quinquina, pour la saignée, pour les purgalifs, puur IVniÉlique, un relevé partil â celui que l'on a dreii&ii pour le cbloiofunue ul IVlhcr, nul doule que l'on ne dévoilât un plus triste uécrologe. Voudrait-on, pour cela répDilier ces méJicninenls précieus ? Assurément, ce n'est pas ainsi qu'il faut enU-iidre te progrès scientilique. Le progrès consiste à tenir compte de ces accidents pour ftorreillcr, pour peifcclionner, pour régulariser l'emploi de ces divers moyens, qui, à côté de leurs avantages, ont aussi leurs dangers, et qui n'offrent ces dangers que parce qu'ils ont ces avantages: une substance ne peut jouir, en ësiKl, d'une certaine efficacité thérapeutique qu'à condition d'exercer sur l'économie une action plus ou moins profonde. L'art réside h diriger convenablemenl l'exercice de cette action pour le (aire tourner au profil de la science et de rbumauilé.

Au reste, la question des dangers de la méthode anes- Ibéuque est complexe; et, comme le remarque avec beaucoup de raison M. Bouissou, il est oêcessaîrc, pour la réloudre, de distinguer entre les agents anestbésiques et la m^ilbode elle-mOnii!. Il n'est pas douteux que les substan- CCS douées de la propriété d'anéantir la sensibilité de nos organes, ne trouvent dans cette propiiêlé même la source de certains périls. Mais les cbances dangereuses ne sont pas les inCmes pour le chloroTorme et pour l'éther. L'emploi de l'éther sulfurique ne peut soulever aucune crainte skieuse; les cas de mort attribués k cette substance sont peu nombreux et tous susceptibles d'une victorieuse diacuwion. L'anesihésie au moyen du chloroforme présente moins de sécurité; et .si les chirurgiens, adoptant une me-, suri' dictée par une prudence parCaitcmcnl justifiée, selon nous, se décidaient I( abandonner son usage, pour s'en tenir à l'emploi de l'élhpr sulfurique, ils réduiraient au si-

2gg DfCOITVEETES SCIMTUTIQUES.

lence les derniers détracteurs de la méthode anesthésiqae.

Il est bon de remarquer d'ailleurs que, par suite de l'attention dirigée vers les études de ce genre, il y a lieu d'espérer que l'on parviendra à découvrir, parmi les agents anesthésiques actuellement connus, ou bien chez d'autres substances non encore signalées, un produit nouveau dont l'action tienne le milieu entre celles de l'éther et du chloroforme, et qui permette de jouir des avantages du premier, tout en évitant les dangers auxquels le second nous expose.

Bien que l'éther et le chloroforme soient les seuls composés employés en chirurgie, on connaît déjà plus de trente substances jouissant de la propriété anesthésique; un travail de M. Nunnely, publié en 1849, sous le titre de : On anesthœsia and anesthœsic Substances generally^ contient sur ce sujet des indications utiles à consulter. Les substances auxquelles M. Nunnely accorde la propriété stupéfiante la plus marquée et la plus innocente sont : l'éther sulfurique, — les carbures d'hydrogène gazeux, et plus particulièrement, parmi ces divers carbures d'hydrogène, le gaz de l'éclairage ordinaire, — l'éther chlorhydrique, — l'éther hydrobromique, — le chloroforme, — l'aldéhyde, — le chlorure de gaz oléfiant, — et le chlorure de carbone.

A cette liste il convient d'ajouter, comme jouissant de propriétés anesthésiques, le gaz oxyde de carbone, le gaz acide carbonique, l'éther azoteux, l'éther formique, le chloroformo-méthylal, le sulfure de carbone, l'essence de moutarde, la créosote, l'essence de lavande, l'essence d'amandes amères, la benzine, les vapeurs d'huile de naphte, et celles de l'iodoforme. Mais une remarque importante à faire ici, c'est qu'un certain nombre de ces corps sont des poisons actifs, et doivent, à ce tjtre, être rejetés de l'emploi médical. Les seuls anesthésiques, parmi tous c^x que nous venons de nommer^ qui n'agissent point comme poi*

ETIIEllISlTIOS. ÏS9

fions, cl qui peuvent dès lors élre ncceplés pour l'usage ' chirurgical, snnl. avec le chloroforme ellétUer sulfurîfpie, le* élhers chlorhydrifiue, bromhyiirique, cblorhyilrique chloré. ai-éli(|iie, l'aldéhyde, le chloi-oformo-itiéthylal et l'huile de naphle.

