Chapitre VII. — Première série des associations humaines
— La famille. — Le groupe. — La tribu. — La nation.
— La confédération. — L'humanité.
Chapitre YIII. — Deuxième série des aasociatio maines. >- Considérations générales.
' ^ VZlgmt. ^^ La Wnraltif . ic:
ftMi, — 5r L'Aru — •• Lladostrie. — T* Le Com-
IIVTRODU€TION
n y a une étude bien importante à faire pour la France. C'est celle de la vie des peuple» de son voisinage. Jusque-là, son action sur ces peuples ne peut être que préjugé et en^pirisme , et de ses rapports avec eux ne peut résulter.que T^ntipatliie ou la guerre.
Ceci peut sembler un paradoxe, c'est pourtant une réalité.
Prenons pour exemple TAUemagne.
Depuis le beau livre de M*"® de Staël, que n'flHtr on pas écrit en France sur ce pays? Poésie, li ture, roHians, pamphlets, histoire, théologie
prudence, philosophie, sciences naturelles, tout par nous a été passé en revue, édité , commenté , lu, traduit, paraphrasé, et même considérablement auipnenté. Nous nous vantons de tout savoir, nous avons tomrà apprend^ ; ^ ^ <
Sans doute Goethe et Schiller sont classiques parmi nous ; nous avons même eu nos Werther et nos ^rt</and« misanthropes. Un temps a été, où nous songions à restaurer Faust, alors , qu'au delà du Rhin, il était vieilli à un point que la merveilleuse liqueur de la sorcière du Jung-Frau n'aurait pu le rajeunir. Nous avons donné Thospitalité sur notre sol et dans nos murs au spirituel et incisif chef de file de la jeune Allemagne, à Henri Heine. Nous n'avons guère protesté contre J.-W. Schlegel qu'après sa mort. En jurisprudence, MM. Guizot et Laboullaye nous ont initiés aux doctrines des Savigny et des Hugo. En philosophie nous avons à peu près compris Kant, nous avons beaucoup parlé du moi audacieux et solitaire de Fichte , nous nous sommes monté rîmftgination avec Schellihg, et nous épelons à peu près bien llégel et son école. En théologie, nos curés (mt*très-bîen raisonné , quoi qu*on en ait dît, sur les Symboliques de Eichorn , de Bauer, de Karm, de de Witte et de Vatke; ils ont parfaitement réfuté, quoi qu'on en ait dit encore, l'abominable et
toHt à la foi» Admirable livre du docteur StraHM, sur Is Vie de Jêtus» Enfin nos sayants se sont vi re* ment préoccupés, dans ces derniers temps, de la marche des sciences naturelles dans la patrie de Leibniz , et Tétude des classifications de Garus et de Oken leur a ^t ayouer déjà que la Pbilosophle de la ttatmre n*était précisément ni une hypothèse, ni une absurdité.
Que nous reste-t-il à connaître après cela ? Précisément ce que nous n'ayons jamais soupçonné que nous ignorions et qui est le principal pourtant, — la yie réelle des, peuples germaniques. Bans cette connaissance, toute cette littérature, cette philoso^ phie , cette théologie, n'est pour nous que lettre morte; nous ne.pouyons par là que nous fkusser Tesprit, et nous égarer dans des diyagations sans fin. Qui voudrait croire qu'en France on en est encore à comprendre Luther (4)?
La vie réelle îles peuples, cette vie de tous les jours qui est la vie véritable, ne saurait s'étudier
(i) liO a^ écrivain français qui ait pensé mi^aieiit wgf le réformateiiri est M. Amand Saintes, Dans aon livra sur te nationalisme en Allemagne, Paris, 1840, il en aparfaitev ment apprécié le rôl« ^ a halûlement saisi le sens de ses doctrines.
dans les livres ni dans les poèmes. On a dit que la littérature est Fexpréssion des mœurs â'naeisocîété; eet aphorisme tant admiré est vrai et Iras, OMome tous les aphorismes ; vrai, Tesprit du (âiilosophe et rimagisation du poète plongent toujours par quelque côté dans le mili^i social du temps et du paya; faux , la réfldité présente n*68t jamais qu^Wi point d'où poète et philosophe s^élancent venTmeràr» Les lettres et les arts ne sont 49lic que le retentissement éloigné des mœurs d^une nation ; ils ne nous donnent que la mesure de ses tendances et de ses aspirations ; ils ne nous i4)prennent rien sur le travail intérieur qui s'accomplit en elle pour établir réquUibre entre ses besoins anciens et ses désirs nouveaux, ni sur les moyens qu'elle est appelée à mettre en œuvre pour réaliser son nouvel idéal. Or, nous le demandons , n'est-ce pas véritablement cette dernière étude qui seule importe ? Malheureusement, eUe offire de moins riants attraits que celle des poèmes et des curiosités scientifiques; elle n'est possible qu'à la condition d'une observation attentive et suivie ; elle exige des recherches statistiques très-détaillées; il y a surtout à établir le bilan des races allemandes. Tout cela est fort peu amusant, nous l'avouons; tout cela est pourtant nécessaire si nous voulons aboutir à une science sérieuse. Mds il y a fort à pa-
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nevifiie tes esprits ne- se tanceront point de iM^t dtans^çette voie ; pendam longtemps encore nos 4i»siiQrtaiteturs noua expliqueront le rnowenient .de }a w fermaniqueporles^iliythes de Strauss, i^ëe de Hegel, Tathéisme de Fauerbach et la propagande des idëea françaiaes parmi les étudiants des uni- Tefsités.
Sur. cç dermier point nous pouvons hardiment leur dë0lar^ qu'ils sont dans ime erreur profonde, et que. c'est ce préjugé, répandu depuis dix ans, qui a empêché la presse fî^ançaise de bien saisir la signification des mouvements révolutionnaires de FAllemagne. C'est , par suite d'un développement social qui lui est propre, que l'Allemagne cherche aujourd'hui à sortir des langes politiques qui l'ont si longtemps emmaillotée. U y a là une énergie spontanée, non une force communiquée. Sans doute, les grands principes proclamés par la France ont depuis longtemps passé le Rhin; mais ils y ont trouvé des germes sur lesquels ils ont été forcés de se enter, et s'ils se sont mêlés à la vie générale de ces races toutes différentes des nôtres, ce n'a été qu'à la condition de s'y transformer et de se mctti*e en harmonie , avec les idées et les tendances naturelles des peuples. Nous sommes à l'avant-garde de l'Humanité, c'est vrai ; nous sommes les éclaireurs de l'a-
lire qu*à se mettre lumbles disciples.
e , le Phalanstère démontré que sur incés qu'eux? Il y emps avant Saintlosophe allemand un âge nouveau, l'avenir; que les ms les témoins et cganîsation nonque c'était par iation à toutes ions de la crise ntraire de nos t la preuve de
Ce
sons ici sortira de la lectu complète que nous^aison Ce n'est pas la première produit en Fraiice. En 4 1 plus brillants du philoso connaître quelques points leçons publiques (1). Dep Bruxelles un coiws de phil avoir quelque retentisse tière (2). Il y a plusieurs a publié, dans Texcellen série d'articles sm* la vie , nées de la théorie de Kr M. Âhrens , ni l'esprit si
(1) Cours de psychologi les, 1835.