Noos ne devons pas manquer d'ajonter que l'année 1857 a TU la dSirouverle d'un agent anesttii'sique nouveau, et qui B beaucoup nlliré l'allention parce qu'il a pnru un moment répouflrc nu deiideraiam signalé plus haut, c'cst-Ji-diru d'une substance dont l'aclion Uni l<: milieu, sous le rapport doraclivilé, entre celles du chlorororme etdel'élher. Cette labstance, c'est \'amijlkne,i\\û a été décou\crl parM. Cjhoors, dans l'huile de pomme de terre, et plus tard, en 184), par M. Balard. dans les produits de la distillation du marc de raisin. M. Snow, praticien de Londres, à la suite d'essais Taits en novembre 1836, sur un grand nombre (le malades, n reconnu que l'amyléne produit un cfTel aoe&lhésique non accompagné des symptômes graves auxqaeUdunnent lieu lecblororornie et l'étber; qu'il n'exerce aucune actiim irritante sur les organes respiratoires, et plonge le sujet dans un état romplot d'insensibilité.

Annoncés par M, Snow, le 10 janvier 18"î7, à b Smiélé royale de Londres, ces faits sont devenus en France l'objet d'un cxiunen approfondi : M. Giraldès, à l'hApital des Enfants trouvés à Faris; M. Tourdcs, i l'hApîtal de Strasbourg, ont confirmé, par l'opération clinique, les faits avancés par M. Snow relalivemeiit k l'cmcacilé de l'amylènc. Entln, le U murs 1857, l'Académie de médecine de Paris a entendu la lecfure d'un rapport de M. Robert, concluant dans le mâmc sens.

Cependant, il ne faudrait pas croire que l'innocuité de l'amj'léne soit complèle, et que cet agent nouveau n'expn*o potut les malades à quelques dangers. Il suffit de dire, pour établir le fait coutraire, que deux cas de mori sont

f90 DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES.

arrivés pendant radministraiîon de cet anesthésiqne, et ces faits malheureux sont survenus entre les mains de M. Snow lui-même, Tauteur de la découverte des propriétés de Tamylène. Au mois d*août 1857, dans onrapport à l'Académie de médecine, M. Jobcrt a insisté sur ce point, que Tamylène expose aux mêmes dangers que le chloroforme, et ne saurait, par conséquent, lui être préféré dans aucun cas.

Les inconvénients qui peuvent se rattacher à l'emploi des agi nts aneslhésiques actuellement connus ne prouvent rien cependant contre l'utilité de la méthode elle-même. L'anesthésie a amené dans la chirurgie un progrès éclatant, puisqu'elle a diminué, dans une proportion notable, les chances de mort à la suite des grandes opérations : appliquée avec discernement et par des mains prudentes, elle jouit de toute l'innocuité que Ton réclame des procédés de Tordre Ihérapeulique. On ne peut exiger de la contingence des faits vitaux autre chose que la probabilité numériquo; or, celte probabilité est portée ici à un degré tellement avancé^ qu'elle assure toute sécurité à la conGance du malade et toute liberté à la conscience du chirurgien. Au mois de mars t850, c'est-à-dire un peu plus de trois ans après l'introduction des anesthésiques dans la pratique chirurgicale. M. Houx estimait à cent mille le nombre d'individus soumis, en Amérique et en Europe, à l'action de Taoesthésie, et sur ce nombre immense de cas, on avait eu à peine douze ou quinze malheurs à déplorer. Dans un intervalle de dix ans, M. Velpeau a pratiqué trois ou quatre mille fois l'élhérisation, et il n'a jamais été témoin d'un événement falaK Ces chiffres suffisent pour dissiper les appréhensions qu'ont pu laisser dans l'esprit de nos lecteurs les tristes événements que nous avons dû mentionner.