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cal Duprat n'ont réussi à diuiner à Kranse Fimportance qu'il mârite» ni à appeler le débat sur ses âpctrines. En dehors d'un petit cercle d'esprits désintéressés, nous pouYons aflSrmer que Krause est parfaitement inconnu en France.
Nous ayons pensé que ce vide, fait autour du philosophe allemand, était une injustice dont nous devions le venger. Nous nous sommes dit qu'on n'aurait qu'à gagner au contact de cette doctrine vigoureuse. On vient de s'apercevair, en effet, que la longue lutte qu'on a soutenue contre les utopies contemporaines n'était qu'un combat contre un fantôme ; que les arguments passaient à travers ces conceptions creuses , sans les renverser jamais ; qu^on ne pouvait que s'efféminer dans cette étude stérile, et de guerre lasse, on est prêt à tout abandonner, à nier même la possibilité d'une Science sociale. Ce désespoir, s'il n'était arrêté à temps, serait bien plus funeste qu'une rétrogradation en politîqhe, car il nous conduirait au doute , et de là à la négation de l'avenir, en d'autres termes à l'athéisme social.
Le seul remède c'est de fournir des aliments so« lides à ia critique, des adversaires dignes enfin des coups qu'on pourrait leur porter. En outre il faut fixer un idéal aux esprits, fournir des règles et des
lois qfÀ s'adressent à toutes les énecgie«-inittiames pour les diriger yers la fin que nous impose notre nature, établir enfin un uitte contre-poids à toutes c^^ Ôpéculatiiins qui laissent à Técart les intérêts ppTQQanenu de rhcHome et de la société.
«éia dooiriBe de Krause nous a p^iu merveilleusèment propre à jouer Ce rjle, et c'est dans cet esprit que notre livre a ét^écriL bes disciples du philosophe ne peuvent nous "^n vmrioir d'avoir si bien pensé de leur mahre, et «H^t à nos romanciers socialistes , ils apprendront à cçtte é<iole que la science- sociale a sa racinç dans la science, de l'homme, et que cette demièlre science, onne la fait point avec des données imaginaires, mais «v^ectle la méthode, de l'observation et de la logique, tfois choses dont nous les voyons totalement dépottrvus.
Qu'est-ce à dure? Est-ce que décidément nous devons regarder notre Socialisme' comme une chimère? Devons -nous répudier toutes ces théories qui manifestent si évidemment le besoin non satisftjt d'une vie nouvelle? N'y a-t-il rien dans le Saint- Siœonisme , dans le Fouriérisme ou dans le voyage
en Icarie?
Nous serions désolés qu'on attribuât ce sens à nos
paroles. Â nos yeux , le Socialisme a une grande
— im — wÈÊBni^ttBifwm fourni, par une série de ftnsses hfpodièMi» à kl véritable Science seeiale Toecaftion de se ferander et de se définir, fl frat des hérésies, dit r Apôtre , pour qne la traie reHgim manifiesle sa grandeur; il faut également des sophianies pour qne la science réelle se déeavrre dans «(«(^lendear anx intelligences. Mais le sophisme et rtaéréflie ne sont que né§aHf^f ni Ton ni Fantre ne sont ««If, -^ oe (pd est bien dfflërênt.
Nous allons essayer de déterminer quelle est la valeur du Socialisme, et en même temps de d^iir à quelle tendance il vépond dans l'Humanité. Nous ferons entrer tout naturellement, à la suite de cet exaraen, une appréciation critique de la doctrine de b«i8e.
Le besoin de THumanité, à l'époque où nous nons trouvons , son besoin le phiB pressant , manifesté par les eoOHnotlons politiques , par le scepticisme religieux, par la rénovation scientifique , par le dévergondage passionnel, par les agitations intérieures de rindustrie , c'est une détermination nouvelle de Vidée du Droit ou de la Justice , et rapplication de cette idée à tous les ordres do la vie sociale.
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E(i I qttoi, dira-t'^oi, le Droit ou lu lUBtice, n^estce point une idée éternelle , néeessaire, absolue? Cette idée n'est-elle point éeiite dans la conscience de tous les hommes? N'est-elle point la règle qui dirige toutes nos actions? Peut-elle être matière à expérimentation, à spéeutation, à raisonnement, à recherehes? Tous les peuples ne sont-ils point d'accord là-dessus depuis des siècles ? Et se peut-il que lHumanité, s'étant trompée à cet égard , eût autorité à retenir sur son erreur? Qui s^ posoralt juge entre sa pratique traditionnelle, si elle y renonçait, et ses tendances ou ses notions nouvelles? Quf me répondrait, qu'après avoir erré sur ce point si important dans le passé , elle n'erre point dans ses prétentions pour Tavenir? fit si réellement l'idée du Droit est, dans rintelligence, le sentiment et la société, soumise à une marche progressive, que devient la certitude de la loi, la certitude de la morale, la certitude de la société même?
On pourrait multipHef à l'infini ces interrogations, que la question n'avancerait pas d'une ligne. Outre qu'elles rentrent toutes les unes dans les autres, et que la plupart né sont que des logomachies, elles ne prouvent riefi contre ce fait, qui est le mot, l'idée suprême de notre temps, — le besoin d'une notion plus large de la Justice et d'un changement
complci dans 1«b rapfMrts sociaux. Ge iidt a pour lui l'autorité ia plua haute; Il est proclamé par la bouche des honunes d^Etat, des prêtres, des savants, des pliilosophes, des moralistes , des artistes et des travailleurs, et comme tout cela c'est THumanité, c'est le Peuple, nous pouvons dire par la bouche du Peuple, de THumanité. Quel homme , à moins d*or^ gueil et de folie, oserait nier Texistence d'un fait que lui-même atteste, qu'il est forcé d'attester, s'il ne veut pas se mettre en dehors de la société même.
Bon gré mal gré, la question redoutable est posée, il faut la résoudre. — Tous sonifrei , vous gémissez, vous désirez le bonheur, et il ne vient point, disait, au déclin d'un monde, un réformateur méconnu. Cherchez d'abord la Justice, et le reste vous sera donné par surcroît. Après dix-huit siècles, le problème social n'a point changé de terrain , et tous répètent aiqourd'hui la parole du Qirist. Qui a osé y répondre?
L'Humanité, être synthétique d'harmonie de l'Esprit et de la Nature , est , comme ces deux êtres , douée d'un instinct 4ui .lui est propre. Cest par cet instinct qu'elle mêle sa vie à la vie totale de tous les êtres de l'Univers, et qu'elle maintient l'harmonie entre l'organisme des êtres qui vivent en elle et l'organisme un et absolu qui se dévelof^ au sein
de l'Etre suprènie.'i y a plinl : oet hiifeîilcteBt dèué du double ci^ctère de TE^I^rit et de la Nature, il est tout à la fois- nëceeMudre et spontané : nécessaiie, en ce que son contenu s'ûnpose faUâement à THumanitë comme une condition de sa vie et de son développement dans F^semble des choses; spontané, en ce qp^^iSB sr ^pialité d^être rationnel, Aumanité réalise HbreiMU*, par son énergie propre et intime, ce conttM fatal et néiiessaire. De cette contradictioii, inhéreftte à FcâSlehce de THumanité même et résultat d# la dualité de sa nature, résulte Fidëe et le fiait du Progrès; le Progrès, en effet, est la jéalisatîoa successive par FHtimanité de Fensemble de ses lois nécemires. Quant au mode -de réalisation de ces lois, ou comment du Progrès > il est donné par la notion même; c'est par la contradiction que ces lois se réalisent , et le Progrès se t^ve être :ainsf une idée synthétique, réunissant ces deux termes opposés, les harmonisant en quelque sorte , mouvement et conservation. Il suit de là, en outre , que le besoin de Progrès est ' précisément cet instinct dont nous parlons, instinct qui prouve que THumanitë ne vit pas seulement dans le Temps et dans TEtemité , mais qu'elle est , dans son existence suressentielle, au-dessus du Temps et de rEtemUé.
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Or, aprèi qu€ llnsKinct a vUiré an fond de son être et lui a imposé la nécessité d'un dételeppe* ment plus large et plus cmnplet de sa vie, il se trouve que THumanité se résiste à elle-même et nie la réalité du besoin qui la sollicite au mouvement ^ et que, d'un autre c6té , elle affirme cette réalité et cherche dans sa conscience les moyens d'y satisfaire. Et comme cet instinct agit, non pomt, ainsi qu'on l'a dit, à des époques plus ou moins éloignées, mais d'une manière continue, il s'ensuit que la vie intime de l'Humanité a pour condition première l'opposition , et que son développement s'accomplit au moyen de l'harmonie progressive des termes de cette opposition nécessaire.
L'opposition, la contradiction, l'antithèse, ou si l'on veut, l'antagonisme, telle est la loi inflexible, nécessaire, absolue du développement de l'Humanité. Nous pouvons, nous devons même faire tourner cette loi au profit de l'harmonie et du bonheur. Mais il faut avant tout que nous nous y soumettions. Ainsi le veut notre nature même.
— ieme suis trompé sur le sens de ce mot de Justice, que, dès le premier jour du monde, mes lèvres oai bégayé ; les rapports entre les êtres qui vivent dÉna mon sein se sont établis sur cette erreur ; là est la raison du mal dont je souffre et dent ils souf-
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frenté CdB rappiNrts doiTont^tlMuoiger ; ilgjchaDgeroiit, crie ai^ourd'àiii la Yoix f%tidiqtMU ^
•^MaîS) répond, d'uQ eèté, l^Hmnaiiitéi cette e^* reur dont je In'aeouse ii^«st-elle pdm le rëwilM d^ine BMfelle méprise dont je f«ind bie»* de me gàider« Que de fois j'ai cru ainsbà cett» TAtintérieure qui me criait que j'avais été du^ib^dis moi-méiiie^ et cpie mes douleurs disparaîtraient avec le mirage qui ef-»* ftasqttait mon intelligence, fitair la fm de ses fMrieÉ^ j^i wBt fins cherché à rétablir réqafiibre %mbm toiles ces forcer ennemies qui ëe combattent m mliti-même, et chàqift dfeét^M le signal d'une nouvelle série de maux; J*id>4teuit les caates^ et resdavageest tèim^ m'apportant wieplaie vmaeBm ; j^ai inventé la charité, il n'on est «em que TlsolëP» tnébt et la haine; j'ai brisé les ehatnes de reselavei Je lui ai dettné le mitoè Dieu qn'à son maître, et te matt^è , âu nom de ce IMeu, il ftiit de l'esclave un e^; i'é! éihimcipé le si^f, et aujôurd'hitf le voilà * t^ûs éerëséj pins mkéràble qu'il l'avait jatnais été^ Le Paria, l'Ilote, lé Gaulois de la glèbe, voudraient^ lié dé ton iW>i!l-, ft^olétahre^ toi qui ne peux ni iMt en ti^vàBlatot ni mourir en conibattant t Aujt>ttrd*hUî, la voîx ttiè crie t Abolis le Prolétariat, et tu auras efafin. cô bonlmur que tU poursuis depuis tm, dé siècles. Et je kd obéirais? Non, cMte idée
de benheup qui^m'obtèdafi'est que l^rèv^ de non imagination troid)lët. Je crois réformer'inaTie, et je ne fais que rés^tMiter so«s une autre forme ce que j6«nl'0iV(irce de dKOruirer, D'où vient cek? Je le reoonniis maiiat^ftsint :•}« suis «nproie à une fatsMtë inflexible, le tank est en mei nécessaire comme le bien, et c'est du mélange de Tun et de Tautre que se compose ma vie. Faisons donc taire cette voix meni^towe, tX âl8on»-lui hautement : Tu m'ordonnes de Murcherv «t*tu sais bien que, pour moi, marcher c'est fk^pigner à la même place. Tu me cries Jus-tiee, je ne vois que Ja NéceiMkTn me parles d'avenir, je ne me suis jamais aperçu que le temps fût autre chose que le présent succédant au présent. Abolis le Prolétariat, dis-tu. Conmie si je ne savais pas qu'en t'obéissant, je ne ferai qu'effacer un mot de ma langue, et que la chose resterait avec un mensonge de plus. D'ailleurs qu'est-ce que le prolétaire, sinon l'ilote, le paria, le serf émancipé, d'après tes conseils, tes ordres, tes inspirations? Qu'en veux-tu faire aujourd'hui?