Ajoutons enfin que l'on voit poindre en ce moment i

ttlUÉUISATION. !ïl

l'horizon de la science une nouvelle Torme d'.idniini^Lration des ajçents anesthésîqiies, ijui ferail évidemment disparaître la [ilupart des inconvénients généraux de la mi*le. et qui consliluerail ponr elle un immense progriis. Notn THuIons parler de \'aneit/iéaie local'', dont plusieurs chirurgiens comroenrcnt à s'occuper sdrieusenienl. Le îhjororormu employé en rHclions sur les purlies m.tladcs a dODoé quelquefois de bons résullaU pour comballre les Souirurs internes dans les alTeclions rhumalismales et dan» quelques étais analogues. Ce mode d'emploi des subllances aneslh^siqucs a donné l'idée d'en tirer parti pour opi^ralions chiiiirgicalcs, et l'on a essayé, à l'aîde de frictions avec le chlorororme, d'engourdir exclusivement I partie destinée k subir une opération douloureuse, sans lin* participer l'économie entière à l'étal grave et pénible dans lequel on est forcé de la placer par la niélhode ordinaire. On comprend tous les avantages, toute l'imporlance de celle nouvelle application de l'anesthésie. Si l'on parreaaJl à rendre isolément insensible la partie du corps sur laquelle l'opération doit être pratiquée, on échapperait aux dinicullés et aux dangers auxquels on s'expose par les procédés suivis aujourd'hui. L'individu resterait tout entier maître de sa volonté et de sa raison, il pourrait ^e prêter aux moutemenls et aux manœuvres du cliirurgicn, ït ne serait plus comme un cadavre entre les mains de l'opéraletir. Ainsi la silrelé de l'opération, la confiance du chirurgien, et aussi la dignité humaine, gagneraient à cette niod(f)c8tiun beureuse. On étendrait en même temps l\ippliration de l'anesthésie ii bien des cas où elle ne peut élre mise en œuvre. On sait que la plupart des opérations qui Ise pratiquent vers la bouche ou du râlé des voies aériennes, par exemple, ne peuvent être faites avec le chloroforme ou l'élher, parce que Ton redoute avec raison que le sang ne pénètre dans les voies aériennes et ne provoque l'asphyxie.

99i DÉCOUVERTES SCISNTIFIQUES.

U est encore certaines opérations qui exigent le coqcoiits actif, l'attention, la participation du malade, et qui ne peuvent par conséquent s'accomplir dans l'état de sommeil éthérique. EnQn il existe un très-grand nombre de cas dans lesquels l'opération est d'une si faible importance, que l'on juge inutile et même irrationnel d'étbériser les malades; dans ces dernières circonstances, lorsqu'il ne s'agit, par exemple, que d'un coup de bistouri à donner, les malades pourraient encore jouir du bénéfice des procédés anestbésiques.

Mais si les immenses avantages de l'anesthésie locale sont de toute évidence, les résultats qu'elle a fournis jusqu'à ce jour sont loin de se tenir à la môme hauteur. Plusieurs essais ont été tentés dans celle direction en Angleterre el en France pendant l'année 185i; nous allons faire connaître ce qu'il en esl résulté.

La première origine de ces essais remonle à un chirurgien de Dublin, M. Hardy, qui ne se proposait pas précisément de produire l'insensibilité absolue d'une région, mais seulement d'y apaiser des douleurs inhérentes à un état palhologique local. L'instrument employé à cet effet par M. Hardy se composait d'une sorte de petit soufflet qui dirigeait un courant d'air à la surface d'un réservoir de chloroforme; en traversant ce réservoir, l'air se charge d'une certaine quantité de vapeurs chloroformiques. C'est avec cet appareil que, dans les hôpitaux de Paris, beaucoup de chirurgiens ont essayé d'obtenir l'anesthésie locale. Mais les résultats ont en général mal répondu à l'attente des expérimentateurs. MM. Nélaton et Paul Dubois, qui se sonl les premiers livrés à ce genre d'essais, avaient obtenu d'abord un certain succès qui ne s'est plus reproduit dans les tentatives postérieures. MM. Velpeau, Michon, Giraldés, Gosselin, Guersanl, Jobert, Adolphe Richard et plusieurs autres chirurgiens, n'ont pu réussir k produire î'insensi-