— Une méprise ! reprend aussitôt et en même temps l'Humanité. Non, ce n'est pamt une méprise que cette voix divine qui retentit ay fond de mon âme, et qui donne l'impulsion à ma volonté. Le mouvevient est ma loi, voilà pourquoi je me trompe.
et pourvoi aussi je suis capable de réformer mes idées, au fur à mesure que j'approche du sanctuaire de la vérité. Tai erré sur Tidée de Justice, comme j'ai erré sur le mouvement de la terre, sur le système des plantes, sur l'histoire des animaux. Et c'est en revenant sur mes erreurs, que j'ai effacé une foule innombrable de maux et de calamités. Je ne me repens point de ce que j'ai fait ; oui, il y a encore en moi des plaies hideuses; mais ne suis-je pas libre, et ne me suffit-il point de les avoir aperçues pour avoir aussitôt le pouvoir de les guérir comme j'en sens en moi le désir et l'espoir? Le mal aujourd'hui, je le vois Men, vient de ce qu'en proclamant tour à tour la liberté et la fraternité, j'avais oublié que l'égalité en est la condition première. Eh bien, appliquons l'égalité, et ce bonheur, qui est mon idéal, deviendra la réalité même. En effet, ce que je prends pour des forces ennemies , ce ne sont que des déferminations intérieures de ma vie même ; or, qui oserait dire que je ne suis pas égal et identique à moi-même dans ces déterminations ? Ce que je prends pour l'inégalité, ne serait-ce point par hasard la différence ou la distinction ? Ce que je prends pour une lutte, ne serait-ce point une tendance vers cet équilibre dont je nie la possibilité ? ' Le prolétariat est une transformation de Te^^cl^-
vage, cela est vrai ; mais ne serait-ce point la dernière foime que Tesclavage a dû prendre pour disparaître tout à fait? N'est-ce point un fantôme qui doit s'éclipser à la seule approche du grand jour du Droit? Si rëgalité est ma loi, si je suis moi-même dans tous les êtres qui vivent en moi et par moi, ces êtres doivent se rattacher à un seul et unique lien, leur vie est commune, ils sont solidaires les uns des autres, et c'est Foubli de cette solidarité qui est la source de tous les faux rapports qui existent entre eux. Fatalité ! c'est tm mot que.j« ne comprends pas. La liberté est mon guide , ma règle , ma foi , mon espérance. Avec la libit^ je pourrai transformer le monde ; à plus forte raison que ne puis-je pas sur moi-même ?
Ainsi s'expriment à chaque moment 4e la durée ces deux voix antithétiques. £t, comme l'Humanité vit en chacun de nous, de même cette dualité existe dans la conscience de tous les honunes, et, quand nous croyons faillir à nous-^mêmes, i^se trouve que nous n'obéissons qu'à une loi de notre nature, le dédoublement, si je puis m'exprimer ainsi, dans notre conscience de l'instinct de l'Humanité.
Ces deux voix portent des noms* bien divers dans la langue des peuples. Elles s'appellent tour à tour, la première, superstition, routine, autorité, so-
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phisme, ignorance, fait; la seconde, philosophie, utopie, liberté, logique, science, droit, c'est-à-dire qu'elles forment dans leur expression deux séries opposées qui doivent se reproduire dans toutes les manifestations humaines. Et , comme la théorie de la vie sociale est une de ces manifestations, il s'ensuit quMl y a une théorie de la vie, superstitieuse, routinière, despotique, sophistique, ignorante et brutale; il s'ensuit, d'un autre côté, qu'il y a également une théorie sociale philosophique , utopique , libérale , syllogistique , qui a en outre la prétention de reposer sur des données certaines, et d'être l'expression de la justice. Et , pour compléter l'opposition, l'une n'affirme que le présent, l'autre ne consent à accepter que l'avenir ; l'une a pour mot d'ordre la réalité, l'autre Vidéal.
On est convenu depuis un demi-siècle de donner à la première de ces deux théories le nom d'J^conomte politique; la seconde, plus récente, a pris le nom de Socialitme.
Ces deux sciences (car chacune d'elles a la prétention d'être une science) se font une guerre furieuse, et se nient réciproquement autant qu'il est en elles. Cependant on vient de voir qu'elles sont l'expression d'un même fait , du besoin que l'Humanité éprouve d'un changement radical dans les ra^^Q.'^v*^
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de ses membres et d'une définitioUy ainsi que d'une application, plus étendue de Tidée de Justice. La preuve de ce cpie nous ayançons $d trouve d'ailleurs à chaque page des livres des économistes et des socialistes. La lutte qu'ils poursuivent dans leur sphère est le reflet de cet antagonisme auquel il nous est impossible d'échapper, et qui s'impose à nous par une nécessité ixiflexible.
Le Socialisme a donc sa raison d'être dans le même fait que l'Economie politique , et c'est avec assez de raison qu'on a traité de burlesques les combats cpi'ils se livrent entre eux. Mais, après avoir coi&taté à quelle tendance de l'Humanité le Socialisme répond , il nous resta*ait à constater sa valeur, à indiquer ce que nous devons en attendre, et, en dernier lieu , à voir si ce qu'il propose est réellement adéquat à ce que l'instinct social réclame. D y aurait là matière à tout un livre. Forcé de me restreindre , je n'aborderai que les points principaux. L'intelligence du lecteur suppléera au reste.
Si nous examinons bien les différents systèmes socialistes, nous verrons qu'ils se rattachent à trois cenfres principaux : le Saint-Simonisme, le Fou-
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riérisme, le Gommimisme. Nous écartons le système cTOn^, conâie.h'ayant aucune yaleur scientifique^ coiâme n'étant qu'use doctrine que la philant}âr6pie pem avdner, mais -qui n^a rien de commun âyec Fidée véritablement sociale. La conception derilfustre Anglais manque précisément de ce qui feot le fond âé Socialisme, d'une méthode et d'une métaphysique. Aussi- ne saurait-elle tomber dans le domaine de la critique. L'expérience seule peut prononcer sur son contenu , et nous déclarons ici que l'expérience ne lui a guère été favorable.
Entre les trois systèmes que nous venons de nommer, on ne découvre ordinairement aucun autre lien que leur coexistence à une même époque. Jamais on n^à soupçonné qu'ils formassent les termes d'une série logique, et que, dans leurs résultats, ils fournissent trois principes , dont le premier est l'antithèse du second , et le troisième la synthèse des deux autres. En d'autres mots, on a entrevu, mais l'idée n'est venue à personne de démontrer que le terme nécessaire , fatal , auquel aboutissent ces trois systèmes étaient justement le troisième, la communauté ; encore moins a-t-on cherché à expliquer ce fait, qui est pourtant de la plus grande importance.
C'est de cette démonstration que nous tixex^ows. Vd.
réponse aux questions que nous nous sommes posées sur le SodaUsine. Abordons mainteiiaiit l^esamen de ces trois systèmes.
Le mot du Samt-Simonisme est dans le Nêmwmm Christianisme^ Gënéralemeiit od ne loue ni on n>»time asseï ce ilTie qui peut pécher par la forme, mais qui pour le fond est sans contredit un des pins hardis qu*îl ait été donné à im homme dTécrire. Sans ce livre, peut-être le Socialisme ne serait rîen: et c^est dans le développement qu'il a su donner WÊOi idées qui y sont contenues qu'il a puisé son existeneé, sa vie, sa force. Je vais donner du Noutemu Ckris- Hanisme une analyse courte et substantielle.
« Le Christianisme est tme religion divine: mids dans cette religion , U faut distinguer une partie divine , fixe et invariable , et une partie humaine, mobfle et perfectible comme tout ce qui tient k THnmanitë. La théologie , la science du dogme et dn culte, voilà la partie changeante et progressive de la religion ; quant à son principe immuable , U est tout entier dans cette maxime : Les hommes ifotnfwi tf amêtdrê wmmê frèrssy Us wm à Végarà ées w^ tn$, CPesl là ime idée impérissable ; on peut la ehanfsr, la tnniâgurer, lui dcmner une autre forme; il est impossiUe de la détruire. Ce principe, qni est 4s la morale, fournit également une base à
la science sociale : si tous les hommes sont frères , ils doivent organiser la société de manière à améliorer le plus promptemént et le plus complètement possible Vexistence morale et physique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre.
» Les premiers Pères de TEglise ont accompli la tâche qui leur était imposée par ce principe : ils ont prêché Tunion aux peuples , ils ont défendu les faibles contre Toppression des puissants ; ils ont enseigné une morale fondée sur la fraternité humaine ; ils ont enfin , autant qu'il était en eux , dirigé la société vers le but divin. Ils ont senti qu'ils devaient avoir pour chefs les hommes les plus capables d'atteindre ce but , et ils se sont donné ces chefs. Tant que les Pères de l'Eglise ont suivi cette marche , on a pu les considérer comme infaillibles; et la société a eu raison de se laisser guider par eux. Il n'en est plus de même aujourd'hui : le clergé et ses chefs ont abandonné la voie du Christianisme ; ils se trouvent complètement en opposition avec le principe fondamental de cette religion. L'inspiration s'est retirée dé l'Eglise ; elle est passée tout entière dans le sein des laïques. Tous les clergés et toutes les Elglises sont tombés dans l'hérésie.
» Le principe de la fraternité humaine est le plus général qu*on puisse donner à un système de mci-
— uxn — raie : U doit àtmc derenir le principe social unique. ïjt Chiislîaniftine doit subir une trmsfonBaiion et derenir la religioD unhrendle. L'ancîemie doccriae chréfieDBe a laissé la aociétë Uvrée à toutes les latleB de la force phy^que et de la puissance du sabfe ; la nouvelle metlra fin à toutes les luttes et à tous les antagonismes , et dirprineipe de la fnteiBilë minu compris déduiront toutes les institutions spiriCnenes et temporelles. Elle dirigera de nouveau la société ven le grand but de Famétioration de la classe la plus pauvre. Et quand œ grand but sera atteint « la société n^aura plus quHine seule religion, ne formera plus qu^une seule famille soumise à une seule et uniforme organisation.
» Le Protestantisme et le Catholicisme , qui ne remplissent pas ces conditions, sont des hérésies dans rflumanité. Le Pape et son Eglise ont erré sur trois cheISs : I* renseignement vicieux des laïques ; i? la mauvaise direction donnée aux études des séminaristes , et par suite l'ignorance et Fincapacité religieuse des desserrants du culte ; dl^ Fautorisation occulte ou patente accordée à deux institutions diamétralement opposées à Tesprit du christianisme , celles de Tlnqùisition et des Jésuites, trois hérésies destructives du principe de la fraternité humaine; trois obstacles dirimants à Famélioration de la
— xxxm — classe la plus nombreuse et la plus pauvre. — Si le Pape est hérétique , Luther ne Test pas moins. Il est hérétique au premier chef, pour avoir , quand il était maître de sa formule , quand il avait fait table rase devant lui, proclamé une morale très-inférieure à celle qui peut convenir aux chrétiens dans rétat actuel de la civilisation ; il Test encore pour n'avoir pas , comme Jésus le disait , organisé Tes* pèce humaine dans l'intérêt de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. Au second chef, Luther est hérétique pour avoir adopté un mauvais culte, pour n'avoir point appelé au secours de sa réforme tous les arts qui charment la vie , la poésie , la musique , la sculpture; pour avoir prosaïsé les semimants chrétiens , pour s'être privé de l'illusion sensuelle que le catholicisme avait si bien mise en œuvre. Enfin Luther est hérétique au troisième chef, paite qu'il ordonne de ne lire que la Bible, lecture «exclusive, immorale, souvent féconde en révélations sur 1#8 turpitudes humaines , lecture trop métaphysique d'ailleurs qui a retardé le progrès de la science en Allemagne. Donc Luther comme le tepe a dévié du grand principe religieux, du but essentiel de toute loi et de tout dogme , l'amélioration morale , physique et intellectuelle de la classe la plus pauvre et la plus nombreuse.
il faut loi icstitacr un cétê saisad dont le frappe de stélâité tatt SQB actîM sociaie. Le UMt de Chrât : Jfon rtywf «"cff poM ée c* mmêt, a dëteraiiié dau la idigîoB fosudne «ne tetie éler* Délie ei indéiBÎe entre la matàèn etltatelligeBee, le owrpe et FeapriL Cette httle doit cesser; le cuhe nooTeam doit se pwiduire eoame «■ Ut à la ftMs social ei rdigiflox, c^est-è^dbe aansHei et spM*
Td est œ Ihnre. On giasd DOBlve n'y ^ineiit rien de jieof ni de saillam ; Doos croywis y décoonnrir, iHMiSs la pensée da xo* siècle, n ne s'agit poôit là en ^Eet d'iule r^oraae rdigienae basée sur et t argii* ment fimx et niais q«e le ChristianisBie a été détooniéde ses voies, ^q«e la furoAmatioB est flagrante dans tontes les Eglises. Cela eût été grand an temps d'Arias on de Jean Boas; mais cela est do* TenaMicnle dans l'aUbé Chàtri. LeSaint^^monisae est plus qa\ra plan de réimnereligieiise, c'est mie réfonne sociale^^^ L'aneieraie société ne yant ptas rien, s^éefie.^Samt*âimon , mie nonvefle va naître ; voici son dogme , son culte, sa loi. Après la réy»» Itttion -de 4789, Tapparition du Saint -Simonisme est réellanent le fait le i^us saillant des temps ino<^ s voudrions qu'on Toubliàt moins.