ETHÉaiSATION. 1^3

bilité locale, bien que les parties malades aient élé soumises pendant près d'un quart d'heure à Taction du courant d'air chargé de vapeurs chloroformiques.

M. le docteur Guérard, Tun des médecins de THÔtel- Dieu, a obtenu d'excellents effets en soumettant les parties douloureuses à une réfrigération considérable, que Ton provoque en versant sur ces parties de Télher sulfurique, et dirigeant ensuite à leur surface un courant d*air rapide à l'aide d'un ventilateur énergique. Faisons remarquer pourtant que ce moyen n'a rien à prétendre avec l'anes* tbésre locale proprement dite, c'est-à-dire avec la pénétration, à travers les téguments extérieurs, de l'agent anesthésique. Ici l'abolition de la sensibilité est due au refroidissement considérable auquel la partie malade est soumise; l'application de la glace ou d'un mélange réfrigérant aurait produit un effet absolument analogue, car le froid est un moyen d'anesthésie connu depuis des siècles, souvent encore employé de nos jours, et qui n'a rien de commun avec la méthode dont nous parlons.

Nous fondant sur ce fait que, dans l'état physiologique, une certaine élévation de température favorise l'absorption, et que le défaut d'absorption, c'est-à-dire la non-pénétration à travers la peau des vapeurs anesthésiques, était peut-être la cause des insuccès qu'a rencontrés jusqu'ici Tanesthésie locale, nous avons essayé de soumettre les parties destinées à devenir le siège d'une opération douloureuse à l'action des vapeurs de chloroforme élevées à une tenapérature d'environ 50'. L'appareil que nous avons fait construire à cet effet, par M. Luer, se composait d'une petite capacité cylindrique, contenant dans son intérieur plusieurs toiles métalliques, et que l'on chauffait extérieurement à laide d'une lampe à esprit-de-vin. L'air dirigé par un soufflet dans l'intérieur de cet espace s'y échauffe; traversant ensuite le réservoir de chloroforme, il emporte

194 d£cOU VERTES SdlBTlflQUBS.

à réiat de vapeur une quantité notable du composé ânesthésique. Un ihermocnétre, placé à Testréinité de Tappa* reîl, indique la température que présentent les vapeurs an moment de leur sortie.

Quelques essais ont été exécutés avec cet appareil à l'hôpital Saînt-Louis, à l'hôpital Lariboisiére et à Lourcine. Les résultais se sont montrés insufBsants, en ce sens que, si l'on a pu constater une atténuation manifeste de la sensibilité, l'efTet anesthésique était incomplet et demeurait limité à la surlace de la peau; les parties sous-jacentes avaient conservé leur sensibilité, car le bistouri, en pénétrant dans les parties profondes, laissait ressentir au malade l'im pression de la douleur. Ces expériences doivent donc être continuées. 11 n'est pas impossible qu'en renfermant la partie malade dans une sorte de sac ou d'enveloppe imperméable de caoutchouc, et prolongeant assez longtemps le contact des vapeurs de chloroforme modérément chauffées, on ne parvienne à réaliser complètement TeiTet anesthésique. La question de Tanesthésie locale est d'une telle importance pour la chirurgie pratique, les effets que l'on parviendrait ainsi à produire offriraient un si haut degré de valeur, que rien, il nous semble, ne doit être négligé pour atteindre définitivement ce but.

En 1856, on a obtenu de bons résultats du gaz acide carbonique employé en douches pour combattre les douleurs ayant leur siège dans la matrice et dans la vessie. Mais ce moyen ne s^iurait se généraliser et s'appliquer aux cas ordinaires de la chirurgie.