G'e»t d» l'esprit du Nouveau ChriêHaniêmê qu%M soitle pour rëcole Saint^^imonirane la formulation de sa doctrine sociale. LHdée primitive, Tidëe germe pourainM dire, c'est que la rénovation sociale doit ^rtir de la rénovation religieuse , que la politique , la morale , Fart , Findustrie , la science doivent être subordonnés au principe religieux. Quant au caractère de la religion nouvelle , il tranche nettement sur eelui de la religion expirée : le catholicisme n'avait subsisté que par le dualisme, par le combat de iHM|nni contre la chair , de Tintelligence contre la matière; au lieu d'adopter cette division consMsrée jusqu'alors , le £aint-Simonisme s'annonça eonme devant l'annuler, i» Ces vieux principes, éiéments d'une lutte étemelle , au lieu de se combattre allaient désormais se combiner, recevoir une impulsion harmonique , se sanctifier l'un et l'autre et l'un par l'autre. Avant notre époque , cette cause de conflit, introduite dans les diverses religions régnantes, les avait rendues videniaies et incomplètes* Le principe du bien et du mal proclamés par la Genèse, les dieux bons ou mauvais du paganisme grec et du fétidiisme asiatique avaient amené ce dualisme interminable, cet antagonisme, qui se résumait pour l'Humanité en révolte des sens contre
la raison > révolte funeste qui t^ait l'âme et le corps
/fMMun étal d'irritatioD d diMMtilité eoBsumies, «I r|tii ^ pMMiil de Tordre idéal dans Tordre poâtif, ré«KtMait mit les lob , av les morars , sur les habllwle»^ Mtr Torganisation sociale et politique, créant ainsi d'une part les haines entre indiYîdaa, de l'autre les guerres entre nations. — Donc fl Mlait t pour que Tllumanité arrivât à la complète harfnonie de ses» forces , que la chair et la nutière fassent réhabilitées. Il fallait faire justice, dans une loi noutelle« de toutes les abominations et de toutes les erreurs de la loi ancienne. Les devises ryithni|jpfii : Nortiflex^ouSf abstenea-vous, devises négaiivesy devaient se retirer devant celle-ci : Sanctifiez-vous le travail et dans le plaisir. — Ce dualisme, fois Admis comme élément et comme forme, avait dû se glisser et s'infiltrer par mille fissures imperceptibles de la base au sommet de THuraanité , s^inflinuer dans 1rs mœurs et dans les institutions, dans les coutumes des peuples et dans Tesprit des gouvernements. Atpi la distinction entre Tesprit et la chair avait conduit à reconnaître deux directions. Tune temporelle, Tautre spirituelle, à proclamer deux maîtres, un empereur et un pape, chacun avec sa hiérarchie et ses attributions distinctes. Les paroles : Rendez à César ce qui est à César, avaient étab'* *^"<* le Christianisme cette prémisse orageuse
— IÇUTU —
dont la conséquence apparaissait dans une guerre de 1800 ans enV^ le temporel et le spirituel. — Le Saint-Simonismetf admettait pas ce duel; il n'adr mettait pas que THumanité dût être ainsi à tout jamais violentée, tirée à droite par la chair, tirée à gauche par Fesprit , ne sachant que croire , ou de ses instincts ou de ses désirs; il n'admettait pas deux forces rivales s'annulant dans le choc. Le prêtre de Saint-Simon devait unir , suivant son expression, la chair à Tesprit et sanctifier Tun par l'autre (4).
Le dualisme, ainsi effacé dans Thomme et dans la société, il en résultait logiquement qu'il devait l'être de la métaphysique. Le Catholicisme, en effiet, avait opposé Dieu au monde et en avait fait un pur esprit. Une telle opposition n'était qu'une face de l'éternel antagonisme et devait disparaître à son tour. Le Saint-Simonisme aboutissait ainsi fatalement au panthéisme : « Dieu est tout, disait-il, tout est en lui, tout est par lui. — Nul de nous n'est hors de lui, mais aucun de nous n'est en lui. — Chacun de nous vit de sa vie , et tous nous commu-
(1) L. Aeyband, Béformateurs contemporains, 2* édition, p. S54.
ttirë-
sASnt le va ^lve^ îl, te cféèst . Des jUbla
prodàctis
a de
de rassociation universelle, renrégimentatlon des trayàîlletirs, Tînégalité des fonctions sociales, l'abolition de rhéritage , Téducàtion professionnelle , la réforme de la pënàfitë, le pouvoir concentré dans vin seul couple, Torganisation du crédit, la répartition des im^trumen^ts de travail, la destruction de la fain^ll^iéjUir facilité du divorce.
En 4^1 le Saind-Simonisme a-t-il répondu à cet instinct social qui sollicite VHumanité à un progrès noWeauf ïn quoi s'*en est-il écarté?
Le Saihl-Sîmonisme a donné d'abord à cet instinct son nom et sa formule. C'est quelque chose que d^avoir laissé après soi ces mots qui sont devenus peu à peu Tidée d'une èr^ qui commence :
Destruction du système féodal, Abolition du jirolëtariat. Fin de Vexploitation de flamme par ThommCj Sainteté du trai)aiL C'est, en effet, pour déterminer le sens positif de ces paroles que méditent nos jeunes générations , et c'est pour leur réalisation que nous venons, pour la troisième fois depuis soixante ans, de briser un tpône, chasser une dynastie, déchirer une constitution. Â cause de cela , le Saint-Simonisme a bien mérité de l'Humanité et des âges.
Mais après avoir envisagé, d'un regard hardi et l'enne, toute la profondeui' du problème, la Familks conune on appelsdt l'école , a défailli dans la solu-
éodalitë , il Veux a emsrnemén^ «t il'adminisa fonpe catholique et que runiyei^iser en religieux "vers les traindustrie. Les Saintprétention de repro- ) , conservatrices de ividu ; ils voulaient \ilosophie , le poutous. Maïs ce n'ë- En réalité , leur
\ et du principe
ervi du principe
i^ours au prin-
noyens d'édifi-
le problème social par la Religion. Là, est la source de ses nombreuses aberrations ; par là atissi s'explique comment il a misérablement échoué : comment , au lieu d'arriver à la Science , il n'a abouti qu'à la superstition et à Tabrutissement de l'intelligence , comment il n'aurait réussi qu'à donner à TArt une direction absurde , comment encore son économie politique était, non l'expression , mais la destruction même du Droit et de la Richesse sociale. En entamant la question sociale par le côté religieux, on trouye devant soi une légion d'impossibilités que rien ne peut résoudre : quel est le critérium de la certitude ? Qui peut communiquer la foi ? Où est l'obligation de croire? Gomment Dieu se prouve-t-il? Toutes questions, qui donnent lieu à des cercles vicieux aussitôt qu'on prétend les démontrer, et auxquelles il ftût pourtant répondre. Sans doute le Droit est absolu , et , à cause de ce caractère absolu, il ne peut être accompli parfaitement que dans la pensée et dans le sentiment de FEtre suprême. Mais cette pensée et ce sentiment peuvent-ils me venir du delion? Et si je ne veux pas accomplir cette ju^mii cpie vous me dites divine , qui m'y forcera? ^JUP^ierez-vous le despotisme , et ressusciterex-vôôs le martyre et la persécution?
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La routine et le fait eurent donc beau jeu avec le Saint-Si monisme. C'est par lui quMls ont commencé cette négation systématique du contenu du problème social. Du reste ^ le Saint-Simonisme s'est pour ainsi dire jugé et exécuté lui-même ; car il a été renversé par les mêmes hommes qui l'avaient constitué. Quant à la Société, elle Ta regardé passer en cariant au scandale, et sans se douter un moment que le problème de son avenir venait de se poser devant elle.
Enfin ce qui a tué surtout le Saint-Simonisme, c'est le caractère exclusif de son principe. A force de voir le mal dans le dualisme et le bien dans l'unité , il avait fini par ôter toute racine à l'individualité , et par ouvrir la porte au panthéisme aussi bien en religion, en morale, en politique qu'en science, en art, en industrie. Or, c'eatun axiome de logique qu'une idée exclusive fait tôt ou tard renaître l'idée exclue^ en d'autres termes que ceUs-ci se pose comme principe et en opposition à la ^feéçédente, La théorie de l'Unité absolue, que f(tÉÉ|^'|ày^^ le Saint-
Simonisme, devait JtAtoUfBrd ^j^remplacéepar une hypothèse contrak9»:n|tlHi|pothè$e qui s'appuierait
au contraire surMfflMtlé^ h- Tel est en effet léi caraot^re.^ Fouriérisme. Ce que nous disons là du Fouriérisme semble tout
— xun — d'abord une contradiction. En effet, laDoctrine s'annonce conune la théorie de Vunité nnivenelle. Maia quand qn descend d^s Tex^tm^n des principes du Fouriérisme, on ne tard^ pas à s'apercevoir quQ cette unité qu'il proctan^e n'çMst rien moinei qu'uue variété et qu'une diversité in^iea^ ^ effet, Tunitéi dont il s'agit n'^t pas une uni^ de principe , eQ^ core moins est-elle une unité d'essence ou de Siub»tanoe : Dieu lui-même n'e^t pai; VH dans ce seqs, il n'est qu'une tripliçitéirréduGtiUe; l'unité du Fou» riériame est to^t bonnement l'unité de loi. Tous les êtres, tous le$ ordres de cboses, Pi^u, la Nature, l'Esprit, l'Humanité^ sont soumis à une 8e\46 et même loi, à Yattraetùm* des phénomènes qui régissent le monde mo;^ sout ainsi analoguea à eeun qui régii^sent le p^nde des astres, de^ animaux et des plantes, et U suffit de retrouver la 9Mej puis da l'appUquçr daiMf toute^ tes sphères humaines pour organiser la société -et pour ^ f^e diaparattre le mal.
Bien de ce qui existe n'fist 4ûne préeiséjnent mau* vais, Tous l§s élém^nt^ sociaux n'ont rien de vicieux par euxTmêmea. Seulement ils sont placés dans de faux rapports. Il n'y a qu'à changer pes rapports , à l'instant f(u chaos succédera l'wdre ; à la lutte, l'ému)ati<m; àrantagpnisme, l'harmonie.
« Jusqu'ici il a fallu recourir à des moyens artiiiclels pour réunir et maintenir les hommes en société ; pour empêcher, comme on dit, la collision des intérêts. Le procédé découvert par Fourier est une loi naturelle d*où résultera nécessairement Tassodation des hommes entre eux et Faccord combiné des divers intérêts de chaque individu et de chaque classe.
» Le moyen d'associer c'est tout bonnement d'appliquer au système industriel d'une conunune le procédé des groupes et séries de groupes rivalisées, engrenées, contrastées et unitarisées. Là est tout le mécanisme de la théorie sociétaire...
» Le groupe formé spontanément par plusieurs individus, attirés par goût et par vocation à un genre dé travail, et composé d'autant d'individus de tout âge et' de tout sexe que ce genre de travail peut comporter de divisions et de subdivisions : voilà le premier noyau de l'atelier sociétaire.
» La série formée spontanément de la réunion de plusieurs groupes s'occupant de fonctions de même ordre et de même espèce, dans le but de combiner leurs efiPorts : voilà la première grande section de l'atelier sociétaire.
» L'atelier sociétaire dans son unité constitue la phalange ou corps industriel organisé, association
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de toutes les séries de groupes, habitant le mékne lieu et formant le même centre d*action.
» Toutes ces démarcations se retrouvent où.èi. peu près dans Tétat de morcellement. L'atelier gâféical est la commune; la série esti|g|urée par ïefr divers ateliers affectés à la même fonction ; le groupe, c'est chaque famille, chaque boutique , chaque domicile privé. Cependant la commune morcelée est en quelque sorte tissue d'éléments hétérogènes ; elle n'a d'unité que par la domination gouvernementale et administrative ; tous les faits de la vie usuelle sont en dehors de l'action collective. La série, formée de tous les individus de la même profession est en lutte et en discorde par la concurrence atiarchique ; le groupe, un peu mieux dessiné, est soumis à l'unité d'action ; mais à une unité despotique fondée sur l'arbitraire de la volonté du père de famille et du chef d'atelier. — Un pareil mode d'agglomération est le résultat fatal des circonstances extérieures... Aussi, depuis le groupe familial ou professionnel jusqu'à la commune , tous les éléments de la vie sociale se trouvent-ils en essor subversif, c'est-à-dire dans des directions ou fausses ou contraires à leur nature.
» Dans les directions diverses que peuvent suivre les fovces on remarque les faits suivants : ces «^^^^
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fiions sont ou contrastées, ou opposées, ou mobiles, par alternance; cUes sont enfin convergentes ou divergente^. Le jeu du mécanisme social, tout comme le jeu du mécanisme passionnel de Findividu luimême, consiste dans ces différents modes d'action de la force. Ces différents modes d'action expliquent tout notre mécanisme social, lequel est un mécanisme en subversion, parce que les forces sont sans lien Mitre elles. Ainsi les travaux agricoles et les travaux manufacturiers sont en contraste, et ce contraste produit une concurrence hostile, parce qu'il n'y a point solidarité entre la culture et la fabrique. L'intérêt du producteur est opposé à celui du consommateur, et cette opposition produit une guerre acharnée. Ghacunest, tour à tour, producteur ou consommateur, capitaliste ou travailleur, et cet alternat de rôlea, loin d'associer l'intérêt de l'individu à celui de la masse, ne fait que multiplier lescoi de collision. Enfin tous les éléments divergents entre eux n'ont qu'un seul point de concurrence, le moi et l'intérêt personnel de chacun. De là, au lieu de l'équilibre et de l'unité d'action, la divergence des forces, le chaos général, avec quelques centres paiticuliers où l'ordre est maintenu par la force.