Cependant toutes les tentatives relatives à l'anestbésie locales dussent-elles échouer, et la méthode anesthésique fût-elle deslinée à rester contenue dans les limites où nous la voyons aujourd'hui, elle n'en mériterait pas moins l'admiration, l'enthousiasme qu'elle a excité partout, et la place brillante qu'il convient de lui assigner parmi les créations

ÉTUéRISATION. 295

de la science moderne. Celle apprécialion ne semblera pas exagérée, si nous rappelons, pour résumer celle élude, les résullats généraux dont elle a enrichi Thumanilé. Ladouleur désormais proscrile du domaine chirurgical, ses conséquences désastreuses conjurées, et par là les bornes de la durée moyenne de la vie reculées dans une certaine mesure; — la chirurgie devenue plus hardie et plus puissante ; — avant les grandes opérations, une altente paisible au lieu des appréhensions les plus sinislres; — pendanl la durée des cruelles manœuvres, au lieu des plaintes déchirantes, un paisible sommeil ; au lieu des cris lamenlables de la douleur, les ravissements de Texlase, et au réveil le silence ou une exclamation de joie; — la femme enTanlant sans douleur, et malgré la lerrible condamnation biblique, insensible aux souffrances de la parturilion, donnant la vie à son enfant, suivant la belle expression de M. Simpson, « au milieu de songes élyséens^ sur un lit d'asphodèles » : — tels sont les inestimables avantages qui font de Téthérisation Tune des plus précieuses conquêtes dont rhumanité se soit enrichie depuis bien des siècles.

Ce n'est pas seulement à titre de bienfait public, ce n'est pas uniquement comme un inappréciable service rendu à Tallégement des maux de rhumanité, que l'éthérisation doit flgurer au premier rang des acquisitions contemporaines, plusieurs de nos sciences peuvent y trouver l'origine de notables progrès. Nous avons déjà fait remarquer quelle importance les études de cet ordre pourraient revêtir, transportées sous la forme expérimentale, dans le domaine de la philosophie^ et quelles ressources neuves et fécondes elles promellenl à la psychologie, pour essayer de pénétrer les mystères et de dénouer les secrets liens de l'Âme humaine. La médecine interne et la médecine légale ont déjà fait à ses procédés quelques emprunts heureux qui sufflsent à f^ire pressentir Timporlance de ce genre

206 DÉGOUV£llT£S SOENTIFIQUES.

d*applicatîons. Mais de toutes les sciences, celle qui est destinée- à recevoir de Tanesthésie la plus sérieuse impulsion, c'est évidemment la physiologie. Par son insaisissable et mystérieuse nalure, par les conditions si spéciales de ses manifestations extérieures, le système nerveux n'avait, jusqu'ici, offert à l'expérience qu'une base incertaine et un terrain du plus difficile accès. Or, le chloroforme et l'éther mettent en nos mains les moyens de saisir, de maîtriser cet agent rebelle, pour le forcer de se plier docilement à tous nos artifices, à tous nos procédés d'exploration. Les inhalations ancsthésiques ne seront pas seulement pour le physiologiste un instrument, un puissant réactif, on y trouvera une méthode tout entière ; il sera permise leur aide d'étudier, sous un aspect nouveau, les plus délicates, lcs*^plus inaccessibles, les plus obscures de nos fonctions : l'innervation, la circulation, les principales fonctions secondaires ; on pourra, avec leur secours, analyser cl suivre expérimentalement non-seulement tous les degrés, mais aussi tous les modes et jusqu'aux moindres nuances de l'innervation. Que ne doit-on pas espérer d'un agent qui peut provoquer et reproduire à volonté toute l'échelle des altérations comprises depuis le trouble momentané apporté dans l'exercice de l'un des modes de la sensibilité, jusqu'à l'extinction totale de cette fonction? Ainsi, la découverte américaine n'aura pas été seulement une conquête précieuse au point de vue de l'humanité ; elle sert aussi comme un flambeau nouveau destiné à porter ses utiles lumières dans le secret des actes les plus obscurs et les plus délicats de la vie.

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