» Pour avoir bien observé les causes de tous les effets de notre mécanisme industriol,, Fpurier est
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aiTÎTé 9 trouyer le^r loi naturelle de cco^lniuufMHii et d'a««>ciaUûP. Sans rien changer à \^ Pf^tur<| d^fi ressorts , il ç^ pu l^ur faire produire des ç9è$9 dP imtice et d'humunUe^ au lieu des effets subyersifs fit discordants qu'ils produisent aujourd'hui. — 14^8 causes principales de T^ta^ anti-^ciétaire, étanjt Tir sûlcment et Tinsolidarité des forces, le^ çonditipiis de rétat sociétaire ont été trouvées, dès qu'on p'egt aperçu que pour faire concorder les inêmes forces $ il suffisait do. les combiner pour le^ rendre solidairofi. Et le moyen tout naturel d'pl^tenir ce résultat, ç^a été 4'orgapiser tovifes les opérations §t toutes I^ fonction^ de la vie sociale e^ iiiQ^f çompo^, fit ncp plus çn piode iimph.
D Le procédé êin^lûte pu morcelé, p'6§t 1^ dûuéfninatîon fu*bitraire |iur chaque îpdjvldu Q^ m? ^^ que foi^ction d'ui^e seule fqroe , d'une s^ule dfl8 diverses conditions d'essor. Le procéda ço||ibiQé w sérîaire, c'est la cpexistence régulière 4o tOutQii tes conditions d'essor ^ur chaque force et sur chaque individu , de telle sorte que chaque hommo ou f l|fbque chose se trouve , par accord indirect ou direct, entièrement identifié d'intérêt et d'action avec tous les autres hommes et toutes les autres choses. — Par conséquent, dans le mécanisme sociétaire; toutes les forces , chacune pour elle-même et cha-
cvne pour toutes les autres ensemble , servent aa même but et concourent au même centre d^action. Elles sont tour à tour en opposition et en essor identique, mais le mécanisme fonctionne toujours tout à la fois, parce que Topposition des fbrces eM compensée et qu*elles sont en équilibre par rapport à un même centre de gravité La meillem^ garantie de la bonté de ce procédé vient de ce qu^ prend son point d'appui là même où Ton n'avait encore trouvé que des obstacles à Fassociation , savoir : dans l'intérêt et Tégoîsme de l'individu humain , dans la variété et l'opposition des formes d*ëgitfsme ou d'intérêt cbez les individus (4). i»
Quel que soit le jugement que Ton se trouve disposé à porter sur les moyens proposés par Fourier pour réaliser sa conception , on ne peut nier que cette conception n'ait une grande valeur en ellemême. Après avoir formulé le proi)lème que l'instinct pose devant lui , le génie social devait rechef^ cher les termes de la solution, et c'est par la bouche de Fourier qu'il a proclamé cette formule.
Le mal dont souffre la société est dans une erreur
(I) Jules Lechevalier, Question sociale, Paris, I8:?3 , lnocli. in-8% p. 41, 42, 43, 44, 45, 51.
sur Pidëe de Justice et dans la discordance des rapports sociaux. Pour renverser cette erreur, il faut effacer d'abord de Tintelligence le mépris jeté jusquUci sur le travail et dans Tordre des choses , abolir le prolétariat, mettre fin à l'exploitation de l^omme par Thomme. — D*où vient cette exploitation? dit Fourier : de Tétat d'isolement dans lequel l'homme a vécu jusqu'à présent. Eh bien , que les hommes s'associent , qu'ils établissent entre eux la solidarité , la division du travail et la combinaison des efiPorts. Aussitôt, l'accord parfait de l'intérêt Individuel avec l'intérêt collectif, s'établissant naturellement dans toutes les branches du système social , le mal disparaît , le prolétariat s'efface , la paix règne , et le bonheur tant rêvé s'établit sur la terre.
Assurément toute cette déduction est irréprochable. Fourier sTeu en outre sur le Saint-Simonisme l'avantage de ne pas méconnaître la nécessité du dualisme , et d'avoir compris que le problème religieux n'avait rien à voir au problème social. Mais il a échoué sur plusieurs points essentiels, et, comme le Saint-Simonisme, sa théorie a abouti à une pure critique , c'est-à-dire au néant.
Après avoir découvert la loi sérielle, il fallait rcrhcrclicr, non les applications, mais la fornnilc
\Taie de cette loi ; surtout il fallait, non point me%r ter, mais retrouver la série naturelle des fonclii)ps tiocialea; la construction du système 90ci$i n>ût plus été alors qu'une affaire de temps et de développement naturel. Or, la formule de la loi sérielle et la série naturelle des fonctions ne pourraient étrç données qu'au moyen d'une observation suivie, d'une méthode rigoureuse, d'une métaphysique certaine. Au lieu de cela, qu'a fait le Fouriérisme? U s'est livré aux deux choses les plus contradictoires, à la routine et à l'utopie. Il a admis tout ^ 1& foi9 les droits du capital, du talent et du travail, spus prétexte que c'étaient là les éléiqçnts sociaui^ aptuels et qu'il s'agissait, non d'une destruction, m^is d'une conciliation ; il a pris le syncrétisme pour une synthèse, et jamais il n'a songé à se demandei' quelle était la raison d'être du capital et du talent, et si cette raison d'être était éternelle. En^, prenant pour point de départ une psychologie imaginaire, il nous a donné, au lieu de la série vraie, les plus incroyables absurdités. On a pu accuser, avec juste raison, le Saint-Simonisme de n^avoir été qu'une symbolique du passé; avec plus juste raison encore on peut dire du Fouriérisme qu'il n'est qu'une image du présent. Hors de la puérilité du Phalanstère, de son néologisme incompré-
hensible , le Fouriérisme ne peut être rien « n^est rien. On la voit auijourd'hui 9^ rimpuissance 0^ se trouY^t ses partisans les plu^ avoués de y^uir au secours de rHiunanité en détresse, de Fouriéri^lKef pour red^Y^nir quelqi^ cho^, doit sô transfigurer ; il doit reconnaîtra son rôle pureiEuent critique « reprendre les théorèmes de Fourier à un point d^ Yue supérieur, et s'appuyer surtout sur r^xpérience métaphysique, chose ({u'il parait trop souvent dédaigner.
Nous lisons dans TAlmanach Icarien de \ 844, page 453:
« Suivant nous, 1q Communisme est le système le plus simple, le plus radiisal» le plus complet, le plus égalitaire ou démocratique, le plus fraternel et le plus conforme au christianisme 4ans sç^ pureté primitive ; il réwi^U le» avantagée 4e tom let 4if<r^# en évitant leun ineonvénienti,
Puis vient une suite de chapitres dans lesquels cette proposition est démontrée , et dont vpioi les titres :
« La communauté, c*est la fraternité;
La communauté, c'est Fassociation;
La commimauté, c'est l'unité;
La communauté, c'est la démocmtie ;
La communauté, c'est l'égalité ;
La comnnintuté, c'est la liberté ;